CHAPITRE XI
L IMMACULEE CONCEPTION ET LES DKBNIÈIŒS i:ON»ULTATI(»N4
I Nouveaux soins de Pie IX. Deuxième commission de ihéologien* ' consulteurs. Ses délibérations et ses motifs détermmanU. -- II Troisième commission. Comité de cardinaux. RécapilulaUon et conclusion. - III. Convocation des évéques assistants. Mpr^ibour Réunion et conférences au VaUcan. Discussions méthodiques et derniers considérants. Démonstration enthousiaste de rassemblée en rhonneur de la papauté souveraine et infaillible. — I^ . «-onsuUation finale du collège des cardinaux.
Tant et de si précieuses adhésions ne pouvaient qu'enflammer les désirs du saint -père. Mieux qu'Alexandre VII, Pie IX comprenait que t les temps étaient accomplis » . La catholicité n'avait plus qu'un cœur et qu'une âme pour la Vierge Marie. Définie en quelque sorte par le vœu universel du clei^é et du peuple , la doctrine de l'Immaculée Conception réclamait impérieusement la déclaration offir cielle. Avant de la promulguer, Pie IX voulut épuiser toutes les ressources de la science et de la sagesse humaines unies aux lumières d'en haut. Il redoubla
donc ses efforts pour garantir le résultat qu'il méditait et le rendre inattaquable.
Il commença par faire coUiger en^trois volumes distincts les délibérations du comité de théologiens installé la première année de son pontificat; puis il choisit dans ce comité les membres les plus savants et les chargea de revoir à leur tour les avis exprimés. Plusieurs auteurs des ouvrages célèbres récemment publiés, les RR. PP. Passaglia, Perrone, jésuites, Marien Spada, dominicain, etc., se trouvèrent ainsi rassemblés sous la présidence du cardinal Fornariy qui s'était particulièrement distingué dans le cours des débats.
Sévèrement triée, aussi respectable par son zèle que par son expérience, cette deuxième commission spéciale avait pour but de soumettre à une deuxième enquête la question posée au premier comité, relative à la possibilité et à l'opportunité de la définition, d'après les arguments fournis par l'Écriture et par la tradition. Elle mit à l'exécution de sa tâche, inaugurée le 8 mai 1852, tout ce qu'un tribunal peut déployer d'intelligence , d'attention , de mesure et d'impartialité. Les comptes rendus de ses séances ont été publiés, et ils attestent la profondeur de ses études, le soin de ses informations , la logique de ses déductions * .
Nous n'entrerons pas dans le détail des recherches minutieuses que la commission accumula pendant les années 1852 et 1853.
* Brève e9poêizione degli atti delU commissione tpecUle êtabiliU dalla santilà di N, S. $ull' argomento delV Immacolata Concezione di Maria sanlUiima^ p. 72, in-fol. Roma, 1855.
ET LES DERNl&RES CONSULTATIONS 5t3
Cet examen sortirait de notre cadre et risquerait d'alourdir notre ouvrage, déjà, nous Tavons dit, 8u£B- .samment chargé.
Nous nous bornons à résumer les points principaux de Tenquéte.
Après avoir fixé des principes généraux pour ré* pondre aux objections tirées de l'incertitude ou des variations de l'opinion touchant le sujet litigieux; de l'obscurité en apparence contradictoire de certains textes de l'Écriture; de l'interruption ou de l'indécision de la doctrine patristique et de la croyance populaire: la commission fut unanime à reconnaître, suivant la règle des conciles œcuméniques et du siège apostolique, qu'il suffisait, pour définir un dogme, de quelques témoignages indiscutables qui le renferment explicitement , de quelques vérités révélées qui le contiennent implicitement, de telle sorte qu'on ne puisse l'attaquer, le contester ou le nier, sans attaquer, contester et nier du même coup des articles fondamentaux de la foi catholique.
L'accord présent de Tépiscopat, basé sur l'Ecriture et la tradition ,. la pratique perpétuelle de l'Eglise, basée sur une foi transmise d'âge en âge , sont encore des facteurs importants et des éléments du premier ordre , qu'il faut envisager pour produire la convie* tion et déterminer le jugement.
Examinant ensuite jusque dans leurs profondeurs les plus cachées chacune de ces assises inébranlables , la commission classa en trois groupes hiérarchiques la suite des considérants et elle en présenta le tableau au saint-père.
Quant à la possibilité et à l'opportunité de la défir
nition, elle les proclama avec le même ensemble, se fondant sur Taulorité du concile de Trente et sur l'assentiment actuel de Tépiscopat , qui dissipait toute incertitude et aplanissait toutes les voies.
Pie IX ne se contenta pas de cette seconde déchsion favorable. Il nomma deux nouvelles commis sions destinées à l'examiner et à la contrôler : Tune, composée de dix-neuf cardinaux; l'autre , formée de membres de la deuxième commission spéciale, auxquels de nouveaux théologiens , la plupart religieux , furent adjoints, pour relever, peser et discuter le dire des premiers.
Cette dernière commission extraordinaire, qui coniptait vingt membres, à Tinstar du premier comité de consulteurs, se réunit le 2 août 1853, afin de rassembler les voix et de conclure.
Tous les membres , sauf deux , opinèrent que le privilège de Marie, en d'autres termes l'Immaculée Conception de la Vierge, ressortait sûrement de l'Écriture, de la tradition, de la pensée et du magistère de l'Église, de la déclaration du concile de Trente.
Tous les membres, sauf un, opinèrent que le saintsiège pouvait, sans nulle difficulté ou dérogation aux règles anciennes, ériger en dogme et définir dans une bulle solennelle le mystère de l'Immaculée Conception. Telles furent, d'autre part, l'opinion et la conclusion unanimes du comité des cardinaux.