‹ L'Immaculée ConceptionChapitre 12 sur 127 · IL ' ' »♦■ ' 1 - • I · texte numérisé non relu

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16 LIMMACULÉE CONCEPTION

être absolue et rtiii des termes nécessaires à Tinimitié fléchit.

Si Marie a été, ne fût-ce qu'un instant, Tesclave, la proie du démon , le démon peut toujours arguer de ce souvenir, se prévaloir de cet antécédent pour railler, défier Marie , et nier sa défaite :

(( Tu m'as été soumise ; tu as comme les autres reçu le stigmate que j'imprime à toute créature de Dieu. De quel droit prétends-tu en purifier le monde et te redresser contre moi? »

L'ironie du démon peut même monter jusqu'au Très -Haut.

Que pèse l'inimitié dont le Très -Haut menace le démon, si cette inimitié commence par la victoire du démon ?

N'y a-t-il pas dans ce contraste matière à moquerie ?

Dieu , au grand jour de la révolte , a condamné le démon , parce que le démon a refusé de servir le Dieu incarné , Fils de Marie ; et Dieu , par une anomalie étrange, consentirait à soumettre au démon la Mère du Dieu incarné, qu'il prétend lui opposer pour punir sa révolte !

Et le démon , de son côté , condamné à vivre pendant quatre mille années dans la crainte et l'horreur de la femme qui doit écraser sa tête, pourrait prendre sa revanche en attendant, et se complaire dans l'idée de tenir la femme sous le joug , à l'heure de sa venue 1

Ces propositions se réfutent d'elles-mêmes.

La situation des deux adversaires exclut toute possibilité de rapprochement : elle rend l'inimitié complète, absolue, sous peine de lui ôter toute chance d'exister.

En nous tenant à ce mot a inimitié >, qui rend bien le fond des choses, il est certain que tous les hommes ont eu un moment d'inimitié avec Dieu et d'amitié avec le démon.

Par nous-mêmes ou par nos parents, nous sommes tous, a dit le savant Rupert, les complices de la rébellion satanique.

Seul, Jésus-Christ, venu pour réparer l'effet de cette rébellion, échappe à la complicité et demeure à l'égard du démon dans un état d'inimitié absolue , qui entraine l'état de grâce absolu.

La Mère de Jésus-Christ participe au même privilège, et les « inimitiés » qui l'éloignent du démon supposent également un état de grâce parfaite.

Les « inimitiés » seront perpétuelles et irréconciliables.

La manière dont l'Esprit- Saint les détermine ne laisse point de doute sur leur caractère , et la réflexion confirme la première impression causée par sa promesse.

Eve ayant contracté une amitié avec le démon et une inimitié avec Dieu, toute la création est troublée par le trouble des rapports de la première Eve avec Dieu.

Pour que la création rentre dans son état primitif, il faut que la seconde Eve sorte de la condition commune , c'est - à - dire qu'elle contracte une inimitié perpétuelle et irréconciliable avec le démon, une amitié perpétuelle et inaltérable avec Dieu.

La situation doit se retourner entre Dieu , le démon , et l'une et l'autre femme.

18 L'JMMACULÉE CONCEPTION

L'inimitié perpétuelle avec le démon appelle Tamilié perpétuelle avec Dieu.

Toute interruption d'inimitié ou d'amitié modifie l'un ou l'autre état et menace la prophétie.

Or le péché originel amène cette double interruption inévitablement.

Donc l'inimitié perpétuelle, irréconciliable avec le démon, et l'amitié perpétuelle, inaltérable avec Dieu, exigent l'absence du péché originel.

L'inimitié perpétuelle demande l'exemption perpétuelle, qui ne saurait exister, s'il y a eu, dans un moment quelconque, péché et amitié par le péché.

C'est en faveur de Marie l'abrogation même du péché originel qui résulte fatalement des prémisses.

Marie est l'ennemie du serpent : tel est son caractère, sa nature, sa raison d'être.

Cette inimitié constitue sa personnalité, explique sa mission, rend possible son œuvre, et, conséquemment, ne peut jamais varier.

Il est permis de pousser plus avant et de tirer d'autres conséquences de l'élection qui rend Marie capable de donner naissance à l'ennemi constant et au véritable vainqueur du serpent.

On distingue trois termes bien précis dans la prophétie primordiale qui est à la base du christianisme et de l'histoire humaine :

« Rétablirai des inimitiés entre toi et une femme. .."n

« Elle écrasera ta tête,., »

« Tu lâcheras de la mordre au talon. »

L'inimitié est formelle , nous venons de le voir.

La victoire de Marie est formelle.

La rage et l'impuissance du démon sont formelles.

Ces trois termes du triomphe de la Vierge ne supposent-ils pas une force supérieure aux ressources humaines y et cette force quasi divine n'impliquet-elle pas une perfection, une sainteté, une grâce également quasi divines?

L'Esprit- Saint dit « une femme », ce qui signifie une femme providentielle , exceptionnelle, unique.

Cette femme unique ne peut être semblable aux autres, misérable et fautive comme les autres.

Dieu ne peut assurer la victoire à une femme déchue comme les autres et soumise au démon.

Que deviendrait son caractère providentiel, exceptionnel, unique? Où puiserait- elle la force nécessaire pour lutter et pour vaincre?

Marie déchue et réhabilitée n'est plus unique.

Elle partage le sort commun. Chacun de nous peut se racheter de la première déchéance et se relever par la grâce, après avoir été abaissé.

Nous ressemblons tous à Marie, qui n'a rien de plus que chacun d'entre nous.

Dieu même n'est plus vengé : il subit au contraire un nouvel échec dans la personne de la seconde femme, et il reste finalement vaincu dans les deux Eves.

Comment la seconde Eve pourra-t-elle écraser le serpent si elle est pareille ou inférieure à la première?

Comment pourra-t-elle régénérer les autres, ^i elle a besoin elle aussi d'être régénérée?

Dieu annonce au démon sa défaite certaine ; vainqueur par une femme, il sera vaincu par une femme.

Comment cette seconde femme, couronnée d'avance de Tauréole du triomphe, viendra-t-elle à bout du séducteur, si elle n'est pas libre à Tégard du séducteur?

Et comment, infectée du venin que Dieu lui ordonne de détruire, trouvera -t- elle le moyen d'obéir à Dieu et de détruire le venin ?

Pour guérir le mal causé par la première Eve , la seconde sera donc à l'abri du mal.

Pour relever l'humanité de sa chute, Marie sera préservée de tomber avec elle.

La femme promise à Adam et à Eve, destinée à réparer les conséquences de leur faute, a dû leur apparaître et doit apparaître à tous leurs descendants, dégagée de cette faute et dans l'état primitif dont tous les coupables sont déchus.

La rédemption surnaturelle dont elle est l'instrument ne pourra s'accomplir s'il y a unité et conformité de bassesse, dans le fond, entre elle et les coupables.

Eve, primitivement pure, n'ayant pu résister au démon, Marie la réparatrice doit, pour abattre le démon, posséder une pureté supérieure même à celle d'Eve innocente.

Résumons- nous :

La femme appelée à renverser l'enfer ne peut commencer par lui être inféodée.

La victoire qui lui est réservée ne peut débuter par sa défaite.

L'esclave du démon ne saurait devenir sa dominatrice.

Imaginez Marie cessant un moment d'être l'ennemie du démon et l'amie de Dieu , c'est-à-dire absolument sainte , innocente et pure ; Marie descend de son piédestal et cesse d'être la femme unique, radieuse et triomphante, que Dieu promet pour délivrer le monde , que le monde attend comme sa libératrice.

Restons devant ces perspectives qui se présentent à première vue.

Ecartons les recherches outrées qui mènent aux raffinements et aux subtilités.

Il n'y a pas seulement deux femmes au paradis terrestre : il y a aussi deux groupes, qui ont pour mères Tune et l'autre femme, et ces deux groupes vont produire la double humanité destinée à se

heurter sans cesse.

Le premier effet de la prophétie qui , dès l'origine , annonce l'histoire à venir et retentit jusque dans l'éternité, fut de constituer ces deux groupes et de les rendre absolument distincts et hostiles.

Le groupe d'Adam et d'Eve dominé par le démon séducteur.

Le groupe de Marie et de Jésus -Christ, montré au démon séducteur et à nos parents coupables, comme le réparateur du mal qu'ils ont commis.

Ces deux groupes personnifient, commencent et terminent toutes choses, c'est-à-dire la terre et le ciel,

la création visible et la création invisible, la vie présente et la vie future.

Maître pour un temps de l'homme qu'il a trompé, le démon devient ce que Thomme devait être, le « prince de ce monde », jusqu'au jour où il sera expulsé du monde par la femme et par son Fils*

La race de Thomme déchu devient la race du démon , jusqu'au jour où elle redeviendra la race de Dieu, par l'intervention de la femme et de son Fils.

Les deux groupes n'existent que pour se combattre, et ils ne peuvent se combattre qu'à la condition d'être opposés et inconciliables.

L'un représente la révolte, le mensonge, le désordre, l'iniquité, la haine, l'anarchie.

L'autre représente l'obéissance, la vérité, l'ordre, l'innocence, l'amour, la paix.

L'un est humain, l'autre est divin.

Le premier est souillé , le second pur ; et il ne faut rien moins que la pureté de celui-ci, pour effacer la souillure de celui -L^.

Entre ces deux groupes, nulle similitude, nulle analogie, nulle confusion, nulle transaction n'est possible.

Les différences qui les marquent sont profondes, radicales, incompatibles, permanentes et définitives.

Pour vaincre et chasser le démon, Jésus-Christ doit être en contradiction complète avec le démon.

La Mère de Jésus-Christ, qui l'aide dans sa lutte et dans sa victoire, pourra-t-elle rompre cette contradiction et donner des gages au démon ?

Toute la question se réduit à ce point décisif et fort simple.

ET LA PROPHÉTIE DU PARADIS TEBUrSUiT, U

La contradiction des groupe» entrairoint ht yuriUi des éléments qui composent chacun d'eux, il «►'^'fi*»iî< que la moindre infraction à Taccord doit yr^n^My^^f le trouble et modifier les chances du ri,uf\ii.

Or Fidentité nécessaire de» éU'in^u^* d»j •^/ot'i groupe amène pour la Mère et le Fil» t;%<r ".*. 'v* mité parfaite de grâces et de \in\n^s qJ. J*^ aM-> " , lant Tun à l'autre, assure le ^mu:"^ d^ l'rji *j^' •> *-• rend la Mère digne du Filî».

Bien plus, dans l'oracle de rf>prii-^<? r • U î* >

se présente au premier rang: le Fil* r,*- -. .*-r.* '--. ■< ;•* ■ * la Mère: la femme domine la ^^uh*.',:. . *' ■ fty ■ • le présent et l'avenir.

Vainqueur par la première ff'rnrfi'' . h- c v.v. /•«•«< vaincu par la seconde femme.

Placée en tête de son grr^uj/^. h ^",f.^\ f* " *• * ne pouvait rien avoir des fî^ihl'---'-» *-♦ <* ;- .^nt de l'autre groupe.

Placée en tête du groupe du hy:.. *,,' -.♦ k. *d'aucune façon se rapprocher du ;;v,- y*- < . r ^

Caractère, destinée, mi^^îon. ip:..*- v^. éloigne.

Confondus un instant. le* d*'»;« '/•%.-/-♦ •> -a- . raient plus guerroyer: et le chr^c d^r-.^r,;^.' ' .-- y /t. t le bien ne pourrait plus sortir du u /, > ♦ « ^ delà chute, le salut de la mine, *;>#»* j,^*> ♦<',<> que le déshonneur de la Mère y^t^z-^K* -^ , :/r • - * et au prestige du Fils.

Toutes ces considération* ne pj^rî^l^^^f-r.* ^ ..-* v-i > démonstration suffisante de niOf.;j^-,* ;r; r;,;*/ . ^ <.* la Mère ?

Désireux de fuir toute controverse qui pourrait embarrasser Tallure de cet ouvrage, nous laisserons de côté les discussions philologiques ou théologiques, soulevées à toutes les époques, sur l'interprétation littérale du texle sacré en question :

« Elle écrasera ta lêle, et tu tacheras de la mordre au talon. »

Qu'il faille mettre le pronom // à la place du pronom Elle y que cette différence entre le texte hébreu et la version latine annonce Tintervention de Jésus- Christ au lieu de l'intervention de Marie , nous croyons qu7/ et Elle, Jésus -Christ et Marie, le Fils et la Mère ont leur part dans la promesse, comme ils ont leur part dans la lutte et le triomphe.

Jésus-Christ a écrasé et il écrase journellement la tète du serpent, en substituant partout son règne au règne du démon ; et pour donner à cette vérité générale la précision historique, nous dirons que Jésus- Christ a écrasé la tête du serpent en substituant le culte du Dieu vivant, créateur et conservateur de toutes choses, au culte de l'homme ou de la bête divinisés; le sacrifice de lui-même au sacrifice de la bête et de l'homme; la chasteté et la pudeur à la débauche publique et à la prostitution sacrée; la liberté à l'esclavage; le droit à la force; la charité et l'amour du prochain au mépris du pauvre et au goût des spectacles sanglants ; la fraternité à la haine native qui armait en tous lieux l'homme contre

ET LA PROPHÉTIE DC PAftADfS TEMLCf^TlLE

rhomme, et ao déchainement des guciic^

doublées souvent de cannibalisiDe.

Commencée dès le premier momenl de 9 t^ quatre mille ans après la |M>o|rfiétie. la fvbftslctioa radicale du règne de Jésos-Chrisl an règne de SMatc. qui a transformé le monde, s'e«t poar?uTie *iua^ interruption, se poursuit so^s m» yeux* et ^ p.'^j*suivra^ selon la même promeaBe* jus<]u à la Lu ô^ temps.

Voilà y en quelques mots, la mi<»îoo ti>i*:ZLyj'yjt et militante du Sauveur qui c jette d-Lor? It y-rizaVi des ténèbres '..., et qui a paru sur la terre p...» ii^ truire les œuvres du dénum '. »

Mais la Viei^e, Mère du Sauveur, ne jv\j*:-4-^^ y^^ un rôle personnel et n'a-t-elle pa* une *^/L:.:j c^v:--^dérable dans le triomphe de son Fil« et l *ny/j.tA'ju du démon? Ne concourt- elle pa«. avec m/ju f.i*. par la chute du même adversaire, au mJ-jI et a ia régénération du genre humain? Sa coopériL'^;, . tw jours réelle, n'est-elle pas principalem^iit i^-J;,> c^:j^ ce siècle? Ses apparitions, ses miracl*-*. î*r^ y-Wn^ nages, les prières qu elle suscite. Ve^yrii de f'>; ^-^>'> répand partout, ne sont-ils pas un auxJlifii^ y..^ sant dans la transformation prédite par ré^T»*>e;/.et.'l du serpent, transformation qui «ç'aecorupi^t ^^jj^ or^^^ au profit de Thumanité?

Enfin la Viei^e, Mère du triomphé^Urur. nV^^^^ile pas la source première du triomphe, et ne do,t-ei;e pas être comprise en cette qualité daij<^ la ^loiî*f 4e

^ S. Jeao, XII, 38.

* Ibid., in, 3.

la délivrance, ainsi que dans rhommage et la reconnaissance du peuple délivré ?

Rien ne semble donc plus facile que d'accorder les deux partis , et de concilier le texte oriental avec la version latine, Tun donnant la lettre, l'autre l'esprit et le sens de la lettre.

On doit ajouter que la femme seule est en scène , et que son hostilité est identique à celle de son Fils.

C'est la femme qui résume l'inimitié, et c'est par la femme que l'inimitié personnifiée en elle vaincra.

Des deux races opposées l'une à l'autre, la race de la femme l'emportera.

« Les promesses, dit saint Paul, ont été faites à Abraham... à l'un de sa race qui est le Christ '. »

Donc la Mère et le Fils , Marie et Jésus - Christ sont associés dans la prophétie, comme ils sont associés dans l'œuvre rédemptrice.

On peut tirer de cette concordance un nouvel argument en faveur de notre thèse, et conclure que la Mère du vainqueur, cause de la victoire , a de tout temps évité les atteintes du vaincu ; sa domination annoncée dès l'origine appelle, consacre son indépendance et son affranchissement.

Cette indépendance, cet affranchissement sont le commencement et la condition même du succès que l'Esprit-Saint lui promet, et qu'elle remporte par son Fils.

Finalement son triomphe atteste, constate sa prérogative; et sans prétendre à la suite de certains

^ Galat. III, 16.

commentateurs que Marie écrase le serpent parce qu'elle échappe au venin, ne peut -on pas soutenir Topinion parallèle, et dire que Marie échappe an venin parce qu'elle écrase le serpent?

Nous n'avancerons rien de plus sur un thème fertile en nuances , qui a provoqué d*interminables dissertations , et nous aborderons un texte plus rapproché de nous.

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