‹ L'Immaculée ConceptionChapitre 65 sur 127 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

I. Reprise du débat par le concile de Trente. Le cardinal Pacheco champion de Marie. Défense des dominicains. Entente finale et formules de conciliation. Approbation et signification de l'office de Léonard de Nogarole. — II. Effets de la déclaration du concile. Discussion à Paris. Attitude de la Sorbonne.

Malgré leur dessein de ne s'occuper que de Thérésie débordante en Europe, les Pères du concile de Trente (d 545- 1563) furent conduits à donner leur avis sur l'Immaculée Conception.

En vain les adversaires de Marie , connaissant les dispositions de la majorité des prélats et redoutant un échec, tentèrent d'empêcher la discussion et d'éviter une sentence. En vain ils objectèrent la nécessité de défendre la foi et de repousser les aggressions victorieuses dû protestantisme.

Les partisans de Marie pressaient de leur côté les Pères du concile de terminer une querelle qui ne pouvait qu^aggrâver les dangers dont l'hérésie menaçait l'Eglise catholique .

Ce fut le cardinal Pacheco qui remplit à Trente le rôle de champion de la Vierge.

Il ne montra pas moins de constance et d adresse que Jean de Ségovie à Bâle.

Soutenu par les bonnes dispositions de la plupart des évêques , il profita du moment où lexamen relatif au péché originel vint à Tordre du jour, et il proposa de définir le privilège de Marie avant d'entamer le débat. Les hérétiques prétendant restreindre Texistence et l'universalité du péché originel, le cardinal voulait commencer par mettre Marie en dehors du procès, sûr moyen de garantir son immunité.

Il se heurta, comme il s'y attendait, aux éternels ennemis de la Vierge immaculée.

Sans attaquer directement la doctrine de plus en plus envahissante, une partie des prélats dominicains, espérant étouffer la question, arguèrent du silence prolongé de Rome , des progrès de l'hérésie et de la nécessité de les combattre selon le programme fondamental du .concile , du danger de raviver une ancienne et insoluble dispute. Ils ne manquèrent pas de faire intervenir saint Dominique et saint Thomas, et l'honneur de leur ordre, si dévoué à l'Église, qu'il était inutile d'offenser par une initiative ou une contradiction intempestive .

On répondait aux dominicains par des argument péremptoires.

Le péché originel est en jeu, disait-on : nous allons établir son existence et son universalité.

Le texte de l'apôtre est précis :

« Par un seul homme le péché est entré dans le monde , et par le péché la mort ,** et la mort a passé

KT LE CONCILE DE TRENTE 4i7

ainsi dans tous les hommes qui ont péché dans un seul *. »

Si le concile n'exempte pas formellement Marie , il la comprend dans l'universalité du péché originel qu'il va décréter : son silence la condamne ; loin de laisser la question incertaine, il la résout à son détriment; d'autant plus que la controverse inconnue au temps de l'apôtre , ne cessant pas depuis des siècles d'agiter le monde catholique, témoignera contre la Vierge. Il importe donc d'exclure absolument Marie de la loi commune, si l'on ne veut pas tacitement l'y soumettre.

Le cardinal Pacheco ayant présenté , dans un but de conciliation, une formule qui réservait la solution sans porter atteinte aux droits de la Vierge, se bornant à déclarer pieuse la croyance à l'Immaculée Conception, les dominicains répliquèrent que cette rédaction rendait impie la croyance opposée : il fallut chercher une autre issue.

Après bien des chocs et des latonnements qui mirent le sujet au premier plan des luttes et des préoccupations du concile , les deux partis ^ désireux de s'entendre, adoptèrent l'amendement suivant (1546) :

a Enfin le concile déclare qu'il n'entre point dans son intention de comprendre, dans le décret où il traite du péché originel, l'immaculée Vierge Mère de Dieu, mais que l'on doit observer à son égard les constitutions de Sixte IV sous les peines qui y sont contenues, constitutions que le concile renouvelle *. »

^ Rom., V.

* Décret, de peccat. original., ultim. paragr., sess. t.

En réalité, la cause était gagnée.

Le concile déclarait ne pas comprendre « rimmaculée Vierge, Mère de Dieu », dans l'universalité du péché originel proclamée par l'apôtre. Tous les passages de rÉcriture qui pouvaient prêter au sentiment contraire étaient écartés du même fait. En invoquant et renouvelant les constitutions de Sixte IV, le concile montrait clairement son désir de couronner son œuvre. La sainteté absolue de Marie ressortait sans réticence de Tune et Tautre décision *. Le concile approuvait en même temps l'institution de la fête de rimmaculée Conception et l'office de Léonard de Nogarole, qui en était, pour ainsi dire, le formulaire liturgique.

Imprimé à Venise en i 558 et conservé à Rome * , l'office de Léonard de Nogarole porte, on s'en souvient, l'oraison suivante :

c Dieu qui, par l'Immaculée Conception de la Vierge préservée de toute tache! »

Les prêtres qui récitaient journellement cette prière ne pouvaient être hostiles à la croyance qu'elle exprimait.

Le mot m immaculée i» , que les Pères du concile avaient soin de mettre en ligne dans leur décret uniquement appliqué à la tache originelle, ne laissait aucun doute sur le fond de leur pensée et devenait un dernier témoignage.

* V. Histoire P. Eusebii Nierenbergii, Exceptiones concilii Tridentini pro omnimoda puritate Deiparœ Virginis cxpensse quibus non aolum ejui actualis sanctitas^ verum et justiiia originalù confirmatur. Inter Opéra parlhenica , p. 103, 114 et seq. Lugd., 1659.

* A la bibliothèque Barberini. V. Délia Définit, délia Concept, Imm, de Maria, Romœ, 1852, V. aussi Parcri, t. VIII, p. 1.

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