‹ L'Immaculée ConceptionChapitre 75 sur 127 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

l'immaculée conception et la consultation ûecuméniqub

des évâqubs

I. Élévation de Pie IX au trône pontifical. Sa pensée des premiers jours. Première commission de théologiens consulteurs. Nou> relies requêtes. Encyclique Ubi primum, — II. Réponses individuelles des évêques. Chiffres et dénombrements. — III. Réponses collectives. Conciles provinciaux de Baltimore , de Reims, de Tours, d'Avignon, de Bordeaux, de Lyon, de Sens, de Bourges. Extraits et citations. — IV. Assemblées synodales à Spolète, à Lorette, en Bohème, en Irlande. Profession de foi œcuménique actuelle, comparée aux autres grandes manifestations œcuméniques antérieures. Le concile de Chalcédoine. — V. Adhésions et déclarations parallèles des théologiens d'Europe et d'Amérique.

Nous touchons aux démonstrations suprêmes et aux actes décisifs.

A peine monté sur le trône pontifical (1846), Pie IX est en butte aux sollicitations qui assaillent depuis quatre cent cinquante années ses prédécesseurs, et il -ne pourra s^empècher de les accueillir.

En deux ans et demi , cent trente-deux lettres épiscopales lui parviennent de toutes les parties du

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globe * , implorant le dénouement ; sans compter les adresses des ordres religieux , des chapitres , des Eglises; sans parler d'une masse de pétitions diocésaines qui veulent le droit de célébrer Tlmmaculée Conception dans l'office de la messe ou dans les litanies : cent trente-deux requêtes d'archevêques et d'évéques, plus une requête du roi de Naples, envoyées à Pie IX y s'ajoutent aux précédentes et prolongent la revendication séculaire du peuple catholique en faveur de l'Immaculée Conception.

Un peu plus tard, trente -quatre suppliques, arrivées d'Italie , d'Espagne , d'Autriche , d'Amérique et des missions d'Asie invoquent également l'urgence de la conclusion et découvrent l'entente des deux mondes *.

On comprend l'efiPet que des témoignages si nombreux devaient produire sur l'esprit d'un pontife passionnément dévoué de tout temps à la Vierge Marie.

Notons en passant que les deux papes qui ont le plus fait pour la cause de l'Immaculée Conception, Pie IX et Alexandre VII , furent les plus dévots serviteurs de la Mère de Dieu.

Soutenu par ce flot d'opinion qui concentre autour de lui la multitude des prêtres et des nations catholiques, Pie IX se met à l'œuvre.

Dès l'année 1847, il institue un comité de vingt prélats et théologiens d'élite pour étudier la question de la maturité du dogme et de l'opportunité de la définition. Son exil à Gaëte (1848) n'arrête pas ses projets. Pie IX prend conseil des cardinaux exilée

' Pareri , II , 87 et seq.

* /</., t. IX, p. 19 et Req.

ET LA CONSULTATION OECUMÉNIQUE DES ÉV^.QUKS 4dl

comme lui, et le 2 février 1849, il lance de Gaëte la célèbre encyclique Ubi primum, par laquelle il demande à tous les évéques du monde leur avis et les dispositions de leurs ouailles sur le point en litige , recommandant l'affaire, selon Tusage romain, aux prières communes.

La papauté cède enfin à la pression grandissante de l'univers croyant. Les cinq cent trente demandes ou professions de foi que les dix dernières années ont vu surgir triomphent de sa réserve prodigieuse.

Mais, pénétré de la grandeur de l'entreprise. Pie IX ne veut rien faire avant d'avoir interrogé l'âme de la catholicité , qui vibrera profondément à sa voix paternelle.

Le pontife jugeait avec raison que le meilleur moyen de fermer le cycle ouvert depuis tant de siècles était d'appeler à son aide ses frères de l'épiscopat.

Il ne veut pas connaître seulement le sentiment des pasteurs : il désire encore être instruit de l'opinion et des tendances du troupeau.

Parlant à tous les évêques du globe, Pie IX rappelle ce qui s'est passé et conclut en ces termes :

€ ... Nous avons été touché d'une souveraine consolation, vénérables Frères, lorsque nous avons su de quelle manière merveilleuse, sous le pontificat de notre prédécesseur Grégoire XVI, de vénérable mémoire, s'est réveillé dans tout l'univers catholique l'ardent désir de voir enfin décréter, par un jugement solennel du saint-siège, que la très sainte Mère de Dieu, qui est aussi notre tendre Mère à tous, l'immaculée Vierge Marie, a été conçue sans la tache originelle...; il est arrivé qu'un grand nombre d'entre vous n'ont cessé d'adresser à notre prédécesseur et à

nous des lettres par lesquelles , exprimant leurs vœux redoublés et leurs vives sollicitudes, ils nous pressaient de vouloir définir comme doctrine de FÉglise catholique que la conception de la bienheureuse Viei^e Marie a été entièrement immaculée et exempte de toute souillure de la faute originelle. »

Constatant ensuite que c beaucoup de personnes s'étonnent que FEglise et le siège apostolique n'aient pas encore décerné à la très sainte Vierge cet honneur, que la commune piété des fidèles souhaite si ardemment lui voir attribuer par un solennel jugement et par l'autorité de cette même Eglise et de ce même siège... vœux singulièrement agréables et pleins de consolation pour nous, ajoute le pontife, qui dès nos plus tendres années n'avons rien eu de plus cher y rien de plus précieux que d'honorer la bienheureuse Vierge Marie d'une piété particulière, d'une vénération spéciale et du dévouement le plus intime de notre cœur joint à l'intention de faire tout ce qui paraîtrait pouvoir contribuer à sa plus grande gloire et louange et à l'extension de son culte. . . »

Pie IX, plein d'espoir et de confiance en celle qui « placée entre le Christ et l'Église » , suivant le mot de saint Bernard, a pour mission de protéger l'Église, « de détourner les fléaux du courroux divin... de changer le deuil en joie , » Pie IX continue par ces paroles qui relèvent toute la tradition romaine :

c Nous avons cru devoir suivre les traces illustres de nos prédécesseurs et imiter leur exemple. C'est pourquoi... nous souhaitons vivement que vous notis fassiez connaître Le plus promptement possible de quelle dévotion votre clergé et le peuple fidèle sont animés envers la conception de la Vierge immaculée

ET LA CONSULTATION ŒCCIIÉMQUE DES ÈYÈQttS

et quel est leur désir de voir le siège apostolique porter un décret en cette matière : Noos déainm» surtout savoir, vénérables Frères, qaeis sont à œC égard les vœux et les sentiments de votre éminente sagesse. »

Suit un corollaire qui laisse à chaque évéque la faculté d'autoriser tout son clergé à € réciter Kbremciit et licitement Toffice de la ConceptioD de la sainte Vierge dont le clergé romain fait aetoellement osage. sans demander cette autorisation à nous oo â notre sacrée congrégation des Rites ».

La question était clairement indiquée : le droit, la tradition , le bnt étaient parfaitement spécifiés par Tacte préliminaire du pontife.

C'est à cet appel, contenant dans sa forme explicite la pensée perpétuelle du saint- siège* qoe Tépiscopat catholique répondit par la plus superhe explosion de foi dont les annales chrétiennes aient gardé la mémoire.

Près de cinq cents évéques ou archevêques* cardi'* naux, patriarches, vicaires apostoliques, sur sept cent cinquante environ, donnèrent une adhésion pleine k la doctrine de l'Immaculée Conception , et se pronon* cèrent pour l'opportunité de la définition. Et non seu* lement ils en firent voir la nécessité par leurs raisonnements ; mais encore ils justifièrent si bien la croyance que les arguments, outre leur masse imposante, constituent la plus sûre et la plus complète

apologie du dogme à définir. Par les extraits que nous avons placés sous ses yeux, le lecteur a pu se convaincre de la vérité de l'assertion et .trouver dans les témoignages reproduits un nouveau motif de croire.

Si Ton suppute les cas de mort, de maladie, de voyage , de vacance , sans oublier les difficultés d'une négociation engagée d'un bout de la terre à l'autre, on reconnaîtra que Tencyclique de Pie IX a provoqué une manifestation si majestueuse, que tout homme de sens doit accepter son arrêt. Afin qu'on ne puisse pas nous accuser de laisser dans le vague le chifire des adhésions, nous en donnerons le relevé précis.

Cinq cent quarante-trois cardinaux , archevêques et évêques répondent au saint-père.

Quatre cent quatre-vingt-quatre approuvent la doctrine et en demandent la définition pure et simple.

Dix préfèrent une définition indirecte.

Vingt-deux sont indécis sur l'opportunité de la définition, ou expriment des craintes sur l'effet qu'elle peut produire.

Quatre se taisent sur la définition.

Dix-huit repoussent la définition , et dans le nombre six ou sept combattent la définibilité, tout en affirmant ou faisant supposer que la croyance au mystère est générale dans leurs diocèses.

Aucun n'invoque l'absence de la croyance , le manque de preuves, ou rindi£Pérence des fidèles.

Seize , au contraire , déclarent que la croyance est si profonde et si respectée autour d'eux, qu'ils n'oseraient point parler d'un doute ou d'une indécision à son égard, de crainte d'exciter parmi leurs ouailles^ des troubles ou des scandales regrettables.

ET LA COnseLTÂlUm CECUMÉNiQITi: DES ÉVÊQUES 4M

Tel est dans le monde entier le sentiment de Tépiscopat et le sentiment du peuple catholique. Ne peuton pas dire qu'il touche i Tunanimité et qu'il doit régler la conduite du saint-siège?

Ce n'est pas tout.

Il faut ajouter à cette manifestation épiacopale deux autres démonstratioiis d*un genre différent^ qui augmentent son importance et viennent rendre le mouvement irrésistible.

Nous parlons des professions de foi d'un grand nombre d'ordres religieux, de chapitres « d'universités , de municipalités , de prêtres et de laïques , qui abondent dans le même sens , et principalement des déclarations successives de conciles provinciaux tenus depuis l'encyclique et favorables à la définition*

Ainsi l'approbation collective de l'épiscopat se joint a son approbation individuelle.

Suivons rapidement celte nouvelle voie.

En 1849, vingt-cinq évêques américaine, doiil iU'tin archevêques, réunis en concile provinciiil ^i ItMltiiri//^^ écrivent au souverain Pontife : « .,. qim 11; /If^r^^ é^i le peuple fidèle des Etats-Unis de ÏAw^'n^u*' ^u tentrionale sont animés de la pluM {^'HtuU^ A^^voiiou envers l'Immaculée Conception du \h hi^'iiU^éêPê^gj, Vierge Marie. Ils sont pareillemi^nt iÏHfin tin f^f^^ connaître à Sa Sainteté qu'il leur m^ruit U^^ ^(/>>^/#^|a

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de lui voir définir comme doctrine de TEglise catholique, si dans sa haute sagesse il croit le moment opportun , la croyance que la conception de la bienheureuse Vierge Marie a été complètement . immaculée et exempte de toute tache du péché originel ^ i

En même temps, les évêques d'Amérique adressent au clergé et aux fidèles de leur juridiction une Lettre synodale dans laquelle , instruisant leur troupeau des desseins de Pie IX, ils exposent, avec preuves et citations à l'appui, que la croyance à rinunaculée Conception est traditionnelle dans l'Eglise , que les disputes n'ont fait que l'affermir et que le temps est venu où elle doit être sanctionnée par l'autorité pontificale , toujours dévouée à la foi et au culte de h Vierge conçue sans péché.

C'est ainsi que le peuple de la jeune Amérique, marchant d'un pas si délibéré à ses grandes destinées, s'unissait au vieux monde catholique.

Les vingt- cinq prélats du concile de Baltimore augmentent le nombre des suffrages précédemment énumérés.

Au mois d'octobre de la même année 1849, les évêques du concile de la province ecclésiastique de Reims, assemblés à Soissons, terminent leur déclaration en ces termes :

« Poussés par leur sentiment de piété filiale envers la Mère de Dieu et considérant l'honneur même du Christ qui, étant la splendeur de la gloire de Dieu et la figure de sa substance, a pris notre humanité dans

* V. ^ Croyance générale et coihstante de VÉglise touchant VImm. Concept, de la B, V, M., par le cardina) Gousset^ p. 116, Paris, Lecoffre, 1855. .....:

ET IX a^SOTAnOS OBnKSQQCK MS

les entrailles de la Vierge. no«s tournups nos regards vers le siège apostoUqne et nous le supi^ons humblement^ et par des prières répâées, de définir comme doctrine de TEglise catkoliqne la croyance que la conceptioD de la bienheureuse Viei^e Marie a été complètement immaculée et exempte de toute tache du péché originel ^ »

Outre rinsistance de cette sollicitation , on remarquera la justesse de Tai^ument, qui va au cœur de la question et met en cause c l'honneur même db Christ ».

Un mois plus tard, les membres du concile provincial de Tours, célébré à Rennes, parlent d'une manière aussi claire.

Après s'être « empressés d'exprimer publiquement leur conviction ferme et entière de la conception im* maculée de la Vierge Mère de Dieu , conviction qui leur est commune avec le clergé et le peuple de totife la province » ; après avoir déclaré « emhnumer eetfe doctrine comme conforme à rÉcrilure Minie^ à la tradition, au culte de l'Église et à la droite nêf^^u 0^ les Pères du concile, reconnaissant qu'il ne wsttt^ifê^ plus, pour consacrer la certitude, que le 0 y$y;^f$^tf solennel du siège apostolique : défiirent viv#fr#»^r#t q*^ cet honneur soit enfin décerné à la très saifit^; Wf ^«r et qu'il soit défini, comme doctrine de Tf^^i^f q'«^ sa conception a été exempte de toute ta^;h/f 4u p^^i*/originel* ».•

* Loc: cU.f p« 7S5.

• Loc. cii,, p. 785, et AcU el deereU O/msitt prtffi$ft^m /////^ nensis in Rhedonerui civiUte celehrëlL Ao, MÎMJJ.XIJX, 4*^fét XXIV, De Beaf4, Virgine, p. 88. TorooibM, iHH^

498 L'IMMACULâE CONCBPTION

Quelques jours après, 8 décembre 1849, fête de llmmaculée Conception, le concile provincial d'Avignon émet un vœu semblable , qu'il appuie sur ces considérations traditionnelles :

« Dès Torigine de la religion chrétienne , dans tous les temps , on a cru pieusement que la bienheureuse Vierge Marie , Mère de Dieu , a été conçue sans le péché originel. Comme elle a été, en effet, pleine de grâces et bénie entre toutes les femmes , de telle sorte qu'elle a été choisie , préélue de Dieu pour être Tennemie et écraser la tête du serpent, le pieux sentiment et l'instinct des fidèles ont toujours compris qu'elle n'avait jamais été soumise au démon. »

Puis, relevant les principaux motifs de la croyance et rappelant non sans fierté que le concile d'Avignon de 1457 s'était incliné devant la prérogative de Marie, l'archevêque du diocèse continue au nom de ses frères rassemblés :

« Puisque rien ne peut mieux servir TËglise que l'extension du culte de Marie immaculée, surtout i^il se fonde sur un dogme défini, le concile, commencé au jour de la fête de l'Immaculée Conception , voulant manifester sa piété envers cette Mère bien-aimée, professer et attester son privilège , obéissant aux pieux désirs de notre saint-père le pape Pie IX , e( adhérant aux sollicitations réitérées d'un grand nombre d'évêques, demande humblement et ardemment à Sa Sainteté qu'elle veuille définir, comme une doctrint de l'Eglise catholique, la croyance que la bienheureuse Vierge Marie a été tout à fait immaculée et complètement exempte de toute tache du péché originel ^ »

* Loc. cit,, p. 786, et Conciiium pronincim A^enionensU , Aff

ET LA CONSULTATION œCUMËNlQUE DES ÉVÈQUES kM

L'année suivante, 14 juillet 1850, le concile de la province ecclésiastique de Bordeaux se réjouit de pouvoir témoigner publiquement sa dévotion envers la bienheureuse Marie Mère de Dieu , et il supplie le s<aint*siège apostolique c en notre nom, dit-il, et au nom du clergé et du peuple tout entier de la province , d'un vœu commun et de tout notre cœur, de vouloir déclarer que la conception de la très sainte Mère de Dieu a été sans tache par un privilège spécial, et de ranger cette croyance parmi les dogmes de foi * ».

Les évéques de la province ecclésiastique de Lyon, convoqués la même année 1850, sont plus explicites, »ils ne peuvent être plus formels.

Ils commencent par rappeler que depuis saint Irénée, leur premier apôtre, et malgré saint Bernard, le diocèse de Lyon fut toujours dévoué au privilège de Marie, à tel point, qu'on ne pourrait contester sans .scandale la croyance traditionnelle du clergé et du peuple. A la suite des preuves historiques qu'ils se plaisent à rapporter et que le lecteur connaît, ils ajoutent :

« Les évéques de la province de Lyon adressent donc aujourd'hui avec une grande joie au saint-siège la profession de cette croyance qu'ils ont reçue comme un dépôt, et ils supplient par les vœux les plus ardents, ooli^ Ardentissimis , au nom du clergé et du peuple ,

nione fiabitum. An. Dom. MDCCCXLIX mense decembri, tit. H c. m, p. 3i, 4<^. Av«nîone, 1851.

' Aeta et décréta Concilii provincias Burdigalensu in urbe Burdi^ gala celebralL An. Dom. MDCCCL, lit. II, cap. xl p. 44 BardU ^a1», 1852.

KOO L'IMMACULÉE CONCEPTION' , : .

le souverain pontife de vouloir, dans sa sagesse venue ^'en haut, prononcer un décret qui mettra le comble à la joie commune ^ »

En septembre 1850, les Pères du concile de Sens écrivent au saint-père :

c Nous vous supplions par les vœux les piuâ ardents y votis ardentissimis , et d'une voix unanime, de vouloir bien définir du haut de la chaire apostolique comme devant être acceptée, retenue et crue par le peuple fidèle, Tantique croyance à l'Immaculée Conception de la Vierge et Mère Marie y qui date du berceau de la religion chrétienne , et qui, sortie du sens intime de la foi, a été transmise à travei^ les siècles des pères aux enfants sans interruption; croyance si précieuse à TËglise, si glorieuse pour Marie et Jésus-Christ lui-même, répandue et propagée par tout l'univers chrétien , naissant de la tradition, recommandée par tant de souverains pontifes et en particulier par Alexandre VII , célébrée enfin et consacrée par l'institution de fêtes et d'offices saints '. »

Nous nous serions fait scrupule de supprimer un mot de cette profession de foi incisive et nette comme un Credo, qui dans quelques lignes reprend et fixe tous les points historiques et dogmatiques du mystère.

Les Pères de Sens concluent en promettant toute? sortes de biens spirituels de la définition qu*ils implorent du saint-père.

* V. la Croyance générale, etc., par le cardinal Gousset, p« T91.

* Loc, cit,, p. 791, et Concilia m provincim Senonenêis^ Sénonii habltumyAni Dora. MDCCCL, iit. V, cap. i. De voto circa B. V. Immac, Concept, emiitendo, p. 76. Senonis, 1852.

ET LA CONSULTATION (SCUMÉNiQUE DES ÉVÊQUES 901

Quelques jours après, 6 octobre 1850, les évéques du concile provincial de Bourges, réunis à Bourges, sous la présidence du cardinal Dupont, achèvent leurs travaux par ces mots : c Nous implorons le secours de la glorieuse Mère de Dieu , la Vierge immaculée. Nous désirons vivement que la définition de son Immaculée Conception, que nous avons demandée au saint-père avec instance, soit bientôt prononcée, avec l'espérance que la Mère du Rédempteur changera notre tristesse en joie '. »

Nous trouvons hors de France la même expression de sentiments et de vœux.

Deux assemblées synodales des évêques d'Italie, convoquée Tune à Spolète (novembre 1849 ■), l'autre à Lorette (mars 1850'), réitèrent en bloc les demandes que chacun des membres avait adressées en particulier au saint-père et joignent, nous le redisons, un appoint collectif à leurs premières déclarations.

En Bohême, quatre évêques se concertent pour répéter et renforcer leurs sollicitations individuelles antérieures *.

En Irlande, vingt-huit évêques réunis en concile

* Décréta Concilii provinci» Bituricensis CUromontii in citit. Avernorum celebrati. An. Dom. MDCCCL,p. 116. Biturigibus, 1852.

* Parori, II, p. 379.

♦/^W„ II, p. 403.

provincial à Turles (août 1850) écrivent au saintpère que, prélats d*un royaume qui a toujours rendu un culte spécial à la sainte Vierge, et membres d'un concile qui a décidé de l'honorer désormais comme patronne de l'Irlande sous le titre de son Immaculée Conception , ils supplient Sa Béatitude f en corps, comme ils l'ont fait en particulier, d*accord avec presque tous les évêques de l'Eglise catholique , de définir par un décret dogmatique , du haut de la chaire suprême du prince des apôtres dont elle continue l'autorité , la croyance que la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, a été conçue sans aucune tache du péché originel , ce qui remplira de joie l'Eglise de Jésus-Christ , et procurera à tout son troupeau un secours opportun * » .

Inspirés par une foi commune , les souhaits de tou^ se reproduisent avec une admirable et touchante régularité, dernier signe de vérité.

Que dire encore et qu'ajouter à ces écrasantes manifestations, dont nous ne donnons que la substance?

Beaucoup des opinions transcrites se fondent sur des raisons de toutes sortes : l'ensemble des considérations forme le plus vaste et le plus solide monument que jamais le génie humain ait élevé à une croyance universelle et séculaire. Nul ne peut le contempler sous ses aspects multiples, à la fois similaires et variés, sans respect, sans admiration, et tout croyant devant ses proportions, sa magnificence, sa beauté , salue l'inspiration et la touche divines.

La plus entière liberté avait été laissée aux travail-

* V. /a Croyance générale, etc., par le cardinal Gousset, p. 78S

£T LA CONSULTATION OKCUMtolQUB DES ÉVÊQl'RS 903

leurs : quelques-uns avaient tâtonné, erré; quelquesuns même n'avaient pas cru à la possibilité , à 1 opportunité de l'entreprise. Peu à peu tous ou presque tous , instruits par leurs recherches , nourris par leurs méditations, illuminés par leurs prières, s^étaient rendus, et finalement l'édifice surhumain ne présentait plus qu'une masse sans lacune dans sa merveilleu«(e harmonie.

Au fond, les réponses ou les sollicitations des évêques isolés ou groupés composaient une sorte de confession œcuménique solennelle qui,» par le nombre comme par le caractère et l'autorité des suffragants , surpassait la valeur du jugement de tous les autres conciles œcuméniques antérieurs.

Le premier concile œcuménique de Nicée .325) ne comptait que trois cent dix -huit évêques; le second, de Constantinople (381), cent cinquante; le troisième, d'Ëphèse (431), deux cents; seul le concile de Chalcédoine (451) vit rassemblés six cent trente-six membres.

La consultation de Pie IX réunissait par écrit , ce qui lui donne plus de poids, les délibérations et les votes d'un nombre d'évêques à peu près égal ; et si l'on tient note des deux cents cardinaux, archevêques et évêques, qui vont se grouper quatre ans après la consultation autour du pape, pour procéder à la définition , on peut dire que le chiffre des Pères collaborateurs de Pie IX , dans l'œuvre du dogme de l'Immaculée Conception excède d'un quart et représente des terres beaucoup plus vastes, des peuples beaucoup plus nombreux que le chiffre des Pères du concile de Chalcédoine , et qu'il donne conséquemment

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à la solution une puissance, un prestige uniques. Puisque Grégoire le Grand acceptait avec le même respect que l'Évangile les décisions des premiers conciles œcuméniques , on a le droit de proclamer la majesté incomparable du verdict dont nous parlons et l'obligation de lui être soumis.

Il faut lire la volumineuse correspondance des évêques pour se rendre compte du sentiment universel de TËglise du xix' siècle à l'égard de TlmmaiCulée Conception de la Vierge Marie. La foi des prélats n'est pas seule mise en lumière. Chacun d'eux s'est cru obligé avec raison d'interroger son entourage, de sonder ses diocésains. Beaucoup joignent à leur avis personnel le rapport des traditions, des tendances , des prières qui existent dans leur juridiction. On a de cette sorte une connaissance exacte des .dispositions présentes et passées de tous les pays catholiques.

L'ensemble des investigations ne laisse aucun doute sur la force persistante, dans le monde chrétien, de la croyance au privilège de la Vierge, et l'on comprend qu'il ait produit une influence décisive sur la définition.

£n résumé , le mystère de l'Immaculée Conception sortait de cette gigantesque consultation sans précédent, croyons*nous , dans l'histoire de l'Église, absolument éclairci, sanctionné et digne de devenir un dogme.

Ainsi finissait d'une triomphante manière la tradition qui, pendant plus de seize cents ans, avait parlé dans lé même sens. .

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