CHAPITRE II
L^tMMACULÉB CONCEPTION ET SON CULTE PUBLIC EN OCCIDENT
I. Le culte de rimmaculée Conception passe d'Orient en Occident par les Églises intermédiaires. Le calendrier de Naples. Le testament d'Ugo de Summo. Objection et réplique. — IL La fête en Allemagne, en France. Jean de Bayeux et la Fête des PalinodSj à Rouen. Fête de la nation normande. La fête en Espagne, en Angleterre , en Flandre , et dans les autres pays d'Europe. — Dénombrements et dates. — III. Attestations et témoignages venus de toutes les parties de la chrétienté. Citations tirées de Barthélemi de Trente. Dons et fondations appliqués à la fête. Règles et pratiques diverses. Plaque de. l'église Saint- Séverin. La fêle en Portugal, en Irlande. La fête à Paris. Décret de Jean I*% roi d'Aragon. Déclaration de Gerson. Universalité de la fêle de Tlmmaculée Conception. — IV. Le concile de Bâle et son décret repris par les conciles provinciaux de Gnesne et de Breslau.
La fête de Tlmmaculée Conception a passé naturellement d'Orient en Occident à travers les pays mitoyens. Le royaume de Naples, l'ancienne Grande- Grèce , était le canal topographique et historique par lequel le culte devait se propager. L'Eglise de Naples, de même que TÉglise de Sicile, dépendait du patriarcat de Constantinople. Grecque et latine à la fois dans sa langue comme dans sa liturgie , elle avait des
LMMMÂCULËE œNCEPTlON 321
rapports incessants avec les Eglises romaines, et son rôle d'intermédiaire était tout indiqué.
C'est à Naples, en effet, que Ton voit le premier document touchant notre thèse, et ce document est décisif. Il consiste en un calendrier du ix* siècle, gravé sur marbre, qui porte, à la date du 9 décembre, ces mots: Conception de la sainte Vierge \ L'inscription et la date révèlent sa double origine. La première est latine et remplace la légende grecque , Conception de sainte Anne ; la seconde est conforme à la tradition orientale.
Venue de l'Orient, la fête de l'Immaculée Conception a devancé en Occident toute dispute.
« Elle a été reçue dans l'Église longtemps avant que l'on y vît naître les questions que l'on a formées à son occasion *. »
Elle se noie dans l'obscurité des premiers siècles. Tous les écrivains en parlent comme d'un fait ancien généralement établi. Elle était en si juste accord avec la croyance unanime, qu'elle s'est répandue partout sans rencontrer d'obstacle. Chaque pays fournira son témoignage particulier.
Il n'est pas jusqu'à la formule aujourd'hui populaire du privilège de Marie qui ne s'échappe spontanément de l'âme du croyant.
En 1047, un prêtre, cardinal de Crémone, Uffo de
* Vetuê marmoreum \eapolU. eccles., etc., Neapoli, 1744, par ^ymmaque Mazzocchi , qui donne ailleurs , dans une Histoire den Mques de Naples (1752), une gravure du marbre qu'il commente, et dont U place Térection entre 840 et 850.
' BaiUei, Vie des saints, 8 décembre, Conception de la sainte Vierge Marie, t. III, p. 151, fol. 1704.
32*2 LIMMACULÉE CONCEPTION
Summo, d'une famille patricienne, lègue aux chanoines de l'église Notre-Dame de Crémone une terre, à la condition de célébrer chaque année la fête de rimmaculée Conception, et d y chanter l'hymne suivant :
<k Salut, fille du Père éternel, aussi blanche que le lis! Salut, mère du Rédempteur! Salut, épouse du Saint-Esprit!
(( Conçue sans péché!
« Salut, élue de la Trinité ! Salut, triomphatrice du serpent infernal , seule exempte des atteintes de son dard! Salut, élue de la Trinité!
« Conçue sans péché!
« Sine macula concept a * / ]»
Ugo de Summo recommande par surcroit de faire sculpter en marbre ou en bois incorruptible la statue de Marie «c conçue sans péché » , dont il se plait à tracer les dimensions et la forme *.
Cette charte testamentaire est précieuse, parce qu'elle assigne à la fête de l'Immaculée Conception en Occident une date antérieure de soixante ans environ à la tradition orale , qui attribue faussement sa fondation à saint Anselme de Cantorbéry.
Nous ne cacherons pas les objections que soulève une pièce d'une si haute importance. Elle est écrite avec recherche ; elle est pleine de détails inutiles qui semblent vouloir distraire le lecteur et dissimuler la fraude; elle emploie des expressions qu'on dirait prises aux controverses postérieures. Finalement, elle
* Tropus Cremonensis Ugonis de Summo, Monument, ad My^^- Concept. 1mm. V. Deip. Ulustrandum, t. I, p. 23, edit: Roroana*,
« Pareri, l. X, p. 28.
présente des caractères singuliers qui permettent de suspecter son authenticité.
On oppose à ces griefs le témoignage écrit d'un prêtre respectable * , estimé pour sa piété et son savoir, déclarant que le testament d'Ugo de Summo a été copié par lui sur un vieux parchemin , lequel offrait toutes les garanties désirables. En attendant que roriginal, perdu au milieu de vastes matériaux destinés à une histoire dltalie, se retrouve, la critique, forcée de se contenter de Tattestation du prêtre mentionné, décidera si sa parole peut éteindre ou balancer les impressions contradictoires que la pièce provoque.
Fidèle à Tordre chronologique, nous allons maintenant en Allemagne.
Le concile de Mayence, assemblé dans l'année 1049^ institua dans la province la fête de Tlmmaculée Conception, en présence du pape Léon IX et de Tempereur Henri III.
C'est l'ancienne chronique belge qui a consigné et nous apprend le fait'.
Vingt ans plus tard (1070), la fête de Tlmmaculée Conception est installée en France dans le diocèse de Rouen.
^ Le chanoine Dragoni, 1816.
* Ap. Christ. Lupum.y Comm, in Concil, Magunt,, op. t. V, p. 232, éd. Venet., 1725.
3â4 L'IMMACULÉE CONCEPTION
Jean de Bayeux , archevêque de Rouen , inaugure la cérémonie dans l'église métropolitaine , aux applaudissements de toute la population.
Et deux ans après, sous les auspices du même saint prélat, la solennité est renforcée par la création d'une académie de l'Immaculée Conception, qui s'appelle le puy des Palinods * .
La fête de Rouen acquiert un tel renom, qu'elle sera dorénavant désignée dans l'histoire, par les chroniqueurs français et anglais, sous la qualification de fête des Normands, fête de la nation normande : festum Normannorum , feslum nationis normannicse.
• Les autres pays possédaient des puys d'amour, destinés à récompenser ceux qui chantaient le mieux la heauté des dames.
La Normandie avait des puys de la Conception de la Vierge, qui couronnaient les meilleurs vers dédiés à Notre-Dame.
En 1266, un autre grand archevêque de Rouen, Eude Rigaud, note ainsi dans son registre de voyages la fête populaire de Normandie :
VI id. decembris , in conceptione B. M., célébravimus missam in ecclesia S. Severini [Parisiis), in festo nationis normannicae *.
Henri de Gand, qui vivait au même siècle, constate à son tour que la « fête de la nation normande )i était célébrée avec pompe dans toutes les églises de la contrée ^
^ Cette académie, pour laquelle Corneille concourut, a existé jusqu'en 1789.
' Pareri, I, 355.
3 V. Quodlibet, t. XV, q. 16, p. 381, éd. Venet., 1613.
ET SON CULTE PUBLK: E> OOJDEXT 3S
Pour tous ces motifs, les fidèles de Normaiidie ont la prétention d'avoir intronisé en France le culte de rimmaculée Conception , et ils sont avec raison fiera de cette priorité qu'on ne peut contester.
Nous verrons bientôt que Tune des plus anciennes églises de Paris, Saint-Severin , où Ton célébrait en 1266 la fête de l'Immaculée Conception, eut Thonneur de fonder la première, dans notre capitale , une association dévouée à Marie conçue sans péché.
L'Espagne suit de près F Allemagne et la France.
Le biographe de saint Veremond * rapporte, sur la foi d'un vieux document, que la fête de Tlmmaculée Conception fut instituée dans toute la Navarre, pairie du personnage , peu de temps après sa mort. Kllc commence par s'établir à la date du 8 décembre dans le monastère dont le saint était abbé , et se propage à travers la province. Or, comme saint Veremond est mort à la fin du xi*" siècle, vers 1092, il s'ensuit que le culte de la Vierge immaculée s'élève presque concurremment aux deux frontières de la France, au nord et au midi de l'Europe.
A partir du xn* siècle, le culte grandit et se ramifie dans tous les pays d'Occident, malgré la controverse qui éclate justement à propos de l'intronisation de la fête à Lyon.
En Angleterre, l'abbé du célèbre monastère de Saint- Alban, Gaufride, instaure la fête dans sa juridiction, et lui donne une solennité extraordinaire (1 1 19-1 146) *.
* ViU S, Vcremundi abbalis Hyrachenêis in Navarra, ap. Bollaiid., 1, I, martii, p. 766.
' Mathœî Paris, Mon, Alban, vilœ abbaium sancti Albani, p. 40, •d calcem. Ilist. majoris. Col., Paris, 1644,
326 L'IMMACULÉE COxNCEPTlON
La fête traverse le détroit et va d'Angleterre en Flandre. Elle apparaît à Liège dans Tannée 1142^ et à Trêves un peu plus tard *.
Rien n'arrête son essor, ni les récriminations de saint Bernard, ni les excès de quelques-uns de ses adeptes, ni les disputes qui s'enflamment.
Dans toute l'Europe , le peuple chrétien croit d'instinct à Marie sans tache et prétend la glorifier.
Forts de l'exemple général, les chanoines de Bazas, en Aquitaine, dotent leur église de la commémoration pratiquée, disent- ils, dans presque toute la Gaule ^.
L'adversaire victorieux de saint Bernard, Pierre Gomestor, chancelier de l'Eglise de Paris, complète sa campagne pour Marie en conjurant ses auditeurs d'opposer la manifestation puhlique de leur foi aux négations des ennemis *.
Pierre de Gelles, évêque de Ghartres, après avoir hésité entre les deux partis , se joint hautement aux amis de la Vierge , et ouvre son diocèse à la fête de l'Immaculée Gonception , sous la réserve de l'approbation du saint-siège*.
A la fin du xiic siècle, en dépit des résistances et des contradictions , le culte de Marie conçue sans péché s'est étendu dans la plupart des Églises latines.
' V. Plazza, Causa Imm» Concept.^ p. 257, d'après Mathias Hauzcur., Collât, totius theolog,, t. II, p. 458. Leod. et Namurei, 1652.
* /(/., act. III, n° 97.
2 Capit. Vasatense ad Martene, De antiq. eccles, rit,, liv. IV^ cap. XXX, n^ 14, p. 119, et dans Gallia christiana, t. I, p. 1195.
* Sermo Pétri Comestori, De Imm, Concept, V, M, Matris Dei, ap. P. de Al va et Astorga, Badiiêolis, p. 614 et seq.
* Pétri Cellensi, lib. IX, epist. 10, p. 187 et 190. Op. éd. Paris,
ET S^» KZLTM. r^lWLJ: 2> «
Maigre b
lion , nous deTOtt§ eoK^amer shit^ ^**'ik^ an. ut rait dépla
La Belgique s't^ *Lsz.Lr:r^ Oî: • .l- ^-* *.*i::- . i^» Tardeur de sa foi ca'Ji :1. .-'^.
En 1 195, Baod-.i:: Lr iUr-^-ln,^ , rn .-, -^ r:-*:.:.'^ et de Hainaat. ch-:L->. 1*: ^.:-..r i- ^ > .r lit . Iz' : i^ culée Conception i>:'^ :-:iJ^r-^ >r* ■: r. ..^-r-^-^i- «.: églises de ses comtés .
A la même époque 1 1 >T . U i jr f^ T •--:-. : .. .i,* veut rien perdre de sa prLii-i ---r. *'i--^M l'-r j^-^i :--tt7 la fête de VlauxïMrul^ Oiz^.^y , , z. p;ir *.::-»: -?o.>r^...-. pleine de pompe, dont la -:?»rr,:7i^ ...:;«^* r:-*7T;.*r minutieusement les drtailr *.
En Angleterre, le concile d Oxf'^i -«vr a/. - -r ;suivant 1222 de la fête de 1 laŒ^.f^ 0,:y.^..^c. comme d'une cérémonie s^néral-c:^: l r>f^4^n^ t- ^ Ion peut varier dans Tintervaile i^ r5,:e* j,<r ^*.. œuvres serviles *.
Dix-huit années plus tard 1210 , le i:oi.i:\\t: de ^>oreesler mentionne de nouveau b fête, fans b rendre obligatoire.
V. Auberti Mirvi, Xoiiiûi eccler. Belf/ii, p. 476 cl 477. .VntT
Chron, Rolhomag., ad ann. 1197, et GailU chrislUna, t. XI
col. 56.
' Conc. Oxon., an. 1222, cap. viii, Colleci. conc. Labbe, t. XIII ^<>1. 1070, éd. Venet., 1732.
Durant la même année 1 240 , un des premiers disciples de saint Dominique , Barthélemi de Trente^ écrivait cette phrase dans Tinlroduction de ses Vies de Saints y gardées à la bibliothèque Barberini, à Rome :
« La Conception de la Mère de Dieu est célébrée par la plupart des Eglises avec solennité , comme je Tai vu moi-même dans la cathédrale d'Agnani, devant la cour romaine qui ne Tempêchait pas S »
Et il termine cette note par une glorification de Marie sans tache , qui contraste avec l'opposition future de son ordre et lui donne d'avance un démenli.
Cinq ans après, la papauté ajoute à la démonstration d'Agnani un nouvel acte de foi. Innocent IV prend le jour de la fête de l'Immaculée Conception , 8 décembre 1245, pour consacrer avec éclat, entouré d'un nombreux cortège, l'église du monastère de Saint-Pierre, près de Mâcon *.
C'est pareillement au mois de décembre que le catalogue de l'Eglise du Mans de 1247, place la fêle de l'Immaculée Conception *.
Nous avons dit ailleurs qu'en Tannée 1263 saint Bonaventure, complètement rallié à la doctrine, décrète pour l'ordre de Saint-François la solennité de l'Immaculée Conception.
La fête ne suffit pas à la piété des fidèles. Quelques-
* Frater Bartholomeus Trideniinus, in Prolegom. super liber, epilog, in gesta sancti, Ap. Gravois, De ortu et progreêsu cultui 9c festi Imm, Concept, B. Dei genit,, etc., p. 6. Summarii, Lucœ, 1761 V. encore sur le Frère Barthélemi Echard et Quetif, Scriptorts Ord, Prœd.y t. I, p. 110.
* Fasli eccles. Matisconensis laudati in concil. procinc, Lugdun.f an. 1850, p. 87. Lugdun., 1851.
^ Waddinpt., Annal, minor., ad an. 1363, n. xv, t. IV, p. 218.
uns coramencent à élever des sanctuaires à Marie conçue sans péché.
En 1264, Tévêque d'Évreux, Rodolphe y devenu cardinal, fonde dans l'église d'Evreux la chapelle de rimmaculée Conception, tant avec les dîmes de ses propriétés qu'avec les dons du roi Louis IX K
Le nom du saint et grand roi est ainsi mêlé à 1 érection du premier sanctuaire dédié en France à la gloire de la Vierge sans tache.
Nombre de pièces de la même période plus ou moins importantes, une lettre de 1272 annonçant la mort de Garin^ abbé de Saint- Landomar, à Blois'; un décret de 1 288 , signé par Robert , duc de Bourgogne * , sont datés du jour de Toctave de la fête de rimmaculée Conception.
En même temps, les fondations se multiplient.
Hugues Viger^ doyen du chapitre de Saintes, lègue une somme pour célébrer la fête * (1287).
Rstriulphcy évêque de Paris, laisse trois cents livres dans la même intention ^ (1288).
Partout, en Europe, la fête croît et se popularise. Elle entre de plus en plus dans les mœurs et les besoins du peuple chrétien.
En 1 287 , le concile d'Exeter commande au clergé et aux fidèles de la célébrer avec grand apparat^.
' Gallia christiana, t. XI, col. 588.
*/</., t. VIII, col. 1358.
* Id,, t. IV, col. 405.
* /</., t. II, col. 1089.
^ Id., t. VII, col. 117, et in Necrolog, eccles, ParisiensiSf ap. l^ubois, HUl.'eccles. Paris., t. II, p. 512. Paris, 1710.
* ConciL Exon.y an. 1287, cap. zxiii, ap. Labbe, CoL co/ic, t. XIV^ col. 1019, éd. Venet.
330 L*1MMACULÉE CONCEPTION
En 1289, Raimondde Beaumont, évêque de Rodez, la met au nombre de celles qu^l prescrit dans ses statuts synodaux '.
Les témoignages foisonnent au xiv"" siècle.
1306. — Robert y évêque de Chàlons, reçoit Thommage de certaines propriétés le vendredi après la fête de rimmaculée Conception •.
1310. — Le concile de la province de Cambrai renchérit sur les décisions des conciles précédents.
Il ordonne à ses prêtres, sous peine d'excommunication, de célébrer le 8 décembre la fête de rimmaculée Conception avec tous les rites solennels, matines, grand'messe, etc. '.
1311. — C'est ici qu'il faut placer le souvenir de Téglise Saint -Se vérin, auquel nous avons fait allusion.
On lit sur une plaque encastrée dans le mur du vieux temple parisien :
C'est dans cette église que fut érigée en 1SH
La première confrérie établie en France
En l'honneur de la très sainte Vierge
Sous le titre de sa Conception [Immaculée)
Ici était la chapelle
De cette antique confrérie
Dont l'institution primitive
Eut lieu à Londres en 1998
[SO mars 1841)^ Lefèvre et Lebœuf, hist. de Parùi.
* V. Martene, AnecdoL, t. IV, col. 765. Paris, 1717,
^ GMU chrUtiana, t. IV, col. 915.
' Concil. Camerac, an. 1310, ap. Hartzheim.
ET r*» -aux: KK^ B «^HIC Ol
Vins marbre noir.
Conceptk». «ioci hk vrraiï » «ttif municipal de Parâ.
Elle coofirvM^ ce tu^ omuf v^iiitf dt ut Jt tion da conçue d -'.ni'jrt itt i.:^! aa «uei te a &àt et T joint la B^tmixm t imt •rmunrre ^— ^"-wciale qae 110115 &'arT-:^ lo» T^sie^-^e HlLenr^.
1314. — UhzL::ie 1 '>*! '■If Xeûiti î& piauler «bus le for eedéâasli:^ 'jt ^jos itt a &%^ aaanelle de rimmaculée Cc#ccepo:a .
1317. — L'érêipe î'jriéans^. JifiAxt. appajé par son chapitre, pKâcrir TootiervatioD de la fête aux fidèles du dioee?^ K
1320. — Le Po4r.,.4-^ e-tre en lice.
La reine ÉILsaLit^i. tI^tc à ses frais une chapelle b l'Immacolée CoDccpd'>n dans le couvent de» Irinitaires de Lisbonne, et elle y fait célébrer la fôlo crt cérémonie.
Déjà répandu dans le pays, le culte de Miirio immaculée gagne par l'initiative royale un regain lU popularité ^.
1323. — Jean Ursin, archevêque de VnUvmtt , d'accord avec deux autres archevêques et iiA^uf Mt^ ques réunis à Avignon, accorde une màxA^^mim m% fidèles qui visiteront Tautel de sainte CaUinrini. h Palerme les jours des fêtes de la VierKO, «fl tuiimu ment le jour de la fête de llmmaculée Conception ♦,
» Y. Martene, Colleci. Scriptor. veten, i. VU, ^4,1 itHl. H it,j Und,, t. I, maplii, p. il9. * >^/, «n w,h
* GalUa christiana, t. III, col. 1472.
* Pareri, I, 509.
* Plazza , Cauia Imm, Concept, B. et. V., p. tftf.
332 LIMMACULÉE CONCEPTION
1328. — Le concile de Londres ajoute dans toute la province de Cantorbéry un rite spécial à la fête de l'Immaculée Conception * .
1334. — Les statuts synodaux de TEglise de Soissons imposent aux fidèles la célébration de la fête de rimmaculée Conception * au nom d'un usage ancien établi dans l'église, secundum morem antiquitus celébratum.
1337. — Guidon, évêque de Langres, lègue dix livres tournois à distribuer le soir des fêtes de la Vierge, et notamment le soir de la fête de Tlmmaculée Conception *.
La même année Tévêque d*Albi, Bernard de Garnier, crée le monastère de Tlmmaculée Conception *.
L'Allemagne , déjà menacée par Thérésie , ne reste pas en arrière.
En 1331, Tévêque de Paderborn, Baudoin, a établi dans son diocèse, avec l'approbation de son chapitre , la fête de l'Immaculée Conception ; et sept ans après (1338) Louis, évêque de Munster, suit son exemple *.
L'Angleterre, Tîle des saints, se dislingue particulièrement.
Jean Bacon, carme anglais, mort Tan 1346, nous apprend que les universités d'Oxford et de Cambridge
' Concil. Londin., ann. 1328, ap. Labbe, XI, 2478, supra laod.. p. 415.
*SUt, synod. Suessor» sip. Martene, col. Veter. Scriptor., t, VIH. col. 1555.
^ Gallia christiana, t. IV, col. 621.
* /(/., t. I, col. 76.
^^ HarUheim, Concile (îermanise, U IV, p, 314-.
ET SON CULTE PUBUC EN UCClDEVr U3
ont décidé avec celle de Paris qn^il est bon de célébrer la Conception de Marie « sanciam esse concepiionem Marisa celebrare: conséquemmeot la fêle était en honneur dans ces trois illustres aniTersités '.
1351. — L'Irlande imite l'Angleterre et T Allemagne.
Jean de Saint -Paul y archevêque de Dublin, au concile provincial tenu dans cette ville, fonde pour toute la province ecclésiastique la fête sous le rit double *.
1356. — Philippe y évéque de Meaux, approuve dans un rescrit la création d*un hôpital le vendredi après la fête de Tlmmaculée Conception ^.
1364. — Mémoire de la fête de llmmaculée Conception dans le calendrier de TEglise de Strasbourg, qui n'en était pas probablement à sa première commémoration *.
1368. — Le concile de Lavaur accorde une indulgence aux jours des fêtes de la sainte Vierge, notamment au jour de la fête de l'Immaculée Conception *.
1370. — Acte du chapitre d'une collégiale d'Annecy, signé le lundi qui suit la fête de l'Immaculée Conception*.
1378. — Décret de l'archevêché de Saragosse , fixant la fête au 8 décembre , et défendant aux gens
* Plazza, Causa Jmm. Concept, B. M, V., act. m, n*» 104.
* ConciL M. Brit. et ïlibern,, éd. D. Wilkins, t. III, p. i8. ' Galtia chrislianay t. VIII, col. 1635.
* Mariene, De ant. eccles. ritib., l. IV, c. 30, n» 18, t. III, col. 200. Venet., 1788.
^ Comcil, VaurenBCy an. 1368, ap. Labbe.
* Gallia chrUiiana, t. II, instnim., col. 444.
de la ville et du diocèse de s'occuper ce jour-là d'oeuvres serviles*.
1383. — Décret du chapitre de la collégiale de Tongres, en Belgique , élevant la fête de Tlmmaculée Conception au rit de fête triple , et la mettant pour le rit au-dessus des dimanches de TAvent, selon l'usage du diocèse de Liège, qui célébrait depuis deux siècles et demi sa commémoration ^
1387. — Il se passe à Paris un fait significatif.
Le dominicain Jean de Monteson produit dans la capitale de la France une telle irritation par ses attaques passionnées contre l'Immaculée Conception, que le roi Charles VI, pour calmer les esprits, doit forcer Tordre de Saint-Dominique à désavouer publiquement les opinions de son théologien, et à célébrer la fête qu'il contestait et voulait répudier ^.
1394. — Jean T^, roi d'Aragon, met ses Etats sous le régime inauguré par l'archevêché de Saragosse , sa capitale. Il ordonne que « la fête de l'Immaculée Conception, festivitatem beatse Conceptionis beatissimœ MariaBy soit célébrée solennellement et dévotement chaque année et à perpétuité dans toute l'étendue de sa domination, par tous les fidèles orthodoxes, tant religieux que laïques, de tout rang et de toute condition * » .
Vers le même temps, le chancelier de l'Université de Paris, Gerson, constate que la fêle de l'Imma-
* Regest, authent.^ p. 283 , à la suite de VArmament, Seraphic,
* Liber statut, eccles, colleg, tungrensU, p. xzxi, cité dans Lettre de M^ van Bommel^ év. de Liège, 8 déc. i849. V. Pareri, II, 424.
' Ch. du Plessis d*Argentré, Coiiect, judiciorum de novi$ erroribus, t. I, part. ii.
* O. Velasquez, De Maria Imm, Concept,, lib. IV, dissert. x.
culée Conception fleurit dans TEglise romaine presque entière et ailleurs, et alibi.
a C'est pourquoi, ajoute-t-il, il n'y a aucun péril pour la conscience, ni aucun danger d'erreur coupable ou de présomption à célébrer cette solennité r il y en a beaucoup , au contraire , à ne pas la célébrer ^ . »
1400. — L'archevêque de Cantorbéry, Richard Arnudel, place dans son catalogue la fête du mois de décembre de l'Immaculée Conception au nombre de celles où Ton doit s'abstenir d'oeuvres serviles*.
1420. — Hugues] Aoy en de Châlons, lègue soixante livres tournois pour célébrer la fête de l'Immaculée Conception ^.
1437. — L'évêque de Tréguier, Radulphe, s'appuyant sur d'anciens statuts locaux , recommande aux prêtres et aux fidèles du diocèse l'observation de la fête de l'Immaculée Conception *.
Arrêtons-nous un instant pour considérer le nombre, la suite, la majesté des monuments rangés derrière nous.
La croyance et la dévotion à l'Immaculée Conception remplissent l'univers chrétien. De l'Euphrate ^u Rhin, du Rhin à la Tamise, à la Seine et au Tage, le monde civilisé pris dans l'ensemble reconnaît, salue, fête le privilège divin de la Vierge Marie.
Tâchons de nous rendre compte de cet entraîne-
* Sermo de Concept, B, M, V.
* Spelman, ConcUi. Angli,, t. Il, col. 659. ^ ^ GallU christiana, t. IV, col. 952.
^ Statut. Synod., Radulphi, episc, ap. Mariene, Anecdot,, t. IV, col. 1145.
ment dix ou douze fois séculaire, né avec le christianisme, qui n'a cessé de grandir comme lui et de gagner les cœurs.
La tradition est partout, la croyance est partout; la dévotion et la fête sont partout : elles se sont propagées, imposées sans un mot de Tautorité souveraine, qui se borne à laisser l'humanité fidèle suivre les élans de sa foi. La conscience publique ne s'y est point trompée , et le même instinct qui la poussait à croire l'a poussée à célébrer sa croyance.
Le premier terme amenait le second irrésistiblement : la croyance ne pouvait se passer du culte, qui ne pouvait se passer de la fête.
Quelle manifestation historique vaut celle-là? Quel plébiscite peut- on comparer à celui qui naît, dure, se perpétue et monte de génération en génération sans effort, sans secousse, sans impulsion ni moteur visible, par le seul effet d'un sentiment commun , arrivant peu à peu , après douze ou quinze cents ans , à rallier, à pénétrer le monde?
N'y a-t-il pas là une répercussion sensible de l'action surnaturelle et de la force divine du catholicisme, qui progresse envers et contre tout, sans ressource apparente , et conquiert l'univers?
Voilà où en était la doctrine de l'Immaculée Conception au commencement du xv"" siècle.
Le mouvement va s'accentuer de telle sorte que le saint-siège, nous le répétons, sera obligé de se joindre aux aspirations unanimes en posant les bases de la définition du dogme qui mûrissait avec l'idée chrétienne .
Il résulte des documents rassemblés sous les yeux du lecteur qu'à Tépoque du concile de Bâle où nous arrivons , la croyance et la fête de Tlmmaculée Conception étaient acceptées , célébrées par tous les peuples catholiques , et provoquaient une des plus pieuses manifestations de Tannée.
Le synode en traitant la question, comme on le verra au livre de V Histoire de la définition ^ et le pape en chargeant ses légats de l'étudier, ne firent que donner satisfaction au désir des sociétés chrétiennes.
C'est pourquoi, malgré le schisme qui sépara le concile du pape au moment décisif, la profession de foi du concile relative à la croyance et à la fête de rimmaculée Conception constitue un monument de premier ordre dans l'histoire du christianisme et dans l'histoire du dogme que nous examinons ; car la fête, on Ta deviné, reçut la même sanction que la croyance.
Après s'être nettement déclaré en faveur de la croyance, le concile s'exprime dans des termes non moins catégoriques en faveur de la fête.
« Renouvelant en outre, dit- il, la prescription de fêter la sainte Conception de la Vierge, qui, par une ^cienne et louable coutume, se célèbre tant dans TEglise romaine que dans d'autres Églises au 6 des ides de décembre, nous statuons et ordonnons que la solennité ait lieu avec l'appareil d'une fête, festivis làudibusy au jour marqué , dans toutes les églises,
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monastères et couvents du inonde chrétien, sous le nom de Conception, sub nomine Conceptionis , el nous accordons à tous les fidèles pénitents et confessés qui assisteront ce jour -là à la messe solennelle cent jours d'indulgence , autant à ceux qui assisteront aux premières ou aux secondes vêpres , et cent cinquante à ceux qui écouteront le sermon de la fête, voulant que la concession dure à perpétuité *. »
Cette pièce importante prétendait établir, encourager, consacrer le fait universel mis en lumière, à savoir la célébration quasi générale de la fête appliquée au privilège de Marie : elle eut une influence considérable et acheva d'en répandre le goût et la pratique.
On a remarqué avec raison que la fête est présentée dans le décret sous son vrai nom de Conception. Le concile veut ainsi couper court aux entreprise? des gens qui , dans un but facilement compréhensible, essayaient de substituer à ce mot caractéristique le mot vague et à double entente de sanctification. La fête doit revêtir le cérémonial des grands jours de solennité chrétienne , dernier trait qui en fixe la physionomie et lui marque son rang.
Le synode enfin constate l'existence de la fête dans l'Eglise romaine , et se prévaut de cet exemple pour en commander partout l'observation.
La conduite de l'Eglise romaine, mère el maîtresse de toutes les Eglises, devait exercer, en effet, une action décisive sur la marche des choses.
* ConvU, Hasil» Decretum, ap. Labhe, Col, ConciL^ L XII. ^oL 62?.
ET SOK a LIT PCBUC EN OaUDENT 3M
Et ce n'était pas :^an:? raison que saint Bernard opposait jadis Fabstention de Rome aux partisann de la fête; mais cette abstention avait cessé, et Rome multipliait depuis longtemps les ^ages publics de sa foi.
C'est par la revision des preuves historiques destinées à découvrir ce fait capital que nous complète* rons notre étude.
Notons toutefois, avant de commencer Texamen, que deux assemblées postérieures au concile de Baie, le synode provincial de Gnesne, 1510, et le synode de Breslau, 1511, décrètent à son exemple la célébra- ^on de la fête de l'Immaculée Conception avec octave, suivant l'office approuvé par le pape Sixte IV.