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CHAPITRE VII

L IMMAGULKK CONCEPTION KT LES ACTES ROYAUX KT PONriVlCAUK RELATIFS A LA DÉFINITION, PENDANT LE XVII* SIECLE

I. Action de la cathoJicité. Disputes et troubles persistants. Intervention de TEspagne. Philippe III et Paul V; Antoine de Tréjo, le duc d* Albuquerque , à Rome. Requête des rois, des évèquo^ d'Espagne et de Portugal, des archiducs d'Autriche. Réserve calculée du saint-siège. Philippe IV et Grégoire XV. — II. L'empereur Ferdinand II et Urbain VIII. Sollicitations des rois, des princes, des universités d'Europe. Déclaration des universités de Salamanque et d'Alcala. Attente et lenteurs systématiquoN du saint-siège, — III. Alexandre VII. Philippe IV et la junte de Tolède. Réplique du saint -père. Le P. Nierenberg et son anagramme. Traits principaux de son mémoire. Nouvelle démarche de la junte de Tolède, appuyée de nouvelles sollicitations royales. Mr* Crcspi Borgia. Dispositions et répliques d'Alexandre VIL Se> soins, ses travaux personnels au sujet de la bulle Solliciiudo.

Concurremmeni avec les papes et les docteurs q^^i viennent de défiler devant nous , les rois et les peuples travaillaient au triomphe de la Vierge et ils secondaient les entreprises tentées pour définir le dogme. Ils se mêlaient à la lutte , applaudissaient au succès de leurs chefs et pressaient la papauté de conchire.

Il est nécessaire de montrer le mouvement de la catholicité d'accord avec l'impulsion de ses guides , et de suivre la marche du troupeau derrière les pasleurs vers un but identique.

L'Espagne tient toujours la tète de cette croisade pacifique en faveur de Marie , et elle s'honore grandement par sa sollicitude.

L'œuvre dogmatique du concile de Trente si fâcheu iscment entravée par Thérésie, tout en donnant raison aux partisans de Marie , n'avait pas désarmé ses adversaires. Loin de clore la dispute, ce décret l'avait plutôt envenimée. La discussion dégénérait çà et là en luttes matérielles et en conflits sanglants. La fin du XVI* siècle et le commencement du xvn* furent remplis de querelles plus acharnées que jamais. La bulle Régis pacifici de Paul V, qui défendait aux fidèles de mettre la question en litige, n'avait pu ramener le calme. Philippe III, roi d'Espagne, voyant son peuple particulièrement agité, envoya à Rome une ambassade avec la mission de réclamer du saintsiège des moyens plus efficaces pour arrêter les troubles. Le repos public semblait être à ce prix.

En réponse à cette demande royale, l'Inquisition romaine, par un décret du 31 août 1617, interdit expressément c d'affirmer dans les discours publics, leçons, etc., que la bienheureuse Vierge Marie a été conçue dans le péché originel , jusqu'à ce que la question ait été définie par le siège apostolique, ou que Sa Sainteté en ait décidé autrement * » .

' Décret. InqaUii, ronvirue, a p. Wadding., Legalio Philipin lit , l>. 15.

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Cette prohibition, qui écartait la cause du débat, ne put imposer silence aux ennemis de la Vierge, ni rétablir la paix.

L'année suivante, le roi d'Espagne fit partir pour Rome un nouvel ambassadeur. C'était Antoine de Tréjo, général des franciscains, évêque de Carthagène. Il arriva à Rome en janvier 1619, et présenta au saint-père les lettres du roi d'Espagne , accompagnées de lettres du roi de Portugal et de requêtes d'un grand nombre d'évêques, de chapitres, de congrégations et d'universités des deux pays, sollicitant la définition , seule capable de refaire l'ordre et la tranquillité.

Ces suppliques étaient renforcées d'un éloquent mémoire, où toutes les preuves de l'Immaculée Conception se déroulaient logiquement.

Paul V répondit d'une manière favorable qui reproduisait la pensée constante de l'Église , mais il objectait l'importance de l'affaire et réclamait du temps.

Sur ces entrefaites , d'autres lettres écrites par les archiducs d'Autriche, et l'arrivée du duc d'Albuquerque , envoyé du roi d'Espagne , vinrent encou- .rager l'évêque de Carthagène et l'invitèrent à réitérer sa demande. Dans une seconde et troisième supplique, il s'efforçait de prouver que la définition était nécessaire à la chrétienté et servirait autant au bien de l'Eglise qu'à la paix des fidèles.

Il faut suivre pas à pas cette série de négociations pour se rendre compte des sentiments du monde catholique, ainsi que des lenteurs calculées et de la réserve systématique du saint-siège. Ceux qui ont accusé l'Église de précipitation ou d'aveuglement

daqs Taffaire que nous considérons, seraient forcés de s'incliner devant la prudence extraordinaire de la papauté, qui refuse de donner satisfaction à ses amis.

Objectant toujours les difficultés de Tentreprise et les malheurs du temps, Paul Y se contenta de promettre la répression des téméraires qui troubleraient la foi des Eglises par de nouvelles attaques contre la Vierge immaculée.

Cela ne suffisait point aux solliciteurs.

Ënergiquement soutenu par le duc, qui recevait du roi les plus vives recommandations , l'ambassadeur d'Espagne adressa au pape une autre requête dans laquelle il démontrait que la question était mûre et la doctrine tellement certaine, qu'elle n'avait plus besoin d'examen.

Le saint- père répliqua de nouveau que la doctrine n'apparaissait pas assez claire pour provoquer la définition, que la chrétienté était bouleversée par l'hérésie, qu'on devait s'occuper des maux présents avant de s'exposer à des révoltes et à des contradictions nouvelles ; que d'ailleurs, la question dépendant de l'Esprit- Saint, le premier devoir était de le prier sans cesse afin d'obtenir ses lumières, lesquelles ne feraient point défaut aux vrais croyants et leur découvriraient le moment d'agir.

Paul V étant mort pendant les pourparlers (janvier 1621), l'affaire, avec tous ses antécédents et ses considérants, fut portée devant son successeur Grégoire XV, sur les instances de Philippe III. Le roi même déclara en pleine cour qu'il était prêt à partir pour Rome, si son intervention personnelle avait chance de réaliser les vœux de la catholicité.

4U LIMMACULËE CONCEPTION

Tout en admirant la piété filiale du monai^que el protestant de ses bonnes dispositions, Grégoire XV demanda à son tour des délais et les prières indispensables à une pareille œuvre.

Philippe III mourut la même année (31 mai*s 1621 > avec le regret, disent les historiens, de n'avoir pu obtenir la glorification de Marie.

Son fils et successeur, Philippe IV, recommença les démarches traditionnelles de la cour d'Espagne et pressa le duc d'Albuquerque, resté à Rome, de pousser les sollicitations. Lui-même écrivit directement au pape et joignit à la lettre des suppliques semblables de tous les princes et princesses de la maison royale .

Grégoire XV répondit dans les mêmes termes que ses prédécesseurs. Nulle affaire ne lui était plus chère que la question de Flmmaculée Conception et la cause de Marie : il ne perdait point de vue cette cause sacrée , et en attendant des circonstances propices pour la mener jusqu'au triomphe, il donnait comme gage de ses désirs la bulle qui défend de nier ou d'attaquer la doctrine de i'Immaculée Conception dans les discours ou les écrits privés, complétant ainsi la bulle de Paul V, qui prohibait l'attaque dans les écrits ou les discours publics.

Toute entreprise contraire à la croyance était dés^ormais proscrite.

L'acte de Grégoire XV équivalait à une condamnation formelle de l'opinion hostile et il fut reçu avec enthousiasme par les pays catholiques.

Kn même temps, l'empereur Ferdinand II, de glorieuse mémoire, venait prêter main forte au roi d'Espagne.

Urbain VIII avait pris la place de Grégoire XV (août 1623).

Dans une lettre mémorable, soigneusement conservée à Rome, l'empereur, après avoir protesté de sa dévotion envers Marie, dévotion accrue au souvenir des bienfaits qu'il a reçus d'elle , invoque la nécessité de plus en plus forte d'une définition pour mettre fin aux querelles sans cesse renaissantes.

(]es disputes, dit-il, et les troubles qui en résultent ne finiront pas t avant que le pape ne leur ait appliqué le seul remède décisif, c'est-à-dire la définition. Nous vous supplions donc , très saint père , après mûre réflexion , poussé par l'ardent amour que nous avons voué à la très sainte Vierge , notre patronne particulière , de vouloir bien déclarer et définir, grâce à l'autorité dont vous êtes revêtu, qu'elle a été complètement affranchie du péché originel, celle que nous vénérons comme la Mère de la grâce , libre de toute tache, la plus pure des vierges, plus sainte que les anges ».

Et, jaloux d'appuyer sa demande par une démonstration publique, l'empereur remplaçait l'aigle de ses étendards par la statue de la Mère de Dieu, mise ainsi à la tète de ses armées, et suspendait dans l'église de Notre -Dame- de -Lorette, à Vienne, les

drapeaux pris à l'ennemi. Il fondait en outre une confrérie de l'Immaculée Conception, où lui-même et tous les princes de sa famille s'engageaient.

Dans cette pieuse campagne au service de Marie , l'empereur et le roi d'Espagne étaient 'suivis par la plupart des souverains et des princes catholiques d'Europe.

Le roi de Pologne, Sigismond, l'archiduc du Tyrol, Loopold, l'électeur de Mayence, l'électeur de Cologne, le duc de Bavière, Wolfand Guillaume, se joignirent à Ferdinand pour obtenir d'Urbain VIII la solution qui , selon eux , devait procurer la paix et la joie à l'univers croyant.

Au moment où nous sommes , la définition du dogme de l'Immaculée Conception était devenue un point fixe autour duquel gravitaient les préoccupations générales des rois , des princes , du clergé et du peuple.

La réponse de la papauté ne pouvait varier. Urbain VIII loua et félicita les souverains de leur zèle : il partageait leur piété, il adhérait à leurs vœux; mais les temps étaient difficiles, les adversaires acharnés, la question délicate: il fallait de nouveaux délais, et des éludes et des prières dont il recommandait la pratique aux souverains et à leurs sujets.

Le pape, toutefois, confirma les privilèges accordés par ses prédécesseurs et en octroya de nouveaux; il rendit la fête de l'Immaculée Conception obligatoire pour tous lès Etats d'Autriche ; il offrit à Isabelle, reine d'Espagne, l'habit de Tordre consacré à Marie sans tache, afin, disait le bref, que la princesse pût arborer par-deésus lés vêtefneots

royaux Timage de la Vierge qu'elle portait dans son cœur * .

Le mouvement descendit des cours aux écoles, et des princes aux savants, qui n'étaient que Técho de l'opinion populaire.

L'université de Salamanque déclara en 1649, par l'organe d'un professeur célèbre, « que la doctrine favorable au privilège de Marie avait reçu tous les éclaircissements désirables, et qu'elle était prête pour la définition, proximè definibilis ^ ».

Trois ans après, 1652, l'université d'Alcala publiait le même témoignage.

Les rares contradicteurs que ces explosions de foi et de vénération soulevaient ne réussissaient qu'à provoquer de nouvelles adhésions.

La route se dégage et le mystère va faire un pas considérable vers la définition, grâce à l'initiative du cardinal Chigi, devenu Alexandre VII.

Le cardinal Chigi , porté sur le trône pontifical par une sorte de verdict enthousiaste qu'on n'avait point vu depuis des siècles (1655), s'était toujours montré un fervent défenseur du privilège de Marie.

L'Espagne allait lui fournir l'occasion de manifester ses sentiments à la face du monde.

^ Strozzi, p. 555.

Une junte, que le poi Philippe IV avait assemblée à Tolède dans le but de continuer les études et les négociations relatives au sujet qui tourmentait l'Europe , invita le monarque à tenter une autre démarche auprès du nouveau pape.

Les dispositions bien connues d'Alexandre VII faisaient présager le succès.

La réplique du saint -père ne découragea pas ses espérances.

Il commença par permettre de joindre, dans les écrits> et les discours le mot immaculée au mot Conception de la Vierge, et il approuva les ouvrages de deux religieux illustres, le P. Espar za y jésuite, et le P. Waddinffy franciscain, qui portaient ce titre significatif et le soutenaient d'un bout à l'autre. Il alla plus loin. Suivant l'exemple de Clément VII, Grégoire XV ^ Urbain VIII, Innocent X, il frappa une monnaie à l'image de la Vierge , avec cette inscription : Virgo concipief, et le mot Roma en exergue *.

Le miracle de la conception active de la Viei^e rappelait le miracle de sa conception passive et prédisait sa sainteté parfaite, selon la pensée de Gomestor que la formule relevait.

Un savant jésuite , le P. Nierenberg, enflammé de l'ardeur que les actes du souverain pontife inspiraient aux serviteurs de la Vierge, se fit leur interprète et réclama derechef le jugement doctrinal.

Gelui-ci se complaît à exprimer les vœux de tous dans un langage caractéristique, à la fois ingénieux

^ V. p. Eiisèbe Nierenberg, De nova moneta S. S. JD. N. A/eaeandri VII pro gloria Imm, (Concept, perpen$a, I8«, Valentia, 1655, repnxluit dans le» Opéra Parthenica do Tauteur, p, 515. Lyon, 1659.

ET LES ACTES ROYAUX ET PONTIFICAUX Ut

et naïf, qui montre mieux qu'une dissertation Tétat des esprits et l'attente universelle.

Nous empruntons ce piquant intermède au livre si rempli de documents et de faits de Mur Malou.

Le mémoire du P. Nierenberg portait pour dédicace ces mots :

Sanctissimus Pater et Dominas Alexnnder Papa septimus y qui erat antea Fabius Chisius : légende historique donnant, par la simple transposition des lettres, cette autre légende expressive :

Quart us e Senis Papa, Dei mat ri charissimus, ipsi labem Adœ non fuisse statue f ; tune pax. Dont la traduction est :

a Le quatrième pape^ venu de Sienne (Alexandre VII) très cher à la Mère de Dieu, décidera qu'elle n'a pas contracté la tache d'Adam; alors la paix régnera. »

La foi et le désir de la catholicité s'étalaient jusque dans ces jeux d'esprit, si fort à la mode du temps.

La curieuse recherche ne s'arrêtait pas U hi niivhwv. L'anagramme avait d'autres particularités digncu d^ remarque. Il possédait le chiffre mystique de mAxattU* douze lettres, nombre des années de la naiiiti; \Uu'^^i% nombre des disciples du Christ , et nombres enKii di'M membres du sacré collège appelés k continuer Vétmyn* des disciples, autrement dit k gronnir U' ivi'mn* tU** croyances, en couronnant la sainU; Viergr \mr Ut M\ ■ nition.

Ce pieux et innocent badinage mt ftiiMiiit point di* tort à l'œuvre, qui reprenait, en Ick nijiMitiiMtiiil, U*n plus hautes considérations de lai vHmm cbrélii^tifMf ;

le mémoire insistait sur la nécessité d'une conclusion réclamée par les circonstances :

« Pour l'honneur du Fils de Dieu , disait Tauteur, pour la gloire de la Mère, pour l'autorité du saintsiège apostolique, pour la joie des fidèles, pour la fin du scandale, pour la concorde et l'unité de l'Eglise, pour la paix de l'Europe, pour la défaite de l'hérésie , pour l'exaltation de la maison de Dieu , pour l'humiliation de l'infidélité, le peuple prie, les princes prient, le clergé prie, les évêques, les savants, les hommes pieux, l'Eglise universelle prie votre Sainteté afin qu'elle daigne déclarer sainte et sacrée la vérité de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, et que , suivant tant de saints pontifes qui ont trouvé dans la glorification de la Mère de Dieu et l'extension de son culte un moyen puissant de protéger l'Éghse et d'apaiser le Seigneur, elle ne souffre plus désormais qu'on conteste son glorieux privilège *. 9

C'était en vérité l'Église universelle formulant, dans un magnifique langage, les vœux de ses peuples, de ses rois , de ses prêtres.

Tous les motifs militant pour une prompte définition du mystère sont péremptoirement reproduits dans ce morceau précieux.

Les croyants sont saisis d'une tendre et respectueuse admiration devant les pieuses et ardentes supplications de leurs pères dans la foi.

Quelque temps après, le P. Nierenberg, rédigeant une nouvelle supplique, démontrait au souverain Pontife que la cause de l'infaillibilité de l'Eglise était intéressée à l'issue du procès.

* Strozzi , p. 595.

' Les adversaires de rimmaculce Conception, catholiques ou hérétiques, ont la prétention, disait -il, de suivre la vraie doctrine traditionnelle , à Tencontre de la papauté et de ses préférences confirmées par ses nombreuses manifestations. Si TEglise ne les réduit pas au silence au moyen d'une déclaration formelle, si elle tolère le doute et la discussion sur une croyance adoptée, célébrée par la multitude des fidèles avec son agrément, elle expose à la même suspicion et aux mêmes attaques tous ses actes officiels, depuis la canonisation des saints jusqu'à l'approbation des ordres religieux. Le consentement universel a prononcé ; il fait loi dans l'Eglise , au dire des plus grands saints , notamment de saint Augustin , de saint Célestin, de saint Basile. Il importe de lui donner une sanction qui sauvegardera à la fois la vérité en cause et l'autorité du siège apostolique.

Revenant sur les désordres et les dangers que l'incertitude alimente, le théologien conclut :

« Votre Sainteté, comme père universel de l'Église, est obligée de remédier à tant de maux , de terminer ces désordres, de prévenir ces dangers: qu'elle prononce donc la définition si désirée. »

Elle seule peut tout clore , et on ne peut rien sans elle , puisque mille évêques assemblés et favorables à la croyance seraient impuissants à l'établir en dehors de son intervention.

Ce mémoire, fortifié pai' d'autres sollicitations, n'eut pas le pouvoir de tirer la papauté de sa réserve exp^ctante.. Elle voulut attendre encore, et se contenta de recommander l'étude et la prière. Déçus dans leur espoir, les souverains et leurs sujets con-

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tinuèrent à s'agiter, l'Espagne toujours au premier rang.

Après une longue suite de discussions et de recherches, la junte de Tolède se décida à envoyer au saint -père une nouvelle ambassade, dans le but de faire décréter que e: l'objet du culte rendu à la Vierge immaculée est le premier instant de son animation en état de grâce ».

Cette formule, consacrée par tant et de si précise:» déclarations du saint-siège , parut aux membres de la junte le meilleur moyen d'exposer la vérité et de préparer la solution, tout en ménageant les susceptibilités de l'opinion contraire.

L'état de grâce au premier instant de raninialioii suppose la conception sans péché, et la reconnaii^ sance de l'état de grâce constitue une définition indirecte du mystère.

Le roi d'Espagne, approuvant les délibérations de la junte, accepta du même coup le délégué qu'elle expédiait à Rome. Ce délégué, qui s'était distingué dans les débats par son savoir et son éloquence, sappelait Mgr Crespi Borgia, évêque de Placenza. La junte voulut étudier encore, durant dix-huit mois, toutes les faces de l'affaire , afin d'y conformer >e? instructions et d'en assurer le succès. Puis elle W partir son mandataire.

Telles étaient la sollicitude et l'attention qu^' l'amour de la Vierge entretenait dans l'esprit des plu^ doctes , des plus saints personnages ; et tels sont le^^ gages que l'intensité de leur travail, la profondeur de leur conviction ajoutent au prestige de la vérité el à la croyance des fidèles.

ET LES ACTES ROYAUX ET POxNTlFICAUX 453

Le roi agissait de son côté et renforçait la demande de la junte de ses propres sollicitations. Il joignit aux instructions de Tambassadeur une lettre écrite de sa main. Il rappelait dans cette seconde adresse sa constante dévotion envers la Vierge immaculée , dépôt sacré reçu de ses ancêtres , qu'il voulait transmettre intact à ses successeurs ; il rappelait les efforts accomplis par lui depuis trente ans pour arriver à une conclusion ; il mentionnait les douze ambassadeurs, dont le duc d'Albuquerque , successivement envoyés à Rome ; il parlait des troubles toujours subsistants , par suite de la discorde où l'incertitude laissait les populations , de son devoir , de son désir de rétablir le calme au moyen d'une décision réclamée, souhaitée par la majorité du clergé, de la nation, décision qui serait pour lui la cause d'une joie et d'une reconnaissance étemelles.

La lettre royale était suivie de requêtes écrites dans un sens analogue par la reine , l'infante , les évêques ou les chapitres d'Espagne.

Le roi avait recours en même temps aux principaux cardinaux de la ville éternelle, et les priait de travailler pour lui.

Il était difficile de pousser plus loin le zèle et le calcul .

Tous ces détails, consignés par l'histoire, sont un frappant témoignage de la piété de l'Europe , et particulièrement de l'Espagne, envers Marie, et une preuve de l'estime mêlée de vénération que la catholicité professait pour la sagesse du saint-père.

Rendu à Rome, le délégué du roi d'Espagne rencontra des obstacles qui, loin de le rebuter, l'animèrent. Il obtint une audience d'Alexandre VII, et

sans se laisser déconcerter par les premières paroles du pontife touchant l'impossibilité de prononcer immédiatement la définition , il demanda seulement , au nom de son maître et de toutes les Eglises d'Espagne, le maintien de la fête de Tlmmaculée Conception, avec le droit d'attacher à sa célébration le sens perpétuellement énoncé par le saint-siège, lequel a pour objet d' « honorer ce jour-là dans la sainte Vierge le privilège insigne d'avoir été préservée de la tache d'Adam, au moment de son animation ]».

a — Oh! cela, je l'accorde bien volontiers! » s'écria le pontife d'un air de joyeux empressement.

Et, recevant les lettres et mémoires présentés par l'ambassadeur, il se fît rendre un compte exact de la situation , et promit de porter remède aux maux causés par les divisions qu'on relatait.

Le saint-père ne se contenta pas d'une vague promesse; il chargea Mgr Grespi Borgia de s'entendre avec un théologien célèbre du temps , le P . Hilarion Recanati^ religieux cistercien , pour rédiger un projet de bulle correspondant aux ordres et aux vœux dont il était porteur. Lui-même voulut participer au travail, à l'aide de lettres et de notes qui formulaient nettement ses intentions.

(( Nous voulons , disait le pape dans une de ces communications, tenir en respect les adversaires de l'Immaculée Conception , et sous des peines plus graves. Exprimez donc nettement la défense de contester le mystère de l'Immaculée Conception et d'interpréter, dans un autre sens que nous, les consUlutions de nos prédécesseurs ' . »

• V. Gravois, De ortu eiprog, culius etfestiimm. Concept, B.M» V.. art. II, p. 152, edii. Luc, 1764.

Quand la bulle composée sous son inspiration fut terminée, le saint-père la revit et la corrigea jusqu'à sept fois. Toutes ces copies successivement modifiées demeurent à Rome dans les archives de la familte Chigi, avec la correspondance qui les explique et les preuves qui les appuient.

L'histoire rapporte que le souverain Pontife, absorbé par son labeur, vivait au milieu d'une énorme accumulation de documents.

« — Voyez , disait-il aux visiteurs , en montrant la masse de bulles, brefs, rescrits, factums de toute espèce dont il était environné , voyez quelle montagne, quel monte f mes prédécesseurs ont entassée en faveur de l'Immaculée Conception ! Et quelques-uns voudraient me faire dévier d'une si glorieuse voie! qu'on ne l'espère pas * ! »

Les termes de la dernière rédaction bien arrêtés, le saint -père transcrivit la bulle de sa propre main, et il adressa l'original au roi d'Espagne en réponse à ses nombreuses sollicitations.

Cette bulle mémorable est la dernière constitution du pontificat romain sur le sujet qui nous occupe. Elle précède directement, sans nul autre rescrit intermédiaire, la bulle décisive de Pie IX.

Nous devons en reproduire les passages importants, et lui accorder l'attention qu'elle mérite.

* V. notes du P. Budrioli, ap. A. Ballerini, Sylloge monumeninm, t. II, p. 837.

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