‹ L'Immaculée ConceptionChapitre 19 sur 127 · CCI · texte numérisé non relu

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^mplil dans Vonlre temporel . à l'égard de tion , un rôle pareil au rôle de Dieu le Père __ ,r^ éternel. Mère du Verbe incarné comnie

^'•^ î. '"'^ l^m Père. Marie constitue ici-bas avec Dieu »^ -.5-^* j., fomiUe du FUs. En d'autres termes, Marie

façon visible sur la terre , relativement à h ^■9. '*-'* i^ Verbe et à son œuvre dans l'humanité. -»-*"» -Ci€?u le Père est d'une façon invisible au ciel, is^**^^ ^ ^ avait un Père céleste; il avait en se iésatit «.J"-**^-r *''*', Mère terrestre : le Père et la Mère se

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trouvent naturellement unis pour veiller sur le Verbe fait chair, leur commun Fils. Mère du Fils de Dieu ^ Marie touche par le fond de son être au Père du Fils de Dieu.

Ecoutons sur ce point Bossuet :

Dieu « a ordonné que Jésus- Christ fût à vous ^ô Marie) en la même qualité qu'il lui appartient; et pour établir avec vous une société éternelle, il a voulu que vous fussiez la Mère de son Fils unique et être le Père du vôtre. O prodige! ô abime de charité 1 quel esprit ne se perdrait pas dans la considération de ces complaisances incompréhensibles qu'il a eues pour vous depuis que vous lui touchez de si près par ce commun Fils, le nœud inviolable de votre sainte alliance, le gage de vos affections mutuelles, que vous vous êtes donné amoureusement l'un à Tautre : lui plein d'une divinité impassible; vous revêtue pour lui obéir d'une chair mortelle *. »

Faut -il aller plus loin?

Qui ne voit que de telles affinités éloignent et rendent impossible toute intrusion de l'ennemi, dont le moindre danger serait de séparer la Mère du Père, et par suite de détruire leur union ?

Comment le Père , choisissant Marie pour devenir ici-bas la Mère de son Fils, ne lui aurait-il pas octroyé les légitimes attributs de cette glorieuse maternité? Comment ne l'aurait-il pas rendue digne ^e son intime collaboration? Associée au Père, afin ^® nianifester le Verbe , Marie doit être à la hauteur

bossuet, Troisième sermon pour la fête de la Nativité de la ^^inte Vierge.

de sa fonction unique. Dieu le Père, ne mettant pas en quelque sorte à son niveau , par le don d'une sainteté complète et d'une innocence immaculée sa coopératrice , la Mère de son Fils , aurait fait à son Fils et à lui-même une offense impossible à concevoir.

Tous les docteurs favorables à la cause de l'Immaculée Conception ont jugé de la sorte ce point fondamental , et ils sont partis de là pour proclamer la perfection et l'innocence primitives de Marie.

« Se pourrait -il bien faire que Dieu aurait voulu abandonner au diable, quand ce n'aurait été qu'un moment , ce temple sacré qu'il destinait à son Fils , ce saint tabernacle où il prendra un si long et si admirable repos, ce lit virginal où il célébrera des noces toutes spirituelles avec notre nature *? »

L'origine de la Mère devait être proportionnée, non seulement à la majesté du Fils, mais à la majesté du Père qui l'attirait à lui comme une aide, pour accomplir l'Incarnation.

Autant qu'une créature peut ressembler au Créateur, Marie, chargée de remplir conjointement avec le Père une si prodigieuse mission, devait représenter les traits divins indispensables à l'œuvre commune, c'est-à-dire une blancheur idéale que rien n'a jamais pu ternir.

La première condition de sa maternité était la pureté sans tache, qui seule permettait à Marie de monter jusqu'au Père, pour travailler avec lui sur la terre à l'œuvre surhumaine préparée au ciel par le Père de toute éternité.

' Bossuei, Premier sermon pour la fête de la Conception de /a Mainte Vierge,

Des rapports de Marie avec le Père à ses rapports avec le Fils la transition est logique.

Si l'un de nous, a-t-on dit, avait la faculté de choisir sa mère et de la doter à son gré, de combien de grâces et de vertus ne Tornerait-ii point? Quelle perfection morale ou physique un fils, préexistant à sa mère et tout -puissant, pourrait-il lui refuser?

N'est-ce point la situation exacte du Fils de Dieu envers sa Mère? Et l'énoncé de cette vérité ne suffit-il point à révéler toutes les grandeurs de Marie ?

Le Fils de Dieu vit de toute éternité; il a choisi sa Mère dès le commencement ; il Ta aimée d'un amour que fils n'égala jamais.

A-t-il pu lui dénier précisément la qualité primordiale , en d'autres termes , la pureté originelle qui la rendait digne de son amour, et sans laquelle son amour n'aurait pu s'épancher?

Le Verbe éternel , qui a créé sa Mère , l'a créée à son image ; il l'a créée de telle sorte que, ressemblant à sa Mère, lui-même trouve en elle son type de perfection. Les enfants ressemblent aux parents ; le fils qui veut être parfait rendra, s'il le peut, sa mère parfaite , en la comblant de toutes les grâces capables de la rendre semblable à lui.

Le Verbe éternel a paré sa Mère de toutes les beautés qu'il voulait réaliser, afin d'en faire le modèle anticipé de ses splendeurs.

a Que servirait à Marie, s'écrie Bossuet, d'avoir un Fils qui est devant elle et qui est Tauteur de sa naissance, s'il ne la faisait naître digne de lui? Ayant à se former une mère, la perfection d'un si grand ouvrage ne pouvait être portée trop loin, ni ne pouvait être commencée trop tôt; et si nous savons concevoir combien est auguste cette dignité à laquelle elle est appelée, nous reconnaîtrons aisément que ce n'est pas trop de l'y préparer dès le premier moment de sa vie *.

€ Je vois, dit le grand orateur se complaisant dans les perspectives qu'il découvre, je vois le Fils de Dieu, le Verbe éternel qui vient lui-même consacrer son temple et l'enrichir de trésors célestes avec une profusion qui n'a pas de bornes; parce qu'il veut, ô bénite enfant dans laquelle notre bénédiction prend son origine, il veut que vous naissiez digne de lui et qu'il vous serve d'avoir un Fils qui soit l'auteur de votre naissance ; quel esprit ne se perdrait pas dans la contemplation de tant de merveilles*!... »

Un grand théologien et un grand saint a formulé des considérations d'une autre espèce.

Saint Thomas de Villeneuve enseignait que la parole de Dieu , au paradis terrestre : « 11 n'est pas bon que l'homme soit seul ; faisons-lui une aide semblable à lui, 9 doit s'entendre, non de la première Eve, qui conduit le premier Adam à sa ruine, mais de la seconde Eve, qui fut toujours pour le second

* Bossuet , Premier sermon pour la fête de la Nativité de la sainte Vierge.

' Bossuet, Deuxième sermon pour la fête de la Nativité de la sainte Vierge.

Adam une aide attentive et propice. Dans sa naissance , son exil , ses voyages , ses prédications , sa passion, Marie suit, protège, assiste Jésus, se réjouissant, souffrant et triomphant av^c lui.

« ...Rien n'a été fait sans le Fils de Dieu, et rien n'a été refait sans la Mère de Dieu, x> avait dit un autre saint ^ qui exprimait la même idée d'une vive façon , et tirait de l'analogie des œuvres la convenance des ouvriers.

Voilà « l'aide semblable )» que Dieu s'est préparé de toute éternité, afin d'en faire sa demeure, son temple vivant, son tabernacle inviolable et sacré, depuis les fondements jusqu'au faîte, c'est-à-dire depuis la conception jusqu'à son assomption.

Et si nous devons mesurer les faveurs du Fils toutpuissant à l'amour qu'il ressent pour sa Mère , quelle limite oserons-nous fixer? Comment pourrons -nous supposer que les dons ne remontent pas au privilège initial, arrachant la Mère au démon pour la réserver tout entière au Fils?

Restée sujette du démon, la Mère échappait au Fils et devenait son ennemie.

Nous nous heurtons sans cesse à la même énormité contre laquelle tout proteste.

Il y a plus.

Marie, esclave de Satan, ne pouvait enfanter Celui qui venait combattre Satan.

Portant le sceau de la malédiction , Marie ne pouvait enfanter Celui qui venait rompre les effets de la malédiction .

Créée spécialement pour donner Dieu au monde

* Saint Pierre Damien, Serm, de Annunt,

et par Dieu la vie au monde, Marie ne pouvait faire obstacle à Dieu par sa dégradation , ni donner la vie au monde par la porte de la mort.

En intervertissant les rôles nous arrivons aux mêmes conséquences inadmissibles.

Jésus-Christ , envoyé du Père pour détruire ou restreindre le royaume de Satan, et ramener au Père rhumanité déchue, eût semblé, par suite de sa filiation temporelle, dans l'hypothèse du péché de sa Mère, soumis en elle pendant un temps à la déchéance qu'il venait relever, au péché qu'il venait effacer, au démon qu'il venait abattre.

Jésus-Christ, Rédempteur et Sauveur, eût semblé lui-même, par un contre-coup naturel, atteint de la corruption qu'il voulait guérir, s'il n'en avait préservé totalement sa Mère.

Jésus-Christ, l'oint du Seigneur, aurait porté la marque de Satan, puisqu'il tirait sa chair, son sang et sa vie d'une mère conçue esclave de Satan.

Fils d'une mère souillée, il aurait subi les effets de la souillure.

Ces déductions blasphématoires, que provoque la négation du privilège de Marie, suffisent à sauvegarder en même temps l'honneur de la Mère et l'honneur du Fils, inaccessible d'ailleurs à la souillure.

Il faut examiner les choses sous un autre aspect.

« Croyons, ajoute le guide immortel qu'il ne faut pas se fatiguer de suivre sur le terrain difficile où nous sommes, croyons que le Fils de Dieu a fait quelque chose de particulier en la Conception de

Marie, puisque cette Vierge est choisie pour coopérer par une action particulière à la conception de Jésus...

« La conception du Sauveur a une influence secrète qui porte la grâce et la sainteté sur celle de la sainte Vierge *. »

La conception de Marie est le commencement et le prélude de T Incarnation , puisqu'elle est Torigine et la base de la conception du Christ. La chair du Fils est contenue dans la chair de la Mère, et elle ne forme avec la chair de la Mère qu'une seule et même chair.

Le fait est physiologiquement exact et la foi se borne à confirmer une vérité naturelle*.

Les deux conceptions s'effectuent sous Tinfluence du Saint-Esprit, qui, annonçant la première, opérant la seconde, ne peut faire moins que de les mettre à Tunisson, afin de les préparer à leur rôle commun , en donnant à la Mère une sainteté analogue à celle du Fils, sinon pour l'intensité, du moins pour la durée. Jointe à son Fils par la substance, la Mère du Christ ne saurait être infectée quand son Fils reste sain.

^ Bossuet , Deuxième sermon pour la fâte de la Conception de la tainte Vierge,

* La similitude est si frappante, que des saints Pères ont osé dire que TEucharistie nous offrait en nourriture la chair de la vierge Marie.

« Le Sauveur, dit saint Augustin (in Psalm. xci, ap. Contenson) écho de beaucoup d^autres, a pris sa chair de la chair de Marie, et il nous donne à manger, pour notre salut, la chair même de Marie. »

Les deux corps, destinés au même miracle de vivifîcation, doivent commencer successivement d*une façon miraculeuse.

On peut soutenir, d'un autre côté, qu'un mère impure ne peut enfanter un fils pur, et qu'un fils pur ne peut naître d'une mère impure.

L'union entre la mère et le fils est si intime , qu'elle suppose une source d'une égale limpidité.

La condition, la destinée semblables de la mère et du fils exigent une vertu semblable et protègent le fond primitif de la mère.

Rien ne va, nous le répétons, contre ces vérités naturelles.

Le feu purifie l'âme des saints jusqu'à ce qu'elle soit en état de s'unir à Dieu.

Le Saint-Esprit a d'avance purifié Marie pour la mettre en état de s'unir à Jésus-Christ.

Sans cette purification préalable, Marie n'eût pas été capable de devenir la Mère de Dieu, et tout le plan de la création aurait été troublé.

Centre de tout dans la création conjointement avec Jésus-Christ, coopératrice de l'Incarnation, de la Rédemption, du christianisme et de l'Église, Marie devait présenter un fond sans faiblesse, sans lacune et sans vice.

Et de même qu'on ne peut s'arrêter à l'idée que l'humanité du Sauveur, sanctifiée par sa divinité, a été un instant esclave du péché et soumise au démon, de même on répugne à la pensée que la Mère du Sauveur, sanctifiée par sa maternité divine, a pu, dans un instant quelconque , subir la honte dont l'humanité de son Fils était exempte.

Donc la conception de Marie brille d'un éclat précurseur.

C'est l'aube radieuse du soleil de justice.

Interrogeons encore Bossuet, qui de sa voix souveraine va montrer la route et nous conduire au but.

Chaque fois qu'il parle de la Vierge immaculée dans ses admirables discours destinés à instruire tous les âges, Bossuet revient à son thème favori, faisant jaillir.la gloire sans tache de la Mère de 1' n alliance ï> avec son Fils et de la « munificence » de ce divin Fils.

La contemplation de <( tant de merveilles » lui inspire par moments ces sublimes apostrophes qui portent l'auditoire jusqu'aux sphères d'en haut :

oc O bénit enfant..., Quand votre Mère fut conçue, vous la regardiez du haut des cieux...; mais vousmême vous formiez ses membres; c'est vous qui inspirâtes ce souffle de vie qui anima cette chair, dont la vôtre devait être tirée. Ah! prenez garde, ô Sagesse éternelle, que dans ce même moment elle va être infectée d'un horrible péché : elle va être en la possession de Satan ; détournez ce malheur par votre bonté, commencez à honorer votre Mère, faites qu'il lui profite d'avoir un Fils qui est devant elle ^ ! »

L' (( horrible péché » qui fait frissonner l'orateur va-t-il contaminer la chair dont la chair divine naîtra?

Le « malheur », qu'il prie la « Sagesse éternelle » de détourner, tombera-t-il sur la Mère du Fils créateur qui précède et forme sa Mère?

Lui-même, Bossuet, va répondre :

« Non, non, ne le croyez pas, chrétiens, que la corruption générale de notre nature ait violé la pureté de la Mère que Dieu destinait à son Fils unique. »

* Bossuet, Premier sermon pour la fête de la Conception de la tainle Vierge.

Et encore :

. « Que la conception de la Mère de Dieu ait eu quelque privilège extraordinaire, que son Fils tout puissant Tait voulu préserver de cette peste commune qui corrompt toutes nos facultés, qui gâte jusqu'au fond de nos âmes, qui va porter la mort jusqu'à la source de la vie : qui ne le croirait , chrétiens * ? »

Bossuet est tellement frappé des incompatibilités de la maternité divine de Marie avec la « peste commune » de l'humanité, qu'il les relève et en fait justice dans deux autres circonstances mémorables.

a Et si Jésus-Christ prend les sentiments d'homme, peut-il oublier ceux de fils, qui sont les plus naturels et les plus humains? Il a donc toujours aimé Marie comme mère, il l'a considérée comme telle dès les premiers moments qu'elle fut conçue. Et s'il en est ainsi, chrétiens, peut -il la regarder en colère? le péché s'acordera-t-il avec tant de grâces, la vengeance avec l'amour, l'inimitié avec l'alliance*? »

Finalement :

« Je veux croire avec vous, Messieurs, qu'elle n'a jamais eu de péché, elle qui, comme le dit Pierre Chrysologue , était engagée au Sauveur Jésus et marquée pour lui par le Saint-Esprit, dès le premier moment de son être *. »

Un grand évoque contemporain n'a pas craint

* Bossuet, Premier sermon pour la fête de la Conception de U sainte Vierge,

* Bossuet, Deuxième sermon pour la fête de la Conception de la sainte Vierge,

^ Bossuet, Troisième sermon pour la fête de la Conception de la sainte Vierge.

d'aborder le mystère au point de vue physiologique.

« Quand on réfléchit, dit Mgr Parisis, à l'union intime qui existe entre un enfant et sa mère, à celte communauté de vie qu'ils ont ensemble tant que la naissance de Tenfant ne les a pas séparés ; et quand ensuite, contemplant le mystère adorable qui s'est consommé dans le sein de Marie , on se dit que pendant neuf mois la personne divine, dont cette Vierge sainte était la mère , a vécu de sa respiration , de son sang, de sa vie, et que pour cela même Marie a pu, dans la sublimité de son privilège, dire au Fils de Dieu comme Dieu le Père : Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui; alors on se demande s'il est possible que ce souffle, que ce sang, que cette vie aient été, même pour un instant, souillés par le péché * . »

L'union substantielle de la Mère et du Fils , autant que leur collaboration spirituelle, rend cette anomalie inadmissible.

« ...En effet, continue Mflr Parisis, comme Dieu est essentiellement antipathique au péché, il était impossible qu'un péché quelconque atteignît même le plus légèrement l'humanité, à laquelle Dieu avait fait Thonneur ineffable de l'unir en lui-même à la Divinité. Or n'est-on pas en droit de conclure qu'une

impossibilité non pas identique, mais semblable en quelque sorte, doit se trouver en Celle qui a été si intimement, si merveilleusement, si parfai-

* Démonstration de l'Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, par M»' Parisis, évèque de Langres, p. 22. Paris, 4849.

tement unie à la Divinité par la maternité divine ' . » « Jésus-Christ , dit TApôtre , a été complètement séparé, non seulement du péché, mais du pécheur, segregatus a peccatoribus*. »

* Mp" Parisis, loco citato, p. 23.

Un prêtre toulousain, connu par ses œuvres relig^ieuses, a délicatement exprimé la même pensée dans un hymne à la Vierge immaculée y couronnée par Tacadémie des Jeux floraux , avant la définition du dogme.

Eh quoi! pour relever le corps d'un Dieu sauveur, Une femme parut entre toutes bénie; Le cœur de THomme-Dieu se forma dans son cœur. Dieu respira son souffle et vécut de sa vie ; De son sein virginal Dieu passa dans ses bras ; Son lait, d'un Dieu naissant fut Tunique breuvage; Dieu, de ses jeunes mains, caressa son visage, Et sur ses pas bientôt régla ses premiers pas; Us vécurent trente ans ignorés de la terre , Soumis aux mêmes lois sous un même soleil; Du chevet de Tenfant au chevet de la Mère, Le même ange pouvait abriter leur sommeil ;

Et de Satan , un jour, elle eût été victime ! Esclave de Tenfer!... et le souffle du crime Aurait flétri ce lis, berceau du pur amour! Et, lorsque du serpent elle écrasait la tète. Le serpent, oi*gueilleux jusque dans sa défaite, Aurait pu rappeler ce triomphe d'un jour!... Non, non, du Roi des rois épouse bien -aimée, Bannis la crainte, Esther, de ton âme alarmée; Règne, d'Assuérus le sceptre est dans ta main. Est -ce toi qu'atteindrait la terrible sentence? Dieu t'appela sa Mère , et de ton innocence Ce titre est un gage certain.

Remontant aux origines du dogme, le poète, dans la même pièce, avait dit excellemment :

Lui, venir parmi nous!... sur la terre coupable, La mort étend partout son empire odieux; Où serait le berceau de ce Verbe adorable?... De ta conception le mystère incfTable, O lis immaculé, se dévoile à mes yeux.

Oui , dès que TÉternel eut prononcé l'oracle ,

Salut du genre humain , Du Sauveur à venir auguste tabernacle,

Tu jaillis de sa main.

* Épître aux Hébreux , vu , 26.

La Mère sera- 1 -elle séparée du Fils et confondue dans la masse commune?

Achevons par quelques mots ces diverses propositions.

Le Verbe de Dieu, descendant sur la terre viciée et se mêlant à Thumanité déchue, pour la relever jusqu'à lui , a dû nécessairement se réserver un point immaculé, où il pût se faire chair et inaugurer Tœuvre réparatrice.

Et d'autre part, la Femme unique, la créature choisie pour coopérer à la fusion et au relèvement, devait être absolument pure, afin de pouvoir s'unir au Verbe incarné dans l'œuvre réparatrice.

Ces deux êtres , collaborant au même but , devaient se ressembler par la plénitude des mérites et de la grâce, afin de pouvoir agir efficacement et sans heurt dans la même entreprise de salut.

C'est pourquoi la Mère de l'auteur du monde nouveau, pivot de la rédemption future, se trouve affranchie par l'eflFet d'une rédemption préventive de la tache originelle, obstacle au dessein providentiel dont elle était l'instrument.

Les raisons énoncées parurent jadis si probantes, que certains chrétiens , poussant les conséquences à l'excès, ont considéré Marie comme une déesse et lui ont rendu des honneurs divins ; erreur manifeste dont on trouve la source, non l'excuse, dans la croyance légitime que la Mère de Dieu devait partager la gloire et la sainteté de son Fils.

Si Marie tient à Dieu le Père en tant que co -principe et à Dieu le Fils en tant que coopératrice de Toeuvre de Tlncarnation , elle tient également au Saint-Esprit en tant qu'épouse virginale : « obumbrabit tibi^ » dit TEvangile, découvrant le mystère qui a produit la venue du Verbe sur la terre et Tunion de Dieu avec l'humanité dans Marie.

L'alliance de Marie avec la troisième personne de la sainte Trinité n'est pas moins étroite qu'avec les deux autres.

Marie, recevant la vertu du Saint-Esprit, reçut du même coup tous les dons qui pouvaient l'élever jusqu'au Saint-Esprit.

La grâce dernière comporte une grâce antérieure, capable de prédisposer Marie au choix de l'Epoux et aux noces divines que l'ange annonçait.

Le Saint-Esprit a rendu de toute éternité l'Épouse digne de sa faveur : il n'a pu aimer et ombrager qu'une âme libre de la corruption mortelle que sa visite avait pour but d'effacer.

C'est le cas de répéter le mot d'Assuérus à Esther, figure prophétique de Marie :

« Ne craignez point; la loi de mort n'est point faite pour vous; mais pour tous les autres^, d

* Esther, xv, 15.

Possédant le triple caractère de fille, mère, épouse de Dieu, Fille du Père, Mère du Fils, Épouse du Saint-Esprit, Marie s'unit à la sainte Trinité par toutes sortes de liens. Tant de rapports surnaturels lui ont valu aux yeux de certains docteurs téméraires le titre de quatrième personne de la sainte Trinité. Aidant le Père, par l'opération du Saint-Esprit, à produire la manifestation du Verbe, elle a contracté une alliance si intime avec Dieu, qu*elle leur a paru en devenir comme le prolongement visible.

Sans tomber dans l'hérésie des Collyridiens , qui voyaient et adoraient dans Marie une divinité, plusieurs théologiens n'ont pas craint de dire que Marie touche aux confins de la divinité , tout en maintenant l'abîme infranchissable qui existe entre la créature et le Créateur, et en reconnaissant que le caractère quasi -divin, surajouté à Marie, vient d'une faveur spéciale de Dieu.

Marie possède « une noblesse spirituelle non seulement céleste, mais divine* », et cette noblesse unique lui assure des privilèges uniques.

Elle apparaît à tous ornée de la triple couronne que les trois personnes se sont plu à former : sainte, mère, vierge, et conséquemment jouissant d' « une certaine égalité avec le Père , d'une certaine

* Mgr Malou, L'Immaculée Conception de la bienheureuse vierge Marie, t. II, p. 178. BruxeUcs, 4857.

supériorité sur le Fils, d'une certaine intimité avec le Saint-Esprit*. »

Voilà les prémisses.

La conclusion va de soi :

« Comme Fille du Père, Marie obtint l'exemption du péché originel ; comme Mère du Fils , elle fut honorée de la maternité divine ; comme Epouse du Saint-Esprit, elle mérita la virginité perpétuelle et mit son Fils au monde sans rien perdre de son intégrité '. »

Le rang, la dignité, la fonction du personnage découvrent ses prérogatives.

La collaboratrice de la sainte Trinité ne peut être pécheresse et souillée.

La Fille, la Mère, l'Epouse de Dieu ne vient pas du royaume de Satan.

L'alliée du maître de l'univers n'est point l'esclave d'un rebelle.

On n'est pas à la fois l'élue du ciel et la proie de l'enfer, l'amie de Dieu et l'amie du démon. On ne tient pas à la fois aux deux pôles opposés.

Et, pour résumer la thèse entière, il faut dire que tout dans la créature appelée à de si hautes destinées, tout : origine, naissance, qualité, grâce, vertu, doit être conforme à sa mission et à la grandeur des personnes divines qui ont daigné se l'adjoindre dans l'œuvre de notre salut.

L'Immaculée Conception, dogme de foi, est ainsi

* Mffr Malou, loco cilato, p. 178.

• Mgr F. Bruni Vcscovo de Ugento, Brève riposta aile principali obiezioni che si oppongono alla definizione dommatica del mistero delV Immac, Concez, di M. Santissima , p. 25. Roma, 1855.

le corollaire de tous les dogmes fondamentaux de notre religion.

Nous laissons le dernier mot à un grand évêque de ce siècle :

«... La loi du respect est l'étemelle loi des œuvres de Dieu ... La loi du respect fut donc observée dans la création de Marie. En la créant, le Père respecta son Fils, dont elle devait être la mère , et la fit digne de lui. L'Esprit- Saint se respecta lui-même en respectant celle qui devait être son épouse, et il respecta aussi , comme dit admirablement saint Anselme , celui dont il procède éternellement. Et que dirai -je enfin du Fils de Dieu? Lorsqu'il s'appliqua à former luimême en Marie celle qui devait être sa mère , quelles furent ses pensées dans ce grand ouvrage? Dise qui l'osera qu'il la laissa naître pécheresse ! pour moi j'aurais horreur d'une telle parole ; non seulement je ne la pourrais jamais prononcer, je ne la saurais même pas comprendre ; je prononce que Jésus fit sa mère innocente et je bénis Dieu d'avoir vu le jour où la sainte Église a défini cette vérité * . »

* Mgr Dupanloup , Instruction pastorale de Mf^ V évêque d'Orléans *ur l'Immaculée Conception de la très sainte Vierge, Paris, 1855.

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