L^IMMACULÉB CONCEPTION ET LES TEMPS APOSTOLIQUES
*■ Unanimité de la tradition chrétienne. Coup d'œil général. — n. Sentiment des apôtres et des premiers chrétiens touchant la grandeur exceptionnelle et le privilège de Marie. — III. Les actes de saint André, apôtre et martyr. — IV. Pièces attribuées ^ saint Marc et à saint Jacques , apôtres.
Fidèle aux révélations et aux enseignements de l'Ancien et du Nouveau Testament, l'Église n'a jamais
* L'Église possède deux sortes de traditions : la tradition écrite 6t la tradition orale ou vivante ; Tune et Tautre se réunissent et concordent pour assurer sa doctrine et lui fournir des armes invincibles.
La tradition écrite repose sur des textes formels , authentiques , lumineux, irrécusables; ou sur des textes non moins authentiques, mais plus obscurs , qui ont conquis , en divers temps et par diverses circonstances, un surcroît de clarté.
La tradition orale ou vivante repose sur des croyances générales transmises de génération en génération et passées , pour ainsi dire , de bouche en bouche. Elle sort du fond même de TÉglise, épouse
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varié au sujet de la prééminence des vertus et des gloires de la Vierge Marie. Les Pères et les docteurs, même ceux demeurés hostiles au privilège divin qui a
de Jésus -Christ, et dérive de Tensemble de sa loi, de ses prières, de ses actes, de ses opérations de tout genre.
Le fait ici suppose le droit ou crée le droit, un peu comme la prescription dans le domaine humain; Topinion universeUe détermine une nouvelle espèce d^infaillibilité qu'on a pu dire passive, promise par le Christ à son Église.
Le résultat naturel de cette double tradition est d'engendrer une double vérité : la vérité explicite et la vérité implicite,
La vérité explicite est celle qui , appuyée sur des textes formels , authentiques, a fait le tour du monde, professée en des termes précis , universellement connus.
La vérité implicite est celle qui, contenue dans des textes for* mels, authentiques, n'en a jailli en termes précis que par suite d'évolutions ou d'attaques.
C'est le développement de cette double vérité parallèle, produite d'un côté par la révélation directe, de l'autre par l'interprétation ou la déduction de la révélation , qui fait le mouvement et le progprès de l'Église catholique.
Nourrie de l'Esprit-Saint et par l'Esprit-Saint, l'Église catholique ne saurait définir et proposer que des dogmes compris dans les déclarations de l'Esprit-Saint.
Le dogme de l'Immaculée Conception est du nombre des vérités implicites contenues dans la vérité explicite , qui s'en sont dégagées peu à peu, et qui, frappées successivement de rayons de plus en plus vifs , ont acquis , grâce à la discussion , droit de cité dans l'univers catholique , et fini par former un dogme de foi incontesté.
Ce mystère auguste, exception d'une loi universelle, ne peut avoir été connu des hommes que par une communication de Dieu , renfermée implicitement dans la révélation, dépouillée peu à peu et formulée explicitement par l'Église.
Il a reçu de tous les temps et de tous les pays ces témoignages irréfragables qui font passer une croyance de Tombre mystérieuse à la pleine lumière, pour resplendir au moment fixé par Dieu, et devenir un phare destiné à éclairer l'humanité.
C'est le fondement même du phare que nous prétendons découvrir en creusant la tradition et en exhibant ses titres.
L'autorité de la tradition est ici souveraine.
« ... C'était la tradition, dit Bossuet dans VHiêtoire universelle, qui interprétait l'Ecriture : on croyait que son vrai sens était celui dont les siècles passés étaient convenus , et nul ne croyait avoir droit de Texpliquer autrement. »
triomphé, ont toujours salué avec enthousiasme les mérites incomparables de la Mère de Dieu.
La parole humaine , dans toutes les langues , s'est épuisée à célébrer ses perfections, en se reconnaissant impuissante à exprimer ce que l'esprit entrevoyait, ce que le cœur sentait. La tradition chrétienne n'est, ainsi envisagée, qu'un perpétuel et magnifique hosanna consacré à Marie.
Dans les écrits, les prédications, les chants, Marie est déclarée sainte y très sainte y la plus sainte des créatures; elle est innocente^ impeccable^ sans faute et sans souillure.
Il n'y a pas de désaccord; il n'y a pas de dissonance. Aucune voix ne vient troubler l'harmonie du concert. Depuis le premier jour l'admiration , le respect, la vénération, on a pu dire l'extase, ne se démentent pas.
Le dernier mot de la longue et complète revision des monuments du passé, concernant ce sujet ineffable, est que toute la suite des générations catholiques a jugé la sainteté de la Vierge indéfinie. Cette conclusion ne souffre pas d'appel. Au jugement de nos devanciers, Marie personnifie tout ce que Dieu peut réunir de grâces et de dons sur une créature, tout ce qu'une créature peut recevoir et posséder de privilèges et de bénédictions.
Non seulement Marie reste séparée de l'humanité, mais encore elle apparaît comme une créature céleste, « faite à l'image de son divin Fils..., fille, épouse et mère de Dieu..., tenant à Dieu par des liens intimes et indissolubles*, » et venant, dans
^ Mr Malou, l* Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge MsLrie.
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Tordre universel, immédiatement après Dieu, au milieu des hommages du ciel et de la terre.
Toute l'antiquité chrétienne semble, en quelque sorte, éblouie et charmée par Téclat de Tauréole dont elle ceint le front pur de Marie; qu'on nous passe cette image banale qui rend bien la vérité.
Du commencement à la fin, l'Orient et TOccident se confondent dans une même expression de ravissement et leurs interprètes en multiplient à Tenvi les échos dans les productions de leur génie.
Ces témoignages, soigneusement compulsés et recueillis par les théologiens de la première moitié de notre siècle * , s'harmonisaient si bien avec le sentiment des évoques et des fidèles contemporains, qu'ils ont entraîné le résultat final.
Le dogme de l'Immaculée Conception ressortait si clairement de la foi constante des églises touchant les autres immunités de la Vierge, qu'il s'imposait et ne pouvait rester plus longtemps douteux.
On le trouve en germe au début du christianisme, et il arrive à nous fortifié par les attaques, élucidé par les disputes, complété par les siècles.
Parallèle au souvenir de la chute, le souvenir de la sainteté sans tache de la rédemptrice traverse les âges, pénètre la conscience chrétienne, et grandit tellement, qu'il déborde partout et provoque la décision du chef, cédant au sentiment de tous.
Courbé sous les conséquences héréditaires du crime, le peuple croyant, pris en bloc, n'a jamais méconnu
* Un jésuite célèbre par ses travaux sur la matière , le R. P. P^^* saglia , qui sera cité mainte fois , n'a pas rassemblé moins de huit mille textes favorables à la doctrine de Tlmmaculée Conception.
rexception miraculeuse de celle qui Tavait délivré des justes châtiments du crime.
Et sa foi à Tinnocence originelle de la libératrice escorte perpétuellement sa foi au crime et à la nécessité de l'expiation : argument considérable relevé par TEglise , que nous devons présenter à notre tour, pour démontrer le dogme proclamé par TÉglise.
Implicite durant de longs siècles, la vérité était devenue peu à peu explicite, et n'avait plus besoin dans notre époque, pour vaincre et dominer, que de la sanction définitive du saint- siège. Née avec la religion , elle a été , pour ainsi dire , cueillie comme un fruit mûr à l'heure providentielle, et octroyée par le père à ses enfants.
Dans l'histoire de la tradition chrétienne relative à rimmaculée Conception , nous observerons Tordre logique tracé par la chronologie et par les faits.
Nous commencerons par l'ère apostolique, qui reflète le sentiment des premiers fidèles ; nous continuerons par l'Eglise grecque, la première en date, la plus riche peut- être en documents, pour aborder ensuite l'Église latine, mettant les personnages à leur rang historique, reproduisant leur opinion, citant . leurs paroles, sans craindre une monotonie profitable à la vérité.
Les résistances et les oppositions célèbres qui entravent parfois la route paraîtront à leur date, et elles amèneront les répliques qui les rendent vaines.
Quand nous aurons ainsi fait connaître, à l'aide de pièces irréfutables, la croyance des Pères du christia-
iiisme, dignes par leur foi et leur génie de comprendre le dogme et de le révéler aux autres, nous consulterons les rescrits et les déclarations des papes, des conciles, des ordres monastiques, des universités, conduits de diverses manières et en diverses circonstances à s'expliquer sur la question.
Après avoir obtenu la réponse successive des chefs, docteurs et pontifes, des assemblées ou des communautés illustres, nous interrogerons les peuples, et nous demanderons à leurs pratiques et coutumes spirituelles, c'est-à-dire à leurs prières, à leurs chants, à leurs hymnes, à leurs fêtes, à toutes les manifestations de leur vie religieuse et liturgique, un surcroît d'information.
Les maîtres de la science et de la sainteté , les pasteurs établis par Dieu pour mener son troupeau , les grandes réunions ou associations dirigeantes, enfin la masse et le troupeau lui-même, tous composant si l'on veut la tête , le corps , les membres , voilà les éléments variés de l'enquête que nous entreprenons, et le fond des témoignages que nous allons dérouler aux yeux du lecteur.
A ces renseignements venus de tous les points de l'horizon religieux et intellectuel, nous joindrons une autre preuve fournie par la tradition iconographique, et nous la trouverons dans l'ensemble des images anciennes dessinées, peintes, sculptées, gravées, intéressant notre cause, dernière forme du sentiment populaire qui achève l'examen et termine l'argumentation.
Quand le lecteur verra cette longue succession de jugements semblables qui débute aux apôtres et se perpétue jusqu'à nous, il aura une nouvelle raison
de remercier Dieu et d'admirer, avec Tinaltérable immutabilité donnée à son Eglise, la merveilleuse élasticité qui , sans rien changer à la vérité , la soutient, la développe peu à peu, et en produit, au moment opportun, Texplosion retentissante.
Les temps apostoliques ouvrent la marche et commencent la démonstration.
Il était impossible que la vue de la présence et du rôle joué par Marie, dans Tceuvre de Tlncarnation et de la Rédemption, ne laissât point dans l'âme des premiers chrétiens une impression profonde.
Le fait et les paroles de l'Annonciation, les événements qui étaient venus confirmer l'ambassade céleste, la naissance de Jésus, les miracles accompagnant la vie de l'Homme- Dieu, depuis l'adoration des bergers et des mages jusqu'à l'immolation sur le calvaire, avaient jeté sur la Mère du Christ, témoin et souvent actrice dans la série des gloires et des douleurs évangéliques, un éclat qui lui valait le respect et 1 amour de l'Eglise naissante.
Sa coopération à l'histoire divine la faisant , comme nous avons essayé de l'établir, la corédemptrice du genre humain, rehaussait, illuminait ses vertus, ses souffrances, sa résignation, et attirait sur elle l'attention universelle.
Marie était trop manifestement l'objet et l'instrument des prophéties pour que le nouveau peuple.
sorti vivant de ces prophéties réalisées, n*ait pas éprouvé à son égard des sentiments qu'aucun autre grand personnage du drame ne pouvait inspirer. Sa maternité surnaturelle, les circonstances providentielles dont elle était suivie devaient lui donner et lui donnaient, dans le cénacle qui commençait à s'emparer du monde, une place suréminente que nul ne songeait à lui dénier.
L'évangile de saint Luc surtout fait admirablement concevoir la situation prépondérante de la Vierge. Chaque récit des premiers jours, rapporté avec tant de complaisance par l'auteur, qui a puisé sûrement aux sources, prouve avec quel soin lui et ses compagnons conservaient le souvenir des grandeurs et de l'action extraordinaires de la Mère du Christ.
Et lorsqu'ils virent cette vie exceptionnelle, si intimement associée à celle de leur Dieu que l'une ne peut être sans l'autre, couronnée par une assomption ravissant Marie aux affres de la mort et à la pourriture du tombeau, pour inaugurer dans le ciel une royauté sans fin, les apôtres et leurs premiers disciples pouvaient - ils ressentir autre chose qu'une admiration, une piété sans bornes envers la créature mise de moitié par Dieu dans Toeuvre régénératrice à laquelle eux-mêmes prodiguaient leurs sueurs et leur sang?
En se reportant à cette époque de genèse surhumaine grosse d'un nouveau monde, l'imagination se figure aisément le prestige de la Mère de Dieu et la vénération qui l'entourait.
Aux yeux de tous les croyants, le privilège de la conception immaculée s'ajoutait naturellement aux
autres privilèges; et aucun d'entre eux, on peut le croire , instruit par les miracles que la Vierge accomplissait ou qui s'acomplissaient en elle , n'aurait eu ridée de lui contester la sainteté originelle, suffisamment révélée par les grâces dont elle était comblée.
La faveur de l'exemption de la tache commune ne devait pas faire un doute pour ceux qui voyaient Marie échapper à toutes les causes de faiblesse ou de corruption, conséquences de la tache commune.
Dans ce moment, le dogme n'avait aucun besoin d'être défini ou précisé. L?i notion de la perfection de Marie , justifiée par tant de prodiges , restait présente à tous les esprits, et se dérobait, par cela même, à une définition rigoureuse.
Toutefois on rencontre au premier siècle des témoignages décisifs.
Saint André, apôtre et martyr, parlant à Egée, proconsul de Patras, son bourreau, découvre le fond du dogme en des termes dont la lumineuse netteté ne sera point surpassée ; et rien n'est plus consolant pour le peuple fidèle que d'entendre , à l'origine du catholicisme, une telle affirmation.
« La mort, dit l'apôtre, venue par le bois de la prévarication (arbre du bien et du mal), a été chassée par l'arbre de la passion; et parce que le premier homme avait été créé d'une terre immaculée , il était
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nécessaire qu'un homme parfait naquit d'une Vierge immaculée, afin que le Fils de Dieu, créateur de Thomme, restituât à Thomme la vie éternelle qu'il avait perdue par la faute d'Adam *, »
C'est toute la doctrine magistralement présentée par un disciple immédiat du Sauveur. Ses successeurs ne pourront que la commenter ou la reproduire, comme l'ont fait, au viii" siècle, les Pères du concile de Francfort, disant :
« Jésu&-Christ a été formé par l'opération du Saint- Esprit d'une terre meilleure qu'Adam , puisqu'elle était immaculée et, par surcroît, animée*. »
Dans les deux cas, la croyance et l'expression sont les mêmes.
La « Vierge », la « terre... immaculée » , est pure de toute tache.
Les adversaires du dogme n'ont pas manqué de contester l'authenticité des actes du martyre de saint André, qui leur portaient un coup si rude.
Comparant la pureté de Marie à la pureté immaculée de la terre avant sa malédiction, ce mémorial impliquait la sainteté originelle de la Vierge et l'exprimait, pour ainsi dire, formellement.
Ecrit par les prêtres et les diacres d'Achaïe ^, vers l'an 80 de notre ère, vingt ans avant la mort de saint Jean, il révélait la croyance de l'Eglise dès
* Epist, Presbyter. et diac, Achaiœ de martyrio sancti Andréas, c. y. Ap. Galland, I, 156.
* Concil. Franco f. an. 794, in êynodica an. episc. Galliœ et Germaniœ. Ap. Labbé, coll. conciL, 1. VII, col. 1041 et 1042. Ed. Paris,
^ Presbyt. et diac. Achaiœ epist. de martyrio sancti Andreœ. Ap. Galland, Biblioth. Patrum, \. I, p. 156. — Venel, 1768.
lage apostolique, et prenait une importance capitale.
Il fallait tenter de Tamoindrir.
Notons rapidement qu'aucune objection sérieuse na pu l'entamer, et qu'il est accepté aujourd'hui même par les protestants.
Les actes du martyre de saint André possèdent en effet tous les signes de vérité capables de satisfaire une critique impartiale *.
Ils ont joui constamment parmi les anciens d'une grande autorité; de Tertullien et saint Augustin, qui les cite dans son traité de la Vraie et fausse péniience, jusqu'à Pierre Damien, Lanfranc, Pierre de Blois, le pape Alexandre III, en passant par saint Irénée, saint Bruno, saint Grégoire le Grand, tous en parlent ou les relèvent dans leurs écrits, leurs missels, leurs bréviaires.
Les docteurs de l'Église grecque ne les prisent pas moins.
Proclus, patriarche de Constantinople , André de Crète, saint Jean Damascène, saint Théodore Studite, Georges de Nicomédie, reproduisent la pensée ou les termes des actes en question ; ils répètent que le Fils de Dieu a été créé d'une « terre immaculée », c'est-àdire de la Vierge Marie.
Les Pères du concile de Francfort n'ont donc fait que reprendre et consacrer par une affirmation solennelle une tradition perpétuée avant et après eux dans les deux Églises.
* V. à ce sujet l'Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge ^àrief par }AV Malou, t. II, p. 32. Bruxelles, 1857; et la Croyance 9^nérale et constante de l*Église touchant VImmaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie, par le cardinal Gousset, p. 752. Paris, 1855.
Certaines pièces attribuées à saint Marc Tévangéliste, à saint Jacques, premier évêque de Jérusalem, offrent des renseignements conformes aux déclarations de saint André, apôtre et martyr.
La Vierge Marie est honorée dans ces documents vénérables comme la « Mère de Dieu, très sainte, immaculée, bénie d'une façon particulière, toujours bienheureuse , plus glorieuse que les chérubins et les séraphins. »
Les plus lointains échos du christianisme nous envoient de la sorte la doctrine véritable, laquelle ne changera pas et ne fera que se développer.
On peut soutenir que le dogme existe déjà à Tétat explicite.
Qu'importe que ces pièces démonstratives n'aient pas été rédigées immédiatement, semblables en cela au symbole des apôtres, par suite de la nécessité où se trouvaient les premiers chrétiens de soustraire tous les signes de leur culte aux recherches des persécuteurs, s'il est constant qu'elles étaient connues, suivies et transmises aux inities à l'aurore des temps nouveaux.
Saint Thésiphon, disciple de saint Jacques le Majeur, assure que l'opinion relative à l'exemption pour Marie du péché originel est (( une doctrine des apôtres », et il en trouve la raison dans la parole de l'ange :
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« Jamais lange n'aurait dit à Marie : Je vous salue , pleine de grâces, si elle n'avait été conçue sans le péché originel : nequaquam angélus diceret : Ave grutia plenHy si ni originali peccaio fuisset conceptaK »
La discussion, nous le répétons, sur des points secondaires, d'ailleurs parfaitement éclairés, ne rentre pas dans le plan de cet ouvrage.
Ici, centime dans les autres controverses, l'immutabilité du fond des choses est la meilleure garantie de la réalité des croyances et des formules.
A mesure que les disputes mettront le sujet plus en vue, les pasteurs de l'Eglise seront forcés de creuser les raisons qui justifient la croyance, et ils en sonderont tous les replis. Nécessaires à l'exploration, le temps et la contradiction en rendront le résultat plus certain.
« Ni l'art, ni la nature, ni Dieu même ne produisent tout à coup leurs grands ouvrages ; ils ne s'avancent que pas à pas. On crayonne avant que de peindre , on dessine avant que de bâtir, et les chefsd'œuvre sont précédés par des coups d'essai... Dieu observe la même conduite . . . ' . »
Ces paroles de Bossuet, appliquées à la bienheureuse Vierge Marie « ébauche » de Jésus-Christ, précédant le « chef-d'œuvre » de l'Incarnation, peuvent s'appliquer également à son privilège, que l'Église, imitant la patience et les lenteurs fécondes du Très- Haut, n'a révélé, enseigné, consacré que « pas à pas ».
Et ce sont précisément, il faut le redire, ces longs
^ P. Salazar, De Immac, Concept,, cap. xlii.
* Bossuet, Premier sermon pour le jour de la Nativité de la Sainte Vierge,
travaux et ces péripéties diverses de recherche et de constatation qui donnent au nouveau dogme une force inébranlable et une cohésion parfaite.
Plus nous observerons la série ininterrompue des a ébauches » et des « dessins », pour employer le langage de Bossuet, plus nous contemplerons l'interminable galerie des substructions élevées par nos devanciers, et plus nous pourrons apprécier la profondeur des assises et la solidité du monument que notre siècle a vu finir.