‹ L'Immaculée ConceptionChapitre 71 sur 127 · ET LA BULLE « SOLLICITUDO · texte numérisé non relu

ET LA BULLE « SOLLICITUDO

adressée au roi d'Espagne, qu'il faut également transcrire :

€ Après avoir invoqué , disait-il, par de fréquentes prières les lumières du Saint-Esprit, après avoir demandé le secours des hommes les plus savants et les plus pieux, nous avons, de leur avis et consentement , publié une constitution qui , aidée de la bénédiction du Seigneur, sur laquelle nous comptons, suffira pour rendre la paix aux consciences et qui, répondant aux suppliques de Voire Majesté, lui sera sans doute très agréable * . )»

La lettre et la bulle partirent pour leur destination le 10 décembre; et quand, deux jours après, l'ambassadeur du roi vint remercier Sa Sainteté, le pontife lui dit ces paroles , dignes d'être répétées :

« Enfin , les temps sont accomplis ; nous avons examiné cette affaire sous toutes ses faces. Cédant à la volonté du Seigneur, nous nous sommes décidé à publier cette constitution que nous avons tenue quatre mois durant sous le pied de notre crucifix , en suppliant le Seigneur de nous inspirer ce que nous devions faire pour le plus grand bien de son Église. Le jour de la fête de l'Immaculée Conception , nous avons célébré la sainte messe à la même fin, après avoir placé la constitution sur l'autel, sous le corporal ; et, après le saint sacrifice , nous l'avons transcrite avec la plus grande conviction • . »

Toutes les puissances du ciel et de la terre mises à contribution avaient coopéré, on le voit, à l'ac-r

V. Magnum Bullas roman,, t. Vi, p. 152, éd. Luxemb., 1727. ' Stroiii,p. 614 et 615.

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complissement de cet acte pontifical , le plus grave jusqu'à présent sur la matière. Il eut un succès extraordinaire et réjouit la catholicité.

Il terminait la dispute en supprimant sa cause, refoulait l'agitation et accordait un immense soulagement à l'opinion publique.

L'Espagne, qui pouvait revendiquer la meilleure part du triomphe, témoigna sa gratitude au moyen de manifestations touchantes. Elle remercia le pontife et célébra sa bulle par une octave d'actions de grâces. Le roi la fit publier dans ses États, trouvant partout d'enthousiastes approbateurs.

Chacun reconnaissait que le saint- siège venait de prendre une mesure décisive qui assurait l'avenir de la croyance ; il en résulta que les champions de la Vierge immaculée sentirent leur foi redoubler et que beaucoup de personnes hésitantes ou hostiles se soumirent. Les discussions, les troubles, les querelles s'apaisèrent comme par enchantement, et Ton vil naître en tous lieux le calme et la satisfaction.

La catholicité entière put enfin se reposer dans la paix que lui procurait la possession d'une vérité si longtemps combattue et qui paraissait désormais acquise.

Notre siècle obtus et sceptique à l'égard des idées religieuses, indifférent ou opposé par suite de sa grande ignorance aux perspectives radieuses du monde surnaturel, ne saurait comprendre l'épanouissement qu'une génération appliquée aux choses supérieures ressentit soudain en face des horizons célestes que son père spirituel lui découvrait.

ET LA BULLE c SOLLICITUDO » 4f3

L'acte d'Alexandre VU avait en effet, «ans parler de son importance doctrinale, une signification précise.

Sans définir la croyance à riiiunaculée Conception , il Taffirmait de tous points. Il promettait de la défendre contre ses ennemis ; il en recommandait le culte ; il rappelait que l'opinion favorable à la croyance et l'interprétation du culte n'avaient jamais varié dans l'Eglise romaine; il consacrait les démons* trations propices à la doctrine et à la fête , condamnant formellement, sous des peines canoniques les plus graves, ceux qui les combattaient ou ne craignaient pas de taxer d'hérésie leurs partisans.

Pour toutes ces raisons ^ la bulle Sollicitudo d'Alexandre VII fut considérée dans le monde chrétien comme le dernier coup porté aux ennemis, et la dernière conquête de l'Immaculée Conception, avant sa définition explicite et sa victoire suprême.

Non content de donner sa pleine et solennelle adhésion au rescrit du pontife , le roi d'Espagne , exaucé dans ses vœux les plus chers, s'empressa de manifester sa joie et sa reconnaissance à l'aide de fondalions en l'honneur de l'Immaculée Conception, qui furent immédiatement ratifiées par le saint- siège. La mort du roi, arrivée peu après (17 septembre 4665), ne nuisit point aux progrès de la croyance. La régente, Marianne d'Autriche, s'a veuve, reprit l'œuvre du

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monarque, en donnant à la junte de Tolède toutes les facilités pour continuer ses travaux.

Son fils y l'infant Charles II , arrivé à sa majorité , se hâta d'imiter ses parents et montra le plus vif dévouement à la cause de Marie; il favorisa à son tour la tâche de la junte et chercha, d'accord avec elle, à renverser les derniers obstacles. Il écrivit à Innocent XI , et chargea le P. Diaz de Saint-Bonaventure , procureur* général des franciscains pour les royaumes de Castille et de Léon , de presser activement à Rome les dernières opérations.

Sur les instances du roi, le nouvel ambassadeur demanda et obtint du pape Innocent XII, par la bulle In excelsa (15 mai 1693), confirmée et complétée plus tard (1738) par Clément XII, le décret qui rendait l'office avec octave de l'Immaculée Conception obligatoire dans tout l'univers.

Telle a été, durant le xvii' siècle, la marche du saint-siège vers la définition, marche continue dans la voie des siècles précédents, que l'Espagne eut la gloire d'accélérer, plus qu'aucune autre nation catholique.

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