LniHiACDLÉE CONGEPTRm
Tau tel d'aigent de la grotte, tandis qu'ua OFQEtéar, dans la chaire voisine , parle ^t chante altemativemeirt.
De temps à autre, un prêtre porteur de l'hostie sainte parcourt les rangs des infirmes, des moribonds, et distribue le pain de vie.
La grille tantôt fermée, tantôt ouverte arrête ou laisse entrer les pèlerins qui défilent un à un, font le tour de la grotte par derrière l'autel , baisent la pierre lisse , déposent souvent un cierge qu'on accroche aux candélabres et cèdent la place à ceux qui suivent.
Cinquante mille pèlerins sont rassemblés en ce moment à Lourdes pour s'associer à la magnifique démonstration, et prendre part à l'action de grâces des miraculés. Chaque convoi déverse de nouveaux arrivants. La vapeur qui l'entratne devient Tauxiliaire de la Vierge. La science qui prétendait ensevelir la foi sert à la revivifier * .
Outre le pèlerinage national, comptant d'ordinaire la moitié de reffectif actuel et cette année davantage, on a reçu ou Ton attend des pèlerinages de Montpellier, Draguignan, Nice, Fréjus; d'Ajaccio, de Bordeaux, d'Angers, de l'Aude, du Jura, etc. Une phalange de deux cent cinquante Portugais édifie les Français. Des groupes d'Américains, conduits par leurs évêques, Mgr Hennessy de Wichita, Mgr Hoban de Scranton, des groupes d'Allemands, d'Italiens, d'Anglais, parus la semaine dernière, ont laissé des soiivenirs réconfortants.
* Un petit détail peut donner Tidée de Taffluence des pèlerins à Lourdes. Dans six mois de l'année 1873 qui vit le premier pèlerinage national , le comité a expédié sur demande à tous les points de la France, trois cent mille croix rouges, insigne distinctif choisi par les Pères et béni par Pie IX. Depuis ce jour Tentraînement n'a fait que croître.
Une armée de brancardiers qu'on évalue à plusieurs centaines, reconnaissables à leurs bretelles de cuir et dispersés par postes dans les divers hospices avec les dames de charité , est continuellement en action ; elle suffit à peine au transport et aux soins de près d'un millier de malades débarqués la veille ou surgissant encore.
Les plus beaux noms de France et d'Europe brillent sur cet armoriai d'un nouveau genre, dont les membres, pareils aux premiers hospitaliers, comprennent et pratiquent admirablement la vraie solidarité.
Le samaritain de l'Evangile est devenu légion sous l'inspiration de la mère commune ^ .
Un journal peu suspect de mysticisme , le Figaro (21 août), vient à propos confirmer notre récit.
« Trente trains sont arrivés à Lourdes aujourd'hui. Ils portaient plus de dix mille pèlerins. Plus de vingt mille étaient déjà arrivés. La cité des miracles est encombrée; on prie à haute voix sur toutes les places, dans toutes les rues. A la grotte, les Ave Maria ne cessent pas ; les malades venus par le « train blanc' » sont plongés dans les piscines.
« Il y a en ce moment, à Lourdes, des pèlerins de toute nationalité. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est la diversité des costumes. On parle différentes langues, mais dans toutes on demande la même chose. C'est véritablement touchant. Les plus grands noms de France sont inscrits sur les listes de brancardiers. Nous avons vu des nobles du saint empire
* Les rapports de 1896 ont compté lo85 hospitaliers ou hospitalières employés à la grotte ou aux divers services. ^ On désigne ainsi le train des grands malades.
M6 L*IMMAGULËÊ GONGBPTIOR
traîner la brouette qui trani^porte les malades vers la grotte, et cela avec une admirable simplicité.
c( Certain jour de la semaine prochaine , il y aura à Lourdes près de cinquante mille pèlerins. On 8*organise de toute parts afin de les bien recevoir. Les cérémonies sont splendides, il est impossible de rêver plus beau spectacle. »
Un autre journal parisien, le Gil Blas, qui, lui, professe le mépris sinon la haine du mysticisme, a été tellement interdit en face du « train blanc » partant de Paris qu'il s'abstient de raiUer.
« Devant la conviction naïve de certaines têtes aperçues, la résolution courageuse de marcher audevant d'une guérison possible , la terrible réalité de ees béquilles, l'effrayant aspect de ces plaies et de ces difformités, je n'osai plus sourire.
« Il y avait là des gens que l'espérance guidait ; elle les illusionnera peut-être, — qui sait? »
Le Signal j organe du parti protestant, n'est pas moins respectueux, ni moins digne d'intérêt.
« L'ordre est parfait. Dans une mobilisation les choses ne se passent pas mieux; et au milieu de la cohue qui augmente c'est un va-et-vient de bons Pères, de femmes du monde qui veillent aux wagons dont elles ont la garde, de messieurs élégants qui, les courroies passées autour des épaules, s'en vont chercher les brancards. Ce sont là les ouvriers volontaires de la charité qui, comme pour une œuvre pie, se sont voués aux soins des malades et accompagnent les pèlerins jusqu'à Lourdes. »
Nous pourrions multiplier les témoignages de la presse indifférente ou hostile, qui a donné en cette occasion avec un empressement extraordinaire.
La fête débuta le dimanche 22 août à neuf heures par une messe d'action de grâces dans l'église du Rosaire.
Trois cent vingt- cinq miraculés de tout âge sont réunis devant l'autel , entourés de prêtres et de religieux qui remplissent la nef. Peu de fidèles ont pu se caser en s'y prenant dès le matin. La masse déborde et se meut au dehors, cherchant un accès qu'elle ne trouve point.
La messe pontificale est dite par Mgr de Cabrières, évêque de Montpellier.
Moï* Bouvier, évêque de Tarentaise, et Mgr Bourgade, évêque des Etats-Unis, assistent à l'office.
L'orgue mêle ses accords suaves et puissants aux chants et aux prières.
Après l'évangile, l'évêque de Montpellier monte en chaire.
Il succède à NN. SS. Mermillod, Pie, Bourret, qui ont parlé jadis dans les grands jours de Lourdes, et l'orateur de la nouvelle homélie va reprendre les traces et continuer dignement le rôle de ses illustres devanciers.
Vidi speciosam sicut columbam , ascendentem desuper rivos aquarum.
La colombe toute belle que l'on voit planant sur le rivage des eaux, c'est la vierge Marie dont l'Eglise couronne la beauté.
198* LHOfÂGULÉE GONGEPTION
- Elle est belle dans sa robe blanche , belle avec sa ceinture d'azur: Vidi speciosam; et le Gave vient mouiller ses pieds.
Elle est ici Timmaculée I
Le monde avait ri de la définition du dogme. Les débordements de Fimpiété s^ajoutaient aux sarcasmes. La nuit devenait plus épaisse à la place des rayons qu'on attendait. La colombe paraît et dit: « Je suis rimmaculée Conception! » et soudain les ténèbres se dissipent.
C'est un nouvel acte du triomphe si souvent représenté où la femme promise au paradis terrestre écrase la tète du serpent.
Et ici le triomphe est sans limites.
Et vous tous qui m'écoutez, vous les miraculés que Ton fête, vous êtes ici pour l'attester.
Le miracle est impossible 1 disait -on.
Vous le montrez réalisé, et en le montrant réalisé, vous rendez témoignage au Christ auteur du miracle. Vous poussez le monde entre les bras du Fils, que la mère a restauré et auquel on arrive par la mère. Vous faites comprendre les scènes évangéliques, et après avoir ravivé la foi au Fils et à la mère , vous ravivez la charité dont profitent vos frères !
A l'issue de la messe pontificale, les miraculés sortent de Téglise et se rendent processionnellement à la grotte, au chant du Magnificat.
Mgr de Cabrières monte de nouveau en chaire , et lit, au nom des miraculés et de tous les pèlerins, la formule suivante d'action de grâces et de consécration. Chaque membre de phrase est répété mot à mot par quinze mille assistants.
« Vierge Immaculée, Notre-Dame de Lourdes, nous sommes à vos pieds pour rendre grâces à votre Fils Jésus et à vous, ô divine mère.
(( Nous vous louons et nous vous remercions de toutes les faveurs que vous avez répandues sur les âmes et sur les corps pendant ces vingt -cinq ans de pèlerinage, de tous les miracles reconnus par l'Eglise, de toutes les merveilles visibles et invisibles que vous avez accomplies dans votre grotte, à Tombre de vos montagnes, dans votre basilique, à Lourdes, en France et dans le monde entier.
(( Nous vous rendons grâces pour toutes les lumières reçues, pour toutes les conversions, vocations et bénédictions de toute sorte obtenues par votre intercession, pour le respect humain vaincu, pour Tesprit de foi réveillé, pour toutes les œuvres saintes qui sont sorties de votre inspiration comme Teau a jailli de vos rochers.
« En reconnaissance de vos bienfaits, ô divine mère, nous nous consacrons à vous, nos personnes, nos familles et notre patrie. Recevez-nous. Gardeznous dans l'amour de votre Fils, dans votre amour,
dans Tamour de TEglise. Unissez nos esprits dans la vérité , nos volontés dans Vaction , nos cœurs dans la confiance, la charité et la paix.
« Gloire à votre Fils Jésus, et gloire à vous, ô Vierge Immaculée !
« Gloire à vous, Notre-Dame de Lourdes!
« Gloire à vous, Notre-Dame de Salut!
(( Gloire à vous, Notre-Dame des Victoires !
« Gloire à vous, Notre-Dame de France !
« Ainsi soit- il. »
Ces acclamations, redites trois fois par les fidèles, sont suivies d'un Te Deum.
Après quoi, l'on se sépare pour se disposer à la procession solennelle de l'après-midi.
Elle devait être contrariée par un orage que les lourdes vapeurs de la matinée pronostiquaient.
La pluie commença vers une heure, mêlée d'éclairs et de roulements de tonnerre. Elle fut terrible : une pluie pyrénéenne, continue, implacable, fouettée par la rafale , cinglante , pénétrante , capable de faire rentrer sous terre une foule hollandaise, le peuple aquatique par essence. Elle semblait un instant se fondre en brume pour reprendre de plus belle. On croyait les miraculés déconcertés et la procession remise : il n'en fut rien. Les rares pèlerins abrités sous les parapluies ou sous les arbres s'étonnèrent fort vers trois heures , de voir des bannières blanches et bleues apparaître au sommet de la rampe conduisant à la grotte, puis descendre lentement la montée. C'étaient les trois cent vingt-cinq miraculés, porteurs d'oriflammes, entourés de parents et d'amis, autrefois témoins du prodige % et l'attestant par leur présence,
^ Ces témoins, pris dans les familles ou les communautés, étaient au nombre de cinq pour chaque miraculé, dit le Journal de Lourdes (27 août), de telle sorte que plus de dix-huit cents personnes répondaient du prodige. On n'a jamais vu dans le monde une pareille démonstration du surnaturel. Elle eût été bien plus frappante si tous les miraculés, qui, d'après les rapports des pèle-
qui faisaient bravement leur manifestation, en dépit des rafales. Hommes, femmes, enfants, tous venaient l'un après l'autre, heureux d'offrir publiquement à Marie Thommage de leur reconnaissance.
Amour et reconnaissance à Marie
telle était l'inscription tracée sur les bannières.
Les Pères de l'Assomption marchaient au premier rang, les uns encapuchonnés, les autres tête nue; et à leur suite des évêques, en robe et camail violets, affrontaient courageusement les bourrasques. Il y eut un long moment d'indécision et d'attente pendant lequel les manifestants restèrent immobiles sous la pluie : on avait entonné un Magnificat , afin d'obtenir de la Vierge une heure d'éclaircie qui permît au saint sacrement de sortir et de bénir la procession. La Vierge fut inflexible ; l'éclaircie ne vint pas et la procession dut continuer à travers les ondées.
Elle accomplit son parcours sans hésiter, et c'était vraiment merveille de contempler toutes ces femmes, dont plusieurs appartenaient aux classes riches , calmes, impassibles, indifférentes à l'eau qui ruisselait sur leurs robes et noyait leurs chaussures.
La rampe descendue, les trois cent vingt-cinq miraculés allèrent porter à la grotte de nouveaux
rinages nationaux, dépasseraient deux miUe, avaient pu se rendre à rappel.
Ceux qui s'étaient présentés, pourvus de leur dossier médical, durent subir de nouvelles épreuves (jui constatèrent leur état de santé.
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remerciements et recevoir la bénédiction du saint sacrement. Puis, reprenant leur route autour des pelouses, ils suivirent les allées, côtoyant le royaume de Marie , aussi tranquilles que de vieux soldats sous le feu, toujours au chant des prières et des Ave Maria, Après deux heures de cette promenade héroïque, ils finirent pas déposer un dernier hommage aux pieds de Notre-Dame du Rosaire.
Beaucoup de pèlerins trouvèrent cette pluie bien inopportune, et nous ne jurerions pas que tous l'aient pardonnée à la reine du ciel.
En y réfléchissant on peut découvrir la raison , ou au moins une justification du contretemps.
Qui sait si Notre-Dame de Lourdes par cette épreuve dure et persistante n'a pas voulu donner une preuve irrécusable de la guérison radicale de tous ces gens, de la vigueur de leur santé recouvrée grâce à elle surnaturellcment, ainsi que de l'ardeur de leur amour et de leur reconnaissance?
Il fallait une forte dose de foi et de résolution pour résister deux heures durant à cette averse impitoyable, et nul autre motif ne pouvait aider à la supporter avec un stoïcisme qui étonnait les spectateurs accourus eux aussi, malgré la pluie, pour admirer la scène.
Si révénement ne peut pas s'expliquer de cette sorte, on conviendra qu'il fournit des conséquences capables de le faire accepter.
Le témoignage prenait ainsi un caractère de constance et de fermeté dont chacun fut frappé. Du côté de la terre comme du côté du ciel, tout allait à l'unisson, et la gratitude se montrait digne du bienfait.
Troublée par Forage, incomplète aujourd'hui, la procession des miraculés devait recommencer le lendemain 23 août et prendre des proportions inattendues /
Mettons d'abord le lecteur en présence du décor.
L'hémicycle extérieur de l'église du Rosaire est le point central où tout doit converger et d'où tout se découvre.
L'esplanade qui s'étend devant nous a bien un demi-kilomètre de longueur. Les deux rampes qui l'enserrent partiellement rappellent les constructions célèbres, antiques ou modernes. On pense involontairement au Golisée, à Saint- Pierre de Rome, animés quelquefois par des rassemblements pareils.
Il est trois heures de l'après-midi. Une multitude silencieuse garnit l'esplanade, les allées, les versants, les rampes, les escaliers, les galeries, les platesformes. Bien des personnes sont là depuis midi, debout, immobiles, sans se plaindre, respectant la consigne et la courroie tendue des brancardiers.
Le milieu de la place est occupé par plusieurs centaines de malades rangés sur deux lignes, face à face, assistés de parents, d'amis, de prêtres, et protégés par la chaîne des hospitaliers. Un large espace demeure ouvert entre les deux lignes pour laisser défiler la procession.
Cinquante mille pèlerins respectueux se pressent à Tentour, calmes, recueillis, agités par un frémissement
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intime, un courant mystérieux qui est comme -le souffle ^e Dieu passant par-dessus son peuple.
La journée est tiède, lumineuse et douce.
Le ciel voilé par moments permet la .station indé-~ finie, sans crainte de la pluie pénétrante de dimanche, sans crainte des flèches acérées du soleil.
Toutes les belles manifestations de Lourdes jusqu'à celle d'hier, qu'on refait aujourd'hui, ont été favorisées d'un temps semblable.
La procession parait, le défilé commence. Réuni sur la plate -forme de la basilique, le cortège, précédé d'un groupe de brancardiers et de bannières, ] se déroule majestueusement sur la rampe de gauche. Les trois cent vingt-cinq miraculés de la veille, tenant chacun leur étendard bleu et blanc, assistés des mêmes témoins, occupent le centre et marchent sur deux rangs. Derrière eux, une longue théorie de prêtres, les premiers en soutane, les autres en vêtements sacerdotaux, devance et accompagne le dais qui recouvre Jésus-Hostie. A mesure qu'il abandonne la rampe, le cortège tourne à gauche et se dirige vers la grotte, en chantant les litanies de la Vierge, dont plusieurs invocations conviennent aux miraculés.
« Salus in/irmorum!
« Consolatrix afflictorum!
(( Causa nostrie lœtitiœ ! »
L'évêque de Tarbes , Mflr Billère , accueille les infirmes, les affligés, aujourd'hui pleins de joie, heureux lui-même de faire les honneurs du sanctuaire dont il a reçu la garde.
L'évêque de ïarentaise, Mor Bouvier, l'ostensoir à la main, porte le Dieu vivant.
Après la bénédiction donnée à la foule prosternée, Moi* Bouvier répète à haute voix le texte de Faction de grâces prononcée la veille par Mgr de Cabrières.
Il se passe alors une scène émouvante. Chaque miraculé vient, comme un amé et féal sujet, prêter foi et hommage à Jésus trônant dans Thostie : il s'approche , son pennon à la main , environné de ses témoins, s'agenouille devant Tostensoir, incline Toriflamme, et tout en proclamant sa guérison, il exprime sa dépendance et jure de consacrer au Christ ses forces recouvrées.
Cette cérémonie achevée, le cortège se reforme ; puis, revenant sur lui-même, il dépasse la rampe du Rosaire et s'engage dans l'allée de l'esplanade, qu'il parcourt lentement, suivi par le regard et Tâme de tous les spectateurs.
Arrivé au milieu de l'esplanade, il longe la statue de la Vierge, aborde la ligne des prêtres et des brancardiers qui s'ouvre devant lui, traverse la double rangée de lits où gémissent les malades, atteint l'hémicycle du Rosaire et va se grouper des deux côtés de la façade, à l'ombre de ses bannières.
Le saint sacrement s'avance derrière les manifestants. Les prêtres de l'escorte prennent place également dans l'hémicycle, et le dais, qui a fendu les flots de pèlerins, s'arrête aux portes de l'église.
L'instant est solennel.
C'est Jésus qui paraît à son tour; c'est Jésus qu'on acclame, comme on vient d'acclamer sa mère.
C'est le créateur, maître et régulateur de l'univers, le principe et la fin, l'éternel vainqueur des hommes et des choses qui fait son entrée triomphale dans
306 LlMUAGUUÈE-GONGSPiaQN
0a nouvelle Jérusalem , parmi un peuple âectrisé.
a Hosannah , au Fils de David I
« Gloire au plus haut des cieux I
« Béni soit celui qui nous vient au nom do Seigneuri »
Tous les visages offirent l'empreinte d'un sentiment profond. La certitude, l'ardeur, les transports de la foi en face d'attaques présentes à la pensée de tous, se traduisent de mille manières que l'âge , le tempérament varient et rendent plus ou moins, touchante.
Et quand l'ostensoir qui voile le Dieu vivant a plané sur les fronts inclinés, bien des pèlerins se redressent versant des larmes et seraient prêts, selon le mot que Chateaubriand s'appliquait, « à tendre le cou au bourreau, » pour affirmer leur croyance.
D'autres émotions nous étaient réservées.
A l'heure où les religieux de T Assomption, dont le zèle est infatigable, entonnaient après le salut et la bénédiction papale, un dernier Magnificat ^ on voit à Fun des coins de la place un frémissement courir, un attroupement se former au bruit des acclamations.
« Levez-vous * ! s'est écrié d'une voix vibrante le père Picard, directeur du pèlerinage, s'adressant aux malades... Vous aussi, ayez la foi qui ressuscite. »
Et soudain au travers de la multitude houleuse,
^ (]e mot, entendu par des milliers de personnes, répété par le Journal de Lourdes (29 août), est devenu historique.
ET LE JUBIIiÊ DU PÈLERINAGE NATIONAL 307
par -dessus les têtes en mouvement, ici, là, un peu partout, les spectateurs de Thémicycle, dont nous sommes, aperçoivent un malade qui se lève de sa couche douloureuse; puis deux, puis trois, puis quatre, puis cinq, puis dix, puis douze, qui jettent leur couverture, repoussent leur civière, se mêlent aux assistants ! . • . Et sur chaque point , autour de chacun des infirmes renaissant à la vie, ce sont des appla,udissements, des félicitations, des étreintes, des hourras frénétiques ! . . .
De tout cet immense panorama monte une clameur formidable d'enthousiasme qui exalte et ravit à la fois.
Les scènes évangéliques fixées par Tissot dans la Vie de Jésus se reproduisent sous nos yeux.
L'attouchement divin qui a ressuscité le moribond provoque un contrecoup sur les assistants. On lève les bras au ciel, on bat des mains, on agite les coiffures; on crie, on chante, on perd un peu la tête, mais c'est d'admiration et de joie. On saisit le miraculé, on Tentraîne, on le conduit jusqu'à l'hémicycle, jusqu'aux prêtres, jusqu'aux autres miraculés, qui accueillent et fêtent le nouveau frère.
En même temps quelque témoin, un hospitalier, un parent, un ami, prend les béquilles de l'infirme, le brancard, le lit qui lui servaient naguère : il les soulève, les montre au peuple et les porte triomphalement derrière le ressuscité, qui, la première effusion passée, s'achemine vers le bureau des constatations.
Un quart d'heure après, un monceau de ces témoignages inanimés, lits, brancards, béquilles, s'appuyait contre le mur, à l'entrée du bureau, comme un dernier et irréfragable argument.
Journée inoubliable ! spectacle sans pareil !
308 LIMMACULÉE CONCXPTtON
Voici une jeune fille vêtue de blanc qui laisse tout à coup son grabat et s'élance d'un pas allègre ; un homme couvert d'une blouse grise, que l'on s'obstine à soutenir et qui s'obstine à vouloir aller seul, et fimt par y arriver : et d'autres debout, cherchant une issue, luttant avec peine contre l'ovation populaire.
Un enfant de huit ou dix ans passe devant nous, escorté d'un groupe qui l'acclame : il marche encore gauchement, difficilement; mais il marche, joyeux, rayonnant, charmé, répondant par un sourire aux applaudissements, aux félicitations, accompagné de sa mère éperdue , qui tout en pleurs l'embrasse avec transport, entouré d'autres femmes, qui veulent leur part du baiser, et finalement se rendant de lui-même à la grotte, pour remercier la Vierge.
Plus loin, une adolescente de quinze ou seize ans traînée sur sa couche roulante par un brancardier et un Père de T Assomption, arrêtée un instant, se redresse lentement, péniblement, comme si elle s'éveillait d'un sommeil douloureux ; elle essaye de parler, de sourire, mais en vain : elle tente de nouveau l'épreuve, semble se ressaisir; elle retombe encore, s'efiForçant inutilement de répondre aux encouragements, aux instances. Le Père court chercher un verre d^eau qu'il présente à la malade. « Faites, dit- il, le signe de la croix. » Elle obéit, saisit le verre d'une main tremblante et s'y prend à plusieurs reprises pour boire jusqu'au bout le contenu : « Encore un signe de croix ! » Elle obéit derechef, veut sourire, se lever, retombe pour la troisième fois. « Elle n'est pas guérie! » dit quelqu'un s'éloignant. Une minute après, à la stupéfaction générale, la jeune fille ranimée allait d'un air délibéré au bureau des constatations.
Le surnaturel devient le naturel. On est presque étonné de voir la masse des infortunés demeurer inertes sur leur couche. Un peu plus de foi et d'énergie, semble-t-il, et la guérison, le miracle surviendrait. Du reste, nulle plainte, nul regret, nulle envie sur les lèvres ou dans l'esprit de ceux qui ne sont point favorisés; ils ne s'en prennent qu'à eux-mêmes, à leurs dispositions défectueuses : ils promettent de se mieux préparer et de revenir une autre fois. L'exemple des frères délivrés, en leur laissant Tespoir, suffit à les rasséréner.
Qu'étaient tous ces miraculés, démontrant, comme par un mot d'ordre, l'efficacité de la prière et l'action maternelle de la Vierge? Quel mal les tourmentait? Pour quelle souffrance étaient- ils venus à Lourdes et demandaient-ils le salut à Marie conçue sans péché? Nous n'en savons rien et nous n'en disons rien, relatant seulement ce que nous avons vu, laissant à d'autres le soin des recherches et des constatations médicales, des enquêtes et des conclusions scientifiques.
Notre rôle d'historien se borne à donner un tableau d'ensemble, à fournir un récit personnel d'impressions générales, que des détails particuliers pourraient troubler ou mener trop loin, sans servir la thèse que nous défendons, ou mieux atteindre le but que nous avons marqué.
Pendant les dix minutes qui suivirent la dernière invocation à la Vierge immaculée, vers cinq heures,