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CHAPITRE III

l'immaculée conception et les autres concordances bibliques

I. Les deux arches : Tarche de salut de ranciennc loi; Tarche de salut de la nouvelle loi. — II. Les deux cités de Dieu : celle de rAncien Testament et celle du Nouveau Testament. L'Arche d'alliance. — III. Nouveaux témoignages tirés du livre des Pro^ verbes et de V Ecclésiastique : union parfaite de la Mère et du Fils, de la femme et du libérateur, qui engendre la dignité suréminente et l'innocence absolue de l'une comme de l'autre. — IV. Symbolisme biblique. Figures allégoriques ou types racontant le passé, prédisant l'avenir, véritables prophéties en action : Jahel, Judith, Esther, trois libératrices d'Israël figuratives de la grande libératrice du nouveau peuple.

L'arche de Noé est, au dire des commentateurs, la première des images symboliques de la Bible figuratives du privilège de la Vierge Marie.

L'analogie parait à la fois simple et naturelle.

Comme Tarche de Noé sauve l'humanité en flottant au-dessus des eaux du déluge sans être submergée , de même Marie a sauvé l'humanité en flottant au-dessus des eaux du mal sans être atteinte.

La première arche préserva le monde de la ruine causée par le déluge.

La seconde arche préserve le monde de la ruine causée par le péché , non moins mortel que le déluge.

Pour servir de refuge au genre humain , Marie a dû surnager au-dessus des flots du mal, ainsi que l'arche de Noé au-dessus des flots du déluge, l'un et l'autre désastre suite fatale de la désobéissance d'Adam.

La première arche est l'arche de salut des anciens temps.

La seconde arche est l'arche de salut des temps nouveaux .

Les deux sont restées intactes devant les assauts de la matière et de l'esprit.

Magnifiquement célébrée dans les Psaumes, la ii cité de Dieu » du prophète David, va nous oflrir, au moyen d'une nouvelle assimilation, un nouvel ordre de déductions. De cette manière le père et le fils, David et Salomon, deux des plus imposantes figures de l'Ancien Testament, apporteront un précieux contingent à la foi de l'Eglise.

A toutes les époques, les docteurs catholiques ont cru que les hommages enthousiastes prodigués par David à la « cité de Dieu », c'est-à-dire à Jérusalem, s'adressaient aussi à la Vierge Marie , et s'appliquaient, dans le sens mystique, à ses privilèges.

Jérusalem est la cité sans égale, la cité sainte.

chérie de Dieu, conçue, élevée, choisie par Dieu pour être sa demeure, son habitation, son tabernacle.

Elle se dresse sur la montagne sacrée de Sion , afin de se rapprocher du Très-Haut. Le Seigneur Ta fondée pour y construire son temple unique, y établir son sanctuaire, y résider et s y complaire.

Or la Vierge Marie est aussi la a cité de Dieu » : elle est sa demeure, son habitation, son tabernacle; le Seigneur a établi en Marie son sanctuaire. 11 Ta élue depuis le premier jour pour résider en elle et s'y complaire éternellement.

Toute la tradition catholique s'accorde , nous le répétons, à comparer les deux cités, et à voir dans la Mère de Dieu la réalité des images symboliques attribuées par TEsprit-Saint à la Jérusalem du prophète.

« Le langage de TEsprit- Saint, dit sur ce sujet un auteur compétent^, s'applique en toute rigueur dans le sens mystique voulu par l'Esprit- Saint à la Mère de Dieu : il exprime avec la dernière exactitude les rapports qui existent entre le Seigneur et l'incomparable Vierge Marie. »

Et, pour prouver son assertion, le savant prélat met en ligne un certain nombre de paroles significatives que nous allons reproduire après lui.

Les mêmes vérités appellent nécessairement les mêmes textes et la même interprétation.

« Un fleuve, dit David, réjouit la cité de Dieu par Vabondance de ses eaux.,. Le Très-Haut a sanc-

* M^ Malou, VImmaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie considérée comme dogme de foi, t. I, p, 224. Bruxelles, 4857.

tifîé lui-même son tabernacle,.. Dieu est au milieu d'elle et la protège dès le matin * . »

Le (( fleuve d , dans le sens littéral , signifie le flot de la population qui , par son a abondance ]» , sa foi , son adoration , sa prière , inonde et « réjouit la cité de Dieu. »

Dans le sens mystique , le « fleuve )> signifie le flot de grâces que Dieu répand sur Marie, et qui « réjouit» le cœur de celle dont l'archange Gabriel dira : « Réjouis-toi, ô toi qui es pleine de grâces, j!)

Le Très -Haut « a sanctifié lui-même son tabernacle », devenu le sein de la Vierge Marie.

Il est « au milieu d'elle » avec elle, dit Tange, et il « la protège dès le matin » , c'est-à-dire dès le commencement.

Sanctification , protection spéciale , ayant pour objet l'édification d'un sanctuaire particulier , idéal , capable de recevoir le Très- Haut, et qui comporte naturellement la pureté parfaite, l'exemption originelle de toute tache, la conception immaculée.

La « cité de Dieu » suggère d'autres similitudes.

« Ses fondements sont posés sur les montagnes saintes ; le Seigneur a aimé les portes de Sion plus que toutes les tentes de Jacob. On a dit de vous des choses glorieuses y ô cité de Dieu! Ne dira-t-on pas à Sion : Un homme et d^autres hommes sont nés dans elle y et le Très-Haut l'a fondée lui-même ^.^^

C'est toujours de la Vierge Marie qu'il s'agit, comme de Jérusalem. i

Son origine est sainte, ses fondements sacrés. Le

* Psalin. XLV, 3.

* Psalm. Lxxxvi, 4.

'riT"

ET LES AUTRES TONCORDANCES BIBUnlES 4i

Seigneur Ta aimée plus qu*il n*a aimé ^on peuple* et les marques extraordinaires de son amour ont provoqué les « choses glorieuses » qu*on ne cesse de publier en l'honneur de la femme élue.

a Un homme > , le Sauveur, FEmmanuel , Toint du Seigneur, est « né dans elle » . entraînant à sa suite des multitudes d*autres homme>, qui forment ^on cortège et qui «c sont nés dans elle j» également.

Et pourquoi, et comment la cité mystique du Seifîneur serait-elle si sainte et si féconde? Pourquoi Dieu l'aurait -il aimée « plus que les tenter de Jacob )!>? Comment le Fils de Dieu, et la nouvelle humanité qu'il enfante, seraient-ils sortis d'elle, et vivraient-ils d'elle en Tacclamant, si elle n'était ya^ éternellement et irréprochablement pure?

Poursuivons :

« Levez ^ vous ^ Seigneur^ pour entrer dans votre f'epos, vous et Varche où éclate votre sainteté. />? Seigneur a choisi Sion; il l'a choisie p^jur sa Jefleure. C'est là pour toujours, il l'a dit, le lieu de ^on repos : c'est là que j'habiterai, parce que Je l'ai choisi*, 9

« L'arche », l'arche de sainteté c'est Marie, quc les Pères comparent non seulement à l'ardie de ^oé, parce qu'elle a sauvé le genre humain du déluge de la corruption universelle, mais encore à 'arche d'alliance, parce qu'elle devient Tin^tiument de la réconciliation de Dieu avec son peuple^

Cette arche est le lieu du repo« du Seigneur : il 1 a choisie et ornée comme il a choisi et orné Sion , dans le but d'en faire sa demeure de prédilection : et

I^Balm. Lxxxi, 8.

la demeure ne saurait répondre aux vœux du Saint des saints, si elle n'est exempte de souillure.

« La sainteté doit être l'ornement de l'otre maison dans toute la suite des siècles^. »

La condition est formelle , et doit être scrupuleusement remplie.

On pourrait trouver matière à de nouvelles et expressives analogies.

« Je suis comme un olivier qui porte des fruits dans la maison du Seigneur ' » , et qui par conséquent est toujours sain.

(( Vous m'avez prise sous votre protection à cause de mon innocence, vous m'avez établie et affermie pour toujours devant vous *. »

« J'ai connu votre amour à ce trait ^ que vous n'avez pas voulu que mon ennemi se réjouisse à mon sujet *. »

« Mon ennemi », c'est le démon, qui, grâce à vous, Seigneur, n'aura aucune raison de se réjouir ce à mon sujet », parce qu'il n'a aucune prise ou action sur moi.

Tous ces passages et d'autres semblables, qu'il serait facile de multiplier, attestent l'élection, la protection, la tendresse constantes de Dieu; ils attestent la pureté, l'innocence , la sainteté constantes de la Vierge , qui la rendent digne du choix de Dieu.

Les meilleurs interprètes ont entendu dans ce sens les textes sacrés , et l'on est forcé de répudier la tra-

* Psalm. xcii, 7.

* Psalm. Li, 8.

3 Psalm. XL, 12, 13.

* Psalm. XL, 12.

ET LES ArTmE5 OV%,3.4|;;.L^-î.- ITIL* • ÎS ♦?

dition catholique <î Voa mt T^tut. i L-f-siîiiTvf irs maîtres. décooTrîr âans ci» •irtcfan.ti-:o? if 1 E^mt-

Saint, uoe nooTelle |»eaTe de? zt*.>»-^ t^ f-rs r Tvr*:c*tives divines de la Vierre Miri-e.

Les deux livres des Pnyrerbes et de IFccl^^i.'^s» (ique présentent des concordances nouvelles, que nous allons e;cposer en continuant de suivre plus la macche des idées et l'importance des faits que la chronologie des documents.

La théologie catholique ne se contente pas d'assimiler la Viei^e Marie à l'Eglise de Dieu et à la cité de Dieu.

Si les points de rapprochement sont nombreux entre Marie et rÉglise. entre Marie et la cité sainte, habitation du Très -Haut, ils abondent également entre Marie et le fondateur de l'Eglise , entre la Mère et le Fils, entre la femme et le libérateur.

Marie et Jésus-Christ, la Mère et le Fils, sont inséparables ; ils ne peuvent exister, on ne peut les comprendre l'un sans l'autre. Ils forment un seul groupe, une seule personnalité morale dont toutes les parties se ressemblent et s'appellent, les attributs, les rôles, la mission, la destinée. L'un et l'autre ont ù combattre le même ennemi, à remplir la même tAche, qui est d'écraser le démon afin de racheter l'humnnité.

L'accord est parfait, et il semble impossible d'imaginer une similitude plus complète.

Dieu lui-même a révélé, sanctionné cette vérité.

Dès le premier moment, la femme et le libérateur apparaissent simultanément aux yeux de Thumanité coupable. Dieu les promet, les prédit à nos premiers parents : nul moyen de les isoler dans la réalité, non plus que dans la pensée ou la parole du Créateur. Dès le début, la femme et le libérateur composent un tout indissolublement lié.

« Marie est associée à son fils comme ennemie du serpent, comme triomphatrice du serpent, identifiée à son fils comme corédemptrice du genre humain * . »

L'association n'est pas moins complète si l'on envisage la célèbre prophétie d'Isaïe *. La Vierge y paraît avant le Fils qu'elle enfante , et leur corrélation s'impose. Ici encore on ne voit en quelque sorte qu'un seul être , destiné à vaincre et à régner pour la paix et la félicité du monde. Appelés à la même œuvre rédemptrice, la Mère et le Fils sont étroitement unis.

Annoncée par les prophéties, l'alliance s'opère par l'accomplissement des prophéties. Sur ce point comme sur les autres, le Nouveau Testament semble la suite, la confirmation, la réalisation de l'Ancien.

Marie est toujours avec Jésus-Christ : elle partage ses luttes, ses efforts, sa passion, son sacrifice. Le libérateur et la femme se touchent perpétuellement par leurs pensées, leurs actions, leurs souffrances souvent pareilles, toujours répercutées.

A travers les angoisses, les humiliations, les dou-

* Mi:' Malou, VImmaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie, t. I, p. 313. Bruxelles, 1887.

• M Une vierge concevra et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel. » Isaïe, vu, 14.

ET LES AUTRES C0\C0RDAV:ES BIBLIQUES Vr>

leurs, comme au milieu des joies, des triomphe!» et des gloires, on les trouve toujours l'un avec Taulpe. Jamais mère et fils n'eurent des points de contact plus éclatants et plus intimes.

Rapprochés depuis le commencement dans It*^ dr^ seins de Dieu ainsi que dans ses p^ome^^es. rfi#>p»'rrint chacun dans sa sphère et dans sa mesure a l l'^r --^ maîtresse de Dieu, c'est-à-dire à rincapn-4t.i n l.i Verbe et à la rédemption de Thomme. on {» -r . -.dure que la Mère et le Fils sont lié^ dan»* •• ." ,* -^ pour Téternité.

On ne peut les séparer ni sur la tf-v?- .. - « Dieu, dit Bossuet, forme la Li-r.-..- - - - Marie pour nous représenter pi .**...' - .

Christ qu'il devait envoyer hier/ '/ -^ ". ^ tous les plus beaux traits en '^ >• . ' -• être sa mère...

« Dieu, en créant ce divin ^ 1-- : • - avait sa pensée en Jésus -C;.r - < . que pour lui '. Christus r'^':'^ -. * f ... Il nous fait d^jâ ;;*<•> - nativité de Marie, un J-v ---'., -.► - .« parler de la sorte. »jr. J- -.--'. • .expression vive e*. :*<.•'.• v* k ^ • nies. Chrisias roy '^:^.. * ,. .

Le génie «c^l**: < .: - ^ -> réalité des ch--^*- i*»- •,• >- *.

€ un Jé^Oi'Ci'-- -':>> . -

vive et n;«* -r»r.j*: v »-? ^- •*- El c'eî4 *n. av-'' . '-• -^ -

cette union parfaites que TEglise a pu appliquer légitimement à la Mère ce que FEsprit- Saint a dit du Fils, et reporter sur Marie les passages bibliques concernant la sagesse éternelle de Jésus-Christ.

a Le Seigneur m^a possédée au commencement de ses voies. Avant qu'il créât aucune chose, fêtais. J'ai été établie dès l'éternité et dès le commencement, avant que la terre fût créée *. »

(c Je suis sortie de la bouche du Très-Haut; je suis née avant toute créature... Celui qui m'a créée a habité dans mon tabernacle... J'ai été créée dès le commencement avant les siècles, et je ne cesserai point d'être dans la suite des âges... J'ai été ainsi affermie dans Sion; j'ai trouvé mon repos dans la cité sainte... Je suis la mère du bel amour et de la sainte espérance... En moi est toute grâce de la Voie et de la Vérité, tout espoir de la Vie... Je réunis en moi les parfums les plus purs *. »

Tous ces textes sont catégoriques.

Marie, assimilée à la sagesse divine, est « sortie de la bouche du Très-Haut... dès le commencement. » Marie, première des créatures, a précédé tout ce qui fut créé.

Si Marie est la première dans Tordre des desseins éternels, ne sera-t-elle pas la première dans Tordre des mérites? a En moi est toute grâce de la Voie et de la Vérité , tout espoir de la Vie » ; et si elle est la première en grâce, en vertu, en sainteté, si elle porte en elle la « voie, la vérité... et Tespoir de la vie », comment pourrait -elle être déchue, fautive,

* Prov. VIII , 24-25.

» Eccl. XXIV, 5, 12, 14, 15, 24, 25.

ET LES iCTLLf ' *ii^4ii-x.«^ JU

infirme, souillée, et ;« mort?

On se henrte sii* i-r-^^ i à la même coiitrr:..if.a « ^ on arrive par s^^'r & j& srfiif^

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chère à Diea. -u -r-.*^ .--r- Dieu . la i^^^JLnr i** 7. «raurait -fl pri=* -ur -Irquand Marîr v- «iâj r..-:- ^ — Dieu avait r*^--. -î-i .«r.,;-^ • -:

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Dieu, qrîi a c jo*— r^r f ^C<v»"j*: <il • •".«iinj-m *ment >. ne l'a 'yifzi:^^ nsîeu^jt.n.^'^ ^ ux «...*-.

Marie, qui a V.*^./r.7* ^z.i^^fr.^ji ^ l^'j-t x k ^

pu appartenir à un rival qui n'était pas, quand elle vivait dans la plénitude des grâces et des complaisances divines.

Assimilée au Verbe par TEglise, Marie ne peut être dans le sein du Père, que sainte et pure comme le Verbe, ressemblance qui coupe court à toutes les diffficultés et à toutes les hésitations.

L'assimilation , à la vérité , ne porte pas sur chaque point. La Mère n'est pas éternelle, comme le Fils; elle n'est pas infinie; elle n'est pas égale au Père, consubstantielle avec le Père; mais, associée au Fils dès l'origine dans l'œuvre de l'Incarnation et de la Rédemption , elle échappe à tout rapprochement avec les autres créatures, et spécialement avec les créatures déchues.

En interprétant de la sorte les Proverbes et l'JE'cclésiastiquey l'Église, qui ne peut errer, a donc toujours reconnu implicitement le privilège de Marie.

L'innocence de la conception de la Mère de Dieu sur la terre rappelle l'innocence de la conception du Fils de Dieu dans le ciel; et cette parité bannit forcément, sous peine d'outrager à la fois le Fils et le Père, ridée même de faute.

a Au milieu des âmes, Dieu l'exalte et la rend admirable dans la plénitude de sa sainteté.

a. Au sein de la multitude des élus sa gloire éclate : elle est bénie entre tous les bénis *. »

L'ange Gabriel ne s'exprimera pas autrement que l'Esprit-Saint , pour attester la supériorité sans rivale et la pureté sans tache de la Vierge.

* Eccl. XXIV, 3-4.

L'Eglise^ il faut le répéter, a toujours donné aux paroles mystérieuses du livre divin le sens spirituel que nous venons d'établir, préparant ainsi Tavènement du nouveau dogme.

Le symbolisme de la Bible , qui est un des fondements de notre foi et de nos doctrines, s'exprime de deux manières : ou par l'analogie des paroles et des faits, comme nous venons de le voir, ou par l'analogie des figures, comme nous allons le démontrer.

Certains personnages de l'Ancien Testament sont des précurseurs caractéristiques et des portraits anticipés d'autres personnages du Nouveau Testament.

Ces figures représentatives s'appellent types^ et forment , ainsi qu'on l'a dit , de véritables prophéties en action. Dieu s'est découvert à nous par des paroles, des faits, des personnes préparatoires de paroles, de faits, de personnes qui devaient suivre, et qui sont contenues dans leurs prémisses.

De cette manière, l'Ecriture sainte raconte à la fois le passé et prédit l'avenir.

La parole qu'elle rapporte, le fait qu'elle retrace, la personne qu'elle met en scène, sont le mémorial de ce qui fut et l'annonce de ce qui sera. Son langage a une double signification : il fixe ce qui est arrivé , et dévoile ce qui va arriver.

Le type est en quelque sorte l'expression du double

fait ou du double personnage , passé et futur, qu'il a

pour mission de rappeler et de révéler du même coup.

C'est ainsi que l'Ancien Testament devient l'image du Nouveau , et que les deux se joignent pour créer le terrain et marquer la voie menant à l'autre vie.

Les Pères, les docteurs, les saints, sont unanimes à reconnaître et à proclamer ces similitudes, bases de notre croyance. Elles se retrouvent dans les monuments des vieux âges. Les découvertes des Catacombes , où les premiers chrétiens ne s'exprimaient que par des signes et des formules à double entente , sont venues donner à la tradition catholique une force nouvelle.

Toujours, partout, les fidèles ont communiqué entre eux au moyen d'un langage symbolique, qui relevait et montrait dans le premier Testament les vérités du second.

Le type disparu incarnait et désignait la figure présente. L'identité est souvent si forte, qu'on a pu parler du « sens chrétien » * de l'Ecriture précédant le christianisme.

Il est aisé de multiplier et d'étendre les preuves :

L'agneau pascal est le type du nouvel Agneau, Jésus-Christ, immolé pour le salut du monde.

La manne, qui a nourri matériellement les Hébreux, est le type du pain eucharistique qui nourrit spirituellement les enfants de l'Eglise. Notre -Seigneur lui-même a comparé Tune à l'autre.

Auparavant, le sacrifice d'Isaac avait été le type du sacrifice de Jésus-Christ.

L'élection de Jacob, primant son frère aîné, avait

* Cardinal Thomasius.

ET LES AUTRES CONCORDANCES BiBUQL'ES Si

été le type de Télection des Gentils prenant la place des Juifs, aines du genre humain.

Ces prophéties en action se manifestent plus particulièrement, nous l'avons dit, par des figures allégoriques.

Ainsi la tradition salue dans trois femmes célèbres de la Bible, unies entre elles par des concordances frap* pantes, le symbole prophétique de la Yiei^e Marie.

Ces trois femmes sont Jahel , Judith , Esther.

Toutes les trois ont été des libératrices d'Israël, et à ce titre elles prédisent et représentent la grande libératrice du nouvel Israël , qui est la Viei^e Marie.

L'idée vitale du peuple juif étant, on le sait, l'idée de sa délivrance et de son règne par le Messie , il ne faut pas s'étonner si les personnages bibliques , premiers auteurs des délivrances partielles de leur race, ont acquis aux yeux de leurs contemporains et de leurs descendants une gloire inaltérable.

Il ne faut pas s'étonner si le peuple chrétien , averti par le spectacle d'une multitude de traits analogues, voit à son tour, dans les bienfaitrices populaires du peuple juif, la figure et l'annonce de sa bienfaitrice spéciale.

Jahel délivre Israël du joug du roi Jabin, en perçant d'un clou la tête de Sizara, son général, qu'elle trouve endormi dans sa tente.

Judith délivre Israël des attaques de Tarmée du roi Nabuchodonosor en tranchant la tête d'Holopherne , son général, qui allait prendre Béthulie.

Esther délivre Israël des machinations impies d'Aman , en le faisant condamner par le roi Assuérus à la place de son oncle, Mardochée.

Ces trois faveurs insignes , accordées au peuple juif par Dieu à l'aide de trois femmes choisies, sont des prophéties en action de la faveur divine , qui , à l'aide d'une quatrième femme supérieure aux trois autres, délivre l'humanité du joug du démon et lui rouvre le ciel.

Par leur vertu, par la beauté de leur corps, emblème de la beauté de leur âme , autant que par l'héroïsme de leur acte sauveur, Judith et Esther principalement, font entrevoir la vertu, la beauté, la sainteté de la Vierge rédemptrice.

Judith reste pure et triomphe d'Holopherne ;

Marie reste pure et triomphe de Satan.

L'une tranche la tête, l'autre écrase la tête de l'ennemi du peuple élu.

Saint Grégoire le Grand trouve expressément dans Judith le type de la femme prédite au paradis terrestre qui doit abattre le serpent , comme Judith abat la tête d'Holopherne ; et l'histoire de la veuve de Béthulie est, aux yeux de l'illustre docteur, une confirmation en même temps qu'une ébauche de la première prophétie biblique, image intermédiaire, dit-il, qui projette une vive lueur sur le fait de la promesse et sur le fait de son accomplissement.

Le type d'Esther est encore plus expressif.

Esther brille par la plénitude des attraits qui lui assurent le cœur de son époux ;

Marie brille par la plénitude des grâces qui l'attachent à son Époux mystique.

L'intercession des deux femmes privilégiées est décisive pour le peuple opprimé.

Esther est mise par le roi de Perse au-dessus de tous ses sujets ;

Marie est mise par le Roi du ciel et de la terre au-dessus de toutes les créatures.

L'une et Tautre sont substituées à deux femmes déchues en punition de leur révolte ou de leur orgueil : Esther à Vasthi, première femme d'Assuérus; Marie à Eve, première fille de Dieu.

Le roi condamnait à mort tous ceux qui passaient sans son ordre le seuil de son palais; il fit une exception en faveur d'Esther.

Dieu avait condamné à la mort éternelle tous les enfants d'Adam contempteur de ses commandements ; il fit une exception en faveur de Marie, et pour plaire à l'une et à l'autre épouse de prédilection, le roi et Dieu octroient le pardon à leur race.

La concordance figurative éclate dans le dialogue des époux :

« Si J'ai trouvé grâce devant vos yeux y 6 mon roi, dit Esther à Assuérus, et si cela vous est agréable^ donnez-moi mon ame pour laquelle je vous prie *. »

Et Assuérus répond :

« Ne craignez point , vous ne mourrez point : la loi de mort n'est pas faite pour vous y mais pour tous les autres *. »

La « loi de mort », c'est la loi du péché, qui n'est pas faite pour 1' « âme » de Marie, représentée par Esther; « mais pour tous les autres » dont le roi a séparé Esther, et dont Dieu a séparé Marie.

Tous les interprètes , et après eux Mgr Malou , qui

* Esther, vu, 3.

« Ibid. XV, 15.

84 LIMMACULÉE CONCEPTION

les résume, insistent à plaisir sur ces ressemblances. Elles ajoutent un nouveau lustre à la couronne de la Vierge Marie, en montrant dans les femmes renommées de l'Ancien Testament un exemple symbolique de la vertu réparatrice, dont elle devait offrir le modèle achevé.

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