L^IMMACULÉE CONCEPTION ET LA MÉDAILLE MIRACULEUSE
I. Sœur Catherine Labouré au séminaire de la rue du Bac. L'ange et la Dame de la première vision. Prédictions de la Dame, — IL Deuxième vision. Apparition de la médaille miraculeuse « O Marie conçue sans péché! » Mission conûée à la sœur Labouré. Formule définitive. Rapports et concordances. Dernière révélation. — III. M. Aladel, confesseur de la voyante, et Mir^'de Quélen. La médaille est frappée. — IV. L'abbé Dufriche-Desgenettes et Tarchi- confrérie de Notre -Dame -des- Victoires. Effets de la médaille. Mandement de M?"" de Quélen. Bref de Grégoire XVI. — V. Élaboration et formation du dogme. Propagation de la médaille. Chiffres démonstratifs. Explication et conclusion.
Le 18 juillet 1830, veille de la fête de saint Vincent de Paul, à onze heures de la nuit, une humble et sainte fille de la charité , sœur Catherine Labouré *^ reposait tranquillement dans le dortoir du séminaire ou noviciat de la rue du Bac, à Paris, quand elle s'entendit appeler trois fois par son nom : Sœur Labouré! Elle s'éveille, entr'ouvre le rideau et voit au pied du lit un enfant de quatre ou cinq ans d'une beauté ravis-
^ On s'occupe présentement de préparer l'introduction en cour de Home de la cause de béatification de la sœur Catherine Labouré.
santé, vêtu de blanc, entouré de rayons qui jaillissent de sa chevelure blonde et de toute sa personne. L'enfant parle et se met en marche, « portant des rayons de clarté, » dit la voyante : il entraîne la religieuse sur ses pas éclairant tout le parcours, et il l'introduit dans la chapelle du séminaire tellement illuminée, dit encore sœur Labouré, que la splendeur de l'édifice (( lui rappelait la messe de minuit » .
Sur l'ordre de l'enfant, la religieuse s'agenouille devant la grille de communion ; elle entend un léger frôlement et soudain aperçoit une Dame d'une grande beauté, habillée de blanc avec un voile bleu, qui s'asseoit dans le sanctuaire , au côté gauche de l'autel.
Après un moment de trouble et d'hésitation , vivement réprimé par son guide, la religieuse, qui a « compris », suivant son expression, se jette aux pieds de la Dame et pose filialement les mains sur ses genoux.
La vision parle, et sœur Labouré, en extase, boit pour ainsi dire ses paroles.
« Mon enfant, fait la vision, je veux vous charger d'une mission : vous y souffrirez bien des peines, mais vous les surmonterez à la pensée que c'est pour la gloire de Dieu... * »
A la suite d'autres recommandations moins intéressantes pour nous, la vision, répondant à des questions de la voyante, ajoute :
* Toutes les citations dans ce chapitre sont prises au livre la Médaille miraculeuse y Paris, 1881. Voir encore VHomélie de son Éminence le cardinal Richard, prononcée en la chapelle des sœurs de la charité de Saint -Vincent - de - Paul , à la messe pontificale, dans la fête de la manifestation de l'Immaculée Vierge Marie, par la sacrée médaille , dite miraculeuse. (27 novembre 1894.)
148 LIMMACULÉE CONCEPTION
« Mon enfant, les temps sont très mauvais : des malheurs vont fondre sur la France. Le trône sera renversé ; le monde entier sera bouleversé par des malheurs de toute sorte; ayez confiance, ne vous découragez pas, je serai avec vous. »
Et encore :
« Dans le clergé de Paris, il y aura des victimes. Mgr Tarchevêque mourra ; la croix sera méprisée ; on la jettera par terre ; les rues seront pleines de sang ; le monde entier sera dans la tristesse : cependant ne craignez point. »
En s'exprimant ainsi, la vision était profondément triste et répandait des larmes.
Notons à la marge que ces deux prédictions étonnantes , attestées par les récits de la religieuse à son directeur M. Aladely lazariste, et confirmées par lui, précédaient, Tune, de quelques jours à peine, la révolution de 1830, qui « renversait » en effet a le trône » de nos anciens rois ; et l'autre, de « quarante ans », terme que la sœur fixait, les journées sanglantes de la Commune de Paris. (1871.)
Remarquons en outre les deux nuances blanc et bleu, couleurs traditionnelles de la Vierge, qui, se montrant uniformément dans le cours des siècles, aux yeux des voyants les plus dissemblables et les plus éloignés, prennent une signification précieuse.
Trois heures après Tentrevue , la sœur, reconduite par son guide, toujours lumineux, rentrait dans son dortoir et s'endormait profondément.
Cette première apparition formait le prélude et l'annonce de la « mission » dont sœur Labouré allait être chargée.
Or quelle était cette « mission » ?
Nous arrivons au cœur du plan divin , que le ciel et la terre menaient parallèlement.
Quatre mois après Tévénement que nous venons de raconter, le 27 novembre de la même année 1830, sœur Labouré faisait sa méditation à cinq heures du soir, quand la vision lui apparut de nouveau, vêtue de la même robe blanc aurore, et comme noyée dans un flot de rayons qui s'échappaient de ses doigts chargés de pierreries. Ses pieds reposaient sur une moitié de globe et elle tenait entre ses mains un autre globe, figure de l'univers.
« Il se forma alors autour de la sainte Vierge, — c'est toujours la voyante qui parle, — un tableau un peu ovale sur lequel on lisait, écrites en lettres d'or, ces paroles :
« Marie conçue sans péché , priez pour nous qui avons recours à vous 1 »
(( Puis une voix proféra cet ordre :
« — Faites, faites frapper une médaille sur ce modèle : les personnes qui la porteront indulgenciée recevront de grandes grâces. »
Accord merveilleux !
Ce « modèle » représentait exactement l'attitude que la Vierge de Lourdes devait prendre vingt-huit années plus tard, avant de dire :
« Je suis rimmaculée Conception! » attitude rendue avec tant de perfection par Bernadette.
« A l'instant le tableau parut se retourner, » ajouta la sœur, et elle aperçut au revers la lettre M, monogramme de Marie, surmontée d'une croix que dominaient les deux cœurs de Jésus et de Marie, le premier entouré d'épines , le second transpercé d'un glaive.
On ne saurait rapporter trop simplement ces choses surhumaines , qui allaient se répercuter dans tout l'univers par de prodigieux contrecoups.
« O Marie conçue sans péché , priez pour nous qui avons recours à vous ! »
La formule était trouvée, ou plutôt elle tombait du ciel : elle va devenir populaire et répandre le culte de rimmaculée Conception avant la définition du dogme. La Vierge ouvre la voie; la foule des croyants s'y précipite sans attendre le jugement doctrinal, dicté en quelque sorte par Marie , au moyen d'une parole simple et claire , nette et brève , propre à faire en un moment le tour du monde.
Sous les termes d'une prière accessible à tous, la nouvelle révélation n^était que la reprise et le complément de la confidence reçue par sainte Brigitte, cinq cents ans auparavant : a Et la vérité est que j'ai été conçue sans le péché originel ^ . »
La Vierge immaculée demandait maintenant un culte public et répondait de cette façon au vœu général de la catholicité, à l'heure même où ce vœu, éclairé par sept cents ans de controverse, ne suscitait plus d'opposition .
La concordance éclatait avec un admirable à propos.
Les desseins, les efforts réunis de la mère et des
' Voir page 139.
enfants, prenaient corps dans une invocation qui résumait tout et préparait la fin.
Durant le mois de décembre , sœur Labouré revit la même apparition entourée de la même légende, et elle ouit le même commandement de faire frapper une médaille.
D'autres visions et révélations, survenues jusqu^en Tannée 1836, eurent pour résultat de confirmer les premières et d'accroître leur effet.
Quarante années plus tard, la voyante, arrivée aux portes du tombeau, termina ses récits par une dernière indication.
Interrogée s'il fallait figurer un serpent sous les pieds d'une statue de la Vierge immaculée, qu'on destinait à sa communauté :
« Oui, répondit- elle, il y avait un serpent d'une couleur verdâtre avec des taches jaunes. »
Le directeur du séminaire, M. Aladel, confesseur de la voyante, accueillit ses premières communications avec une froideur qui s'exprimait parfois en paroles sévères, et il refusa d'y croire. Ce ne fut qu'à la suite de confidences répétées dont plusieurs, telles que les prophéties relatives aux événements de 1830, avaient reçu leur pleine exécution, et d'autres concernant la sécurité de l'institut promise par la sœur, qu'il résolut d'instruire Mgr de Quélen , archevêque de Paris.
Le prélat assurant qu'il ne voyait rien de contraire à la foi dans tout ce qu'on lui annonçait, M. Aladel fit frapper en 1832 deux mille médailles conformes à la description de la sœur Labouré.
Quatre années plus tard, Tabbé Du friche- Desgenettes, curé de Notre -Dame -des -Victoires, entraîné par les récits de la voyante et poussé par une voix intérieure, consacrait sa paroisse à Marie conçue sans péché : il fondait en même temps, dans la même intention , une société qui ne tarda pas à remplir Paris et l'univers du bruit des prodiges opérés par ses prières.
Située au centre d'un quartier commerçant, presque délaissée depuis la Révolution, tellement que son pieux recteur découragé avait songé à l'abandonner et à demander un autre poste, l'église paroissiale de Notre- Dame -des -Victoires se transforma subitement et devint l'un des foyers de dévotion les plus ardents, les plus fréquentés du monde entier.
Placée sous les auspices du « très saint et immaculé cœur de Marie pour la conversion des pécheurs », l'association prit pour emblème la médaille miraculeuse et pour formule de ralliement l'invocation :
a O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui
avons recours à vous! »
A peine connue, l'image céleste avait donné des fruits abondants qui dénotaient son origine et dissipaient les doutes. On la voyait réveiller les croyants,
ramener les incrédules, guérir les malades, aussi bienfaisante pour les corps que pour les âmes.
Mgr de Quélen, dans un premier mandement du 15 décembre 1836, se plaisait à proclamer les grâces qui découlaient de son intercession.
« Nous exhortons les fidèles, disait-il dans le dispositif, à porter sur eux la médaille frappée depuis quelques années en l'honneur de* la très sainte Vierge et à répéter souvent cette prière :
« Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vousl »
L'approbation ne devait pas s'arrêter là.
Le lendemain, 16 décembre 1836, une ordonnance archiépiscopale reconnaissait canoniquement l'association de Notre -Dame -des -Victoires \
Cette double déclaration suivait de près une enquête doctrinale prescrite par le prélat, qui avait duré cinq mois, du 16 février à la fin de juillet, et n'avait pas pris moins de dix -neuf séances.
Deux années après, un bref pontifical de Grégoire XVI, du 24 avril 1838, érigeait l'association en archiconfrérie et lui permettait de s'affilier des sociétés semblables dans toute l'Eglise, en les enrichissant des privilèges spirituels octroyés à la première.
Ravi de cette haute marque de faveur qui récompensait si complètement son zèle et ses efforts , le vénérable archevêque s'empressa de porter le fait à la connaissance de ses ouailles, par un nouveau mandement du 1" janvier 1839, lequel clôture cette première série d'actes préparatoires.
* Observons avec soin, pour relier le présent au passé, que Féglise foyer de tant de grâces fut bâtie au xviic siècle par
Le dogme s'élaborait ; le culte se formait, la dévotion grandissait ; et Téglise Notre-Dame-des- Victoires devenait le sanctuaire béni oii tous les hommages de la terre allaient se succéder aux pieds de la Vierçe immaculée.
La première impulsion de cette genèse ascendante était partie du séminaire des filles de la charité ; elle avait pour fondement indestructible le témoignage d'une religieuse inconnue.
Qui oserait dire que Dieu n'est pas présent et n'agit pas, comme à Lourdes, derrière ce moteur sans puissance ?
Ici comme à Lourdes, une pauvre fille attire l'univers : elle dit une parole , et le lieu où cette parole est répétée ne désemplit pas; de tous les points du globe, on vient se prosterner dans ce lieu, redire cette parole.
Et il se trouve que cette parole entendue, reproduite à Paris est la même que celle entendue , reproduite à Lourdes, et sanctionne, avec des variantes
Louis XIII, en souvenir de ses victoires remportées sur les rebelles protestants avec Taide de Marie, à laquelle le prince reconnaissant consacra dans un vœu solennel son sceptre, sa couronne et son royaume.
Au xixc siècle Marie se montrait reconnaissante de ce double et royal hommage.
Le très beau monument de marbre et bronze élevé par Louis XIV, en mémoire du vœu paternel à Notre-Dame de Paris, existe toujours ; et un des tableaux célèbres d'Ingres retrace l'événement dans la cathédrale de Montauban, qui fut longtemps un des boulevards du protestantisme.
de formes, le même privilège unique de la même créature céleste unanimement invoquée.
Nous sommes, on le voit, au centre de notre sujet, et l'importance du rôle joué par la médaille miraculeuse est si grande qu'elle exige encore quelques détails supplémentaires .
Rayonnante et propice au sanctuaire de Notre- Dame-des-Victoires, la médaille s'était répandue dans tous les pays , en Europe , en Amérique , en Afrique, en Asie. On la trouvait jusqu'aux extrémités de la Chine et deTOcéanie. Le pape, les évêques, les chefs d'ordres l'avaient adoptée avec empressement et en faisaient leur égide bien -aimée.
La définition dogmatique de 1854, les apparitions de Lourdes que sœur Labouré , par parenthèse , connaissait mieux que personne, sans jamais avoir vu les lieux ni lu un récit des faits, vinrent couronner en quelque sorte le triomphe de l'effigie miraculeuse et redoubler sa popularité.
Veut-on connaître approximativement l'ampleur de cette popularité, et savoir dans quelle mesure l'image de Marie conçue sans péché s'est propagée partout?
Les chiffres suivants, conservés par l'histoire, serviront à montrer la force du mouvement qui , sous le souffle maternel de la Vierge, secoue et renouvelle l'humanité.
Depuis le mois de juin 1832 jusqu'en 1842, c'està-dire dans les dix premières années, l'orfèvre* chargé de frapper la médaille commémora tive en a vendu,
* M. Vachette, quai des Orfèvres, à Paris.
ainsi qu'il ressort de ses livres de comptabilité , deux millions en or ou en argent, et dix-huit millions en cuivre.
D'après le même personnage, bon juge dans la matière, rapporte M. Aladel :
« Onze autres fabricants à Paris en ont vendu la même quantité ; à Lyon, quatre autres connus de lui au moins le double; et dans beaucoup d'autres villes, soit en France , soit à l'étranger, la fabrication et la vente sont incalculables. »
La faveur du public et la vente ne s'arrêtant jamais, on peut estimer sans exagération que plusieurs milliards de médailles miraculeuses, ou de l'Immaculée Conception, sont aujourd'hui portées, implorées, bénies, dans toutes les contrées du globe.
C'est ainsi que le Ciel procède quand il veut apprendre et imposer une croyance rédemptrice à la terre.
La rapidité surhumaine des progrès de la croyance issue d'origines et d'agents obscurs devient, avec la divulgation de l'avenir, la marque d'en haut et la preuve de l'intervention divine.
Le rapport adressé à Mîjr de Quélen avait raison d'insister sur cette circonstance :
« La prodigieuse diffusion de la médaille, disait-il, constatée par le témoignage du premier graveur, M. Vachette, et le nombre considérable des exemplaires de la notice , qui s'est élevé en seize mois à cent neuf mille, comme le prouve la déposition de l'éditeur M. Bailly, peuvent être regardés comme une confirmation de l'origine surnaturelle de la médaille. »
Les chiffres relatifs à l'archiconfrérie de Notre- Dame des Victoires vouée au culte de la Vierge sans
tache, et nantie de sa médaille, ne sont pas moins probants.
Chaqiie semaine, les recommandations ou les reconnaissances pour les bienfaits spirituels et temporels sollicités ou obtenus, arrivant de tous pays, montent au chiffre de vingt-cinq ou trente mille , et fournissent chaque année un total de un million et demi.
A la mort du fondateur, survenue en 1860, Tarchiconfrérie de Tlmmaculée-Gonceptiou comptait quinze mille confréries annexes, disséminées dans le monde, et plus de vingt millions d'associés. Ces chiffres n'ont pas cessé d'augmenter. Ils constituent et découvrent une force à laquelle nulle autre de ce genre ne peut être comparée et sur laquelle doivent se briser toutes les forces adverses.
Telle est l'histoire de la médaille miraculeuse, étroitement liée à l'histoire de l'Immaculée Conception et à l'histoire des apparitions de Lourdes. Les trois n'en font qu'une, surnaturelle et visible, toujours en progrès, grâce à l'appui perpétuel de la Vierge.
Prologue pour ainsi dire de la définition , la médaille miraculeuse a fourni l'image et l'exergue, qui devaient populariser le dogme, avant la double déclaration du Vatican et de Lourdes.
Voilà comment le culte de Marie conçue sans péché, établi au milieu de Paris, a conquis en quelques années l'univers ; et comment la révélation de sœur Labouré a produit des échos qui , grossis par la voix de Lourdes, font vibrer toute la terre.
Du cœur immaculé de Marie, l'aspiration et la prière humaine sont montées au cœur sacré de Jésus ; et Paris, chef-lieu politique de l'athéisme mo-
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derne , voit dans ce moment , non sans colère , deux sanctuaires célèbres consacrés à la double dévotion , vaine et ridicule suivant lui, qu'il n'ose entraver et qui suffit, par un dernier miracle, à tenir en échec son incrédulité*.
Les deux cœurs symboliques de la médaille miraculeuse reparaissent de la sorte transfigurés, et ils régnent malgré l'ennemi sur la scène du monde, portant à la fois le signe de la promesse et le signe de sa réalisation.
De tous les faits religieux, présentés dans leur ordre historique à la méditation du lecteur, il résulte que Marie conçue sans péché avait tout ménagé pour assurer le succès de la définition. Pasteurs et troupeaux étaient unanimement instruits, attentifs, émus, électrisés, quand le pontife successeur de Pierre, chef et père de la catholicité, fit entendre son verbe infaillible et décréta le dogme.
« C'est ainsi que tout est suivi dans l'ordre des conseils divins, » dit Bossuet*.
Que si l'on cherche maintenant les motifs de la préférence accordée par la Vierge à l'institut de saint Vincent-de-Paul pour contribuer au jugement réclamé
^ Il est bon de rappeler que l'église de Notre-Dame-de-Lorette , à Paris, qui s'achevait à l'époque dont nous venons de parler (1824-1836), sur l'emplacement du château des Porcherons, siège jadis d'une confrérie établie en l'honneur de Notre-Dame-de-Lorette (1646), aurait été mise sous le vocable de l'Immaculée Conception, d'après le vœu de M«^ de Quélen, si l'on n'avait pas redouté l'état de l'opinion, peu disposée à recevoir le nom et le sens d'une pareille consécration. On ne se doutait pas alors, qu'un demi-siècle plus tard, les progrès de la réaction amèneraient en maints endroits, notamment dans la banlieue de Paris, à Bel -Air et à Glignancourt , au pied de la colline du Sacré-Cœur, la construction d'églises dédiées au même culte.
2 Discours sur l'Histoire universelle.
de tous, on peut, sans parler des droits que les mérites de rinstitut lui valent à de telles faveurs, en trouver une raison dans cette circonstance mémorable que, depuis Torigine de la compagnie, tous ses membres avaient coutume de se vouer solennellement chaque année, suivant l'ordre du fondateur, à Marie conçue sans péché, le jour de la fête de Tlmmaculée Conception et de terminer chaque dizaine de chapelet par la profession de foi suivante :
« Très sainte Vierge, je crois et je confesse votre sainte et immaculée conception pure et sans tache. »
Et nous aurons dans ce dernier trait, capable de justifier le choix de la Vierge, une nouvelle échappée sur les perspectives de l'œuvre et une nouvelle confirmation de la croyance, établie comme les autres vérités de foi, sur des miracles de toute espèce, authentiquement constatés.
Le passage suivant d'un romancier contemporain déjà cité sera un dernier hommage à la médaille miraculeuse et à l'église Notre-Dame -des -Victoires, son sanctuaire vénéré.
f( A quelque heure qu'on y aille, dans un silence absolu , des gens prosternés y prient ; elle est pleine lorsqu'on l'ouvre ; elle est encore pleine quand on la ferme ; c'est un va-et-vient de pèlerins issus de tous les quartiers de Paris, débarqués de tous les fonds de la province, et il semble que chacun d'eux alimente, avec les pièces qu'il apporte, l'immense brasier de foi dont les flammes se renouvellent sous ses cintres enfumés, ainsi que ses milliers de cierges qui se succèdent en brûlant, du matin au soir, devant la Vierge.
« Il n'y a ni piscines, ni services médicaux, ni
guérisons publiques, ni cimes de montagne, ni grotte, il n'y a rien. En 1836, un beau jour, le curé de cette paroisse, Tabbé Dufriche-Desgenettes, affirme que pendant qu'il célébrait la messe la Vierge lui a manifesté le désir que ce sanctuaire lui fût spécialement consacré, et cela seul a suffi. Cette église, qui était alors déserte, n'a plus désempli depuis lors, et des milliers d'ex-voto attestent les grâces que depuis cette époque la Madone accorde aux visiteurs *. »
* En route, par J.-K. Huysmans. Paris, 4895.