‹ L'Immaculée ConceptionChapitre 59 sur 127 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L^IMMACULés CONCKPTIOX ET LES TEMOIGNAGES LITURGIQUES '

I. Importance de la liturgie dans la matière. Nombre et variété des preuves liturgiques. Dénombrement du P. Pierre de Al va de Astorga relatif au moyen âge. — II. Témoignages de TÉglis» grecque. Leur antiquité et leur force. Les Menée», les prières, les chants, les hymnes. Formules des Églises syrienne, arménienne, cophte. Confenion orthodoxe de TÉglise g^cque actuelle. — III. Témoignages de TÉglise latine; offices et bréviaires anciens. L'office de Léonard de Nogarole. Nouveaux essais encouragés par le saint-siège. — IV. Protection et faveurs accordées par les papos aux démonstrations liturgiques. Citations tirées de Mf Malou.

On fonnerait plus d'un volume avec le recueil deH proses, des hymnes et des cantiques consacrés au culte de l'Immaculée Conception.

* La liturgie est Tensemble des formules et des forme*», des paroles et des rites destinés à exprimer une croyance, à pratiquer un culte.

Le rite est la règle, coutume, cérémonie, employée k V is%i*rvÀt'.t* du culte.

On comprend Timportance de la liturgie dans riiistoin^ t*X |<'i» manifestations d'un dogme. Elle est si grande , que tous K*s futvH teurs qui ont attaqué le dogme ont modifié \^ liturgie i\ên% W iH*un

370 L4MMACULEE CONCEPTION

Tous les pays fournissent leur contingent. Chaque peuple y chaque Eglise, chaque auteur a mis dans cette œuvre spéciale, avec sa marque propre, la trace ineffaçable de sa ferveur pour Marie. A défaut d'autre témoignage , celui-ci suffirait pour établir l'antiquité , la profondeur et l'universalité des sentiment^ qui poussaient le monde chrétien à vénérer, à exalter la Vierge sans tache. Considéré sous ce rapport seulement, le témoignage liturgique possède une valeur incontestable; il est la révélation du passé et la justification préventive de l'avenir en ce moment réalisé.

Un des grands apologistes de Tlmmaculée Conception, le P. Pierre de Al va de Astorga, assure qu'il a vu de ses propres yeux trois cent soixante-six missels, bréviaires, rituels, heures et calendriers liturgiques contenant la messe ou l'office de l'Immaculée Concep-

de leur attaque, afin de rendre leur pensée visible en quelque sorte.

Longtemps flottante et abandonnée à la direction des évêques, la liturgie, réformée une première fois par le concile de Trente et par Pie V, est aujourd'hui entrée dans Torbite de TEglise romaine; elle fortifie par Tunité des paroles et des rites Tunité de la foi.

« C'est le propre de TÉglise catholique, a dit Mffr Freppel le jour du couronnement de Notre-Dame du Folgoet (8 septembre 1888), d'exprimer sa doctrine par sa liturgie et d'avoir égard aux conditions de la nature humaine , à la fois spirituelle et sensible , en traduisant les vérités de la foi dans le langage frappant d'un acte symbolique. »

Dans son ouvrage : Des intérêts catholiques au xix* siècle, Montalembert appelle justement la liturgie « ce dépôt sacré de la foi, de la piété et de la poésie catholique ».

C'est à cette source finale de renseignements résumant la Tradition et VHistoire du culte qu'il faut venir pour achever notre parcours.

Sans vouloir nous appesantir sur de pareils témoignages, nous devons en donner une idée sommaire qui présentera une dernière catégorie de preuves.

tion. Afin que personne ne puisse douter de sa parole, le pieux serviteur de Marie se plait à dénombrer par ordre alphabétique les diocèses et les Eglises qui gardent ces livres et ces pièces. Contrôlées par un historien de notre temps ^ dans les lieux de son voisinage, ces informations ont été reconnues exactes sur les missels dont il cite soigneusement le titre, l'édition et la page, à Cambrai, Tournai, Hilberstat, Misnie , Salzbourg , Passau , Mayence , Constance > Liège, Bruges, Utrecht, Bruxelles, Windesheim.

Il n'est pas douteux que l'enquête prolongée amènerait, partout où les documents subsistent, des résultats semblables. La constatation présente permet déjà de mesurer Textension et la généralité du culte rendu à la Vierge immaculée au moyen âge.

Toute cette littérature religieuse, en effet, est antérieure au concile de Trente et à la réforme opérée par Pie V.

Une autre preuve découle de l'infinie variété des prières et des formules qui attestent le nombre comme le zèle de ceux qui les composent et de ceux qui les récitent.

Suivant notre habitude imposée par les nécessités chronologiques, nous ferons une excursion chez les Grecs avant d'aller chez les Latins; et nous aurons le plaisir, que le lecteur partagera , de publier certains passages qui, tout en traduisant la foi enthousiaste des Orientaux, ouvrent au penseur, par leur exubérance même, de nouveaux horizons.

En Orient, la liturgie est née spontanément pour

^ Mgr Malou, VImm, Concept, de U B. V. M. y t. I, p. 139 et seq.

ainsi dire, comme la croyance et le culte, de Taccord des évéques et du peuple.

La liturgie se crée avec plus de lenteur en Occident , et elle attend pour se développer les décisions des évéques, des conciles et des papes. Elle n'en constitue que mieux un argument de premier choix.

Dans la voie purement technique où nous entrons, condamné à une stricte revision énumérative, nous ne pouvons que marcher sur les pas de nos devanciers, en résumant ou classant leur apport de notre mieux.

L'Église grecque possède les plus anciennes pièces liturgiques concernant le dogme en question. Elle se relie de cette façon aux temps apostoliques par une longue trame que ni le schisme ni le mahométisme n'ont rompue. Plus voisine que TEglise latine du foyer de notre religion, elle en a conservé plus soigneusement, semble-t-il, la chaleur primitive.

On peut affirmer que , depuis le premier jour jusqu'au dernier, l'Eglise grecque et ses dérivés, les Églises de Syrie, d'Arménie, d'Egypte, d'Abyssinie, ont toujours manifesté par leurs coutumes liturgiques la croyance à l'Immaculée Conception.

Leur témoignage est donc capital , et on ne saurait l'examiner avec trop de soin.

Nous trouvons de premières et saisissantes indica-

lions dans les Menées, qui sont, comme on sait, les offices inensuels de la chrétienté grecque.

L*expression < tout à fait sans souillure », IlxW/^eftvTo;, appliquée à la Vierge, se rencontre plus de mille fois dans les recueils destinés à nourrir la piété populaire ; et, selon les interprètes, elle comporte, d'après la multitude et la variété des formules qui Tencadrent, tous les genres d'immunité. < Cette qualification, dit un savant historien de TÉglise grecque , implique d'abord l'universalité de temps, parce que la sainte Vierge a été sans faute en tout temps , même au temps où sa sainte âme fut créée; ensuite l'universalité de lieu, parce que Marie fut sans faute non seulement au ciel et sur la terre , mais aussi dans le sein de sa mère ; puis l'universalité de la faute, parce que Marie est exempte de toute faute et de tout genre de faute, sans excepter le péché originel; enfin l'universalité des créatures, parce que la sainte Vierge les surpasse toutes en pureté, en immunité du péchés »

Tous les genres « d'immunité t que nous avons entrepris de mettre en relief apparaissent dans ce fragment, qui rappelle à la fois les attributs de la Vierge et l'opinion des croyants,

Les informations suivantes corroborent ce premier commentaire.

Dans les prières, les chants, les hymnes de l'Église

grecque, Marie est « toute sainte, tout entière sainte,

pure, belle, bénie, glorifiée,... toujours sainte, pure,

belle, bénie, glorifiée ».

L'Église greccjue a constamment chanté : « O Vierge

' Simone Wifïagnereckio , Pieta» nutriana Grwcorum, cent, rt, n. 143, p. 322, etc. In-18, Monachii, 1647. . »

374 L*1MMACULÉE CONCEPTION

bénie , tout à fait sainte , ô miracle incompréhensible. 6 salut des mortels ' ! »

« Jésus -Ckiîst a toujours fait en vous de grandes choses, ô Vierge sainte*... Seule, ô Marie, vous êtes mère et vierge , toujours bénie et glorifiée ^. »

Les métaphores les plus vives serrest à figurer la sainteté rayonnante de Marie.

On la compare à la c lampe toujours lumineuse t, à la « lumière inextinguible », au « candélabre sans nuage », au « paradis toujours fleuri », analogies variées qui, avec d'autres semblables, éloignent absolument ridée d'ombre ou de tache.

c Marie est une fleur virginale de la nature; elle est la beauté de Tinnocence fleurissant par une opération divine *. »

Elle est « un ciel animé, un ciel d*un genre nouveau qui brilla sur la terre, parce qu'il a reçu dans son sein Dieu, qui est plu& que céleste, et qui a rendu céleste tout ce qu'il s'approprie" ».

« Marie est vraiment la parente de Dieu , elle qui est élevée au-dessus de tous les chœurs des anges *. > « La parente de Dieu, élevée au-dessus de tous les chœurs des anges, rendue céleste, » n'a rien évidemment de la corruption terrestre.

La liturgie ne fait que suivre la doctrine des Pères, qui ont qualifié maintes fois Marie de c première née de Dieu, fille de Dieu par excellence ».

* Paraclelice, p. 396, edit. Venel., i855.

' Joan. Monach., in Menais y die 30 nov., p. 225, ap. PassagH^* p. 1540.

^ S. Joan Damascènc, in Antholog,, p. 4, ap. Passaglia, p. 1S^^<

* Antholog. f die viii sept., p. 27.

. ^ Paracleiicef p. 350, ap. Passaglia, iAi et seq.

* ()e(ateuch,f p. 49, ap. Passaglia, p. 1370. •>

ET LES TÉMOIGNAGES LnTBGIQCES XIS

L'Eglise grecque pénètre Aumm le kmd da en disant :

a Voici qu'elle nait , celle qni avant sa conception fut prédestinée comme la Mèire de Dieu. Trai trésor de virginité * . »

La prédestination € avant la conception » n*a guère de sens , si elle ne signifie pas le privilège spécial de la Mère de Dieu.

L'interprétation acquiert pins de force si Ion songe que le fragment reproduit se trouve dans Toffice de la fête de la Conception de Marie.

«c Toutes les générations vous proclament bienheureuse y vous , toujours béatifiée . disent encore les Menées. Seule parmi les femmes, vous êtes bénie et vous révoquez les effets de la chute d'Adam , lapsi Adami révocation. »

Le dernier trait est expressif.

Pour guérir les suites d*une chute , la première condition est de n'en pas ressentir les effets; pour relever les autres, la première condition est de ne pas tomber soi-même.

Les autres Eglises orientales marchent d'accord avec rÉglise grecque.

« Jésus-Christ, déclare l'Eglise syrienne, choisit la très sainte Vierge Marie et se fit à lui-même une Mère nouvelle en qui il habita ^. t^

Et l'Église arménienne :

a Les chœurs célestes bénissent le temple du Verbe

* Sergius Hagiopolitan., in Merueiê, fl<l viii âë^,, p. %!»

* Mensea, die zxz dov., p. 177, ap. F«fMMglk, p, îYtYttK

^ Ordo iniiiandi atUchumenoB, ap, Hyroa. V* PaMMiKlia^ p, ii'4i.

éternel , et nous le louons aussi en unissant nos voix au céleste concert * . »

« Vous êtes plus sublime que les chérubins, ô Mère de Dieu que nous exaltons dans nos hymnes *. i

Les Cophtes s'écrient à leur tour :

« O souche éblouissante du véritable Époux, vous êtes plus élevée que les chérubins, plus vénérable que les séraphins '. »

c Je vous salue, ô paradis saint, ô paradis spirituel de Jésus -Christ, qui, à cause du premier Adam, est devenu le second Adam *, j>

Enfin , la liturgie cophte prononce le mot attendu :

<!( Je vous salue , ô vous qui êtes pleine de grâces^ Vierge immaculée, tabernacle qui n'est pas fait de la main des hommes , trésor de vérité ' 1 »

Quoique unies et dépendant jusqu'à un certain point de la grande chrétienté grecque, les Églises de Syrie, d'Arménie, d'Abyssinie avaient une existence particulière qui donne à leur adhésion plus de poids.

Nous avons fait connaître, par des fragments assez nombreux , l'opinion des grands docteurs ou àe^ grands saints qui ont brillé dans ces communautés. Saint Éphrem, saint Jacques de Batna, Georges Uard en Syrie , Grégoire de Naregh en Arménie , représentent la croyance des Églises qu'ils instruisent. Non seulement ces illustres et saints personnages communiquaient leur sentiment à leurs ouailles ou à

^ Confess» Armen», p. 33, ap. Passaglia, p. 383.

* Eccles. armen, in hymm. de Besurrectione, Voir Brève esp(Wr zione degli aiti délia commUsione spéciale, p. 48. Roma, 4855.

^ Theotochia Cophtorum, ap. Passaglia, p. 1127.

* Theotochia, ap. Passaglia, n® ^301, p. 1324. . -' Theotochia, ap. Passaglia, p. 1075.

Jeure frères ; mais encore ils avaient composé en Thonneur de Marie des prières et des hymnes qui avaient tellement pénétré la masse des fidèles y qu*hymnes et prières faisaient partie de leur vie spirituelle et ont résisté jusqu'à nous. Chacune de ces prières est un hommage passionné à la Vierge, et plusieurs contiennent, on s'en souvient, une reconnaissance formelle de sa divine prérogative.

Il est inutile de revenir sur ces preuves, vivantes encore sous nos yeux.

Nous nous contentons d'ajouter à tous les documents qui précèdent le témoignage explicite , renfermé dans la profession de foi actuelle de T Église arménienne :

« O fleur immarcessible, rameau qui ne fûtes jamais condamne 1 ô fleur admirable, qui de TÉden même avez procuré le parfum de l'immortalité aux enfants d'Eve, laquelle avait répandu la mort dans tout l'univers! ô champ pur des épines du péché, vous avez produit sans semence une moisson céleste et fourni le pain de vie à notre nature affamée ' . »

La vérité ne varie pas : d'où qu'elle vienne, elle rend le même son.

Eve a a répandu la mort "» : Marie nous a procure... l'immortalité ]» et a fournit le pain de vie à notre nature afiPamée >.

Apparemment par des moyens contraires à ceux qui ont causé la famine et la mort.

Marie est la fleur qui ne peut se flétrir , le rameau qui a conservé la verdeur originelle parce qu'il ne fut « jamais condamné >, le champ pur des épines

^ EccleM. armen. in êua Confesê,, ap. Passaglia, n^ 623, p. 554.

378 LIMMACULÉE CONCEPTION

du péché ]»; et c'est pourquoi il « produit... la moisson céleste ».

Nous avons vu, en interrogeant Thistoire des péripéties du dogme, que le sens de ces termes fort clairs n'a jamais fait un doute pour les fidèles d*Arménie, et que leurs évoques contemporains trouvent dans Tinvocation dont il s'agit une déclaration certaine de llmmaculée Conception, toujours professée et crue par leur chrétienté depuis le m* siècle jusqu'à eux.

D'après les mêmes témoins, l'Eglise arménienne dit encore :

«c 0 Marie, vous êtes une fleur intacte, la plante de bénédiction de notre premier père , délivrée tout à fait de la condamnation d'Adam * . »

L'Église cophte n'est pas moins catégorique.

« Tous les chrétiens vous exaltent, ô notre souveraine, ô Mère de Dieu, qui avez été pure de tout temps*. ))

Restons sur ces dernières citations : elles prouvent une fois de plus que l'idée de l'Immaculée Conception a survécu dans les pays d'Orient, comme tous les dogmes primitifs, au joug et à l'oppression des musulmans, lesquels, il faut le rappeler, se sont euxmêmes inclinés devant sa majesté.

Après s'être épuisée à louer les vertus, les grandeurs de Marie , l'Eglise grecque conclut en se déclarant impuissante à célébrer dignement le sujet. Elle proclame qu'elle n'a pas trouvé de terme capable d'exprimer ce qu'elle sent.

* Pareri, I, 460.

* Cophtorum Eccle$. in theotoch., p. 55, ap. Passaglia, p. t^^-' V.Mf Malou, ch. tx et z.

ce Lorsque nous voulons parler de vous, dit-elle, ô la plus innocente des créatures, tout genre d'éloges nous fait défaut ' . »

« Je ne sais par quelles louanges vous célébrer : (Juihus te laudibus efferam nescio, » s'écriera à son tour rÉglise latine, réduite à la même impuissance. De nos jours, TËglise grecque reste fidèle, en dépit du schisme , à ses plus pures traditions , et elle expose sa croyance en ces termes dans la Confession orthodoxe :

€ La Salutation angélique nous apprend que Marie a été appelée pleine de grâces parce que, comme Mère de Dieu, elle a reçu les grâces divines avec plus d'abondance que toute créature : c'est pour ce motif que l'Ëglise l'élève avec raison au-dessus des chérubins et des séraphins '. j»

Déclaration bien significative , encore une fois , puisque les chérubins et les séraphins n'ayant point failli sont, aux yeux de tous les chrétiens, exempts de la faute originelle.

L'Église latine est moins riche que l'Église grecque et moins anciennement pourvue de témoignages liturgiques.

Le premier ofiice de la Vierge, où le mot Concept

' Mensea, die xxvii april., p. tl4.

^ Confeêê, orthodox,, part. I, q. 42, p. 110, edit. Kimmel. Voir aussi Pasaàglia., p. 717-1547.

tion remplace le mot Nativité, ne remonte qu'à la fin du XI* ou au commencement du xii* siècle. Il est mentionné et prescrit dans le récit apocryphe de la vision de Tabbé Elsin , auquel un ange serait venu recommander la fête de l'Immaculée Conception.

On lit dans l'office en question : € Que tous ceux qui célèbrent votre sainte Conception , ô Vierge Marie , sentent votre secours ! !>

Le bréviaire de l'ordre de Saint -François, publié à Paris Tan 1552, place cet office en première ligne, et Pie V Ta préféré à tous les autres.

Le second office de l'Immaculée Conception, également conservé par le bréviaire franciscain, est tiré de la même prétendue vision de l'abbé Elsin, et porte le titre :

Officium novum cum indulgentiâ audientium.

Le troisième, toujours emprunté au bréviaire franciscain, reproduit le décret du concile de Bâle au sujet de l'Immaculée Conception, et il est placé sous cette rubrique :

Officium Conceptionis B. M. V. ex concilio Basileensi.

Par un arrêt de 1477, consigné dans un manuscrit des chartreux d'Utrecht, le chapitre général cornmande à toutes les Eglises de l'ordre de célébrer désormais la fête de la Sanctification de la sainte Vierge c: au vi des ides de décembre, sous le nom de Conception, comme l'Église l'a ordonné autrefois et sans égard au statut qui parle de la Sanctification * »«

Cette substitution caractéristique fait voir où en étaient la croyance et le culte à ce moment.

• A. Suard, Martyr., éd. Solerii, p. 729, éd. au!., 1715. ;*

ET LES TÉMOIGNAGES LITURGIQUES 38i

Le quatrième office, composé par Léonard de Nogarole , que nous avons cité plus d'une fois , est le plus célèbre et le plus répandu.

Approuvé expressément en 1476, dans la bulle Cum praecelsa, par le pape Sixte IV, qui enjoint de a célébrer la fête de la Conception de la glorieuse Vierge selon la forme pieuse , dévote et louable , composée par notre cher fils et docteur Léonard de Nogarolis , clerc de Vérone et notre notaire * » , cet office renommé , plein d'élévation et de charme , sert de type à tous ceux qui suivent. Les franciscains et nombre d'Églises, surtout en Espagne, eurent la faculté de le garder après que le pape Pie V fut revenu àTofificede la Nativité : il rendait mieux qu'aucun autre les effusions des croyants à l'égard de Marie immaculée. On le désigne souvent dans la littérature chrétienne par les premiers mots, Sicut lilium, de l'antienne initiale des vêpres que nous allons traduire.

« Tel qu'un lis entre les épines , telle est ma bienaimée entre les filles d'Adam. Vous êtes toute belle , Marie, et il n'y a pas eu de tache originelle en vous. — C'est aujourd'hui la Conception immaculée de la sainte Vierge Marie. — Célébrons l'Immaculée Con^ ception de la Vierge Marie. — Marie a été exempte de tout péché originel et actuel. — O Dieu qui, par l'Immaculée Conception de la Vierge , avez préparé à votre Fils une demeure digne de lui, accordez-nous, nous vous en prions, que comme vous l'avez préservée de toute tache en prévision de la mort de son Fils, nous puissions aussi, étant purifiés nous-mêmes, parvenir par son intercession jusqu'à vous. »

. > Waddingt., i4/iiia/. Minor,, t. XIV, p. 174 , ad ann. 1477, n» 3.

a L'Immaculée Conception » qui prépare au Fils < une demeure digne de lui )» ^ et nous aide par Tintercession de la Vierge sans tache à « parvenir » jusqu'au Père, est spécifiée dans cette pièce renommée sous des formes multiples qui ne permettent pas l'hésitation.

D'autres passages sont aussi concluants.

L'antienne des secondes vêpres dit :

« Marie est vraiment la Vierge en qui l'on n^aperçoit ni le sceau du péché originel, ni l'écorce du péché actuel. »

L'invitatoire chante :

« Célébrons l'Immaculée Conception de la Vierge Marie, et adorons Notre -Seigneur Jésus-Christ qui l'a préservée. »

On voit par ces extraits que les objections faites sur la signification du culte rendu à la Vierge au moyen âge, et si obstinément reproduites par de$ adversaires aux abois , se heurtent aux textes les plus formels et les plus décisifs.

Sixte IV, qui ne cessait pas d'encourager le culte de la Vierge immaculée, soutint encore un nouveau champion , Bernardin de Rustis, auteur d'un cinquième office. Le pape en permit Tusage, sans toutefois l'enrichir d'indulgences (1480) ^

D'autres offices moins connus surgissent çà et là en Italie, en France, en Belgique, en Allemagne, et vivent avec des fortunes diverses, démontrant à leur manière l'expansion irrésistible et continuelle du culte.

* Wadding^., Annal, minor,, t. XIV, p. 254, ad ann. i4S0,n*3S.

1489. — Innocent VIII approuve Tordre de Tlmmaculée Conception fondé à Naples par Ursule de Benincasa et lui impose un office propre arrangé par Ambroise de Montésinos *.

Dans le même temps, le général des trinitaires, Robert Gagnin, écrit un nouvel office à la suite d'un traité sur la matière '.

1522. — On trouve à cette date dans Téglise de Milan un missel qui sera réimprimé par saint Charles Borromée , contenant une messe avec ces mots à l'introït :

c Réjouissons-nous dans le Seigneur en célébrant ce jour de fête pour Thonneur de la bienheureuse Vierge Marie, dont l'Immaculée Conception fait la joie des ajiges '. »

1529. — L'imprimeur parisien Kerver publie à l'intention des dominicains un livre d'heures qui renferme un office propre énonçant assez clairement le mystère * :

c Que la Conception bénie de la Vierge mère Marie soit fêtée avec joie. Voici le jour d'allégresse ,... que toute contrée se réjouisse ! i^

1535. — Un nouvel office dû aux soins du cardinal Quignon, ancien général des franciscains, ne fait

* Passaglia, p. 1899 et 1903.

* In Concept, B. 3f. V. per eumdem (layninum officium, k lu Hiiitit <lu traité par le même : De Purit. Concept, B. M, V,, imprim/* k U fin du xv^ siècle.

' Missal ambrosian. Mediolani^ 1322. Mfr ParittiK, qui vaU% U* fait dans sa Démonstration de V Immaculée Concept hn de la B, M. V Mère de Dieu y p. 51, parie d'un autre très ancien mi«4«»l di» \,ytu% contenant deux messes propres sous le titre de : VlmmacaUe Con ception de la Vierge Marie,

* Horm B, M. V. ad oiom Fratr. PrmdicaL ord» HancU DominuH... Offieio Concept. Immac,^ t, etc.

guère que répéter l'office de Léonard resté en usage dans l'institut.

1588. — Nouvel office des franciscains approuvé par Sixte IV pour tous les jours de l'octave de la fête de rimmaculée Conception ^

Un peu plus tard , nouvelle approbation de Paul V en faveur d'un office très répandu dans toute l'AUemagne, qui comprend des affirmations précises *. « Que toute main tienne, que toute bouche récite l'office de l'Immaculée Conception , » où on lit à matines : « Dieu s'est plu à orner sa belle épouse dans laquelle Adam n'a pas péché, in qua Adam non peccavit; » à prime : « Salut, Vierge sage, préservée de toute contagion du monde , ab omni contagio mundi préservât a; )) à tierce : « Il convenait qu'un si noble Fils ne voulût soumettre à aucune faute celle qu*il s'était choisie pour Mère , vere nulli prorsus sinens culpse subjacere. »

1630. — On réimprime à Anvers un petit office emprunté à des Heures antiques. Proscrit en 1676, parce qu'il relate une fausse concession d'indulgences, l'office d'Anvers est rendu en 1680 par Innocent XI aux réclamations du public et remplace un autre fo^ mulaire obligatoire pour les clercs.

Il a pour titre :

Officium de Immaculatà Conceptione ex antiquis Horis acceptum, etc. , et fait suite à un petit ouvrage dont l'annonce avec titre gravé n'est pas moins démonstrative :

* F.- A. Zaccaria, Dissert, iial,, t. II, p. 214 et seq. V. Bulli Ineffabilia , an. 1588, regest., p. 172.

' V. B, M, V, originarUk immunitas a sequioribus LamindL Pritcens, vindicaia, Auct. Georgio. Lincii, 1756, p. 55.

Typus pnedestinationis et conceptionis Mariœ filise

Dei immaculatœ.

Les matines de Toffice commencent par ces mots : a Eia/.., mes lèvres publient aujourd'hui les

louanges et les privilèges de la Vierge bienheureuse ! »

1729. — Bréviaire spécial à Nevers , avec les hymnes propres *.

1730. — Bréviaire spécial à Paris, avec des formules nouvelles adoptées par d'autres diocèses'.

Quelques années après, le roi d'Espagne Charles III obtint de Clément XIII un office propre « très distingué, prœclarissimum , qui doit être récité par les Espagnols en la fête de la Vierge immaculée ».

Dans le cours du xviii* siècle, plusieurs offices nouveaux paraissent en France et ailleurs.

Il faut citer particulièrement l'office des bénédictins du mont Cassin , composé par l'abbé du monastère M. D. Gaspard Bivarola, auteur d'un ouvrage Bur l'Immaculée Conception, et signalé à Pie IX dans Tannée 1 849 par M gi* Brunaccini , archevêque de Montréal , en Sicile *.

A Rome , un office spécial de l'Immaculée Conception succède aux précédents et tient leur place jusqu'au jour où Pie IX, par son encyclique de 1849, propose une formule générale et définitive à tous les évèques du monde catholique, qui s'empressent de Taccepter.

Telles sont les données historiques principales relatives à la liturgie proprement dite.

* V. Guyet, Heoriholoyia Hymni de umctis, p. 369. Venet., 1729.

* V. Bréviaire de Parié, 1736.

' Pareri , 1 , 83 et 263.

* Pareri , n« 495.

386 LIMMACULÉE CONCEPTION

On 86 souvient des actes nombreux par lesquels le saint -siège a manifesté sa bienveillance pour la doctrine et le culte de Tlmmaculée Conception, tels que concession d'indulgences et promotion de la fêle au rang des dévotions les plus hautes de TEglise; nouveaux indices du courant universel qui, venu du ciel, entraînait les pontifes et poussait le peuple catholique aux autels de la Vierge sans tache.

D'autres mesures semblables demandent une mention.

Après Sixte IV, qui avait attaché à la fête de rimmaculée Conception les indulgences réservées à la fête du saint Sacrement , conformité bien faite pour frapper l'esprit des fidèles, Léon X permit aux Églises d'Espagne de célébrer la solennité le jour prescrit à l'heure de minuit, ce qui l'assimilait en tant que rite à la Noël : deuxième analogie digne d'être remarquée.

Outre la messe de minuit , l'Église de Panama célébrait la messe de l'aurore et du jour.

Depuis Alexandre VII, tous les Papes, à l'exception d'Alexandre VIII , continuent les traditions de Sixte IV et accordent des faveurs extraordinaires et des privilèges particuliers aux partisans de l'Immaculée Conception. Innocent VIII, Jules II, Paul III, Pie V, Sixte V, Paul V, Urbain VIII et leurs successeurs stimulent de leur mieux les démonstratioDS

pieuses, dociles du même coup à l'Esprit de Dieu et au vœu des croyants. Les fêtes, les messes, les offices, les dévotions de toute nature vont en se multipliant.

Clément IX rend la fête , la messe , l'office obligatoires pour rÉtat romain.

Clément XI (6 décembre 1708) étend à l'Église universelle la même règle observée déjà dans nombre de contrées, et il prescrit pour toute l'Église le rit double ordonné à diverses dates, en divers lieux, par ses prédécesseurs * .

Un écrivain plus compétent que nous dans ces matières spéciales achèvera d'édifier le lecteur.

<r La fête était célébrée dans quelques Églises selon le rit double de première ou de seconde classe ; dans d'autres Eglises, selon le rit double majeur; elle avait sa vigile avec jeûne ; elle avait son octave. Elle avait comme la fête de Noël sa messe de minuit, sa messe de l'aurore et sa messe de jour; par une exception rare, elle était célébrée, au moins dans une Église, par une messe votive quotidienne ; on pouvait gagner à cette fête les mêmes indulgences qu'à la fête du saint Sacrement. L'ordre de Saint -François et une multitude d'Églises proclamaient la Conception immaculée dans le chant solennel de la préface de la sainte messe et dans les litanies de la sainte Vierge. Qu'est-ce que le saint -siège pouvait ajouter à ce culte pour l'élever encore , pour le rendre plus éclatant? Évidemment le mystère de l'Immaculée Conception , avant qu'il fût défini par le saint-siège , était

* Pareri, VII, 13.

célébré comme un mystère déjà défini par la croyance et par le culte public de l'Église catholique ^ »

Bien et dûment établis, appuyés l'un sur l'autre, le mystère , la croyance , le culte , le rit n'attendaient plus dans notre siècle que la définition, dont nous allons raconter au livre suivant les phases successives.

^ Mr^ Malou, rimmaculée Conception de la B, V. M, Bruxelles,

Après les témoignages historiques et liturgiques, Tart proprement dit pourrait offrir des documents d'une autre espèce.

Une gravure du zv" siècle , conservée à la Bibliothèque nationale , représente Jésus saluant sa mère avec ces paroles du Cantique des cantiques inscrites en exergue :

c Tota paiera es arnica mea, et macta nô est in te,

<( Vous êtes toute belle , 6 mon amie , et il n'y a point de tache en vous. »

Une stalle de la cathédrale d'Amiens , sculptée au commencement du XVI* siècle , représente Dieu le Père adressant à Marie les mêmes paroles, qui se déroulent sur une guirlande tenue par des Anges.

Au-dessous, diverses images entourées d'inscriptions figurent les divers emblèmes appliqués à la Vierge, tour à tour éclatante comme le soleil, electa ut sol; belle comme la lune, pu /cra ut luna; porte du ciel, porta cœli; étoile de la mer, Stella maris; cité de Dieu, civitas Dei^ etc.

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