XII AVERTISSEMENT
jugeaient un homme du monde plus capable d'arriver au public et de répandre la doctrine, familière aux prêtres et aux théologiens, parmi les profanes peu ou point instruits du sujet.
On visait la masse du peuple chrétien, plus que le groupe des initiés , des docteurs ou des clercs.
L'auteur a besoin de s'abriter derrière ces considérations et ces explications préliminaires, pour justifier son entreprise et obtenir de l'indulgence.
Il s'est donc mis à l'œuvre sans regarder en arrière; il a travaillé pendant de longues années sans se laisser rebuter par sa faiblesse, ni arrêter par l'impuissance de la parole humaine à rendre, comme il conviendrait, un mystère ineffable; il a travaillé avec courage et persévérance, malgré les difficultés chaque jour renaissantes, s'aidant des secours qu'on lui ménageait, interrogeant les témoignages, consultant ses devanciers, s'eflbrçant surtout de rester fidèle aux leçons de l'Église.
A ce propos, nous devons au lecteur quelques mots d'éclaircissement.
Dans l'étude d'un dogme accepté de tout temps, quoique non défini par l'Église, élucidé par une polémique de plusieurs siècles, sanctionné par la décision suprême du souverain pontife, il n'y avait rien à inventer, rien à chercher ou à découvrir de nouveau. Il fallait au contraire se garder soigneusement de tout ce qui ressemblait à la nouveauté, à l'invention. Il n'y avait qu'à reprendre les traces de l'Église et des champions attitrés de FÉglise, à choisir, combiner, aUgner, disposer leurs enseignements
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et leurs déclarations d'une façon qui pût les rendre accessibles à tous.
La doctrine appartenait à la foi catholique.
Les documents et les faits étaient à tout le monde.
La forme seule, c'est-à-dire le plan, l'ordonnance . la mise en scène et l'expression revenaient à l'auteur.
La première condition pour bien marclier sur lé terrain où il s'enjj^ageait était de procéder avec une simplicité oxtréme.
Dans une œuvre si élevée, si délicate, si complexe, liée à tous les mystères de notre religion, les caprices ou les transports de li machination se trouvaient par avance irrémissiblement condamnés. L'auteur devait instruire, éclairer, convaincre, édifier le lecteur, non l'éblouir ou l'amuser par des effets de parade et des grâces d'emprunt; il devait chercher plus la ligne que la couleur, plus la précision et la netteté (|ue l'éclat. Un livre sur r Immaculée Conception restera sobre , correct et pur.
L'ordre, la méthode, la logitjue semblaient d'autre part rigoureusement indispensables.
Devant l'accumulation de documents opérée par une histoire qui remonte aux sources du christianisme, il était de première nécessité de ménager des issues pour faire entrer Tair. la lumière, et de tracer des voies régulières, sures, larges, sous les pas du lecteur.
Nous avions en face de nous une montagne de matériaux qu'il fallait utiliser pour bâtir un palais ou un temple à l'usage du public. Plusieurs vies d'hommes n'auraient pas suffi à rassembler les éléments venus de tout pays, en toute langue, dépôt traditionnel de toutes les Hglises. Maintenant qu'ils étaient amoncelés, revisés, classés, grâce à la persévérance d'ouvriers infatigables, nous devions profiter du travail accompli, cest-a-dire dégager, tailler, orner les morceaux appropriés, afin d'en tirer la
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statue moderne de T Immaculée Conception et d'en counmner rédilîce.
Au moment de hi définition, nombre d'auteurs eccU*siastiques, puisant dans le trésor commun, avaient dressé des tableaux de détail ou d'ensemble. Les uns paraissaient trop brefs, d'autres prolixes, plusieurs obscurs ou conuis, tous trop tccbni(|ues. hiératiques ou spéciaux.
Il s'agissait de fondre ces productions, (jui toutes étaient lionnes, quelques-unes considérables, importantes, magistrales, et de créer l'ceuvre définitive adaptée aux mouvements du siècle, aux besoins des contemporains, l'œuvre usuelle, courante, populaire en quelque sorte, capable de vulgariser la doctrine. Il s'agissait de nijeunir les choses anciennes, d'ajuster les choses nouvelles, et de former un corps uni, ferme et vivant.
Le travail de l'écrivain ressemblait un peu au travail du mosaïste qui choisit, juxtapose et relie les fragments pour donner à la représentation artistique la cohésion , le poli, la force et le relief.
Il fallait surtout être clîiir.
Le mode classi([ue, consistant à multiplier les divisions alin d'établir des temps d'arrêt et des jalons destinés à reposer, à guider le lecteur, se présentait naturellement. Nos pères <lu xviT" siècle, qui s'entendaient aux belleslettres, avaient un goîit marqué pour la division par livres : ils estimaient avec raison que ce fractionnement méthodique donnait du jour k l'œuvre et de la détente au lecteur. Bossuet n'a pas moins de quinze livres dans ses trois volumes des Vnruiliftns, et personne ne s'en plaint. Les maîtres de notre ép()que ont suivi la même règle venue des Grecs, et ne s'en sont pas mal trouvés. Klle était indif[uée pour ime teuvre religieuse de longue haleine.
Docile à la meilleure tradition, nous avons procédé par