ET LES PÈRES OU LES DOCTEUHS DE LÉGLISE LATINE
rance qu'elle n'accorde jamais à Terreur est le gage de la vérité qui s'élève, comme de la consécration qui se prépare.
Voilà, en quelques mots, le fond historique et théologique du dogme.
n provient des témoignages rassemblés sous les yeux du lecteur, et s'impose, croyons -nous, sans conteste.
Ce serait ajouter l'inconséquence au blasphème, outrager en même temps le Fils et le Père, que de charger d'une souillure la femme céleste que tant de génies inspirés rapprochent du Fils et du Père, jusqu'à l'assimiler à eux, et de refuser la grâce originelle à la Mère de l'auteur de la grâce.
Formulée clairement au iv" et au v° siècle, montant d'âge en âge pour s'asseoir au xiii'' et rayonner aux époques futures, la croyance à l'Immaculée Conception ne trouve pas de contradicteurs ni d'obstacles en Orient : ceux qu'elle rencontre en Occident, et que nous allons discuter, s'effacent successivement pour laisser le champ libre et lui ouvrir une voie triomphale.
Tel est le rappel ou l'annonce de tout ce qui précède ou qui suit.
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Nous sommes arriv»^ ^ un jH.»:nt culminant de 1 hîs^ loire de l'Immaculée Conct-jition.
La TrHdition proprement dite sarrtte là.
Nous entrons dans une nouvt'lle phase, qui. loin de rompre la trame des témoi^iai:*^^' la renforce, au contraire, par Tapparition d'un nouveau facteur, la Controverse,
204 L'hMMAfXLÉE CONCEPTION
Une évolution considérable se produit, destinée à augmenter nos moyens de polémique et à peser sur le résultat final.
Désormais la tradition va se doubler d'une discussion incessante qui la rendra à la fois plus ferme, plus vive et plus topique. Elle va se fondre avec la controverse : l'une sera le prolongement ou plutôt la réplique de l'autre.
On sait déjà de quoi il s'agit et quels éléments nouveaux entrent en ligne.
Jusqu'à ce jour la tradition s'est développée tranquillement; elle n'a point soulevé d'opposition, ni rencontré d'obstacle.
La foi à la sainteté indéfinie , à la pureté originelle de la Mère de Dieu, s'est transmise sans résistance. Elle a été proclamée , acceptée , enseignée ; elle a grandi dans l'esprit des croyants, sans contestation et sans dispute.
En Orient, dans l'Eglise grecque, personne n*a osé, personne n'a voulu mettre en doute les grâces exceptionnelles et le privilège insigne de Marie ; et personne jusqu'à la fin n'osera y toucher que pour leur rendre hommage.
En Occident, dans l'Eglise latine, la foi, le respect, la vénération, l'enthousiasme, moins exubérants qu'en Orient, n'ont point trouvé d'adversaire sérieux ni provoqué de négation systématique.
Si Ton excepte saint Anselme, que nous avons discuté à sa date, aucun docteur éminent ne paraît contraire à l'expansion d'une vérité qui soumet de plus en plus les consciences chrétiennes.
Arrêtons-nous un instant sur cette concordance.
ET SAINT BERNARB 2^
L'histoire, à coup sûr, ne présente rien de pareil.
Tandis que nous voyons la division, la confu^^jon partout dans le monde de la pensée humaine « comme dans le monde des faits ; tandis que les opinion«f le« plus certaines en apparence , soutenues par le.« meil'leurs et les plus forts, ne parviennent qu'à réunir une minorité d'école infime, variable, éphémère, nous contemplons ici un spectacle prodigieux.
Une doctrine, une croyance, à la fois instinctive et raisonnée , dépourvue cependant de sanction dogmatique, rassemble autour d'elle, pendant plus de mille ans, tous ou presque tous les génies, les savants, les sages , les esprits supérieurs et les âmes d'élite de Tunivers civilisé. Les temps, les pays, les races, les caractères n'y font rien. Les adhérents viennent de toutes les contrées, de tous les horizons. En dépit des différences que des conditions multiples et diverses mettent entre elles, difiTérences d'époque, de lieu, de sang, d'éducation, de mœurs, de penchants, de {<oûts, les générations de docteurs, de saints, se succèdent et se joignent dans une pensée supra-terrestre , qui a pour but de reconnaître , dans la même créature, la même supériorité surhumaine, la même prérogative divine. Toutes, à travers dix ou douze siècles, sans parler des voyants de l'ancienne loi, prophètes de l'événement, exhalent leur foi, leur enthousiasme, leur amour, dans un langage qui contient toutes les langues, et qui, malgré cette infinie
variété, variant à peine de formules, emploie le> mêmes paroles d'admiration, de respect, et se rapproche encore en déclarant qu'inapte à rendre les émotions du peuple chrétien , il renonce à les exprimer.
Qu'on médite ce fait unique dans les annales de l'humanité , et l'on conclura que l'accord dont il témoigne est la plus grande garantie de vérité qu'un penseur puisse demander.
Or cette garantie, fondée sur l'unanimité des esprits et des âmes, ne devait pas être unique. Dieu voulait donner à son Eglise une autre garantie non moins frappante; et ce nouveau signe sera l'opposé du premier et jaillira d'une contradiction sans frein.
Il eût été trop facile de prétendre que l'unanimité dont nous nous réclamons ne prouvait rien, parce qu'elle ne reposait sur rien, sinon sur une habitude inconsciente, une tradition routinière, un sentiment irréfléchi, incapable de résister à l'examen; et qu^ par suite le consentement universel, manquant de contrôle, n'avait et ne pouvait avoir aucune autorité.
C'est à cette objection, dernière ressource de l'ange des ténèbres, que Dieu répond, par avance, d'une façon irréfragable.
Pendant sept cents ans, la doctrine de l'Immaculée Conception, qui n'avait soulevé au moment où nous sommes qu'une résistance insignifiante, va subir le feu de toutes les objections, le choc de toutes les attaques; elle va être examinée, creusée, contestée, niée , par tous les moyens dont dispose l'intelligence humaine, aiguisée par la passion que les batailles intellectuelles font surgir ; et elle sortira de cette
seconde épreuve , plus dangereuse que l'autre , tellement éclairée, fortifiée, que toute lutte cessera avant que TEglise, résumant les débats, ne vienne terminer le conflit et prononcer le jugement.
Nous allons envisager dans le livre suivant cette face nouvelle et décisive de la question.
Pour rendre le témoignage plus imposant, Dieu a voulu que l'instrument de l'évolution qui se prépare , l'initiateur du mouvement , le promoteur de la crise , fût l'un des grands saints dont l'Eglise s'honore, un apôtre fécond en paroles et en œuvres, tout-puissant sur son siècle.
Saint Bernard va se lever, non point contre la sainteté de Marie, dont nul ne parlera en termes plus touchants, mais contre son privilège et contre la dévotion des fidèles qui veulent solenniser ce privilège.
Saint Bernard n'a pas cru à l'Immaculée Conception et n"'a pas voulu qu'on la fêtât.
Il faut parler net et avouer la vérité sans ambage.
Comment une telle lacune s'est-elle produite dans un si noble esprit? Comment une telle erreur s'estelle glissée dans une si sainte âme ?
Nous n'avons pas à le rechercher, et nous serions peut-être incapable de le découvrir.
Il suffira de dire que l'opposition du grand saint Bernard, permise par Dieu, n'a eu d'autre effet que d'élucider, d'affermir, et finalement d'imposer la croyance capitale qu'il niait.
Le génie et la vertu sont impuissants, là où le doigt de Dieu n'est pas.
Dans une lettre mémorable aux chanoines de Lyon,
saint Bernard s'efforce de repousser la doctrine de rimmaculée Conception, et il dénonce la fête que plusieurs églises, notamment Téglise primatiale de Lyon, célébraient en son honneur.
Et c'est à partir de cette lettre et à l'occasion de cette fête que la tradition, libre jusqu'à l'heure présente, se noue à la controverse pour aboutir, après sept siècles, au triomphe définitif qui la couronne.
En voulant renverser l'autel qui se dressait lentement dans le monde chrétien , saint Bernard a consolidé ses fondations.
Jamais avant lui la question n'avait été posée ; aucune discussion importante n'avait eu lieu.
On ne signalerait pas une demi-douzaine de témoignages contraires à la doctrine de l'Immaculée Conception , dans toute la série des documents accumulés de siècle en siècle à son profit. Ceux qui ont soutenu, antérieurement à saint Bernard, que la sainte Vierge a contracté le péché originel sont en si petit nombre et si faibles, qu'on a le droit de les négliger.
Même pour les théologiens arrêtés sur le seuil de la confession , il était clair que leur foi à la sainteté indéfinie de la Vierge constituait un gage anticipé et une preuve implicite de leur adhésion au dogme qui se formait.
La doctrine gagnait chaque jour du terrain , quand saint Bernard s'avisa de la combattre et l'attaqua par sa lettre fameuse aux chanoines de Lyon.
Ce fut à la suite de sa protestation que la querelle s'alluma.
Plusieurs raisons nous engagent à traiter ce chapitre historique avec quelques développements.
Les noms de saint Bernard, et de saint Thomas qui va suivre, invoqués avec plus ou moins de justice et d'à-propos. ont été et demeurent un argument à Tusage des adversaires de Tlmmaculée Conception. L'attitude prise par ces grands hommes, le rôle qu'ils ont rempli, l'action qu'ils ont exercée, sont encore l'objet de disputes et de recherches passionnées. Si la guerre dogmatique est finie, le conflit historique n'est point clos, et il réclame des éclaircissements.
On verra premièrement que l'opposition des illustres personnages en scène n'a pas le caractère intransigeant ou irréductible qu'on lui donne.
On comprendra que leur opinion, défavorable ou incertaine , ne saurait avoir une grande valeur en des matières fort obscures encore de leur temps.
On décidera conséquemment que leur divergence , dont on a exagéré la gravité, ne peut compromettre la cause, pas plus qu'elle n'altère l'autorité que leur science et leur vertu ont acquise aux deux docteurs sur d'autres points.
Purifiée et trempée au creuset de tant d'épreuves, la croyance à l'Immaculée Conception a triomphé, sans ôter à ceux qui la débattaient, en quête de la vérité, rien de leur prestige ou de leur majesté.
Nouvelle preuve qu'elle avait de son côté une puis-
sance unique, capable de vaincre sans entamer ses fulversaires.
Nous cédons à une dernière considération.
Le meilleur moyen d'approfondir la doctrine est d'étudier la controverse.
L'histoire de la controverse, comme l'histoire de la tradition, initie aux secrets du mystère. Elle retrace non seulement les péripéties matérielles du dogme; elle en révèle aussi la nature spirituelle, les principes , les rapports , la substance ; elle en éclaire les replis ; elle en présente un tableau minutieux ; et offrant les moyens de le scruter sous tous ses aspects derrière les disputeurs, elle le fait connaître entièrement.
Tous ces motifs nous déterminent à insister sur un sujet qui est l'essence même et la démonstration de notre thèse.
Nous laisserons parler les antagonistes dans les circonstances remarquables ; et quand le lecteur les aura successivement entendus, quand il aura bien pesé le pour et le contre, il pourra se décider en toute sûreté.
Saint Bernard, nous le répétons, ouvre, à dire vrai, la controverse.
Les quelques théologiens qui le précèdent dans la voie de la négation n'ont pas laissé de traces, et leurs tentatives stériles avaient plutôt accru que diminué le mouvement ascensionnel.
L'entreprise de saint Bernard eut et devait avoir phis de portée. Elle agita fortement les âmes et les jeta dans une lutte qui, pour la plus grande gloire de Marie , allait durer sept cents ans.
ET SAINT BERNiJ» 214
Cette lutte comprend à la fois la discussion des idées et le développement des faits.
Afin d'éviter tout malentendu dans le procès qui va s'ouvrir, il est bon, croyons - nous , de donner d'abord Topinion de saint Bernard sur les mérites et les grâces de la Vierge.
En manifestant la vivacité des sentiments de Tabbé de Clairvaux, ces extraits nous seront d'un grand secours pour connaître ou préjuger sa pensée véri-lable, relativement au point en litige, et pour pénétrer le fond des choses.
L'opinion de saint Thomas viendra un peu plus tard.
Personne , dans l'Eglise latine , n'a publié les louanges de la Vierge Marie avec plus de conviction et d'élan que les deux glorieux maîtres qui, par une contradiction incompréhensible, allaient se montrer le premier hostile, le second hésitant, en face de la notion de sa pureté originelle.
« Marie, dit saint Bernard, est bénie de Dieu entre toutes les femmes et elle n'a jamais été maudite'... Marie n'a jamais eu de tache personnelle'... Dieu, qui voulait entourer sa Mère d'une gloire extraordinaire dans le ciel, eut soin de la doter sur la terre d'une grâce extraordinaire... Il voulait, lui qui venait
^ s. Bernard, .Serm ii, de Assnmpl.f n° 8, col. 999. * hl., Serm. in Virg. Nativit. Deip.y n« 3, p. 729.
nous purifier de toutes nos taches, immaculé luimême, naître d'une mère immaculée..., choisie avant les siècles, connue d'avance par le Très-Haut qui l'avait préparée pour lui-même, gardée par les anges, préfigurée par les pères et promise par les prophètes ' . »
Suivent les prophéties qui annoncent le rôle, les vertus, les grandeurs, le triomphe de la Vierge.
<( Marie, continue l'abbé de Glairvaux, est cette femme revêtue du soleil et qui a la lune sous les pieds... Nous savons qu'elle est certainement élevée au-dessus des anges, des chérubins et des séraphins*...
« Marie est vraiment montée au-dessus du genre humain tout entier. Elle est montée jusqu'aux anges, qu'elle dépasse pour se placer au-dessus de toute créature céleste ^... Non, il n'est point de pureté angélique, comparée à la virginité de Marie, trouvée digne de devenir le sanctuaire de l'Esprit-Saint et la demeure du Fils de Dieu*... L'humanité de Marie fut, non seulement pure de toute tache, mais elle fut pure par un privilège unique de sa nature '.
« O vous seule, bénie entre toutes les femmes et non maudite, dira encore saint Bernard, libre de la malédiction générale... 0 sola in ter mulieres benedicta et non maledicta; sola a generali maledicto libéra^. »
En vérité , aucun des défenseurs du privilège de la
* S. Bernaixi, Hom, ii, Super misaus est, passim op., t. I, col. 737 et seq., éd. Paris., 1690.
* 1(1,, Scrm. In signum magnum de Assumpl., n° 3, col. 1007. ' S. Bernard, Serm. de aquœ ductu., n° 9, col. 1013.
* /(/., Serm, de Assumpt., n** 6, col. 1005.
* /(/., Serm, de Xativit, B, M. V,, n° 7, col. 1020. ® Id,, Serm. iv, in Vig, Nativii,, n* 3, p. 772.
Vierge Marie n'a parlé d'elle en termes plus magnifiques, plus justes, plus précis, et Ton a raison de dire que « le langage de saint Bernard , entendu dans le sens de TÉglise, suppose en Marie la préservation du péché originel et le privilège de l'Immaculée Conception * » .
Comment donc saint Bernard a-t-il pu condamner le privilège et la célébration du privilège qu'il venait, semble-t-il, de proclamer d'une façon si haute?
L'histoire de cette étonnante antinomie mérite, on l'avouera, d'être observée de près.
L'opposition de saint Bernard éclata soudain, en Tannée 1140, à propos de la démonstration liturgique des chanoines de Lyon.
Etablie dans l'église primatiale des Gaules renommée de tout temps par sa science et sa piété , la fête de l'Immaculée Conception prenait une grande importance. Adoptée déjà par d'autres églises de France, la cérémonie publique escortait les progrès de la doctrine, et tendait à devenir la pratique usuelle d'une dévotion croissante quand l'acte solennel du chapitre de Lyon vint lui donner un nouvel essor.
Saint Bernard n'hésita plus , et sa lettre de protestation rallia immédiatement des partisans.
* L'Immaculée Conception de la bienheureuse vierge Marie, par Msr Malou, évêqiie de Bruges, t. I, p. 369. Bruxelles, 1857.
C'est ainsi que saint Bernard, le flambeau de son siècle, Tapôtre de la troisième croisade, fut entraîné à inaugurer la discussion , et rien ne démontre mieux la force de la vérité que Timpuissance d'un tel homme à Tobscurcir ou à l'entraver.
La pièce où saint Bernard s'élève à la fois contre la fête et la doctrine de l'Immaculée Conception fait partie de son œuvre, et porte le n° 174 dans le recueil de ses 310 lettres.
On a essayé de détruire l'eflet de cette pièce, en contestant son authenticité et en torturant son texte. Nombre d'apologistes de Marie, affligés de voir contre eux un homme si docte et si saint, se sont efforcés d'enlever au maître de Clairvaux cette paternité, ou de la justifier, en cherchant dans sa lettre le contraire de ce qu'elle renferme.
Encore une fois, il ne faut pas louvoyer contre l'évidence.
Sans vouloir entrer dans un long examen, nous dirons que la lettre contestée porte tous les caractères qui révèlent son origine et défient la critique.
Les idées, la méthode, la forme, le style appartiennent à saint Bernard. Suscitant dès le début d'ardentes polémiques , elle n'a jamais été désavouée par son auteur.
Tous les ouvrages de l'époque Tattribuent à saint Bernard. Sa famille spirituelle n'admet aucun doute à cet égard ; amis et ennemis de la première heui*e et des périodes subséquentes ont accepté unanimement la lettre pendant plus de trois siècles.
Elle possède donc tous les signes d'authenticité propres à forcer le jugement, et l'on est contraint de la prendre et de l'apprécier telle qu'elle est.
Saint Bernard commence par s'étonner que Téglise de Lyon, la première des Gaules en sagesse et en dignité, prétende consacrer une fête à Tlmmacuiée Conception. A la vérité, d'autres églises lui ont donné l'exemple et la précèdent dans cette voie d innovation fâcheuse. Saint Bernard s'est tu devant ces premières manifestations : les églises fautives, n'ayant pas d'autorité , pouvaient se tromper impunément; leur erreur, sans danger pour le prochain, passait inaperçue. Aujourd'hui que l'église de Lyon accueille cette nouveauté et la prend sous son patronage, le péril s'aggrave, et le maître de Glairvaux se croit, devant Dieu, obligé d'intervenir.
Il le fait, en censurant à la fois la fête qu'on veut instituer et la doctrine qui lui donne naissance.
La Conception de Marie n'est pas immaculée. Pourquoi donc la fêter?
Seul Jésus-Christ conçu du Saint-Esprit est conçu sans péché.
Nul autre n'a reçu de Dieu une telle faveur, et c'est diminuer le Créateur que d'attribuer à une créature un privilège qui n'appartient qu'à lui.
Marie fut sanctifiée après sa conception, comme saint Jean : elle a obtenu plus de grâces, si Ton veut; on ne saurait lui accorder davantage.
a Je lis que l'Esprit- Saint est venu en elle, continue le polémiste, mais je ne lis pas qu'il est venu avec elle...; donc si elle n'a pu être sanctifiée avant sa conception, puisqu'elle n'existait pas, ni au moment de sa conception , à cause du péché qui était en elle, il faut croire qu'elle a reçu après sa conception, existant déjà dans le sein de sa mère, une sanctifica-
216 L'IMMACUtÉE CONCEPTION
tien qui a rendu sainte sa naissance, mais non pas sa conception * . »
Saint Bernard se dit le fils tendre et le pieux serviteur de Marie. Personne ne lui ravira ou ne lui contestera cette gloire. Un chrétien ne peut trop faire pour Marie; mais Marie n'a pas besoin d'honneurs imaginaires, ni d'un culte fictif.
Saint Bernard rejette donc formellement du même coup et la fête et la doctrine ; tous ses efforts tendent à renverser ceux qui défendent Tune et l'autre.
Il relève, une à une, les raisons qu'on lui présente, les objections qu'on peut lui adresser, et il croit les dissiper toutes :
La tradition manque, dit-il, et ne soutient pas la doctrine :
« Non commendat traditio, »
La raison ne l'approuve pas :
« Non probat ratio. »
Le rite de l'Église ne l'admet pas :
(( Rit us Ecclesiœ nescit, »
Voilà les arguments de saint Bernard.
Autant d'assertions, autant d'erreurs.
La tradition soutenait et développait la doctrine depuis le premier jour de l'ère évangélique.
Mais saint Bernard, ainsi que ses contemporains, ignorait en partie la tradition, demeurée pour tous plus ou moins voilée.
La raison, basée sur l'Ecriture et sur l'ensemble des vérités chrétiennes, l'approuvait expressément.
Mais les rapports qui liaient le nouveau dogme aux
* S. Bernard, Lettre 174.
anciens restaient à découvrir, ou n'étaient qu'imparfaitement connus.
Le rite de TÉglise admettait la fête de Tlmmaculéc Conception , puisque les Grecs la solennisaient depuis cinq ou six cents ans, et que certaines populations latines, plus proches des Grecs que nous, en Sicile et à Naples, par exemple, l'avaient adoptée depuis plus de deux siècles.
Mais saint Bernard ne savait pas ces grands faits , contre lesquels il allait si délibérément; et, partant de prémisses fausses , il terminait par une conclusion également erronée.
Toutefois on aurait tort de croire , malgré la netteté de ses affirmations, que Tabbé de Clairvaux formule un jugement définitif.
On dirait que le théologien sent le terrain trembler sous ses pas, et qu'il veut préparer sa retraite.
Non seulement il n'entend pas imposer son opinion ni en faire une doctrine inéluctable, une croyance irrésistible; mais il s'abrite derrière le saint-siège et lui abandonne la sanction suprême.
Il reproche surtout à l'église de Lyon d'avoir agi sans consulter au préalable Rome.
Imitant de tout point saint Anselme, l'abbé de Clairvaux hésite, tâtonne; il s'en remet à Dieu, il invoque le pape ; il attend un plus savant ou plus digne que lui, tout prêt à s'incliner devant sa décision.
Finalement, saint Bernard laisse la question en suspens, et réserve le dernier mot, tandis que ses arguments, reconnus faux et contraires à l'histoire, se tournent contre lui.
On voit que si la protestation de saint Bernard est
catégorique, elle n'est point absolue, et qu'elle ouvre toute issue au passage du vrai.
On voit que ce grand docteur doute de Tavenir comme de la bonté de sa cause : il prend ses précautions en conséquence, et Ton augure de ses réticences que si, faute d'informations suffisantes, il s'est lancé, de son vivant, dans une carrière hasardeuse, il l'eût abandonnée le jour où, de longs travaux ayant tracé la route, le saint-siège a donné la solution réclamée par lui , solution conforme aux hautes raisons qu'il ne connaissait pas.
Saint Bernard n'a donc péché que par excès de pmdence, ou plutôt par défaut de renseignements: et l'on est en droit de conclure, de ses propres déclarations, que la lumière se faisant et provoquant l'arrêt, il eût été le premier à se soumettre.
C'est pourquoi l'on a dit justement que son opposition , malgré sa véhémence , n'a pu nuire ni à l'autorité du saint docteur, ni à l'opinion qu'il répudiait. ^ Quoi qu'il en soit , les réclamations de saint Bernard amenèrent un excellent résultat. Elles avaient l'avantage de circonscrire le débat et de placer la question sur son véritable terrain. Il s'agissait de savoir ai!la Mère de Dieu avait été créée dans un état de saintélé parfaite; en d'autres termes, si la conception de la Vierge était immaculée. Désormais la dispute va se fixer sur ce point fondamental , et elle ne déviera pas jusqu'à l'heure où sept siècles d'études et de polémique la feront arriver à un dénouement irréfragable.
Le conflit s'engage dès les premiers instants. Sainf Bernard n'a pas plus tôt publié sa lettre retentissante, que les contradicteurs se lèvent de toutes parts. Les réponses, les réfutations pleuvent. ..
fiien que dépourvus comme leur antagoniste des notions nécessaires, les docteurs contemporains trouvent moyen de résister sur chaque article. Quelques-uns malmènent et traitent durement le maitre de Clairvaux. L'autorité, les services, la gloire du grand apôtre ne leur en imposent pas.
La cause de Marie enflamme ses enfants et les rend inébranlables. L'idée des droits de la Mère céleste qu'il faut défendre, l'intuition de la vérité, qu'ils pressentent plus qu'ils ne la pénètrent, suffisent à décupler leurs forces.
Nous avons perdu , malheureusement , les écrits de Pierre le Chantre et de Pierre Abélard rétorquant successivement chacune des propositions de saint Bernard. Mais nous possédons une autre réplique, d'un personnage célèbre du temps, qui n'en laisse rien subsister.
Pierre Comestory ou le Mangeur^ ainsi nommé à cause du nombre incalculable de livres qu'il avait dévorés , est une figure populaire de son siècle et un ^ype marquant de la science ecclésiastique française. Il a composé une Histoire scolastique qui fttt, comme on l'a dit, la Bible de Roy au mont du moyen âge.
Né à Troyes,.au commencement du xii'' siècle;. Pierre Comestor devint tour à tour doyen de l'église de sa- vville natale, directeur de l'école théologiqùe
220 LIMMACDLÉE CONCEPTION
de Paris, et il mourut à Tabbaye de Saint-Victor, en H85.
Son Sermon sur l'Immaculée Conception y moins connu que la lettre qu^il vise, réduisait à néant les objections de saint Bernard.
Par l'élévation de la pensée , l'entraînement de la logique, l'œuvre demeure un des monuments les plus solides de la doctrine traditionnelle, et elle fournit longtemps des armes à ses défenseurs. En résnmé elle contribua puissamment à son triomphe.
Ici, comme dans mainte autre occasion, la vérité, servie par des moyens inférieurs en apparence, devait remporter la victoire.
Après avoir sommairement indiqué le fond de l'argumentation de saint Bernard, nous allons lui opposer les considérations qui la réfutent.
Saint Bernard avait dit :
oc Nous nous étonnons fort que certains d'entre vous aient cru devoir, dans ce temps, changer la meilleure couleur, en introduisant une solennité nouvelle, que le rite de l'Eglise ignore, que la raison n'approuve pas, que la tradition antique ne recommande pas ^ . j>
C'était aller au cœur de la thèse, en cherchant à étouffer la « solennité nouvelle d sous le poids de la coutume, de la raison, de la tradition qu'on invoquait contre elle.
Sur ces chefs spéciaux , Comestor ne peut répondre par la longue série des faits qu'il ne connaît pas plus que son adversaire. Il se contente de répliquer à
* S. Bernard, epîs/. 174, nM, t. I, op., col. 169, edit. 1690.
laide des vérités et des notions qui sont à sa portée et qui vont lui suffire. Sans se laisser troubler parle prestige de saint Bernard, il s'exprime avec une vivacité qui prouve à quel point la foi était profonde dans Tâme des croyants :
« Prenez garde, qui que vous soyez, vous qui, avec les chalumeaux de votre malice, soufflez la corruption sur le fondement divin ; vous qui cherchez à renverser la maison dressée sur sept colonnes , vous qui sifflez avec le serpent antique , vous dont la meilleure couleur est changée, vous dont l'argent est changé en scorie * . »
Saint Bernard demandant d'où pouvait venir la sainteté de la conception et la sainteté de la fête qu'on voulait établir :
Comestor, toujours impétueux, répond, en attendant de le prouver, que la sainteté de l'une et de l'autre est connue des anges et des hommes, et qu'elle peut dédaigner la langue de celui qui en médit.
Il reprend ensuite et réfute, l'une après l'autre , les affirmations de saint Bernard.
On ne peut justifier par la raison et la tradition, avait dit l'abbé de Clairvaux, le privilège de Marie. Comestor, ouvrant l'Écriture, met en regard tous les textes qui ont servi de base à la croyance universelle :
« J'établirai des inimitiés entre toi et une femme , » dit le Seigneur.
« Je vous salue, Marie, pleine de grâces. »
* V. Petrus de Alva et Astorga, JRa.dii aolis zèle seraphici cœli veritalis pro Imm. Concept, myslerio, etc., fol. Lovanii, 1866, col. 648.
222 L1MMACULÉE CONCEPTION
(( Nous soutenons sans hésiter, s'écrie Gomestor d'accord avec ses prédécesseurs, nous soutenons formellement que la femme, à laquelle le messager de Dieu reconnaissait la plénitude de la grâce, en disant : Je vous salue y Marie , pleine de grâces^ n'a manqué d'aucune vertu, n'a connu aucune corruption et a possédé tous l«s biens nécessaires pour arriver au sommet de la perfection humaine ^ ))
Et, sachant s'efifacer à propos, Gomestor fait intervenir les illustres devanciers, restés dans la mémoire de son siècle :
Saint Fulgence n'a-t-il pas écrit, conformément à l'Ecriture, que « la sagesse n'entrera pas dans une âme sujette à la malice, et n'habitera point un corps soumis au péché? »
Saint Augustin n'a-t-il pas écrit qu'à a l'exception de la Vierge Marie , au sujet de laquelle , pour l'honneur du Seigneur , je n'admets aucune discussion lorsqu'il s'agit de péché » , nul autre n'est exempt?
Saint Ambroise n'a-t-il pas écrit que « dans le premier homme était préparée une terre pure , destinée à former la glorieuse Vierge , laquelle , par une bénédiction céleste, devait être ornée d'un privilège unique? »
« Vous voyez donc bien , conclut Gomestor, qu'il n'y a aucune espèce de corruption dans Marie... Elle est prédestinée dès le commencement, annoncée par les patriarches et les prophètes , saluée par un ange : le Fils de Dieu l'a choisie et le Très -Haut a sanctifié son tabernacle. »
« Ibid.
Voilà comment la raison et la tradition, appuyées sur rEcrilure , sont contre elle !
« Ne sentez -vous pas, continue l'apologiste, que si le fondement du tabernacle avait été corrompu, tout Tédifice aurait été fragile?
a Est-ce que Fignorance a empêché la sagesse , ou la faiblesse le fort, ou l'impuissance le Tout-Puissant de fonder un fondement incorruptible, pour élever un édifice non corruptible, mais divin?
« Celle qui a conçu Dieu d'une manière particulière a obtenu de Dieu la grâce d'être conçue d'une manière spéciale.
« Que signifient donc ces paroles : Des choses fflo^ rieuses ont été dites de toi, 6 cité de Dieu ^ si on dit de l'origine de Marie ce qu'on dit des misères de la nôtre ?
c( Et comment aurait -elle été sujette à la corruption, ainsi qu'on le soutient follement, celle qui avait été choisie et qui avait pour mission d'effacer la corruption? »
Toutes les raisons présentées depuis le commencement par les champions de Marie renaissent dans la bouche de Gomestor, comme une 'déduction naturelle des croyances chrétiennes; c'est pourquoi il fout" attirer l'attention sur une glose qui offre un point d'appui indestructible aux partisans du dogme.
« Assurément, reprend Gomeslor, il est indigne de la sagesse divine d'envelopper dans les ténèbres de l'iniquité la créature prédestinée à devenir la lumière des nations. On n'allume point une lampe pour la placer sous le boisseau. La Vierge, destinée ^ effacer la souillure des autres, a dû elle-même être préservée de souillure. Corrompue, elle aurait dû se
guérir elle-même avant de guérir les autres... Il ne convenait pas que celle, par qui la nature devait être délivrée du péché, fût elle-même soumise au péché... Il ne convenait pas que le péché pût jamais exercer un droit sur une chair qui venait combattre et vaincre le péché ! . . .
(( C'est pourquoi la chair faite par le Verbe a été dès le commencement préservée du péché... ta Mère de Jésus -Christ a donc reçu de ses parents la chair, sans aucune tache, d'autant plus sûrement que la chair de la Mère et du Fils est une seule et même chair, et que tel fut Tagneau, tel fut aussi sa mère! »
On admire, en lisant cette magnifique apologie, l'éclat et l'immutabilité des rayons qui frappent tour à tour les contemplateurs, et l'on est obligé de reconnaître que la vérité seule possède un pareil éclat et une pareille immutabilité.
Achevons d'exposer les débuts de la brûlante controverse qui allait durer sept siècles.
Saint Bernard prétendait que tous les enfants d'Adam devaient dire humblement avec David :
« J'ai été conçu dans l'iniquité, et ma mère m'a conçu dans le péché. »
Les conditions des deux partis ne se ressemblent pas , réplique Comestor :
(( Ma mère m'a enfanté dans la douleur : est-ce que Marie a enfanté dans la douleur? »
Au lieu d'invoquer une égalité qui n'existe pas, tirez de l'inégalité qui existe la conclusion qu'elle renferme.
Mais, riposte saint Bernard, Marie, conçue sans péché, a donc été conçue du Saint-Esprit?
Lun ne sort pas de Taulre, répond Gomestor; j'ignore comme elle a été conçue, mais le premier miracle me fait accepter le second, semblablement dû à une grâce spéciale de Dieu :
« L'argile a-t-elle le droit de dire au potier : Pourquoi avez-vous agi ainsi *? »
Saint Bernard revient sur le respect qu'on doit aux coutumes de4'Église.
Pourquoi, dit- il, créer une nouveauté, et introduire une fête inconnue dans le rite de l'Église?
Peu importe la nouveauté, réplique Gomestor qui ne saurait la contester, si le motif est vénérable :
« Est-ce qu'on s'inquiète de la nouveauté, ou du cours des années, lorsqu'une joie légitime survient? Ainsi la sainteté d'un jour de fête ne redoute pas, mais dédaigne les propos du détracteur, linguam detraheniis '. »
Et plus loin :
« Graignez votre infirmité ; tenez la croyance commune; ne discutez pas; apprenez à croire. »
La croyance commune!
Soulignons l'apostrophe en passant.
Le sentiment qui poussait à traiter ainsi un homme de la taille de saint Bernard était bien fort, on en conviendra; et la dispute, dont nous venons de rappeler les principaux incidents, tous en l'honneur de Gomestor, constitue une phase saillante de l'histoire que nous écrivons.
Vous vous plaignez de la nouveauté de la fête, ajoute l'adversaire de saint Bernard , et c'est là un de vos griefs :
^ Ibid., col. 620.
' Ibid.y col. 614.
« Or quelle chose est plus utile au monde, du crucifiement de saint Pierre ou de la conception de Marie? Si Pierre n'avait pas été crucifié, le monde n'aurait pas moins obtenu son salut; mais si la sainte Vierge n'avait pas été conçue, ni Pierre n'aurait mérité sa gloire, ni le monde la vie! Et cependant on célèbre , ce qui est juste , la passion de Pierre , et on ne célébrerait pas la conception die la Mère de Dieu * ! »
Que répondre à ces raisonnements où Ton retrouve Tordre et la logique qu'une forte et saine discipline intellectuelle enseignait aux esprits de ce temps?
Ils nous apprennent d'une façon iiTécusable, en même temps que la défaillance d'un grand génie et d'un grand saint, l'énergique conviction de ses contemporains, et la puissante assise d'une croyance qui inspirait de tels accents.
On voit quelle hauteur la doctrine de l'Immaculée Conception atteignait au xii" siècle : non seulement elle avait pris tout son élan, mais on peut dire sans exagération que les siècles suivants s'illuminent des clartés présentes et ne font que les refléter.
Tout est mis à contribution par les premiers athlètes, et tout devient entre leurs mains une arme victoriëuflc : la raison, la révélation, l'Ecriture, la théologie, ^ foi, tout fournit un argument nouveau. Seules, la tradition et la liturgie, moins familières à ce siècle venu après tant de ruines qu'au nôtre , n'ont pas le crédit et n'apportent pas l'aide efficace dont les âges futurs profiteront.
* Ibid,, col. 618.
ET SAINT BERNAHD 22^
Le privilège de Marie, on le voit, était déjà passé à letat de € croyance commune ]>, suivant le mot d'un champion qui ne craignait pas de démenti ; et il suscitait des manifestations si vives, il provoquait de tels éclats que saint Bernard lui- même , le maitre et rentraineur de son époque^ en resta finalement renversé.
Inaugurée par Comestor, la polémique ne s'arrêtera plus. Elle croîtra avec le cours des temps. Un peu froide et vacillante au début, elle ira toujours en s échauffant. Des légions de contradicteurs se dres* seront en face du maitre de Clairvaux, ou des docteurs qui adoptent ses idées. Nos querelles durent à peine quelques jours, quelques mois, quelques années. Les plus longues ne dépassent guère un siècle. La polémique relative à Tlmmaculée Conception se perpétuera d'âge en âge, sans jamais s'éteindre ou s'assoupir, fouillant tous les recoins de Thistoire et de la métaphysique, mêlant à la lutte des opinions la lutte des faits que nous raconterons, et amenant jusqu'à nous la doctrine contrôlée, disséquée, assurée, garan* lie par toutes les épreuves et toutes les ressources qui sont au service de l'intelligence humaine.
Ceux même qui ne visent pas directement saint Bernard ou ses adeptes raffermissent leur attitude, et leurs dédaraticms prennent un degré nouveau de netteté.
D^autres, il est vrai, surtout dans le commencement, restent hésitants, incertains; quelques-uns changent d'opinion, vont d'un camp dans un autre, ne savent point se prononcer ; et Ton devine très bien la perplexité de gens timides, indécis, modérés ou prudents, qui, à l'heure des violents conflits, attendent, observent, se recueillent, se taisent, ou flottent entre les deux partis.
Gomme dans tous les grands débats, nous voyons ici la droite et la gauche plus ou moins intransigeantes, séparées par le centre, qui occupe un terrain intermédiaire, destiné à diminuer chaque jour au profit de la droite.
Nous allons mettre en ligne la gauche avant de passer la droite en revue.
Le duel de saint Bernard et de Gomestor a dégagé la question et marqué le point litigieux qui va diviser l'humanité chrétienne.
Avant de montrer les continuateurs de Gomestor, tenants de l'Immaculée Gonception, nous croyons préférable de nombrer leurs adversaires, continua* leurs de saint Bernard.
L'attaque doit précéder la défense.
La redite, fatale en quelque sorte, des mêmes propositions et des mêmes arguments , nécessite un premier classement.
Noi s éviterons ainsi la confusion résultant de chocs successifs et de mêlées sans fin sur le même terrain , autour du même enjeu , avec la même stratégie .
Le lecteur qui aura, sous une seule rubrique, la suite des opposants, en distinguera mieux la marche et les efforts.
Il verra plus tard la suite des vainqueurs, qu'il pourra mieux apprécier.
La négation sera d'un côté, raffirmation de Faulre.
La vérité historique ne perdra rien à leur séparation : la clarté littéraire y gagnera.
Les lutteurs d'ailleurs se retrouveront en présence à toutes les heures décisives.