L'IMMACULÉB CONCEPTION KT LE TRIOMPHE DB MARIE
I. Les peintres primitifs et le Couronnement de la Vierge. Le triomphe de Marie dans le ciel suppose des qualités suréminentes qui la mettent au-dessus des anges fidèles, aussi bien que des anges rebelles. — II. Placée entre le ciel et la terre, Marie est au-dessus de la terre et digne de son rôle dans le ciel par sa perfection unique et sa sainteté immaculée.
Portés par le souffle religieux de leur époque , les peintres primitifs, dits gothiques y dont l'orthodoxie égale le génie, ne se sont point trompés sur les affinités qui unissent la Mère et le Fils, c'est-à-dire les deux collaborateurs de l'œuvre rédemptrice , et ils ont exprimé mainte fois cette parfaite concordance d'une façon naïve , suave , pénétrante , en les associant l'un «t l'autre au même triomphe.
Dans l'éther pur, au sommet de la hiérarchie céleste qui s'étage en pyramide , Marie et Jésus-Christ , assis côte à côte, reçoivent les hommages des anges et
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des saints. Jésus-Christ, tenant sa croix d'une main, pose avec l'autre, d'un geste filial et tendre, la couronne royale sur le front de sa Mère. Les anges planent et ombragent le couple divin. Les séraphins et les vierges, formés en chœur, chantent sa gloire et s'accompagnent de la harpe. Les bienheureux de tout âge et de toute condition , agenouillés, revêtus de Tincorruptibilité radieuse promise par le Christ, décrite par saint Paul, contemplent les mains jointes, en extase, le couronnement de leur Reine, et mêlent leurs voix aux accords des séraphins ; tout respire la paix et la béatitude, s'épanouissant au-dessus des tristesses de la vie et de la mort vaincues, dans la sérénité lumineuse que donnent la sûre possession de Dieu et les calmes perspectives de la joie éternelle * .
Quelquefois' Dieu le Père et Dieu le Saint-Esprit président à la scène.
Le Père, debout, étend largement ses bras, et couvre d'un geste protecteur le Fils qui couronne sa Mère. La figure du Père respire la tendresse et la bonté autant que la majesté et la toute -puissance. Le Fils est empressé, respectueux et doux. Marie, les mains jointes, la tête légèrement baissée, trouve dans son humilité un nouveau reflet de gloire. Entre le Père et le groupe de la Mère et du Fils, le Saint-Esprit, sous la figure de la colombe évangélique, déploie ses ailes et ajoute son patronage à la bénédiction
^ V., entre autres, le célèbre tableau de Fra Angelico, au musée du Louvre.
* Par exemple, sur la magniAquc fresque du Borgognone , récemment découverte, ou plutôt restaurée, dans Téglise de San SimpHciano, successeur de saint Ambroise, à Milan.
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du Père, au couronnement de la Mère par le Fils. Ainsi les trois personnes de la sainte Trinité se joignent à Marié et contribuent à son triomphe , qui n'est autre que sa participation à leur règne divin.
Cette vision paradisiaque , connue sous le .nom de Couronnement ou Triomphe de la Vierge , thème populaire de chefs-d'œuvre inimitables, où se sont longtemps complu Tâme et la main des anciens peintres, est en rapport exact avec la tradition et la croyance catholique.
La Vierge et le Christ, la Mère et le Fils, sont unis au ciel comme ils Tout été sur la terre. Rapprochés dans la gloire comme dans Tépreuvè, ils jouissent parallèlement de Fhommage sans fin dû à leur similitude humaine et à leur corrélation divine.
En tant que fils aîné d'Adam, descendant direct par ordre de primogéniture d'Adam, premier homme créé par Pieu, Jésus -Christ, le Fils de l'homme, comme il s'appelle lui-même, est le frère aîné de tous les hommes et conséquemment leur chef, leur guide naturel.
« Le Père, dit l'évangéliste , lui a donné le pouvoir de juger parce qu'il est le Fils de l'homme. »
Pour la même raison , Marie , fille aînée d'Adam , descendant directement du premier homme , par ordre de primogéniture, est la patronne naturelle du genre humain.
On ne saurait trop prendre garde à ces réalités et à ces concordances providentielles.
Souveraine des hommes comme fille aînée d'Adam, Marie devient souveraine des anges et des saints, comme Fille, Mère, Epouse du Dieu vivant.
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L'Église a toujours reconnu Téttipire de Marie , non seulement sur les patriarches, les prophètes; les ajpôtres, les martyrs, les vierges et les saints, membres glorifiés de la tribu terrestre ; mais encore sur les anges, les archanges et tous les membres glo^ rieux de la tribu céleste. Les anges ont célébré pendant son existence la royauté de Marie, en saluant par leurs chants d'allégresse la première heure de sa maternité, et en transportant, après sa mort, son corps intact jusqu'au trône de Dieu.
Souveraine de la création dans le temps et danâ Tétemité , Marie plane manifestement sur la déchéance universelle et possède la perfection immaculée , indispensable à son règne.
Pour trôner à la droite de Dieu , il faut porter une couronne sans alliage.
Toutes les raisons précédemment invoquées se rassemblent ici et assurent le privilège de Marie.
Toutes les antithèses s'accumulent et dressent entre Marie et Satan, entre le ciel et l'enfer, une montagne si haute , que nul rapprochement n'est possible et né se présente à l'esprit du croyant.
Cette souveraineté qui place Marie à côté de Dieu , au-dessus des anges et des saints, est si transcendante, qu'elle ne pe:it venir du fait accidentel et subsidiaire d'une réparation. Elle tient à la naissance, à la qualité, à l'origine, à la personne. Elle enveloppe, imprègne, rehausse la figure tout entière. Une seule tache , même involontaire , même inconsciente, au début de son apparition, suffirait à rabaisser l'élue , et à la faire descendre de son rang suréminent.
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La Reine des anges ne peut être inférieure à ses sujets.
La Reine des saints ne peut être égale à ses sujets.
Contentons - nous d'exprimer cette dernière anomalie sans chercher autour de nous des preuves ou des comparaisons qui pécheraient par la hase.
Aucune primauté sur la terre , où en définitive les souverains et les sujets sont égaux , formés du même limon , condamnés à la même corruption , ne saurait donner Tidée de la primauté de la Vierge Marie, Reine des saints, qui sort d'un autre limon qu'eux et n'a dans son origine aucun vice capahle de la mettre à leur taille.
Pour s'élever au-dessus de tant d'âmes, sanctifiées durant leur vie par une prière et une attention persévérantes, Marie doit réaliser une sainteté suprême que nulle autre n'égale, c'est-à-dire la sainteté originelle.
Pour s*élever au-dessus des anges fidèles, purs de toute flétrissure, Marie doit réaliser non seulement une pureté exceptionnelle , mais la pureté originelle , sans laquelle elle reste au-dessous d'eux.
Précipités au fond de l'abîme à cause d'une seule faute, les anges rebelles ne peuvent tomber sous le talon d'une créature chargée des suites d'une faute pareille.
Exempts de toute faute, les anges fidèles ne sauraient se courber sous le prestige d'une créature chargée d'une faute commune et marquée du signe des rebelles.
C'est faire injure à Dieu, à sa raison, à sa justice, que de s'appesantir sur de pareilles contradictions et de si choquantes incompatibilités.
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La cause est entendue.
L'Ancien et le Nouveau Testament s'énoncent de la même manière, en termes plus ou moins explicites.
Depuis la parole de FEsprit-Saint, qui Toppose par anticipation au séducteur du paradis terrestre, jusqu'à celle de l'ange qui la salue au nom de Dieu, comme la Mère du Rédempteur et la fondatrice de l'ordre nouveau, Marie vit, en promesse ou en réalité, dans une sphère supérieure, en dehors et audessus de tout ce qui existe , entre la terre et le ciel , entre Dieu et les hommes.
Créature extraordinaire, prodigieuse, exceptionnelle, Marie rayonne, depuis le premier jour, dans une zone intermédiaire où elle attire perpétuellement les complaisances de Dieu. Elle possède tous les dons , toutes les vertus , toutes les perfections ; elle personnifie toutes les idées d'innocence, de pureté que l'Église préconise et propose à la pratique humaine.
Unique par son inimitié avec le démon, elle est unique par son amitié avec Dieu.
Dieu ne l'a choisie, pour se venger du démon et restaurer son œuvre, qu'après l'avoir préalablement affranchie de toutes les souillures qui pouvaient la diminuer, la flétrir, affaiblir ses moyens, compromettre son œuvre.
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Il en parle toujours, par lui-même, par ses prophètes ou par ses anges , comme d'une créature ornée de toutes les beautés qu'un être sorti de ses mains peut réunir.
Et nul ne peut s'arrêter à l'idée que cet être parfait, élu pour remplir une mission surhumaine de salut et de gloire, est déshonoré à sa naissance et porte en lui la plaie vive du genre humain, et le signe infamant du rebelle qu'il a pour objet d^écraser.
Finalement rimmaculée Conception résulte de l'annonce, de la nature, du caractère, du but, du rMe de la Vierge Marie.
Autant que sa vie libératrice et son règne bienfaisant, son origine reste absolument pure d'ombre, de laideur et de tache.
L'Ecriture sainte ^ la raison fondée sur l'Ecriture, la convenance fondée sur l'Ecriture et sur la raison^ en d'autres termes la parole divine et la logique humaine, sont d'accord pour découvrir, prouver, éclairer le mystère et l'imposer à tout croyant.
Nous allons voir que la Tradition ^ la Controverse et ï Histoire du culte viennent tour à tour renforcer les bases fondamentales du mystère , et provoquer la Définition que notre siècle a vu publier.