CHAPITRE II
L* IMMACULÉE CONCEPTION ET LES ACTES PONTIFICAUX OU SYNODAUX RELATIFS A LA DÉFINITION, DU YII* AU XV* SIÉCLK
I. Retour en arriére. — II. Duns Scott et sa thèse en Sorbonnc. Appel des dominicains. Discussion solennelle. Jugement de Jean XXII. — III. Jean de Monteson, condamné par Clément VII. Eymeric, condamné par Jean, roi d* Aragon. Déclaration des anciens conciles.
Le premier signe de TinterventioD historique du saint-siège , dans le débat qui nous occupe , remonte à Tan 1325, au plus fort de la controverse.
Nous avons fait le récit de cette controverse.
Nous l'avons montrée commençant dès la publication de la lettre de saint Bernard aux chanoines de Lyon y et continoant pre!«que sans interruption jusqu'à nous.
Admise de fout temps par le peuple chrétien comme une eonséqueiiee natoreUe des vérités qu'il professait, célébrée par des fêles publiques depuis six ou sept ôèdes tm Orient* la erojanee à llmmaculée Conception sï'lwdiwt mpîdcMent ea Occident,
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quand saint Bernard s'avisa de la combattre. Le§ vains arguments qu'il lui opposa n'eurent d'autre résultat que de faire étudier la question de plus près et de susciter à la cause de Marie d'ardents apologistes. Victorieux dans toutes ses entreprises, saint Bernard devait être impuissant, vaincu dans celle-ci, et l'échec frappant d'un apostolat si glorieux allait être l'une des marques sensibles de la volonté divine.
L'appui plus ou moins authentique que saint Thomas donna plus tard à la tentative de saint Bernard ne devait pas être plus fécond.
Peu à peu la masse des docteurs se sépara de ces deux maîtres : elle suivit le courant du peuple, que son instinct ne trompait pas; et, en dépit d'un certain nombre d'adeptes qui prétendaient continuer la pensée des deux grands saints , la chrétienté personnifiée par ses pasteurs , son clergé , ses fidèles , alla dans le sens opposé, grâce au silence approbatif de l'Église, qui depuis l'origine faisait deviner la vérité, présager la conclusion.
C'est la longue série des luttes soutenues pnjt l'Immaculée Conception et terminées par son triomphe que nous allons dérouler sous les yeux du lecteur.
L'honneur du premier grand combat fertile en résultats revient au franciscain Duns Scott, lequel inaugura de la sorte l'inébranlable fidélité de non ordre à Marie.
Nous avons indiqué, au livre de la Controverse,
ET LES ACTES PUNTIFKAIX OC* SYNODAUX 40)
laction prépondérante que riUustre religieux exerça dans les discussions relatives à rimmaculée Concept tien et la part qu'il eut dans les succès du début.
Voici le moment de préciser et de commenter ce point d'histoire.
Envoyé à Paris en 1305 par le général des franciscains, Duns Scott, à peine âgé de trente ans, soutint en Sorbonne, sur le sujet, une polémique ardente qui remua toute la chrétienté.
Mis en face de deux cents arguments préparés par ses adversaires, Duns Scott les réfuta d'une façon si péremptoire , que ses réponses, déblayant le terrain , entraînèrent la majorité des théologiens et rallièrent à sa doctrine Tuniversité de Paris, estimée la plus savante de l'Europe. L'université d'Angleterre ne tarda pas à imiter Técole théologique de
Ce fut à l'occasion du triomphe de Duns Scott que les dominicains, ennemis de la prérogative originelle de Marie, en appelèrent au saint-siège, et que le saint-siège conmiença de s'affirmer. Fidèles aux opinions prétendues de saint Thomas, persuadés qu'ils marchaient sur ses traces, d'accord avec l'Écriture, les Pères, la tnditum: irrités d autre part de la victoire de Duns S&Al et de l'attitude prise par les universités de Pari* et d'An;^Hi»Te. les dominicains voulurent connait/^: > %*rr, t. r/Mrrf t de la papauté, et portèrent le proc^ ar, V,i/w»J 4e Jean XXII, résidant à Avignon 15K ,
Le conflit t^i^^rrfkjt, C^-^ 'U^m:w^.he d'oi» ordre puissant et retÈOw^.. ^ ;-^, i'^À^j^^lt U jo^ement du pape, doBHut ibi^^.^:m^r m\ <iA^ mm c»^icUrt solennel «
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Acceptant pour la première fois le rôle d'arbitre dans la querelle séculaire qui divisait la chrétienté, le souverain pontife convoqua les deux partis et les fit discuter en sa présence. Tout ce que l'éloquence des Frères Prêcheurs et la science de Tépoque pouvaient fournir d'arguments , de crédit et d'éclat, fut déployé par eux dans cette joute mémorable. Inférieurs peut- être en prestige et en autorité, mais appuyés sur la raison chrétienne et les faite connus de leur temps, les franciscains répliquèrent de telle sorte, que le souverain pontife se rangea de leur côté. Désireux de sanctionner son jugement, il ordonna de célébrer la fête de l'Immaculée Conception dans sa chapelle et dans la ville d'Avignon avec une pompe inusitée. Il alla même jusqu'à composer une prose nouvelle destinée à glorifier et à étendre la croyance au privilège de Marie * .
Les dominicains ne se tinrent pas pour battus.
Rebutés par le pape, ils se retournèrent contre l'université de Paris et lui firent une guerre acharnée.
En 1373, le dominicain espagnol Jean de Monteson la prend à partie, et, abordant sans ambage le fond de la querelle, il déclare dans une thèse que la
^ V. T. Strozzi, Controv. délia Concept, y etc., 1. IV, cap. tu, p. 256 et 257.
croyance à rimmaculée Conception c va directement contre la foi ^ » .
L'université de Paris riposte en proscrivant la thèse comme c scandaleuse , présomptueuse , o£Pensanté * » , malgré les protestations d'un groupe de dominicains qui adhère bruyamment aux assertions de Monteson et ne craint pas de déférer une seconde fois le conflit au saint -siège.
Clément VII régnait alors : il fait comme son prédécesseur Jean XXII ; il pose les deux camps face à face et leur donne des juges. Prévoyant sa défaite, Monteson fuit en Espagne, et de loin continue la lutte. Il n'en est pas moins condamné ', et la doctrine favorable à Marie bénéficie de cette deuxième sentence pontificale.
Quelque temps auparavant, l'évéque de Paris avait désavoué publiquement, au dire de Juvénal des Ursins, tous ceux qui osaient attaquer dans leurs écrits ou leurs sermons l'Immaculée Conception ^
Hien n'abat les dominicains.
Un autre religieux du même ordre , un autre Espagnol, grand inquisiteur, le célèbre Eymericy entreprend de venger ses frères et son devancier. Celui-ci ne se contente pas d'accuser d'hérésie les champions de Marie : il les poursuit, les emprisonne et les traite en véritables ennemis de la foi.
' V. la suite des Œuvres du chancelier Gerson, t. I, p. 693-709, deréd. deDupin,i706.
» Idem,
^ V. Echard et Quetif, Scriptor. ord. Prmd,, t. I, p. 692.
^ V. Grandcolas, Tradition de l'Église sur le péché originel, P- 197. Paris, 1698.
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C'est maintenant le pouvoir séculier qui se mêle à la dispute.
Jean P', roi d'Aragon, annule en 1394 les actes oppresseurs d'Eyineric. Il défend par une loi, non seulement de persécuter les partisans de la Vierge, mais encore d'attaquer son privilège. Martin, son frère, qui lui succède, confirme ce décret que Marie, reine d'Aragon, doit relever et promulguer de nouveau en 1436*.
Ni l'un ni l'autre des souverains ne s'érige en juge de la querelle. Ils prétendent uniquement sauvegarder les droits de la Mère de Dieu, et maintenir sa gloire dans les limites déterminées par le saintsiège.
L'Église, assemblée en concile, ne tarde pas de venir à leur aide.
Sans aborder directement la discussion, l'Eglise réunie s'était déjà prononcée dans plusieurs occasions d'une manière qui ne laissait guère de doutes sur le fond persistant de sa pensée , ni sur ses décisions futures.
En 649, le concile de Latran', tenu sous le pape Martin I", proclamait la Mère de Dieu c sainte, toujours Vierge et immaculée , sanctam semperque Vjrginem et immaculatam^ ».
En 680, le troisième concile de Constantinople approuvait la lettre synodique de saint Sophronius, patriarche de Jérusalem, portant que « le Fils de Dieu s'est incarné dans le sein virginal de Marie,
* V. Strozzi, liv. V, chap. xxiii et «ït, p. 303 et seq., el Regei^- Mttihent,, p. 285.
« ConciL, l. VII , col. 358.
sainte, chaste, divine, exempte de toute souillure, ab omni inquinamento liherœ* ».
En 737, le deuxième concile général approuvait la Lettre synodique de Théodore^ patriarche de Jérusalem , portant que « la Mère de Dieu, avant et après l'enfantement, a été créée plus sublime en gloire et en clarté que toute créature visible et invisible * » .
Conservant , relevant la doctrine séculaire avec une majesté que rien ne trouble , TÉglise , arrivée au temps présent, allait s'expliquer plus clairement et faire résonner au loin l'écho de sa parole.
* ConciL, t. VII, col. 1250.
• ConcU., t. VIII, col. 1220.