‹ L'Immaculée ConceptionChapitre 63 sur 127 · ET LE CONCILE DE B^VLE · texte numérisé non relu

ET LE CONCILE DE B^VLE

1 ^autorité i^, à tirer la conclusion dogmalique et pratique de tant de faits péremploires^ au moyen d'un j ugement devenu indispensable pour sceller la foi des chrétiens, accroître leur piété, rendre la paix au nionde • catholique .

Toutes les conditions usitées , réclamées en pareil cas, sont remplies de manière à satisfaire les plus difficiles exigences.

Les débats durent depuis près de trois ans; ils ont scruté toutes les faces , épuisé tous les éléments du procès.

Douze mandataires, agissant à la suite de longues délibérations, ont opiné d'abord en faveur de Marie; d'autres délégués ont soigneusement étudié, contrôlé, approuvé cette première interprétation. Un troisième comité, après l'examen approfondi de tous les arguments présentés de part et d'autre , demande aujourd'hui avec instance la solution finale. Le juge de la foi a fixé le terme de la revision.

Que veut-on encore?

Si le concile se sépare sans rien décider, les doutes, les perplexités, les querelles recommenceront pour le plus grand dommage de la religion et de la paix publique.

La guerre ne sera plus circonscrite à des théologiens et à des clercs; elle descendra jusqu'au peuple; elle ira aux femmes , aux paysans , aux soldats. L'Eglise seule , par la voix du concile , peut prévenir de pareils dangers et donner le repos à la chrétienté en assurant sa foi.

Tel est le rôle, la mission, le devoir du concile.

Il ne saurait exercer ce rôle, remplir cette mission, accomplir ce devoir, qu'en appliquant ses pou-

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voira à la glorification de la Vierge et en proclamant solennellement son divin privilège, ce qui lui vaudra le patronage de Marie et la reconnaissance de l'univers.

Il n'y avait rien à répliquer.

Le mémoire du docteur espagnol formulait la vérité avec une force et une justesse qui ne souffraient pas la contradiction. Le concile fut entraîné au point de reproduire le fond du rapport et d'en faire le cadre de son décret. La doctrine de Tlmmaculée Conception, suivant la demande expresse de Jean de Ségovie, fut déclarée « vérité catholique, conforme à TEcriture , à là tradition , à la raison , à la pratique liturgique ». On défendit, sous les peines les plus graves, de la nier ou de la contester. La fétet enrichie d'indulgences, fut proposée à toute la chrétienté ( 1 439 ) .

« La doctrine, dit expressément le concile, soutenant que la glorieuse Vierge Marie , par un effet spécial de la grâce prévenante et opérante de Dieu, n'a jamais été souillée de fait du péché originel; qu'au contraire , elle a toujours été exempte de toute faute originelle et actuelle ; qu'elle a toujours été sainte et immaculée : est une doctrine pieuse, conforme à 1^ foi catholique, au culte de l'Eglise, à la raison, à l'Ecriture ; elle doit être approuvée , conservée , professée par tous les catholiques , et désormais il n'est

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plus permis de rien prêcher ou enseigner de contraire * . »

On ne pouvait rien demander de plus. La définition dogmatique était là : il ne lui manquait que la sanction pontificale. Malheureusement, on s'en souvient , à l'heure où il rendait un hommage éclatant à la Vierge Marie , le concile de Bâle avait consommé sa rupture avec Rome. Il n'était plus légitime, et son décret, qui dans une circonstance régulière n'aurait eu besoin que de l'approbation du pape pour devenir obligatoire, perdit toute autorité.

Eugène lY refusa de confirmer ses décisions, de telle sorte que la proposition relative à l'Immaculée Conception, qui portait tous les signes de la plus scrupuleuse enquête, resta sans force dans l'Eglise et ne put faire loi.

C'est pourquoi l'on a pu dire spirituellement que le décret de Bâle, conçu sans le péché originel^ était né avec le péché originel et en subissait le contact.

Il n'est pas moins vrai qu'il devient un jalon précieux dans l'histoire de la définition, et qu'il offre un document irréfutable de l'état des esprits dans la première moitié du xv* siècle.

L'accueil enthousiaste que les Eglises latines firent à l'acte du concile de Bâle est un nouvel indice du sentiment public.

L'université de Paris, qui avait fort contribué à une décision dont elle soutenait les fondements de-

* ConciL Basil. y ap. Labbe, Collect, ConciL, t. XII, col. (2) 022. Paris, 1672.

puis plus de cent cinquante ans , la célébra avec un empressement extraordinaire , et prétendit , à tort, que la croyance reconnue par le concile formait désormais un dogme obligatoire.

L'Espagne et Tltalie , qui s^étaient montrées particulièrement attentives et respectueuses , s'inclinèrent avec joie.

A Madrid, la municipalité prit occasion du réécrit pour donner à la fête de l'Immaculée Conception un nouveau lustre.

A partir de l'année 1439, la cérémonie devint à la fois, dans la capitale espagnole, une fête religieuse et civile, ecclésiastique et nationale, qu*on annonçait au son de la trompette , que l'on inaugurait la veille par un jeûne universel , et à laquelle tous les corps constitués se faisaient honneur d'assister ^

Les Eglises même qui condamnaient les erreurs dn concile et refusaient de le suivre dans son schisme adhérèrent à sa déclaration touchant le privilège de Marie et lui en exprimèrent hautement leur gratitude; si bien que l'acte du concile eut pour double résultat de proclamer la croyance commune et dVn laisser un souvenir impérissable.

* V. Strozzi , p. 355.

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