‹ L'Immaculée ConceptionChapitre 30 sur 127 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le Coran et ses commentateurs en face du péché originel

et du privilège de Marie.

Au VII* siècle, nous rencontrons une adhésion à laquelle le lecteur ne s'attend peut-être pas.

Telle était la gloire de Marie aux yeux des Orientaux, et sa renommée de sainteté quasi divine, que Mahomet crut devoir respecter le sentiment unanime des peuples, et rendre hommage, dans la personne de la Vierge, à une croyance séculaire.

Ce témoignage imprévu mérite un temps d'arrêt. Il prouve en quelle vénération les chrétiens d'Asie tenaient la sainte Vierge et sa prérogative insigne, puisque leur vainqueur implacable, le fils dlsmaël, bâtard d'Abraham, destiné « à lever sa main contre tous, et à dresser ses tentes en face de son frère Israël* >, l'ennemi juré qui remplit si bien l'oracle, a voulu saluer Marie et célébrer son privilège, soit

^ Genèse, xvi, 12.

qu'il en subît lui-même l*ascendant, soit que, politique avisé, il ait espéré s'attacher l'opinion en la flattant et se créer des partisans.

D'après Mahomet, fidèle à la tradition universelle, Marie et son fils Jésus ont seuls échappé aux atteintes du démon et gardé la pureté originelle.

ce Seigneur, dit Mahomet dans le Coran par la bouche de sainte Anne, je viens de mettre au jour une femme, et il n'y a point d'homme comparable à elle. Je l'ai appelée Marie, et elle est placée sous votre protection , à l'abri de Satan le tentateur*. »

Quelques lignes plus bas , Mahomet ajoute :

« Les anges ont dit à Marie : « O Marie, Dieu t'a ce choisie ; il t'a choisie entre toutes les femmes , et il « t'a faite exempte de toute tache : immunem te fecit « ab omni labe*. »

Ces textes sont topiques non moins que surprenants : ils reproduisent la formule chrétienne d'une manière irréprochable, et pourraient se passer de commentaires.

Les glossateurs leur apportent une force nouvelle.

Gelai, interprète du xii* siècle, explique et développe, comme il suit, les paroles extraordinaires du Coran.

ce On lit dans l'histoire que personne ne vient au monde sans que Satan le touche au moment de sa naissance, à l'exception de Marie et de son Fils; et c'est pour cela que les enfants, au sortir du sein de

' Refutatio Alcorani, Auct. Lud. Maracci, fol. Patav., 1698, p. 110. * Maracci f idem, p. 112.

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