CHAPITRE I
l'immaculée conception et le ROLE DE MARIE DANS l'ordre SURNATUREL
I. Marie et Jean au pied de la croix. Dernière recommandation de Jésus. Sa signification. Annonce de ce qui suit. — II. Marie chez sa cousine Elisabeth. Passages de Léon XIII, de Nicole, de saint Ambroise. Marie aux noces de Cana. Mort du Sauveur. Marie dans le cénacle. Passages de Léon XIII, de sainte Brigitte, de saint Bernard. Marie institutrice des apôtres et de l'Église naissante. Le cardinal Wiseman aux protestants anglais. — III. Rôle de Marie depuis son assomption. Témoignages bibliques. L'apocalypse de saint Jean. La figure de Vorante. Témoignages des Pères d'Orient et d'Occident. — IV. Le concile d'Éphèse. « La grande Diane des Éphésiens ». La maternité divine de Marie. Salutation de saint Cyrille. Les basiliques romanes. — V. Le moyen âge et les cathédrales gothiques. Citations tirées de saint Bernard, d'Albert le Grand, de saint Thomas, de saint Bonaventure,deGerson. Le Dante et Christine dePisan. — VI. Le xvn® siècle. Citations tirées de Bossuet et d'Olier. Le xviiie et le xix« siècle. Grignon de Montfort, saint Liguori. Encore le cardinal Wiseman. — VIT. Témoignages liturgiques. Nombreuses citations. VAve maris Stella et autres chants traditionnels. Leur sens et leur portée. — VIII. Opinion commune des chrétiens. Les anciens pèlerinages et le pèlerinage de Lourdes. — IX. Histoire de saint Grégoire le thaumaturge. Saint Ildefonse et saint Jean Damascène.
« Femme , voilà votre fils ! »
« Voilà votre mère* ! »
C'est par ces mots empreints d'une sollicitude si touchante que Jésus -Christ, expirant sur la croix, achevait Texpiation du Calvaire et la rédemption du genre humain.
Ces mots testamentaires découvraient et résumaient le monde à venir.
Le (( fils » de la « femme » représente TEglise que la « mère » doit incessamment surveiller, diriger, protéger, vivifier.
La « mère » est la Vierge Marie, qui doit incessamment éclairer, nourrir et accroître TEglise.
Marie devient la tutrice du nouveau peuple figuré par Jean.
Et Jean devient Taîné de la famille terrestre que Marie a pour mission d'instruire, de guider, de conduire au ciel.
Toute rhistoire chrétienne, qui va peu à peu absorber et dominer l'histoire profane , est contenue dans cette double phrase prophétique.
La recommandation suprême du Sauveur mourant va au fond de notre foi; elle en montre la source, la trame, le développement; elle en décèle le divin caractère ; elle en explique le surnaturel enchaînement et l'immuable cohésion. Le Verbe incarné pro-
^ Évang. de saint Jean, chap. xix, 26-27.
clame que les chrétiens sont les enfants adoptifs du Dieu fait honrme, et que la mère de Tun est nécessairement la mère des autres : l'un étant la tête et les autres les membres d'un seul corps, moral ou mystique, selon la doctrine si souvent exposée par saint Paul.
« La Vierge incomparable, dit saint Augustin étant la mère de notre chef selon la chair, a dû être selon Tesprit, la mère de tous ses membres, en coopérant, par sa charité, à la naissance spirituelle des enfants de Dieu * . »
Et comment la « femme » pourra-t-elle remplir la mission maternelle que le Rédempteur lui a léguée, sinon par une vigilance , une tendresse perpétuelles ? comment cette vigilance , cette tendresse pourrontelles s'exprimer sinon par une intervention souvent réelle, se manifestant au moyen d'apparitions, de conseils, d'ordres, de menaces, proportionnés aux personnages et aux temps qui ont besoin d'être avertis et sauvés?
C'est de cette façon tantôt visible, tantôt cachée, que la Vierge mère des chrétiens exerce son ministère : c'est de cette façon que, depuis deux mille ans, elle a soutenu l'Eglise, travaillé à ses progrès et à son agrandissement.
Avant d'aborder le sujet spécial qui nous occupe ,
* De sancta Virginitate , n° jS.
Bossuet a développé magnifiquement cette vérité dans plusieurs sermons , où il montre Marie associée à la fécondité du Père divin se donnant des enfants adoptifs, parce qu'elle s'est associée sans réserve au sacrifice qu'il a fait pour nous de son Fils , objet de toutes ses complaisances : nouvelle Eve de l'Adam nouveau , mère des vivants comme Jésus -Christ en est le père, parce qu'elle a voulu souffrir généreusement toutes les douleurs de la Passion. (Tome XI, p. 95, 170, 351.)
et de raconter ce que Marie a fait pour la cause de son immaculée conception , il est bon de rappeler sommairement ce qu^elle a fait d'une manière gênéraie pour le triomphe de TEglise.
Un tel exposé, qui comprend toute Thistoire du christianisme, demanderait plus d'un volume. En nous bornant à quelques traits suffisamment documentés, nous remplirons notre but et nous donnerons , dans un tableau d'ensemble, la substance de bien des travaux antérieurs.
Marie paraît et commence son œuvre protectrice dès le premier jour qui suit Tlncarnation.
Dans la, scène si humble et si grandiose de la Visitation, où Tembrassement de deux femmes obscures, au fond d'une vallée juive, prélude à la genèse d'un monde supérieur, Marie fait tressaillir Jean-Baptiste, qui bondit au devant d'elle dans le sein de sa mère ; médiatrice des grâces célestes, la mère de Jésus lave, par sa parole, comme par un baptême anticipé, le futur précurseur de la tache originelle et le dispose à son rôle fécond, en lui révélant le mystère qui va transformer l'univers ^
Jean -Baptiste devient ainsi le premier disciple de Marie.
Il est suscité de Dieu pour rendre témoignage à la
^ Évang. de saint Luc, ch. i, iv, de 39 à 56.
lumière afin que tous croient par lui : ut omnes crederent per illum *.
« Alors Jean, par une grâce insigne, écrit le pape Léon XlIIy est sanctifié dans le sein de sa mère et favorisé de dons choisis pour préparer les voies du Seigneur. Tout cela vient de la salutation de Marie rendant visite par inspiration divine à sa cousine Elisabeth*. »
« Jésus -Christ, remarque un ancien docteur peu suspect^, associe la Vierge au dessein qu'il avait de former un précurseur en remplissant de grâce l'âme de saint Jean. Il veut que cela s'exécute par son ministère. Il lui donne part à la naissance spirituelle de saint Jean, comme elle avait eu part au mystère même de rincarnation... Ainsi elle est notre véritable mère, et nous la devons toujours regarder aussi unie à Jésus- Christ dans les opérations de la grâce qu'il fait sur nous, comme elle l'était dans cette visite rendue à Elisabeth et à saint Jean. »
Saint Ambroise avait déjà dit :
« C'est Marie qui a élevé Jean-Baptiste au-dessus de la nature ; et cet enfant , touché de sa voix avant d'avoir aspiré l'air, a attiré l'esprit de piété du sein de Marie, sa source féconde, d'où la grâce a pris son cours pour se répandre avec abondance sur toute la nature humaine ^ »
* Évang. de saint Jean, cli. i, 6-7.
' Encyclique de Léon XIII Magnae Dei malris sur le rosaire de Marie, 8 septembre 1894.
■^ Nicole, Essais de morale ^ t. XIII, p. 208.
^ De Instit. Virginum, et dans les commentaires de FEvaugile de saint Luc.
Bossuet a commenté avec sa force ordinaire la même pensée.
i02 LIMMACULÉE CONCEPTION
Marie instruit du même coup Elisabeth, qui lui prédit sa gloire ; et rien n'est sublime comme la rencontre de ces deux femmes mettant face à face le prophète et le fondateur, le héraut et l'auteur de l'ordre prêt à naître : rien, dans les annales humaines, n'approche, même sous le rapport poétique, de l'épisode doux et tendre, auguste et sacré qui est l'aube des temps nouveaux, l'annonce du rajeunissement universel.
Durant cette visite, la Vierge mère inaugure son règne et la toute -puissance qu'elle tient de l'élection divine.
Le premier miracle accompli, par son intervention, dans l'ordre de la grâce, est suivi, trente ans après, d'un second miracle dans l'ordre de la nature.
Aux noces de Cana, Marie donne en quelque sorte le signal de l'œuvre merveilleuse de Jésus. Elle sollicite le prodige , et malgré la première réplique : « mon heure n'est pas encore venue, » la mère obtient du Fils, qui ne sait pas lui résister, le changement de l'eau en vin; elle dévoile ainsi Jésus - Christ , révèle sa gloire à ses disciples, qui dès lors croient en lui ; manifestavil gloriam suam^ et crediderunt in eum * ; et en le faisant connaître à tous ceux qui l'entourent, elle pose un des premiers jalons de sa mission publique.
Tels sont, à trente années d'intervalle, les deux premiers actes miséricordieux de la Vierge , dus à son intervention sensible, laquelle se continuera jusqu'à la fin des siècles.
^ Evang. de saint Jean, chap. ii, v. 11.
Marie est à rorigine des grands faits cvangéliques, comme elle sera à Torigine des grands faits qui vont fonder ou agrandir TEglise.
Jésus- Christ n'a pas plus tôt couronné le drame du Calvaire par son triomphe sur la mort, que Marie pénètre plus intimement et plus visiblement dans son rôle providentiel.
De même qu'elle a présidé à la naissance du Fils de Dieu dans l'étable de Bethléhem , elle préside à la naissance de l'Eglise dans le cénacle de Jérusalem.
Ecoutons encore Léon XIII :
« Comme l'œuvre sacrée de la rédemption humaine ne sera pas achevée avant la venue de l'Esprit- Saint promis par le Christ, nous contemplons la Vierge dans le cénacle , où , priant avec les apôtres et pour eux avec un ineffable gémissement , elle prépare à l'Eglise l'amplitude de ce même Esprit, don suprême du Christ, trésor qui ne fera défaut en aucun temps ^ »
Le Sauveur a laissé sa mère après lui pour être une leçon vivante, seule en état d'apprendre aux apôtres les détails miraculeux de sa naissance, de son enfance, de sa vie domestique.
Et il a lui-même révélé le pouvoir spirituel de la Vierge par ces paroles dites à une grande sainte :
« Marie, qui a reçu tous les enseignements de la foi catholique, a été laissée avec les hommes pour les convertir, les instruire , les fortifier et les consoler, pour défendre la doctrine chrétienne partout attaquée,
* Encyclique de Léon XIII Magnœ Dei rnatris sur le rosaire de Marie, 8 septembre 1894.
i04 LIMMACULEE CONCEPTION
pour soutenir la constance des apôtres que leurs persécuteurs pouvaient ébranler * . »
Par la volonté de son Fils, Marie devient Tinstitutrice des apôtres, magistra et doctrix apostolorum, en attendant d'être Tinstitutrice des chrétiens, magistra et illuminatrix Christianorum^ .
Elle est le conseil, le modèle, Tidéal de l'Eglise naissante.
« Retenue sur la terre , dit saint Bernard , elle est la directrice de l'Eglise naissante, elle qui a pénétré, au delà de tout ce qu'on pouvait croire, l'abîme insondable de la divine sagesse ^. »
Marie enseigne, dirige les apôtres, qui de leur côté l'écoutent, la protègent, la vénèrent et portent en tous lieux, avec la connaissance de l'Incarnation et de la Rédemption, le culte de la Vierge mère coopératrice de l'Incarnation et de la Rédemption.
C'est Marie qui conserve les paroles du Sauveur pour les répandre sur la nouvelle génération * ; « plus heureuse, selon saint Augustin, d'avoir conçu son fils dans son cœur par la foi et l'amour, que de l'avoir conçu dans sa chair. »
C'est à elle surtout qu'on peut appliquer les mots de Jésus -Christ :
« Bienheureux ceux qui entendent la parole de Dieu et la gardent : Beati qui audiunt verbum Dei et custodiunt illud. »
Saint Luc lui rend ce témoignage : la mère « gar-
* Révélations de sainte Brigitte. Voir Sainte Brigitte de Suède, par la comtesse de Flavigny, p. 451, Paris, 1892.
2 Saint Antonin, Biblioth. virginal. y t. II, p. 734, 517. ^ De XII prœrogativ. B. M. V., n° 3.
* Ibid.
ET LE ROLE DE MARIE DANS L'ORDRE SURNATUREL i05
dait en son cœur tout ce qu'elle avait entendu et vu de son Fils : Observabat omnia verba hœc conferens in corde suo * . »
Toute la foi chrétienne repose en définitive sur le récit de Marie, puisque Tlncarnation , point de départ du christianisme, n'a pu être dévoilée que par elle.
Ainsi cette humble vierge a tenu sur ses lèvres les destinées religieuses du monde.
Qu'on mesure, si l'on peut, la portée d'un tel contraste I il aide à faire comprendre la grandeur de Marie .
Saint Luc a dû remonter à Marie et a connu par Marie l'histoire mystérieure de la scène et des paroles de l'Annonciation.
« Supprimez le tribut que sa bouche virginale apporte à l'Evangile : ce n'est pas un simple anneau de la chaîne qui se brise ; c'est la chaîne entière qui se rompt; ce sont les fondements même de l'édifice chrétien qui tombent. . .
« Et tel est le respect, telle est la foi qu'on accorde justement à la parole de Marie, qu'elle a suffi seule, aux yeux des chrétiens de tous les siècles, pour balancer toute assertion contraire.
« Quelle place éminente lui est ainsi assurée dans l'économie de notre foi^I »
* Évang. de saint Luc, chap. ii, 19 et ni.
'^ Le cardinal Wiseman parlait ainsi aux Anglais protestants, toujours disposés à rabaisser Marie , et sa déclaration en a plus de valeur. (Voir les Mélanges publiés en français. Paris, i858, p. 159-173.)
On n*a pas oublié la mention faite dans le premier volume de rhommage rendu par Mahomet à l'immaculée conception de Marie.
Un autre de nos adversaires , Calvin Thérésiarque , vient mainte-
Saint Jean ne plane si haut, que parce qu'il a suivi fidèlement l'ordre de Jésus, et que, prenant la « femme » chez lui, accepit eam in sua, il a connu par elle les secrets du ciel.
« Si saint Jean, observe saint Ambroise, a parlé plus clairement et d'une manière plus profonde, plus sublime, des mystères du Verbe incarné, c'est qu'il a été plus en rapport avec celle qui est comme le temple même où ces célestes mystères s'étaient accomplis * . »
« Passée dans Téternelle vie, Marie doit remplir plus complètement et à jamais l'office de notre avocate'. »
Reine de TEglise triomphante, elle continue sa tâche maternelle au profit de l'Eglise militante.
Mère du genre humain, Marie a le ministère des grâces et la répartition des miséricordes.
Médiatrice entre Dieu et les hommes, elle demande,
nant à notre aide et salue avec le même respect le caractère auguste et la charge apostolique de Marie si bien exprimés, dans ce siècle, par le cardinal britannique :
(( Dieu, dit-il, a voulu que le trésor d'un si haut mystère (Tlncarnation) fut laissé en garde k la Vierge et comme enseveli dans son cœur, afin que peu après, en temps propre, il fût communiqué à tous les fidèles. » (Calvin : Commentaire sur l'harmonie des Evangiles, p. 13.)
* Lib. de iîist. Virg. V. cap. vu.
^ Encyclique de Léon XIII Magnœ Dei matris sur le rosaire de Marie, 8 septembre 1894.
obtient , distribue les bienfaits qui découlent de Vincarnation et de la Rédemption.
Placée entre le Père et les enfants, elle remplit dans la famille surnaturelle l'office de la mère terrestre dans la famille humaine^conduisant, protégeant les enfants, invoquant le Père en leur faveur, apaisant son juste courroux, et rapprochant perpétuellement les fils rebelles et coupables du Père, qui se laisse fléchir aux accents de la mère.
Depuis la période des persécutions jusqu'à notre époque si troublée , de la crypte des catacombes à la grotte de Lourdes, Marie se montre sans cesse aux côtés de l'Eglise laborieuse ou souffrante, et elle la couvre sans cesse de son vigilant patronage.
Les témoignages abondent et commencent à l'Ancien Testament.
L'Esprit -Saint a mis dans la bouche de ses prophètes, guides du peuple privilégié, les paroles que l'Église mettra plus tard sur les lèvres de Marie devenue le guide du nouveau peuple.
Salomon qui, dans le Cantique des cantiques, a vu, annoncé la Vierge immaculée, proclame ailleurs la sagesse, la prudence et la force qui feront d'elle, glorieuse au ciel, l'institutrice des chrétiens.
« Moi qui suis la sagesse, j'habite dans le conseil; je suis présente dans les pensées judicieuses : c'est de moi que vient le conseil et l'équité, de moi que vient la prudence et la force *. »
Nous trouvons autre part des textes non moins formels :
^ Proverbes, viii, v. 12, 14 et suiv.
« Je suis la mère du pur amour, de la crainte , de la science et de Tespérance sainte.
« En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité, toute Tespérance de la vie et de la vertu*... »
Déclarations bien frappantes quand on les compare à celles de Jésus :
« Je suis la voie, la vérité et la viel »
<( Ego sum via, veritas et vita^! »
Mère protectrice du nouveau peuple, figurée dans Tancien par les trois libératrices Esther, Judith et Débora, objet constant des souvenirs et des espérances dlsraël, Marie avait bien le droit de qualifier son rôle futur en ces termes superbes qui la rapprochent du Très -Haut.
Le prodigieux voyant de la loi de grâce, dont le dernier livre clôt la série des Ecritures, saint Jean l'Evangéliste, a parlé de Marie avec une égale majesté. Il l'a vue et peinte dans son Apocalypse, miroir des destins de TEglise : « revêtue du soleil, couronnée de douze étoiles » , qui symbolisent peut-être les apôtres, « ayant sous les pieds la lune, » image de rÉglise.
Dès les premiers temps, Marie est l'objectif des chrétiens, qui, comprenant les révélations du prophète de Pathmos, l'invoquent sans cesse et se plaisent à la représenter dans leurs temples souterrains sous la figure d'une orante , les bras toujours levés vers le ciel, en signe de supplication. La vue seule de Vorante, intermédiaire entre eux et Dieu , suffisait à rafl^ermir les croyants au milieu des dangers et des souffrances de la persécution.
^ Ecclésiastique y xxiv, 2b.
2 Evang. de saint Jean : xiv, 6.
Tous les docteurs des premiers siècles jugent d'une semblable manière le rôle de la Vierge et ils le célèbrent à Tenvi.
Saint Justin, saint Irénée, saint Ignace d'Antioche, Origène et après eux saint Athanase, saint Ephrem, saint Chrysostome, saint Grégoire de Nazianze, saint Epipliane, tous ces champions illustres de la foi nouvelle n'avaient pas de meilleur secours pour abattre les hérésies que Tappui de la virginale maternité de Marie, dontTEglise reconnaissante allait publier Tactîon souveraine par ces mots :
« Réjouis-toi, Vierge Marie: toi seule as renversé toutes les hérésies dans le monde entier. »
« Gaudcy Virgo Maria : tu sola cunctas hœreses interemisti in universo mundo. »
Les uns et les autres saluent, avec la même conviction et le même enthousiasme, la puissance de la Vierge et attribuent à son opération les conquêtes de l'Église.
Triomphatrice du démon, Marie est conséquemment la triomphatrice de toutes les erreurs, de tous les rebelles qui procèdent du démon.
Dans cette nouvelle série d'hommages, nous rencontrons la suite et l'uniformité admirées dans l'histoire de l'Immaculée Conception.
« Par vous, ô Vierge sainte^ le mur de séparation entre le peuple juif et le peuple païen a été renversé;... par vous, les hommes sont devenus des anges;... par vous, la croix resplendit par tout l'univers;... par vous, la mort est détruite et les enfers sont dépouillés;... par vous , sont tombées les idoles et s'est propagée la céleste doctrine ; . . . par vous , enfin , nous avons connu le Fils unique de Dieu que vous avez
enfanté, ô Vierge sainte, Notre- Seigneur Jésus que tous les anges et tous les hommes adorent *. »
Remarquons la netteté des affirmations de ces grands génies, qui vivant à l'origine des choses et témoins des prodiges accomplis sous leurs yeux au profit de la vérité chrétienne, pouvaient en apprécier la cause et en faisaient si volontiers honneur à la Vierge.
Les docteurs de l'Occident, TertuUien, saint Ambroise, saint Augustin parlaient comme leurs frères d'Orient et voyaient dans Marie « l'arche d'alliance, le secours des chrétiens et la porte du ciel * » .
Pour comprendre tout à fait la signification du rôle de Marie et l'étendue de son action , il faut se reporter à un grand événement religieux qui couronne les premiers âges et ouvre l'avenir.
Nous sommes à Ephèse, en 431, lieu et date du troisième concile œcuménique. D'accord avec le pape Célestin, l'empereur d'Orient, Théodose II, étend sa protection sur les évoques assemblés.
Le lieu choisi par les Pères n'est pas sans importance. C'est là que l'idolâtrie avait jadis un temple renommé. C'est là que trônait Diane, fille de Jupi-
* Saint Epiphane, Discours à la louange de la Vierge Marie, 2 Voir le 3e vol. du grand ouvrage d'Auguste Nicolas sur la sainte Vierge, pp. 137-175, qui montre par des témoignages irrécusables la croyance unanime des premiers chrétiens relative à l'œuvre incessante de Marie dans TÉglise.
ET LE ROLE DE MARIE DANS L'ORDRE SURNATUREL iH
ter, recevant les hommages de « tout Tunivers . . . , la grande Diane des Ephésiens ^ » , au nom de laquelle la population s'était soulevée contre saint Paul.
En dépit des fureurs du peuple , saint Paul , grâce au zèle inspiré dont nous conservons, sous forme d'une épître à ses « chers Ephésiens » , une preuve admirable , avait fondé dans la ville de Diane une église florissante léguée plus tard à saint Jean , qui Taccrul à son tour et en fit le siège d'un pontificat d'où il gouvernait, au dire de saint Jérôme *, toutes les églises de l'Asie Mineure^.
Dans l'esprit du concile, Marie remplaçait Diane et inaugurait sur les ruines du temple païen son règne immortel.
Ce troisième concile œcuménique avait pour but de donner satisfaction au sentiment traditionnel des chrétiens en proclamant sa maternité divine, prin-
* Actes des Apôtres, xix.
* De scriptoribus eccles.
^ Quelques lecteurs savent que la maison habitée par saint Jean durant son séjour à Éphèse , maison où il aurait reçu la sainte Vierge après la mort du Sauveur, a été retrouvée, croit-on, en 1891, aux environs de la ville, sur les révélations de Catherine Emmerich, contenues dans sa Vie de la sainte Vierge.
Le R. P. Paulin , supérieur des lazaristes à Smyrne , accompagné d'autres explorateurs , suivant littéralement les indications de la voyante, finit par découvrir après plusieurs jours de recherche, à trois ou quatre lieues d'Ephèse , les ruines d'une maison que les gens du pays appelaient Panaghia Capouli ou Demeure de la Vierge. Les dispositions intérieures, de même que les sites environnants, répondaient parfaitement aux informations de Catherine. On distinguait encore les traces d'un autel que les premiers chrétiens avaient joint à la demeure.
L'archevêque de Smyrne, Mf"" Timoni, fit dresser procès -verbal de l'enquête et de l'état des lieux le 1" décembre 1892.
Voir la brochure d'un père lazariste publiée récemment à Paris sous ce titre : Panaghia Capouli ou Maison de la sainte Vierge près Éphèse,
cipe de son pouvoir céleste, contre Nestorius qui la niait.
Il complétait Toeuvre des deux grands conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381), qui avaient proclamé, le premier, sous le pontificat du pape Sylvestre, la divinité de Jésus -Christ contre Arius; le second, sous le pontificat du pape Damase, la consubstantiabilité de TEsprit-Saint avec le Père et le Fils, contre Macédonius.
La Vierge Marie avait les honneurs du troisième concile œcuménique et venait, après le Fils et TEsprit- Saint, dans la foi et le respect de la chrétienté.
Toute la doctrine était désormais fixée en ses lignes principales.
Les Pères rassemblés à Ephèse mirent le dernier trait à la salutation de Tange Gabriel et aux félicitations d^Elisabeth, par cette salutation nouvelle qui consacrait le caractère adorante, reconnu à Marie depuis les premiers temps du christianisme :
« Je vous salue, sainte Marie mère de Dieu, priez pour nous. »
« Ave, sancta Mariny Mater Dei, ora pro nobis. »
Loin d'innover, les Pères scellaient en quelque sorte la croyance commune et suivaient les traces de leurs prédécesseurs.
Saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie, ne fit que répéter les témoignages antérieurs quand, célébrant à son tour dans des termes presque identiques , la puissance suprême à laquelle tous les docteurs attribiiaient les victoires du christianisme, il s'écria en plein concile :
« Nous VOUS saluons, ô Marie mère de Dieu, véritable trésor de tout Tunivers, flambeau qui ne se peut jamais éteindre, couronne de la virginité, sceptre de la foi orthodoxe , temple incorruptible , lieu sacré de celui qui n'a pas de lieu, par laquelle nous a été donné celui qui est le béni par excellence et qui est venu au nom du Seigneur.
« C'est par vous que la Trinité est glorifiée, que la croix est exaltée , adorée par toute la terre ; c'est par vous que les cieux tressaillent de joie, que les anges se réjouissent, que les démons sont mis en fuite, que le démon tentateur a été précipité du ciel, que la créature tombée se relève, est remise à sa place. »
Et le reste, trop long à rapporter, ajoute Bossuet dans sa traduction, et qui finit ainsi :
« Adorons la très sainte Trinité , en célébrant dans nos hymnes Marie toujours vierge et son Fils, l'époux de l'Eglise, Jésus-Christ Notre-Seigneur, à qui appartient tout honneur et toute gloire dans les siècles des siècles. »
Marie, de la sorte, était jointe à la sainte Trinité et à Jésus -Christ, le fondateur et l'époux de l'Église.
C'est à la suite du triomphe de la Vierge au concile d'Ephèse et de la définition du dogme de sa maternité divine que l'on vit s'élever sur tous les points de l'empire, soumis de plus en plus au christianisme, notamment à Rome , à Constantinople , en Asie , en Afrique, en Espagne, dans les Gaules* et ailleurs,
^ L'église de la Daurade, à Toulouse, qui tire son nom de ses
ces splendides basiliques romanes qui attestaient par leur nombre et leur magnificence la joie, la louange, Tenthousiasme du peuple chrétien, heureux de témoigner sa reconnaissance aux Pères du concile et sa vénération à la Vierge.
Le moyen âge continue, amplifie la tradition. Il ne pouvait rien ajouter d'essentiel à la croyance transmise par les ancêtres, touchant le rôle de Marie dans rÉglise : il l'accueille, l'approuve, la confirme en quelque sorte par une œuvre architecturale grandiose, qui, couvrant TEurope de monuments sans pareils, mettent partout les âmes sous la protection de Notre-Dame.
Les cathédrales gothiques sont de merveilleuses professions de foi, qui joignent les peuples barbares aux peuples grecs et latins, et les rassemblent tous dans une religion semblable , sous Taile de la Vierge.
Saint Bernard, qu'on ne saurait trop interroger quand il s'agit de glorifier Marie , s'est fait en France l'écho de ses contemporains, et il a exprimé l'opinion universelle par ces nouvelles déclarations :
« Toute grâce qui est communiquée dans ce monde arrive par trois degrés : car de Dieu dans le Christ ,
belles mosaïques d'or, date de cette époque et fut bâtie, à la gloire de Marie, après le concile d'Ephèse, sur les ruines d'un temple de Pallas.
du Christ dans la Vierge, et de la Vierge en nous, elle est très régulièrement dispensée ^ »
« Dieu a placé en Marie la plénitude de tout bien : sachons que tout ce qu'il peut y avoir en nous de grâce , d'espoir, de salut vient de la surabondance de ses dons à Marie : il a voulu que nous ayons tout par elle*. »
Saint Bernard ne craint pas d'appeler Marie ïaqueduc par lequel les grâces nous arrivent.
« Jugeons par là, conclut-il, avec quelle dévotion affectueuse il veut que nous l'honorions : à elle donc toutes les tendresses de notre cœur, tous les vœux, tous les mouvements de notre âme ^. »
C'est avec joie que nous reproduisons les paroles hautement démonstratives de l'abbé de Clairvaux. Forcé de le combattre sur le terrain de la croyance à l'Immaculée Conception, nous sommes heureux de nous ranger maintenant derrière lui et de faire servir son génie à l'exaltation de la Vierge.
On voit, une fois de plus, que la résistance ou les hésitations de saint Bernard devant la doctrine de rimmaculée Conception , n'altéraient en aucune manière ses dispositions à l'égard des grandeurs célestes de Marie.
Rappelons, à la gloire de saint Bernard, que sa prière du Memorare constitue depuis six cents ans, avec le Sub tuiim, l'épanchement traditionnel et Tinvocation quotidienne du chrétien.
' Saint Bernard, Serm. VI in fesiis B. M. V. de Annunt. T, c. ii. * De Xatii\ B. M. F., n» 7.
3 De Natii\ B. M. V,, idem.
Tous les maîtres du moyen âge s'expriment comme saint Bernard :
Saint Anselme enseigne les mêmes vérités en Angleterre .
Albert le Grand écrit en Allemagne :
« D'elle (de Marie) sont sorties toutes les grâces créées et incréées qui sont venues dans le monde et qui y viendront * . »
Saint Thomas voit dans Marie la plénitude de tout bien : il ne nous arrive rien de bon que par elle.
« Marie, dit -il, a reçu une si grande plénitude de grâces qu'elle est parvenue à une union très intime avec l'auteur de la grâce... ; en l'enfantant, elle a pour ainsi dire fait découler la grâce sur tous les hommes *. »
« Par les mains de cette souveraine, dit à son tour saint Bonaventure en Italie, nous avons reçu tous les biens que nous possédons ^. »
C'est pourquoi il l'appelle : la toute puissance suppléante : omnipotentia supplex.
Au XV® siècle , le chancelier de l'université de Paris , Gerson , vante « notre médiatrice par les mains de qui Dieu a déterminé de donner ce qu'il accorde au genre humain. »
L'Italien saint Bernardin de Sienne , dont les triomphes oratoires sont renommés, proclame souvent dans ses sermons la même croyance.
La poésie s'ajoute à la théologie pour chanter les louanges de la mère de Dieu.
' QuœstiOf 164, p. 116.
2 S. Thomas, III, Quœst. xxvii, art. v, ad. 1.
^ Lect. III, p. 457.
ET LE ROLE DE MARIE PANS L'ORDRE SURNATUREL ii7
Le grand poète du moyen âge n*est pas moins explicite que les grands docteurs ou les grands saints.
« Vierge Marie, s'écrie le Dante dans un de ses plus beaux essors, fille de ton Fils, humble et haute plus qu'aucune autre créature , tu es si grande et tu as tant de puissance que celui qui veut une grâce et ne recourt pas à toi, veut que son désir vole sans ailes I
« Dans le ciel, tu es pour nous un soleil de charité en son midi; et là-bas, parmi les mortels, tu es une source de vive espérance..., car ta bonté ne secourt pas seulement celui qui demande; mais elle va libéralement au-devant de la demande * . »
Quoi de plus touchant et de plus conforme aux mêmes inspirations que la prière en dix-huit strophes, où un autre poète du moyen âge , Christine de Pisan, appelle le secours de Marie sur toutes les fractions du peuple chrétien, le roi, les princes, la cour, les dames, le clergé, les chevaliers, les paysans.
« Pour la noble chevalerie de France, je te prie, Marie..., soit garée France de mal et de torment!... Ave Maria '. »
Laissons le moyen âge , dont les signes multiples surchargeraient notre travail, et arrivons au grand siècle chrétien que nous résumerons dans la figure
* Dante, Paradis, chant xxxiii.
' La France : Essai sur Christine de Pisan , par Raymond Thomassy,
magistrale du dernier Père de TEglise. Bossuety qui nous a fourni un secours si efficace dans la thèse de rimmaculée Conception, apporte encore ici un appui décisif. Nul des ancêtres chrétiens n'a déterminé le rôle de Marie avec plus d'éclat et d'autorité que l'illustre docteur.
« Dieu, dit-il, ayant une fois voulu nous donner Jésus-Christ par la sainte Vierge (dont il a demandé par un de ses anges le libre consentement) , cet ordre ne change plus, car les dons de Dieu, comme l'observe saint Paul, sont sans repentance ^
« Il est vrai et il sera toujours véritable qu'ayant reçu par elle une fois le principe universel de la grâce, nous en recevions encore par son entremise les diverses applications dans tous les états différents qui composent la vie chrétienne; sa charité maternelle ayant tant contribué à notre salut dans le mystère de rincarnation, qui est le principe universel de la grâce, elle y contribuera éternellement dans toutes les autres opérations qui n'en sont que des dépendances*. »
Puis montrant d'après la théologie que les « trois opérations principales de la grâce de Jésus-Christ » sont (( la vocation..., la justification..., la persévérance..., qu'en ces trois états l'influence de Jésus- Christ nous est nécessaire », Bossuet va nous « faire voir par les Ecritures que la charité de Marie est associée à ces trois ouvrages ».
Et il découvre en détail cette charité s'exerçant, comme nous l'avons énoncé nous-même, d'abord à Hébron au profit de Jean -Baptiste, ensuite à Cana,
* Ad Rom., XI, 29.
^ Troisième sermon sur Tlmmaculée Conception, t. XI, p. 44.
au profit des apôtres , sur le Calvaire enfin , au profit de saint Jean rÉvangéliste : trois lieux successifs où s'offrent à nous les premiers exemples de Tassociation de Marie aux « trois ouvrages » de Jésus -Christ. Cette glose amène la conclusion légitime :
« Vous voyez que nous entendons ce mystère (de l'action de Marie dans les âmes) comme l'ont entendu, dès les premiers siècles, ceux qui ont traité avant nous les Ecritures divines. »
Nouvelle affirmation de l'immutabilité doctrinale de l'Eglise, que les orateurs et savants de l'époque, Bourdaloue principalement et le célèbre Petau, auteur des Dogmes théologiques ^ soutiennent dans le même ordre d'idées, au temps de Bossuet.
Poussé par une croyance identique, le vénérable fondateur de. la compagnie de Saint-Sulpice, M. Olier, confiait au grand peintre Lebrun le soin de figurer Marie « comme un sacrement sous lequel Jésus- Christ distribue ses biens et ses grâces ^ » ; d'abord dans une grande fresque à la voûte de la chapelle du séminaire , représentant Marie et son triomphe à Ephèse, puis dans un tableau représentant Marie au cénacle.
Dans cette dernière peinture, qui commença la renommée de l'artiste, Marie, placée sur une éminence avec les saintes femmes , reçoit la plénitude de l'Esprit- Saint, qui se divise ensuite et se porte par fractions sur les apôtres et les autres membres de l'assemblée.
Ce beau tableau , conservé dans la chapelle du
* Esprit de M. Olier, t. II, p. 72.
nouveau séminaire de Saint - Sulpice , traduisait, comme la Visitation du même maître, qui montre le premier acte de Tapostolat de Marie, le sentiment universel des fidèles contemporains.
Au siècle suivant, im des disciples de M. Olier, le bienheureux Grignon de Mont fort se faisait à son tour l'interprète de la pensée publique :
« C'est par la très sainte Vierge que Jésus-Christ est venu au monde , et c'est aussi par elle qu'il doit y régner... C'est par Marie que le salut du monde a commencé , et c'est par Marie qu'il doit être consommé... Marie doit éclater plus que jamais en miséricorde, en force et en grâce dans ces derniers temps ^ »
A la même époque, en Italie, saint Alphonse de Liguori, fondateur des rédemptoristes , voyait dans l'empressement des chrétiens « à recourir à l'intercession de notre divine Mère pour toutes les grâces qu'ils désirent... la preuve que ce pieux sentiment est comme général dans l'Eglise' ».
De nos jours, l'illustre cardinal britannique déjà cité, Wiseman, tout en faisant justice des erreurs anglicanes concernant Marie , a repris la tradition des âges précédents et fourni l'appoint du nôtre.
A l'exemple de Bossuet dans les discours mentionnés, il insiste sur les deux miracles d'Hébron et de Cana pour prouver que Marie tient dans l'ordre de la grâce, comme dans l'ordre de la foi, le premier
^ Traité de la vraie dévotion à la Mère de Dieu. ^^ Discours sur les principales fêtes de la Vierge. Avignon, 1828, p. 219 et suiv.
rang après Jésus-Christ et qu'ayant coopéré à Tlncarnation, principe de toutes les grâces, elle devient naturellement le canal des grâces et la dispensatrice des trésors divins.
De tous les extraits rassemblés sous les yeux du lecteur, il ressort que la série des témoignages relatifs au rôle de Marie dans TEglise se succède sans interruption comme celle des témoignages relatifs à son immaculée conception , pendant tout le cours de Thistoire chrétienne. L'une et Tautre créent en faveur de Marie, c'est-à-dire de son action et de son privilège, une chaîne continue d'un poids irrésistible.
La liturgie vient à son tour renforcer Tenquête que nous ne saurions pousser plus loin. Elle se joint à la littérature scripturale ou patristique et à Tart architectural, pour louer Marie et son incessante tutelle. Elle n'est pas moins favorable au crédit propitiatoire de la Vierge qu'à son caractère immaculé. Formée de l'Ecriture et de la tradition , expression sûre de la croyance active de l'Église, reflet fidèle de son âme et de sa vie, la liturgie, dans ses prières, ses chants, ses fêtes, célèbre perpétuellement le patronage de Marie ; elle vante la nécessité, l'efficacité de son action, et appelle son aide. Elle contient une masse de témoignages qui présentent sous des formes variées toutes les faces du rôle dévolu à la Vierge. Ces témoi-
m L IMMACULÉE CONCEPTION
gnages sont si nombreux qu'on peut à peine les rappeler; ils sont si topiques qu'on ne peut les négliger; et bien qu'ils semblent faits pour embarrasser la plume d'un écrivain laïque, nous devons mettre en ligne les plus saillants, afin de justifier notre proposition.
Les uns et les autres expriment la foi que le peuple chrétien a toujours eue dans l'intervention toute -puissante de celle qui le mène, en figure ou en réalité, du paradis terrestre au paradis céleste.
Constatons , avant d'aller plus loin , que la plupart des fêtes liturgiques de la Vierge consacrent le mémorial d'un bienfait ou un souvenir de reconnaissance * .
Marie , disent les Grecs , est la « dispensatrice des dons de Dieu..., la réparatrice du monde entier*. »
« Salut, mère, secours des chrétiens : Ave igitur, mater y auxilium christianorum ^. »
« Salut , 6 solide fondement de la foi , rempart inébranlable de l'Eglise ^ »
Unis aux citations antérieures, ces textes suffisent à démontrer la religion de l'Eglise grecque et permettent de passer aux formules de l'Eglise latine.
^ La fête du saint Rosaire établie par saint Pie Y, et la fête du saint nom de Marie établie par Innocent XI, rappellent les victoires de Lépanle et de Vienne, ainsi que la gratitude des chrétiens sauvés de la barbarie musulmane par la protection de Marie. Saint Pie V eut, au fond du Vatican, la vision du premier triomphe dû à don Juan d'Autriche au moment où il s'accomplissait. On a dit justement que depuis le deuxième triomphe dû à Sobieski, le croissant a toujours été en décroissant.
* In offic, grœco, 8 decemb.
^ S. Tharase or. in prœsent. Deip.
^ Ex hymn, grsecorum.
« Secours le malheureux, aide les pusillanimes, ranime les faibles : Succure miseris^ juva pusillanimes , refove flebiles ^ . »
« Prie pour le peuple, interviens pour le clerc, intercède pour la femme consacrée à Dieu ; que tous sentent ton appui! Ora pro populo y interverti pro clerc y intercède pro devoto femineo sexu; sentiant omnes tuum juvamen • / »
Marie prie pour tous, partout, dans tous les temps.
Elle obtient tous les secours.
UAve maris stella peut être considéré comme un modèle de ces chants séculaires qui répondent au sentiment public et le traduisent admirablement.
Chacune des prérogatives de la Vierge, chacun des attributs de sa bonté , de sa puissance est soigneusement spécifié dans cette hymne célèbre.
L'Eglise chante :
« Montrez que vous êtes notre mère, et qu'il reçoive par vous nos prières celui qui, né pour nous, a bien voulu être votre fils... Brisez les fers des coupables , rendez la lumière aux aveugles , chassez de loin tous les maux, demandez pour nous tous les biens... Monstra te esse matrem^ sumat per te preces y qui pro nohis natus, tulit esse tuus,., Solvevincla reisy profer lumen cascis^ mala nostra pelle, bona cuncta posce! y>
Citons encore les quatre grandes antiennes qui terminent les offices des quatre parties de Tannée, Y Aima Redemptoris mater, VAve Regina cœlorum, le Regina cœli, le Salve Regina surtout, où la Mère de miséricorde, Mater misericordiœ , notre vie, dou-
* Ant. de Magnificat aux offices de Marie. « Ibid.
ceur, espérance, vita, dulcedo, spes nostray est sans cesse invoquée comme notre avocate, advocata nostra, par les fils exilés d'Eve, exules filii Evae, afin qu'elle tourne vers nous ses regards miséricordieux, miséricordes oculos ad nos couverte , et qu'elle nous montre après notre exil Jésus, le fruit béni de ses entrailles... et Jesum benedictum fructum vent ris tui nobis , post hoc exilium , ostende,.. Ces quatre antiennes ne sont, comme VAve maris stella^ que l'explosion continue, des mêmes louanges, des mêmes demandes, des mêmes espoirs, des mêmes vœux repris dans les litanies sous une forme populaire.
C'est toujours Marie, médiatrice entre Dieu et l'homme et toute-puissante auprès de Dieu pour le plus grand bien de l'homme, qu'on supplie; c'est toujours la mère du genre humain, orante comme aux premiers siècles, que le genre humain édifié, encouragé par quinze cents ans de faveurs et de grâces, sollicite et acclame; c'est toujours l'action propice, maternelle de Marie dans l'Église, que la suite des générations reconnaît et glorifie.
Les phrases , les invocations , les prières que nous venons de reproduire et qu'il faut prendre au pied de la lettre, renferment, comme le mémorial des fêtes de la Vierge, l'histoire de la civilisation chrétienne : elles se lient aux plus grands faits de Thumanité ; elles
les annoncent, en démontrent le sens et la moralité, la raison et le but.
Telle est leur signification et leur force apologétique.
C'est pourquoi elles devraient avoir pour tous les penseurs, même non croyants, une attraction profonde.
Combien les autres faits de l'histoire, contingents, locaux, éphémères paraissent petits à côté du patronage céleste , qui couvre Tunivers chrétien depuis sa naissance et l'enveloppera jusqu'à son dernier jour !
L'Eglise qui ne peut se tromper est encore une fois d'accord avec l'ensemble des œuvres et des spectacles qui remplissent le monde, en couronnant Marie d'un diadème étoile et en la proposant à la piété publique.
Tous les pionniers de la civilisation chrétienne, tous les ouvriers de l'Evangile , porteurs de la bonne nouvelle, se sont inspirés de ces croyances traditionnelles. Tous ont professé pour Marie une vénération sans bornes et mis en elle une confiance absolue. Plaçant sous son égide leurs entreprises apostoliques, ils ne manquèrent jamais de lui faire hommage du succès qu'ils remportaient.
Les carmes fondateurs de la dévotion du scapulaire, les dominicains fondateurs de la dévotion du rosaire, les franciscains, les lazaristes, les jésuites, les sulpiciens, les rédemptoristes , les maristes, les oblats de l'Immaculée Conception, sans parler des autres membres du sacerdoce catholique, vivent, travaillent, luttent, souffrent et changent la face de la terre, grâce aux secours qu'ils reçoivent de Marie, et à la flamme sainte qu'elle leur communique.
Du commencement à la fin, tous les chrétiens,
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féconds en paroles et en œuvres, ont demandé, obtenu et puissamment utilisé pour le progrès du monde Tassistance maternelle que nous essayons de définir.
Pas un saint, pas un vrai croyant qui n'ait mis en Marie son espoir : pas une entreprise religieuse qui n'ait fleuri à Tombre de ses autels.
Si la Bible nous apprend qu'il n'y avait plus d'hommes dans Israël, parce qu'il n'y avait plus de femmes, il y a toujours ici la « femme » par excellence, qui enfante chaque jour des hommes de bonne volonté ; et ces hommes, enfantés par elle à la lumière, la répandent sous ses auspices et dirigent l'humanité !
Les pèlerinages , si nombreux en Europe et particulièrement en France , n'étaient qu'une forme de l'effusion populaire, un signe du culte voué par la gratitude des fidèles à Marie compatissante et secourable. Ils transportaient et réalisaient dans les faits les enseignements de l'Ecriture, les témoignages de la tradition et de la liturgie. S'ils constituaient une sollicitation perpétuelle adressée à Marie , ils prouvaient aussi sa perpétuelle assistance. Ils établissaient entre la mère et les enfants un échange sans fin d'appels, de réponses et de grâces. Ils n'auraient pu comme les fêtes se fonder et durer, sans la confiance des uns et la miséricorde de l'autre, avivant sans cesse la confiance. L'humanité ne conserve avec tant de soin que les choses éternellement vivantes et sûres.
Le pèlerinage de Lourdes, auquel nous revenons naturellement, n'est que la reprise ou la suite, accrue par les progrès du christianisme et la marche de la
civilisation, de cette dévotion séculaire qui poussait les générations aux pieds de leur protectrice. Il s'est produit et se développe avec un caractère de ferveur et d'universalité qu'on n'avait jamais observé ; jamais non plus la tendresse de Marie n'avait accompli tant de merveilles. La révélation du nouveau dogme augmente singulièrement la vertu du lieu choisi par la Vierge et l'empressement des fidèles. Chaque jour, la salutation de l'ange Gabriel et le cantique de Marie , répétés à Lourdes par des multitudes innombrables, venues de tout pays, expriment la joie et la reconnaissance unanimes.
Consacré à l'Immaculée Conception, le dernier pèlerinage n'est que le couronnement des démonstrations précédentes faites en l'honneur de la maternité bienfaisante de Marie et de son action dans l'Eglise, crue , reconnue , acclamée par le peuple chrétien dans toute la succession des siècles.
Marie, nous l'avons dit, et les apparitions de Lourdes le prouvent surabondamment, ne se borne pas à une œuvre cachée, à un patronage invisible: elle ne se contente pas d'agir du haut des cieux, derrière un voile impénétrable ; elle descend sur la terre et se mêle visiblement à la lutte , portant à ses champions , dans les circonstances difficiles , un secours décisif.
Par son aide sensible , elle tient constamment rÉglise en éveil, stimule, récompense sa foi, active son essor, et contribue aux bienfaits de la Rédemption, comme elle a participé à ses douleurs.
Au cours du troisième siècle, la ville de Néo- Césarée, dans TAsie Mineure, possédait un évêque renommé par sa foi et sa science, par ses vertus et ses miracles.
Les prodiges qui accompagnaient ses prières et ses prédications l'avaient rendu célèbre, et il était connu, dans tout rOrient, sous le nom significatif de Grégoire le thaumaturge.
Ses ennemis même , frappés de la multiplicité des choses extraordinaires qui s'accomplissaient à sa voix ou par ses mains, conversion des lois de la nature ou conversion des âmes, l'appelaient « un nouveau Moïse* ».
Il chassait les démons avec un signe de croix du temple des idoles, purifiait Fair infecté de Todeur des sacrifices, transportait les rochers conformément au mot de l'Evangile, et subjuguait les prêtres des faux dieux , par son pouvoir sur la matière ou sur l'empire de Satan.
Il guérissait les malades, élevait des églises inébranlables aux tremblements de terre, assainissait les lieux pestilentiels, ou contenait le fleuve Lycus en plantant devant ses eaux débordées son bâton, qui prenait racine et devenait un arbre protecteur, aux yeux du peuple enthousiasmé.
Saint Grégoire de Nysse, auquel nous empruntons
* Basilius. Lib. De Spiritu sancto, cap. xxix.
tous ces traits*, seuls capables, avec leurs congénères, d'expliquer le prosternement de l'ancien monde aux pieds des premiers missionnaires du Christ, ne tarit pas sur le crédit du thaumaturge auprès de Dieu , ni sur les effets de sa puissance surhumaine.
Les autres Pères ou docteurs de TEglise, qui ont appris par le récit des témoins les merveilles de son apostolat , en parlent également avec une admiration et un respect profonds :
« Saint Grégoire, écrit saint Jérôme, montrait dans ses ouvrages une vaste connaissance, soit de la philosophie humaine, soit des divines Ecritures. Son éloquence, ses vertus , ses miracles , tout annonce sa gloire ; il a paru comme une brillante lumière et une lampe éclatante,, qui, par le pouvoir que le Saint-Esprit lui communiquait, faisait trembler les démons. »
D'où venaient à ce saint glorieux, à ce thaumaturge illustre, à cet apôtre maître de la nature, ce « pouvoir qui faisait trembler les démons..., l'éloquence, les vertus, les miracles » qui le faisaient paraître « comme une brillante lumière et une lampe éclatante » ?
Né vers l'an 213, de parents nobles et riches, mais idolâtres, Grégoire, dégoûté des superstitions païennes et poussé vers le christianisme , avait été initié aux dogmes de notre religion, instruit de toutes les sciences sacrées et profanes par Origène, qui tenait une école publique à Césarée.
Une tendre amitié unissait ces deux grands hommes.
L'élève qualifiait le maître de personnage « divin , inspiré de Dieu », dans un éloge prononcé à Césarée,
* Greg. Nys., în viia thaumat., p. 976 et suiv.
130 LIMMAGULÉE CONCEPTION
que les contemporains et la postérité ont toujours regardé comme un chef-d'œuvre.
Origène, de son côté, donnait à Grégoire les titres de « seigneur, très saint et vénérable fils », et il eut la joie de le mener jusqu'au baptême.
La vie très pure de Grégoire, non moins que son éloquence et son savoir, Tayant désigné, malgré sa résistance, au choix de Phédime, évêque d'Amasée, pour gouverner la chrétienté naissante deNéo-Césarée, le nouvel élu demanda quelque répit afin d'approfondir les mystères qu'il devait enseigner aux autres.
Une nuit, Grégoire était occupé à réfléchir aux secrets de la foi et aux difficultés de sa charge, quand il vit soudainement apparaître devant lui un* beau vieillard à l'air grave et vénérable*.
Et comme Grégoire, surpris, demandait au vieillard son nom et le motif de sa visite, celui-ci, commençant par le rassurer, répliqua qu'il était envoyé de Dieu pour lui découvrir les vérités chrétiennes.
Puis, étendant son bras, le vieillard montra à l'évêque une femme d'une physionomie céleste qui se tenait à ses côtés.
La femme et le vieillard étaient environnés d'une lueur si resplendissante que l'évêque n'en pouvait supporter l'éclat.
Effrayé , ravi du même coup , Grégoire cherchait à pénétrer le sens de cette double apparition , quand il entendit la femme ordonner à Jean l'évangéliste ,
1 Greg. Nys., In vita tliaumat., p. 977. Voir encore VHist, ecclésiastique du cardinal Fleury, t. I, p. 463 et suiv. Paris, 1691, et VHist. générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques , par le R. P. dom Remy Ceillier, t. II, p, 437 et suiv. Paris, 1859.
ET LE ROLE DE MARIE DANS L*ORDRE SURNATUREL t31
qu'elle appelait par son nom, de révéler au jeune évêque les mystères du christianisme, et Jean Tévangéliste se dire prêt à obéir aux ordres de la mère de Dieu.
La leçon débuta immédiatement ; lorsqu'elle fut achevée, la double vision s'évanouit, et Grégoire s'empressa de mettre par écrit l'instruction qu'il venait de recevoir et qui n'était autre que le symbole des apôtres, interprété, commenté par une voix du ciel.
Soigneusement gardé , consulté chaque jour par les néophytes, dont il préparait l'initiation, ce symbole miraculeux acquit une grande réputation et se trouvait encore du temps de saint Grégoire de Nysse, c'est-à-dire cent ans après, aux archives de l'église de Néo-Gésarée, qu'il avait défendue contre toute hérésie. Il est cité ou transcrit par saint Grégoire de Naziance, par Eusèbe dans son Histoire ecclésiastique ^ par saint Basile et par bien d'autres.
Opposé victorieusement à l'arianisme et connu, dit Baronius, tant de l'Orient que de l'Occident, il fut accueilli et récité comme un oracle de la vraie foi au cinquième concile de Gonstantinople (431).
On le trouve reproduit en lettres d'or dans le psautier latin, don de Gharlemagne au pape Adrien 1er.
Il est même accepté par des protestants, et l'un des écrivains marquants de la secte a déclaré que ce symbole, fameux parmi les églises d'Orient, vient sûrement de saint Grégoire, et qu'on ne doit point s'étonner si un saint personnage , dont la vie est pleine de prodiges, l'a reçu d'une révélation surnaturelle*.
* Bullus, Defens, fidei niœnœj lib. II, cap. xii.
Ce mémorial inspiré produisit des fruits admirables, puisque la ville de Néo-Césarée, renfermant seulement dix- sept chrétiens à Tavènement de Grégoire , ne comptait à sa mort que le même nombre de païens : Tévêque mourant pouvait remercier Dieu « de ce qu'il ne laissait à son successeur, dans la ville et le territoire de sa juridiction , qu'autant d'infidèles qu'il avait trouvé de chrétiens * . »
Il serait facile de multiplier les récits du même genre. Les faits se succèdent d'âge en âge pour le plus grand bien de l'Eglise et l'instruction de ses défenseurs. Toujours attentive aux luttes, aux dangers, aux besoins des siens, Marie leur prête souvent un secours effectif, et vient en personne, tantôt les aider à combattre et à vaincre, tantôt leur décerner le prix de la victoire.
L'historien grec Sozomène rapporte de nombreux exemples d'apparitions et d'enseignements survenus à Gonstantinople , dans l'oratoire appelé Anastasie, durant les iv% V* et yf siècles.
Nous trouvons au vii° siècle, en Espagne, un nouvel épisode saillant.
Saint Ildefonse (606-669), archevêque de Tolède, très populaire dans son pays, qui voyait en Marie une évangéliste de Dieu, evangelista Dei, avait démontré avec éloquence sa virginité contre une hérésie renouvelée d^Helvidius, jadis réfutée par saint Jérôme. Il n'attendit pas longtemps sa récompense. Le jour même où l'Eglise fête le message de l'ange Ga-
* Greg. Nys., In vita thaumat., p. 1006 et 1007.
briel , la Vierge apparut à son panégyriste , entourée d'esprits célestes : elle tenait en main le livre apologétique , * disant : « Continue bon et zélé serviteur dans la voie ou tu t'es engagé , » et fît don à l'archevêque d'une chasuble éclatante de blaûcheur, symbole de son intégrité.
Ce miracle a laissé chez nos voisins une trace si profonde, que sept cents ans après, au cours du xiv"^ siècle, un concile assemblé à Tolède instituait un office commémoratif qu'on célèbre le 23 janvier. De nos jours encore, dans la cathédrale de Tolède, les enfants de chœur sont dressés à crier tous ensemble à la fin d'une antienne : En haut! en haut! pour rappeler le saint levant ses yeux au ciel et saluant Marie .
L'histoire de l'apparition passa les Pyrénées et causa partout une impression durable.
Au XVI* siècle, l'école de la Sorbonne, si dévouée, on s'en souvient , à la cause de l'Immaculée Conception, se fondait sur cet événement pour établir la doctrine que les âmes des morts peuvent, avec la permission de Dieu , visiter les vivants ; et désireuse de perpétuer la mémoire d'un prodige qu'elle. tenait en grande vénération, elle le faisait représenter sur les vitraux de l'église , où se dresse aujourd'hui le mausolée de son restaurateur Richelieu.
Autre trait merveilleux recueilli en Orient, digne de terminer ces considérations préliminaires.
Pendant le vm° siècle, saint Jean Damascène, surnommé avec raison le saint Thomas de l'Orient, gran
* Le livre existe encore : De illibata et perpétua virginitate sanctœ Mariœ.
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vizir à la cour des califes et gouverneur de Damas , quoique chrétien illustre , reçut une marque insigne de la sollicitude de Marie. Ayant eu la main droite coupée , par ordre du calife , qui prétendait le punir de son zèle à défendre dans ses écrits le culte des images, il vit la Vierge, répondant à sa prière ardente , venir elle-même rajuster sa main perdue et le remettre en état de travailler pour la foi.
Nous insistons à dessein sur ces faits authentiques d'intervention personnelle de la Vierge, parce qu'ils ouvrent logiquement la série des manifestations qu'on va lire.
C'est ainsi que Marie, commise par son Fils à la tutelle de l'Eglise , .remplissait son mandat , présidait, dès les premiers siècles, à l'éducation et à la sanctification de ses enfants.
C'est ainsi qu'elle guidera constamment leur marche et leurs progrès.
Ses œuvres visibles se sont renouvelées tout le long du moyen âge.
Contentons-nous de rappeler la Vierge remettant le rosaire à saint Dominique, le scapulaire à saint Simon Stock dans une double apparition, et la Vierge inspirant l'ordre de la Merci pour le rachat des captifs, dans une triple apparition à saint Pierre Velasque , à Raymond de Pennafort , au prince Jean d'Aragon ; de même qu'elle avait inspiré l'ordre des servites et celui des Prémontrés par des apparitions analogues.
Ininterrompus dans la suite des âges, affirmés par tous les documents contemporains, les faits de cet ordre acquièrent, par leur continuité même, un surcroît de certitude.
On ne peut les rejeter sans rejeter du même coup tous les témoignages de Thistoire.
Conservés pieusement par nos devanciers , les souvenirs sacrés que nous relevons ramènent au sujet de ce livre : ils servent de corollaire aux réflexions du début et de préface aux exemples postérieurs qui rentrent plus directement dans notre cadre.