ET LES PÉKES OL LES DOCTEURS DE L'ÉGLISE LATIN K
Par sa réplique et le miracle qui la consacrait, saiul Dominique cuvait du même coup la ilivinilc du Christ et Tlmmaculée Conception de la Mère du Christ.
Saint A orAer/ , archevêque de Magdebourg, fondateur des Prémonlrés, mort Tan 1134, donne à ses religieux rhabit blanc en Thonneur de la « très pure conception, purissimœ conceplionis »> de la Vierge Marie, et il complète la mesure par ces belles paroles inscrites dans une de ses prières :
« Je vous salue, ô Vierge, qui par une grâce spéciale de l'Esprit- Saint avez triomphé du péché du premier père, sans en être atteinte '. >'
Si le lecteur nous a prêté quelque attention dans cette longue marche à travers les siècles, derrière les grands conducteurs de l'Eglise, il a vu que l'idée de rimmaculée Conception et l'idée du péché originel se heurtent constamment, et que l'une vient de son opposition irréconciliable avec l'autre.
Le péché originel est la tache héréditaire dont les fils d'Adam naissent souillés; et tandis que les Pères, les docteurs, les prêtres, les croyants mis en scène s'accordent unanimement pour faire porter sur tous les hommes les effets de la malédiction commune,
* Velasquez, De Marim Imm, Concept,, lib. IV, dUtert. ii, adnot. 1.
ils reconnaissent avec la même unanimité que Marie seule est exemptée de toute tache , pleine d'une grâce unique, d'une sainteté indéfinie, d'une pureté parfaite.
C'est entendre et soutenir du même coup le mystère de rimmaculée Conception, résultant de l'exemption de la tache.
On peut donc avancer hardiment que la doctrine de rimmaculée Conception a été acceptée implicitement, dès le début, par l'opinion générale de l'Église.
La tache héréditaire, le péché originel, est un péché, le péché universel, suprême, fondamental, le péché par excellence , si Ton peut accoupler ces deux mots dans une sorte d'union blasphématoire.
D'après les maîtres de la foi , Marie est étrangère au péché, isolée de la masse des pécheurs, libre de tout péché ;
Donc le péché par excellence est compris dans cette immunité absolue, et Marie reste intacte.
Le péché est une contagion , une infection de l'âme ;
Marie a toujours été indemne de contagion et d'infection, integray illœsa, inlemerafa^ immacuhta.
Ces termes reparaissent sans cesse sous la plume et sur les lèvres des pasteurs, des fidèles.
Le péché originel , laideur morale , nous sépare de la beauté parfaite qui est Dieu ;
Marie, toujours belle et resplendissante, est toujours près de Dieu; supérieure aux esprits célestes, elle est semblable à Dieu en ce sens qu'elle porte dans elle l'image irréprochable de son Fils, Dieu, égal au Père.
ET LES PÉRÈS OU LES DOCTEDltS 0£ L*ÉGL1SE LATINE 499
Le péché origiDel, maladie morale^ notts rend impuissants à l*égard de Dieu, et nous condamne à la mort morale jusqu'au joor de noire régénéralkm ;
Marie y toujours saine et pleine de vie, nous rend la sève nécessaire pour renaître nous-mêmes à la vie.
Le péché originel fait de chacun de nous un pain fermenté, corrompu^ empoisonné;
Marie est le pain sans levain, sans ferment, qui nourrit et restaure.
Le péché originel a maculé la terre, dont le premier Adam avait été formé ;
Marie est la terre immaculée dont le second Adam est formé.
Le péché originel nous soumet à Tempire du démon ;
Marie seule échappe au démon, le combat, en triomphe.
Le péché originel nous a fait déchoir du paradis;
Marie ne fut jamais déchue du paradis : elle-même est un paradis plus pur que le premier, un ciel animé, cil Dieu a choisi sa demeure, un temple saint, que Dieu s'est bâti , Tarche nouvelle d'un bois incorruptible , où Dieu se plaît à habiter.
Dès le premier jour, ces notions catégoriques , décisives , sont en honneur dans le christianisme ; elles sont proclamées, transmises sans controverse; elles emportent, il ne faut pas se lasser de le redire, Tidée fondamentale que nous défendons, c'est-à-dire l'idée de l'Immaculée Conception, dont la tradition toujours vivante s'enracine peu à peu, et finit par s'affirmer irrévocablement.
La seconde doctrine découle forcément de la première.
La croyance générale et implicite à la sainteté indéfinie de la Vierge Marie engendre la croyance spéciale et explicite à l'Immaculée Conception.
Cette croyance spéciale et explicite se montre , dès le premier siècle, dans les Actes du martyre de saint André, et peu de nos dogmes, disons-le en passant, ont une base plus antique et plus vénérable.
Chaque siècle l'accueille à son tour, Tétend , l'affermit et construit pierre par pierre l'édifice, qui se dresse achevé même avant son couronnement officiel.
Le fait de la promesse qui lui a donné naissance commençant au moment de la chute de l'homme, la vérité qui en ressort, ou, si l'on veut, l'intuition de la vérité , a surgi avec les souvenirs et les conséquences de la chute. Elle se déroule et grandit, pressentie, figurée, annoncée, prédite par les êtres privilégiés auxquels Jéhovah laisse entrevoir, par éclairs, quelques-uns de ses secrets.
La promesse une fois réalisée dans Marie, la doctrine apparaît à l'origine même de l'ère apostolique. Elle se précise, croît, se propage parallèlement et sans nul accord dans les deux zones de la chrétienté. Elle fait le tour du monde en renversant tous les obstacles, à l'instar des autres vérités du christianisme; et finalement, après dix-huit siècles d'élaboration, elle reçoit le dernier sceau de l'Esprit- Saint planant sur le représentant du Fils de la femme immaculée.
Nourrie et vivant de ces pensées divines, l'Église, toujours prudente, a laissé agir la piété populaire jusqu'au jour de sa déclaration suprême; et la tolé-