CHAPITRE II
L'uOfACULÉE CONCEPTION ET LES PÈBES OU LES DOCTBUBS DE L^éOLISE GRECQUE DU III* AU VIII* SIÈCLE
I. Dévotion enthousiaste de TÉglise grecque pour Marie toute sainte, — II. Témoignages et citations : Origène, saint Dcnys d'Alexandrie, saint Méthode , saint Athanase , saint Éphrem , saint Grégoire de Nysse , saint Jean Chrysostome. — III. Progression continue : saint Épiphane, Amphiloque, Proclus. saint Cyrille d'Alexandrie , saint Jacques de Batna , George Uard , Auastase le Sinaïte , Hésychius, Sophronius, André de Crète, saint Tarase. — IV. Surabondance" de preuves qu'il est nécessaire de mettre en relief, malgré leur monotonie, pour réaliser le but de Tœuvre.
L'Église grecque s'est toujours signalée par sa dévotion extrême envers Marie. Elle Ta témoignée en des termes magnifiques, où Timaginatioli locale 8 est donné libre carrière, portant toutes choses au superlatif et accusant TEglise latine de tiédeur, sans prendre garde aux différences de race, et sans songer que rOccident n'emploie pas dans l'expression de 8^ foi le langage vif, chaud , imagé , métaphorique et symbolique particulier à l'Orient.
Pour quelques-uns des plus saints docteurs, Marie
est un prodige, une merveille, un miracle qui surpasse l'imagination, écrase la pensée : un « miracle inouï impénétrable à notre esprit » , dit saint Ephrem ; un « abime de miracles », s'écrie saint Damascène; « la merveille incroyable qui excède la raison », ajoute saint Germain de Gonstantinople.
L'Eglise grecque chante Marie, « miracle inexplicable, prodige incompréhensible, qui dépasse nos pensées. »
Même aux plus mauvais jours de Byzance, l'Eglise grecque est restée fidèle au culte de la Vierge. La cour et la ville conservaient à. la Panagia ou toute sainte, une vénération spéciale qui se traduisait en hommages incessants. Son image portée triomphalement dans les rues a suffi plus d'une fois pour donner du courage aux citoyens ou calmer des agitations, quand elle ne servait pas à manifester la reconnaissance publique provoquée par des victoires ou des prospérités.
Dès le iif siècle, les Pères et les docteurs de l'Eglise grecque célèbrent la Vierge immaculée ; et nous allons les voir pendant plus de mille ans rivaliser de zèle et se surpasser l'un l'autre par la profondeur de leur foi, l'élévation de leur pensée, Téclat de leur éloquence.
Exposé chronologiquement sous le nom de chaque maître et perpétué à travers les temps , le tableau de ces appréciations dispersées çà et là présente une concordance et une similitude qui frappent comme une marque infaillible de vérité.
ET LES PÉRÈS OU LES DOCTEURS DE L'ÉGLISE GRECQUE i3H
Origène est le premier en date. Né à la fin du second siècle (185), il nous apporte dès le début un secours précieux.
Commentant le texte de la Salutation angélique, Origène fait à propos des mots « pleine de grâce » une réflexion fort juste.
Puisque ces mots, dit -il, ne se trouvent que là dans toute TEcriture et que Marie en a été troublée , ils désignent sûrement un état unique, mettant la Vierge hors du foyer de misère commune. Et cet état unique, qu'est-il sinon le privilège exceptionnel de la pureté absolue et de la sainteté parfaite?
Origène insiste et revient à plusieurs reprises sur ce trait significatif, de façon à éloigner toute ambiguïté.
Marie, ajoute- t-il, est la « Mère de Dieu, Mère immaculée d'un fils saint et immaculé. Tunique Mère immaculée, trésor du ciel..., renfermant la sainteté la plus parfaite..., échappant aux insinuations perfides du serpent infernal et à Tinfection de son souffle venimeux ^ . »
Que veut- on de plus, et le dogme n'est -il pas là tout entier ?
Saint Denysy évéque d'Alexandrie, mort en 262,
* Hom. I. ex decem Hom. in diversa loca Nov. Testa, in cap. i. Malih.
l'un des plus illustres docteurs de son siècle, envisage une autre face du mystère.
Il appelle Marie la (( Cité de la vie qui a enfanté le Verbe vivant* ». Il voit en elle le « Paradis virginal *, le saint tabernacle qui n'a pas été fait de main d'homme ^ », où le Christ a habité.
La « Cité de la vie » ne saurait être la cité de la mort, c'est-à-dire du péché.
Le « Paradis virginal » évoque le lieu de délices que le péché n'a pas flétri.
Le a saint tabernacle » n'a pas connu la profanation du péché qui a souillé l'autre.
Remarquons la suite , « qui n'a pas été fait de main d'homme. »
Allusion caractéristique à l'un des souvenirs de l'Ancien Testament, enseignant que les œuvres suréminentes viennent de la main de Dieu , privilège qui purifie tout, et non de la main de l'homme.
Marie est pareillement le produit direct de la droite du Seigneur ; elle porte la marque du travail divin et conséquemment ne peut avoir rien de commun avec la création maudite.
Quelques-uns même compareront Marie au « livre écrit de la main de Dieu... aux tables de la loi », pour exalter son origine semblable à celle des œuvres supérieures du Très-Haut.
Un autre grand docteur du m' siècle, saint Méthode y qui fut tour à tour évêque d'Olympe, de Patara et de Tyr, va plus directement au cœur de la question.
' Opéra S, Dionysii, Epist, adversus Paulum Samosatenum, p. 212. - Eesp, ad Quœst. vu Pauli Samosateni. Ibid,, p. 277. » Ibid,, p. 26i.
ET LES PCB2S X I£F 1lfKTTE3m^ HT . r.*iLH7 SIEr^llS: iîT
II plaor Mirk* t ai}-de«ai^ ot* innit^ ifs crratiirc*«^ TÎsîhfes et mTÎ9Ue&. »
D admire cai eOe i le laitenuiiTif eut- àt- Seirneu; a sanctifié ^ >. pcnir en iaire sa diimeurt. < k- vi^imiiein sans facile de celui cvi «r ^vr^'r oV .'l'/tu? •y rraumi (Tarn maji/eaa'. » Pf^. cm. ±.
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f Vous êtes TTaimeijt. *Vi*rie-il, IW^-be c ^lanc^e du Diea légiflateiir... le ciel crai rcmliei:! je I>ieu eue
rien ne peot contenir la j-ra* sii:r:e 3er vierces
qui aTez enfuiié le scJt-D de justice 1... di!=->ipÂnt Je? ténèbres, fansant la puif^sance en tj^^an infemaK détraisant la mcwl. absoii^ant Tenfer. inaocnrant la paix à la place de Finimitié, UluininaDt Tunivers de la plos pure et de la plus éclatante lumière...
€ C'est de vous qu'un prophète a dit : que /a msLifon de Dieu est grande * / C est à votre grandeur que ce discours s^applique. car seule dans la civation vous avez mérité de participer aux choses de Dieu... Tous ceux qui professent la vraie foi pensent ainsi ^, »
Telle était la t vraie foi » des temps recules où nous sommes.
Il faut signaler surtout le passage relatif à Faction souveraine de Marie victorieuse du démon, do la niort, de l'enfer, prodiguant à la terre, par sa vertu surabondante, la paix, la lumière et la vie.
* Oratio de Simeone et Anna, Ap. Galland, m.
* Ibid.
^ Ibid. Ap. Galland, xii, 819.
* Baruch m , 24*25.
^ Oratio de Simeone et Anna y n^ 5, 9, 10, 11. Ap, Gallaïul» m, 81S, 816.
138 L'IMMACULÉE œNCEPTION
Le grand lutteur du iv" siècle, qui défend presque seul la doctrine catholique contre Thérésie des Ariena et le despotisme des Césars, saint Athanase, s'écriait un peu plus tard, dans une homélie qu'on a toute raison de lui attribuer :
(( Ces paroles : La vertu du Très-Haut vous ombragera y ne s'appliquent pas, je pense, à la sainte Vierge pour un temps, mais toujours ^ »
Le mot « toujours » laisse au moins entrevoir la pensée du saint docteur.
Saint Éphrem, diacre d'Edesse*, continue la série. Saint Ephrem est du iv* siècle ; il meurt en 379; il passe pour l'oracle de l'Eglise orientale. Son autorité survit encore dans la liturgie syrienne traduite du grec par lui, et qui n'a pas changé. Il demande un instant d'examen.
Après avoir comparé Marie à Eve innocente et dit que l'une a causé la mort du monde par sa désobéissance et l'autre son salut', saint Ephrem complète sa pensée et lance le mot final.
Il appelle Marie « immaculée, très immaculée, nouveau don de Dieu, divin trône de Dieu, reine toujours bénie , prix de la rançon d'Eve , source de grâce et d'immortalité, fontaine scellée de l'esprit saint, très divin temple, siège de pureté pour la majesté divine... Marie, dit-il encore, a écrasé la tète du perfide serpent ; elle a toujours été intègre et immaculée, tant du corps que de l'âme; vierge Mère de Dieu, elle est intacte, entièrement pure, chaste,
* S. Athan., Orat. in Annun,, n« 9, t. II, p. 397.
* Bibliotheca orientalis de Jos, Simon Assemani, t. I, p. 90.
ET LES PÈRES OU LES DOCTEURS DE L'ÉGLISE GRECQUE i39
plus sainte que les chérubins, et incomparablement plus glorieuse que tous les autres esprits célestes ^ . )»
Ailleurs, saint Ephrem laisse déborder sa tendresse et sa vénération dans une prière ardente , qui semble avoir servi de modèle à toutes les litanies populaires :
« O Marie, Vierge, Mère de Dieu, inviolée, intacte, tout à fait pure, ...Vous êtes notre Reine très glorieuse, très bonne et très puissante, plus sublime que les habitants du ciel, ...Vous êtes Tespérance unique de nos pères , la gloire des prophètes , l'amour des apôtres, l'honneur des martyrs, la joie de tous • les saints... Je vous salue, ô vase brillant et choisi de Dieu... Je vous salue, paix, joie, consolation, salut du monde... Je vous salue, bonheur du genre humain. Je vous salue..., médiatrice, réconciliatrice, souveraine, etc.*. »
Suit une énumération que nulle effusion postérieure ne dépasse et qui marque, dès le quatrième siècle, un point saillant du culte de Marie.
Les livres de saint Ephrem sont pleins d'affirmations pareilles.
Le pieux auteur admire tour à tour chacun des attributs de la Vierge , « miracle incompréhensible , vêtement immaculé de Celui qui se revêt de lumière , montagne sainte sur laquelle Dieu se plaît à habiter..., racine sainte de Jessé ; cité de Dieu, belle par nature, inaccessible à toute souillure, fleur qui ne se fana jamais, lis d'une blancheur éclatante, pourpre
* Oral, ad S, Dei matrem, Orat, exomologetica.,, opéra S, Ephrem Syr. Edit. Romse, t. I, p. 545, 547 et suiv.
* Sermo de S, Dei Genitricis Marisa laudibus, op. gr. lat., t. III, p. 575.
440 LIMMACULÊB CONCEPTION
tissue de la main de Dieu..., seule tout à fait immaculée...*. »
Restons sur ce mot qui résume tout une dernière fois.
Par leur abondance enflammée et leur précision dogmatique, les divers passages que nous citons ont l'avantage de répondre victorieusement à un grief particulier des champions de la libre pensée. Ceux-là prétendent que le culte de la sainte Vierge est d'invention moderne, et accusent les chrétiens d'avoir divisé rhistoire de l'humanité en trois périodes, pour donner la première à Jéhovah, la seconde au Christ, la troisième à la Vierge.
On peut apprécier la justesse de ces allégations.
Dès l'aurore de la période dévolue au Christ, nos pères parlaient de la Vierge et ils exprimaient leur ferveur en des termes dont nous rappelons à peine l'élévation, l'enthousiasme et la foi.
Les documents qui suivent confirmeront la preuve.
Les plus savants docteurs de l'Église naissante reviennent sur la pensée fondamentale énoncée par saint Éphrem.
Eve a introduit la mort dans le monde : Marie lui a rendu la vie.
C'est donc que Tune est Tantithèse de l'autre ; et si nous trouvons le péché pour cause de la mort dans le premier cas, nous devons rencontrer le contraire du péché, c'est-à-dire la pureté absolue pour cause de la vie dans le second.
* OrAt, &d Deip., t. III. p. 528, 532.