‹ L'Immaculée ConceptionChapitre 64 sur 127 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L* IMMACULÉE CONCEPTION ET LES ACTES PONTIFICAUX OU SYNODAUX RELATIFS A LA DÉFINITION, DU XV* AU XVI« SIÈCLE

I. Concile d'Avignon. Nouveaux conflits; discussion publique ordonnée par Hercule d'Ëste, duc de Ferrare. Bandelli condamné put* Sixte IV. Le nouveau Samson. Bulle Grave nimis, — II. Wigant Wirth, nouvel adversaire censuré. Léon X et le cardinal Cajetan. Concile de Pise.

La campagne était commencée ; la brèche était ouverte. Le mouvement ne s'arrêtera plus : il aura des intermittences occasionnées par les épreuves que l'Eglise traverse ; il tendra persévéramment au même but, qui est la définition du dogme de Tlmmaculée Conception, réclamée par Télite et la masse des fidèles.

En 1457, le concile d'Avignon, relevant la déclaration du concile de Bâle, l'impose expressément et menace d'excommunier tout fauteur de proposition contraire ^ nouveau témoignage que la foi en Tlm-

* V. D. Martene, Thés, anecdot,, t. IV, col. 'M9.

maculée Conception était générale dans l'Eglise d'Occident au xv* siècle , et que les assemblées religieuses se contentaient de l'attester.

On reprend auprès du saint-siège les démarches si tristement avortées au concile de Bâle, et c'est pour répondre à ces nouvelles sollicitations que Sixte IV, autorisant l'office propre de l'Immaculée Conception y attacha à la fête les mêmes indulgences dont Urbain IV avait enrichi la fête du saint Sacrement.

Ces démonstrations pontificales , qui préparaient la conclusion, donnèrent quelque satisfaction aux partisans de Marie et les firent patienter.

Ils n'en continuaient pas moins à s'occuper de la question et à presser le dénouement.

Le monde laïque prenait part au débat avec la même vivacité que la famille sacerdotale.

Durant le pontificat de Sixte IV, un prince italien, grand protecteur des arts, Hercule d'Esté , duc de Ferrare, profitant des bonnes dispositions du saintsiège, eut ridée d'ouvrir une conférence sur le sujet, et, d'accord avec son évêque, il provoqua une discussion publique devant toute sa cour.

Vincent Bandelli, dominicain connu du lecteur, se présenta au nom de son ordre , dont il fut plus tard général, et il nia, avec sa violence habituelle, le privilège de Marie, qu'un autre théologien renommé, Bernardin de Feltro, soutenait. Chacun naturellement s'attribua la victoire, et l'intervention du saintsiège devint nécessaire , afin de couper court aux récriminations.

Sixte IV condamna le mémoire de Bandelli comme « agressif, outrageant et dangereux » pour la paix

de rÉglise, et il ajouta de la sorte une troisième affirmation aux déclarations antérieures de la papauté en rhonneur de Marie.

Non seulement 9 on le voit, le saint-siège se montre dès le début tolérant envers la doctrine de l'Immaculée Conception, qu'il n'eût pas manqué de répudier si elle eût été contraire à la foi ou à la tradition, mais encore il ne laisse échapper aucune occasion d'exposer ses constantes et vives préférences à son endroit.

C'est ainsi qu'il s'achemine avec sa prudence ordinaire vers la solution , dont trois siècles d'études et de recherches le séparent.

Un peu après (1476), Sixte IV donnait une nouvelle preuve des dispositions du saint- siège en autorisant l'office de Léonard de Nogarole^ qui glorifiait d'une façon que Ton connaît la divine prérogative de la Vierge.

L'opposition ne désarma point, et l'année suivante le pape, jaloux de mettre un terme au conflit toujours aigu, ordonna une autre enquête et une discussion approfondie dont il serait le témoin et le juge.

Les dominicains et les franciscains se retrouvèrent derechef en présence : Bandelli d'un côté, François de Brescia de l'autre. Celui-ci déploya une si grande supériorité, et malmena si rudement son adversaire, que le pape, aux applaudissements de tous, le qualifia de nouveau Samson!

Lés dominicains et leurs amis semblaient à jamais terrassés.

Néanmoins ils s'agitèrent encore et produisirent tant de confusion, que le saint-siège dut parler de nouveau.

Dans la constitution Grave nimis (1483), Sixte IV fit un pas de plus en faveur de Marie. Il défendit formellement , sous peine d'excommunication , de soutenir que la doctrine de llmmaculée Conception est une hérésie et de vouer à l'enfer les champions de la vérité; il interdisait pareillement aux partisans de la Vierge d'accuser leurs contradicteurs d'hérésie , et il tenait la balance égale entre les combattants : « parce que l'Eglise apostolique et romaine n'a pas encore décidé la question. »

Toutefois le souverain pontife laissait entrevoir la pensée de TEglise apostolique et romaine, et faisait pressentir sa décision.

Tandis que, dans son rescrit, l'opinion taxant de péché ou d'hérésie la croyance à l'Immaculée Conception devenait « fausse, erronée, perverse, scandaleuse » , l'opinion favorable à la croyance restait en suspens. Le pape se contentait de recommander à ses défenseurs d'épargner leurs ennemis.

Les personnes étaient sauvegardées : la première doctrine se trouvait rejetée; la seconde, réservée, devait attendre le jugement définitif de l'Eglise.

Toujours identique à elle-même, propice aux uns, l'Eglise demeurait indulgente pour les autres. Elle permettait même la continuation de la dispute, qui avait à ses yeux le double avantage d'éclairer la question et d'enraciner la foi ^combattue , dans l'âme de la chrétienté, de telle sorte que l'Église n'aurait plus tard qu'à la sceller.

Personne ne se méprit sur le sens et la portée de la bulle Grave nimis. Elle encourageait les amis de la Vierge, sans forcer encore les contradicteurs au silence.

Tous les obstacles que le inonde et l'enfer pourraient susciter devaient s'opposer à Tessor de la vérité jusqu'au jour de son triomphe , afin de témoigner qu'elle venait du ciel, comme le christianisme d'où elle découlait , et que les forces de la terre étaient impuissantes à l'arrêter.

Tant que Rome les laissait libres, les adversaires de Marie entendaient continuer la guerre.

En 149i, un antre dominicain, Wiganê Wirth, celui-ci de Francfort, recommence les entreprises de rinstitut, et déclare hérétique tout chrétien qui ose exempter Marie de la tache originelle.

Condamné par l'université de Cologne, il se rétracte pour fulminer quelques années après le même anathème, dans un livre que l'évêque de Mayence fait brûler *. Wigant Wirth en appelle à Rome, qui confirme le jugement de l'autorité germanique et oblige le coupable à se désavouer.

Tous les recours à Rome, tous les jugements de Rome tournent au profit de l'Immaculée Conception.

Emporté par le même zèle que ses prédécesseurs, et désireux comme eux d'éteindre une querelle que rien ne pouvait apaiser, Léon X soumet de nouveau la thèse au cinquième concile de Latran. Le cardinal

* Trilheni., IJ/i/*o/i., ad ann. 14^4 et soq.

424 L'IM^UCULÉE CONCEPTION

Cajetariy dominicain, qu'il charge du rapport^ demeure fidèle à la tradition de son ordre, sans accuser d'hérésie la tradition contraire , et tout en reconnaissant que la majorité des docteurs était opposée à sa propre opinion * .

Malheureusement les questions disciplinaires soulevées par le concile de Pise (15H) prirent le pas sur les questions de foi, et l'assemblée de Latran se sépara sans aborder la discussion.

Pï'ésenté au pape en 1515, le mémoire du cardinal Cajetan ne fut jamais examiné.

L'honneur d'une nouvelle enquête et d'un arrêt favorable allait échoir au concile de Trente.

* Traclatus de Concept. B, A/. V., ail Leonem X, P. M. //i quinque capita divisus. Romef, 1515, et inlor opiisc. card. Cajetani, t. Il, p. 99, éd. Venet., 1593.

Page 1