CHAPITRE III
l'immaculée conception et son culte public a ROME
L Ancienneté relative et continuité du culte de Tlmmaculée Conception à Rome. Conséquences qui en découlent. Citations tirées de Richard de Saint -Victor et de Tanière. Les progrés du culte suivent les progrès de la croyance. Encouragements et faveurs des papes. Bulle Quod ad nobis de saint Pie V. — II. Rescrit fo^ mel d'Alexandre VII. Autorisation donnée par Clément IX à Louis XIV de célébrer la fête en France; institution solennelle de la fête et de Toctave. Brefs et témoignages successifs d'Innocent XII, de Clément XI. Bulle Commissi nobis. Actes de Benoît XIII, de Clément XII, de Benoit XIV, de Clément XIII. L'Espagne, le Portugal, l'Europe et l'Amérique unies dans le même hommage à Marie. Actes de Clément XIV, de Pie VI, de Léon XII, de Pie VU, de Grégoire XVI. Dernière ratification de Pie IX. — III. Résumé général. La croyance et la fête se sont développées spontanément et parallèlement, la fête attestant et célébrant la croyance. — IV. Equivoque et vanité de l'objectloo tirée de la célébration de la conception de saint Jean -Baptiste. Différences et contradictions radicales.
On se souvient du passage de Barthélemi de Trente, qui dépeint la cour romaine assistant, dans la cathédrale d'Agnani, aux cérémonies de la fête de Tlmmaculée Conception.
Ce document appartient à Tannée 1240.
Il est probable qae cette déitmstratiop n'était pas la première de la curie rcMmaine.
Au siècle suivant 1325 , le pope français Jean XXII prenait parti poor les franciaeains, champions de la Vierge contre les dominicains, et scellait son approbation par un rescrit enjoignant de donner plus de pompe à la fêle de Tlmmacnlée Conception dans sa chapelle du palais et dans la yiUe dWvignon.
Cinq ans plus tard i 1330 1, le carme Jean de Ba^ chon rapporte que la cour papale, obéissant à une coutume publique fort ancienne, publicâ et diaturnà consuetudine, avait soin de paraître a la fête de Tlmmaculée Conception dans l'élise des Carmes ^ .
« La sainte Eglise romaine, dit en 1345 Thomas de Argentinay générai des augustins, a coutume, solet, de célébrer solennellement la fête de Flmmaculée Conception de la glorieuse Vierge Marie *. »
Ainsi spécifiée par deux fois, la « coutume » remonte à une date indéfinie et prend un air d'anti* quité fort vénérable.
Un docteur illustre, Richard de Saint-' Victor^ avait déjà tiré de cette c ancienne coutume » ses légitimes conséquences.
^ On ne peut solenniser, disait-il dès le xii* siècle , une chose non sainte : or la conception de la bienheureuse Vierge Marie est solennisée ; donc elle eut sainte et immaculée *. »
Deux siècles après, le grand théologien Tau lé m ,
^ Joan. Bachonius, in iv dUt. 11 , q. 4, art* 3, ciU fiar U i', tin ÀWa et Astorga : Rûdii solU, etc., p. 1075. *^ Thom. de Argentma, in m Sent, di$t, 9, q« i^ a» 1« ^ Di»i, 2, art. i, q. i, argument. 3.
dont on a lu plus haut les fermes et lumineuses déclarations, répétait et commentait cette vérité traditionnelle dans TEglise.
« La sainte Eglise catholique romaine , écrit-il, qui ne peut errer, par ce fait seul qu'elle célèbre solennellement la fête de la (Conception de la Vierge, affirme et prouve irrécusablement sa conception immaculée. Elle n'agirait point de la sorte si elle ne tenait pour certain et démontré que la conception de la Vierge, Mère de Dieu, est exempte de toute contagion et même sainte '. »
La sainte Eglise catholique romaine ne peut rien faire contre la foi, avait dit saint Augustin le premier, fixant la doctrine en quelques mots :
Quœ sunt contra /idem, non facit Kcclesia.
Par conséquent , tout ce qu'elle fait est au profit de la vraie foi et détermine la vraie foi.
Kn 1385, Gilles de ftellenier écrit qu'il a vu de ses propres yeux le pape , les cardinaux , les prélats de sa cour et les représentants de tous les ordres religieux, à Texception de Tordre des dominicains, célébrer la fête de Tlmmaculée Conception, solennisée alors à Rome et dans tout l'univers*.
A partir de Sivle IV^ les progrès du culte suivent, à Home comme ailleurs, les progrès de la croyance et les triomphes de la doctrine.
Rome achève d'entraîner le monde chrétien, qui acclame, invoque, prie la Vierge immaculée.
* Taulerus, Lib. de X CmcUaiibunt , cipc. IV, p. cxxxt, e<l col. 1548.
* /Egidius Bellemer, In cap, conquesi. de feriiSf an. 1385, ap. <>r*' vois. De ortu et prog, fesli Imm, Concept,, Summarii, p. 16.
ET SUN CULTE PLBLIC A UaHK 34 J
Kn 1476, Sixte IV appuie le niouveraent général par une mesure importante.
Certain de stimuler le zèle des croyants, il place ia fête de l'Immaculée Conception sur le même pied que la fête du saint Sacrement , et il accorde aux fidèles qui la suivent les mêmes indulgences que plusieurs de ses prédécesseurs, notamment Urbain IV, avaient accordées aux observateurs de Tautre commémoration.
Plusieurs des successeurs de Sixte I\' soutiendront et propageront la fête en mettant comme lui les trésors de rÉglise à la disposition des fidèles.
La fête devient en quelque sorte canonique, et, Helon la déclaration de Taulère, elle implique la reconnaissance du mystère et la vérité de la croyance.
Il n'est plus permis, dira le savant Josse CUchiove, de récuser le mystère ou la croyance sans faire acte de désobéissance et d'insolence grave , sine cfravi ^nobedientià et insolenlià ^
La substitution de l'office de la Nativité à l'office de la Conception, qui eut lieu cent ans après Sixte Y\\ par la bulle Quod n nobis de saint Pie V (1568), ne changeait rien à l'esprit qui inspirait l'un et l'autre acte ni au but qu'ils visaient : au contraire; le remplacement du mot Nativité par le mot Conception dans le nouvel office indiquait le sens de la substitution et le dessein du saint-siège d'habituer le peuple chrétien à la célébration d'une fête, capable de le préparer à la définition du dogme, au moyen d'une forme liturgique connue et pratiquée universellement. Les mots
JudociClichtovei, De Purit. (loncept. B, M, K., Jib. II, cap. xiv, P-*î>. Paris, 15*5.
très digne et sainte j dignissima et sancta, que Pie V avait soin d'ajouter au mot Conception^ exposaient et complétaient sa pensée. Le saint pontife restait d'ailleurs fidèle aux vues de ses prédécesseurs, en permettant à Tordre séraphique de conserver le premier office rédigé par Léonard de Nogarole, que nous commenterons en son lieu.
Alexandre VII paraît à son tour et se montre aussi propice au culte qu'à la doctrine de l'Immaculée Conception.
« Voulant, dit-il dans sa bulle célèbre Sollicitudo, à l'exemple des pontifes romains nos prédécesseurs, favoriser cette pieuse et louable dévotion qui consiste à honorer par un culte public la bienheureuse Vierge comme ayant été par la grâce prévenante du Saint- Esprit préservée du péché originel; désirant enfin conserver dans le troupeau de Jésus- Christ l'unité d'esprit, apaiser les discussions et supprimer toute cause de scandale...,, nous renouvelons les constitutions et décrets des pontifes romains... en faveur du culte et de la fête de la Conception de la même Viei|[e Mère de Dieu... d
Les manifestations pontificales en l'honneur de Marie ne s'arrêteront plus, et nous devons nous contenler de noter les plus saillantes.
En 1668, Clément IX y sur la demande de Louis XIV,
ET «V CDLK rOBLàL A HOH:
'£fi4ise de Fmor à oâéivcr
vertu d*une coDoeanoo' fwnlJaiJe ém lique, dans les égUses dllaiîe. dXspoçse.
magne.
Plus tard, Innoceni XILdocHemur rœmx dm catholique, instilae expressément Toctare de
Clément XI va j^os loin : il impose la irie â rÊgli^e universc^lle et la rend oUigatoiie 6 norembre 17(i8 . « Excité, dit le pontife dans sa balle Commisà nobis, par notre sincère dévotion envers la très auguste Reine du ciel, notre patronne et notre avocate, noos déclarons, mandons et ordonncms par ces présentes* au nom de notre autorité , que la fête de la Conception de la bienheureuse Viei^e immaculée soit célébrée à l'avenir, dans tous les lieux de la terre, par les fidèles des deux sexes, comme les autres fêtes de précepte. »
Par un bref de 1729, Benoit XIII accorde des indulgences aux personnes qui réciteront le rosaire de rimmaculée Conception, avec Toraison suivante :
« Bénie soit Tlmmaculée Conception de la Vierge, conçue sans le péché originel; et bénie soit la très pure et immaculée Conception de Marie * . »
Clément XII approuve et confirme les statuts de racadéînie fondée par Philippe V à Cervera, dont l'un refuse les grades universitaires aux étudiarit# qiM ne jureront pas de défendre et de célébrer Vlff^ma culé.e Conception de la Vierge, patronne d* T*/;* demie (4 décembre 1730; *.
' Pareri, t. VII, app., L ty.
Benoit XIV, rappelant les bulles de ses prédécesseurs, consacre dans un rescrit du 26 novembre 1742 une chapelle de la basilique libérienne , pour y célébrer solennellement au 8 décembre la fêle de rimmaculée Conception, en présence du pape, des cardinaux et des principaux dignitaires de la cour l'omaine *,
L'Espagne se distingue par le nombre et Tardeur de ses revendications, que les papes s'efforcent de contenter.
Le roi Charles III ayant placé toutes les terrcî^ espagnoles sous le patronage de Marie, conçue sans péché , Clément XIII loue hautement dans une bulle de 1760 sa pieuse inspiration, et il permet au clergé de la couronne de célébrer la fête de l'Immaculée Conception avec Toffice de Léonard ( 1761 ).
De cette sorte, trente millions de catholiques, tant en Europe qu'en Amérique , confessent et glorifient le divin privilège de Marie. Le Portugal ne voulant pas rester en arrière de l'Espagne et obtenant la même faveur, il se trouve que, par la volonté directe du saint-siège , cinquante millions de catholiques sont unis dans la même foi et la même prière à l'égard de rimmaculée Conception , sans compter Tordre de Saint-François, qui depuis ti'ois siècles fête la prérogative de la Vierge, sans compter des multitudes de dévots répandus partout.
Clément XIV donne de nouveaux gages à la piélichrétienne.
' Benoît XIV, De B, N, Jesu Cfirisli nuUrifque tju» feiiU, pari. Ht cap. ce VII.