ET LE CONSENTEMENT UNIVERSEL
Vierge conçue sans péché, et vit nombre de diocèses et d'églises se placer sous son patronage.
Suivant sa coutume traditionnelle, la papauté donne l'exemple. Benoit XIV célèbre chaque année en grande cérémonie, à Sainte-Marie-Majeure, la fête de rimmaculée Conception. Beaucoup d'évêques, surtout en France, l'imitent dans leurs cathédrales. Un roi d'Espagne établit un ordre de chevalerie de Tlmmaculée- Conception. Les demandes à Teffet d'obtenir la définition du dogme arrivent de toutes parts au saintsiège et visent particulièrement Clément XI.
Le XVII* siècle est plus encore le siècle du consentement universel. Les témoignages, les sollicitations, les instances auprès du saint -siège redoublent avec les études et les discussions, qui dégagent, illuminent la doctrine. Rois et peuples s'en mêlent aussi bien que les chefs de l'Église. Ceux qui nient ou contestent le privilège de Marie sont mis au ban de l'opinion.
€c Les autorités en faveur du privilège, écrit un savant auteur du temps, ne peuvent se compter. Ce sentiment, qui se répand de jour en jour, a pour lui le torrent des docteurs ^ »
C'est entraînés par ce « torrent » que les grands papes de l'époque, Paul V, Grégoire XV, Alexandre VII , prennent des mesures et publient des constitutions presque définitives.
Déjà, dans ce siècle, un jésuite renommé par son érudition, le P. Théophile Reynaudy parlait de former un concile œcuménique d'un nouveau genre, avec
* Le Chef-d'œuvre de Dieu ou les $ou9enines perfections de la sainte Mère de Dieu, par le R. P **' la C. de J.;
éd. revue par le P.. Jenneseauz, 1643.
540 LIMMACULËE CONCEPTION
Topinion écrite des évêques et des docteurs contemporains dévoués à Marie ^
Au XVI* siècle, le consentement universel n'est pas moins manifeste.
Le cardinal Cajetan , dominicain choisi par Léon X pour préparer la question que le pape veut soumettre au cinquième concile œcuménique de Latran, fait un rapport impartial dont quelques-uns de ses frères se montrent mécontents :
« L'opinion favorable au privilège de Marie , réplique le cardinal en forme d'excuse, est aujourd'hui commune. Presque tous les catholiques de TEglise latine croient rendre hommage à Dieu en la suivant'. »
Les universités pensent sur ce point comme les prêtres et la masse catholique. Toutes, à Tinstar de celle de Paris , font publiquement leur profession de foi, et Médina, peut déclarer sans être contredit que c Taccord » des universités est complet '.
C'est au milieu de ce siècle (1546) que le concile de Trente pose et définit indirectement le mystère, en excluant Marie de Tuniversalité du péché originel. Son décret dogmatique ne provoque aucune réclamation , sinon de la part des membres qui désirent une déclaration plus explicite.
Le concile représentait et formulait donc à ce moment Topinion universelle de l'Église.
Cent ans plus tôt Jean de Ségovie, chargé par le
* Pietas Lugdun. erga B, M. Imm, Concept. , opéra i, \TÏÏ, pp. 277 et 278. LugduD., 4665.
* Tract, primas de Concept. B, M. V., ad Leonem X P, Af.» cap, r, p. 101 et 102, opuBculorum fol. Venet, 1593. L*ouvrage porte U date de 1514.
» V. P. Passagrlia, p. H. Voir item la bulle IneffabiUn.
ET LE CONSETTEMEXT HKHIVCL Uà
concile de Bâle d'étaiiier le piobinie q«e le prétend résoudre, s'éiWMice ^os dispositions da peuple chrétieii, et fl avance la décision du concile de Trente.
« Il est constant, dit ce pieux et savant que le culte de rinunaculée Conception est snivi la majeure partie du monde chrétien , et qoe VE^âae romaine le pratique avec une solennité particnKère. La doctrine touchant la pureté de la conception de h bienheureuse Viei^e a pour elle le témoignage de presque tout Tunivers, fere toiius orbis, et celui de l'Église romaine * . L'assertion contraire au privilège de la Viei^e est devenue, sinon dès le conmien* cernent, du moins depuis longtemps et surtout de nos jours, si désagréable et si odieuse au peuple chrétien, qu'il ne supporte plus de l'entendre *. i
Ces paroles caractéristiques étaient publiées en 1 435, plus de quatre cents ans avant l'acte dogmatique de Pie IX.
Depuis cette époque et même antérieurement, de temps immémorial , la doctrine de l'Immaculée Conception était recommandée, suivie, pratiquée dans les églises, les écoles, les offices, les catéchismes, sous l'approbation tacite du saint-siège.
Or les pratiques aussi bien que les croyances de l'Église viennent de Dieu, d'après saint Augustin « et trouvent leur sanction dans leur univcrsaltl^.
Dans sa bulle Ineffabilis, Pie IX s'est s<trvi av«<î raison du même argument et il a invoqué U sikiM?** , c'est-à-dire l'approbation tecite de ViigWm. mmum un témoignage irréfragable.
< Jean de Ségovie, alleg. i, pro imm, (Umi'»iti., \i. 2ft tti %1, * Loc. ci7., alleg. vm, p. 371,
U% L'JMMACULÉE CONCEPTION
L'Égliae a pour mission de veiller ati maintien de la vérité, qui donne la -ne au monde, et par conséquent de proscrire les erreurs, les nouveauté» qui peuvent altérer la vérité et compromettre la vie du monde* Son silence à l'égard d'une croyance prend une signification précise : il équivaut à l'acceptation, et tient presque lieu d'une définition directe.
La croyance à l'Immaculée Conception était une erreur, une hérésie qu'il fallait étouffer au plus vite, si elle n'était pas la vérité qu'il fallait défendre et soutenir.
Donc le silence de l'Église au sujet d'une croyance qui embrassait le monde offre une garantie invincible.
L'Eglise a toléré , encouragé depuis le premier jour jusqu'au dernier, pendant toute son existence, la doctrine générale de l'Immaculée Conception.
Donc l'Eglise , qui ne peut errer, n'a pas fait fausse route , et la doctrine est vraie .
Sa tolérance, son silence, hommages incessants à la gloire de Marie, ont été l'instrument visible, par lequel Dieu* a voulu édifier le consentement universel et fonder sur cette base la légitimité du jugement pontifical.
« Ainsi le consentement universel de l'Eglise à professer la croyance en l'Immaculée Conception de Marie est légitime dans son origine, admirable dans son développement, décisif dans son existence. Il suffît à lui seul , dans les conditions où nous le voyons de nos jours, pour constater la révélation divine de ce mystère et pour justifier la définition dogmatique que vient de prononcer le saint-siège '• »
* U9T Malou , l'Immaculée Conception de la bienheoreusç Vienge Marie, t. I, p. 239. Bruxelles, 1857.
ET LE CONSOn^MENT UNIVERSEL HZ
La joie qui salua dans l'univers croyant la publicar lion du décret de Pie IX fut la touchante et dernière explosion de ce conseUement universel , regardé sans cesse comme un signe infaillible de vérité.
Le tableau suivant, que nous empruntons à Tun des apologistes du siècle, rappelle à propos les victoires successives de la Vierge , appuyées sur le même assentiment unanime.
« Son premier et plus éclatant trophée est la qualité de Mère de Dieu proclamée au concile d'Éphèse. Vient ensuite l'honneur de la perpétuelle virginité déclarée d'abord dans le concile de Latran , sons Martin P% mais confessée bien plus hautement dans la liturgie universelle. Son exemption de tout péché actuel, reconnue solennellement au concile de Trente, forme le troisième caractère de cette auguste créature. En définissant le privilège unique qui Ta préservée de la tache originelle , l'Eglise assurera ici-bas le dernier triomphe de cette sainteté créée qui ne voit au-dessus d'elle que la sainteté même de Dieu ^ »
Le « dernier triomphe 9 est venu et il peut invoquer comme les victoires précédentes « la liturgie universelle », c'est-à-dire l'adhésion générale de* peuples catholiques.
* Mémoire $ur la question de VI mm. Concept, de la trè$ Mainte Vierge, par le R. P, dom Prospor Guérangcr, abbé de S<iii»«mri>, Paris, 4850.
544 1/IMMACULÉE GONCEPTION
Faut*il revenir, avant de clore ce chapitre , sur l'objection banale qui accueillit la proclamation du dogme de rimmaculée Conception et qui tend aujourd'hui à 8'effacer?
Le dogme, a-t-on dit, est manifestement humain, puisqu'il vient de la papauté : c'est la papauté qui Ta créé sous nos yeux, de toutes pièces. De quel droit la papauté agit-elle et au nom de quel droit veut-elle nous imposer sa création?
En vérité, ajoutaient les railleurs, nous assistons à un curieux spectacle : il nous apprend le cas qu'il faut faire de vos dogmes en nous montrant comment ils se fabriquent.
Il y a dans ce raisonnement , quelque peu discrédité, une équivoque et une confusion.
Bien que nous l'ayons implicitement réfuté dans Texamen des caractères de la définition, il est utile de le serrer de plus près, afin de n'en laisser rien subsister.
La papauté ou l'Eglise ne crée pas les dogmes ; elle les définit. Le dogme existe, révélé, avant la définition, qui l'éclairé seulement, l'explique, le fixe et l'impose.
Le dogme de l'Immaculée Conception était révélé, connu, accepté de tous les temps, dans tous les pays, avant d'être proclamé par l'Église et de devenir obligatoire.
ET LE COBEfSTUKSSr VUWÏÏMsBL iaS
Nous avons lappocié des ptvsws ■■■nihrahles» de sa préexîst^ioe fondée mat b RTêlatÂcm. aUeslée par la suite des génénlîoBS dirêlieiiBc».
Il n'était pas saffisamment élucidé, développé, affenni, pour mmler one définition et une pfoda^Ation directes. Le frnit n*étaii pas safKsamoietit mâr pour être offi^ avec toutes ses vertus bîenfaisanies â rtiumanité catholiqne : teUe est Texacle appréciation. Et c'est justement pour le mûrir et le faire arrirer à terme que Dieu a permis la longue série des jours, des nuits et des saisons, des coups de soleil et de rosée, et, pourquoi ne pas le dire? des coups de vent et dorage qui l'ont tour à tour échauffé, rafraîchi, secoué , trempé , doré , mis à point ! C*est justement pour montrer la source merveilleuse de sa sève, la profondeur surnaturelle de ses racines, la fermeté divine de sa chair ; c*est pour assurer à jamais son existence et sa fécondité que Dieu a permis tant de tempêtes déchaînées quelquefois par les plus forts ; et c'est pour faire toucher du doigt en quelque sorte ses cpialités providentielles que nous avons nous-méme si longuement, si complaisanmient rapporté Thistoire de ces tempêtes et de ces chocs qui, contrairement à l'effet des chocs subis par les créations humaines, l'ont peu à peu dépouillé, grandi, paré, glorifié.
Quand une doctrine a résisté, on nous permettra de le redire, pendant près de mille ans^ à toutes les contradictions^ à tous les efforts du génie, de la science , de la sainteté , individuels ou collectifs , dévoyés par instants, elle est de bonne souche et n'a plus rien à redouter : elle porte le cachet des volontés divines. Dieu et son Vicaire ne l'ont laissé pendant de si longs siècles flotter au gré de touieis^ les agitations que
pour lui imprimer plus profondément leur caractère indélébile. Ils ne l'ont définie qu'après une épreuve huit ou dix fois séculaire qui a suffisamment et pour toujours révélé sa justesse, prouvé sa puissance, garanti sa pérennité. Seuls juges du moment où la doctrine devait être érigée en dogme, ils ont bien choisi l'heure, puisque, instruits par tant de signes, tous les croyants se sont soumis du même coup et ont acclamé leur verdict, que tous, ou peu s'en faut, demandaient.
Voilà la raison du long silence de l'Eglise, suivi de son intervention présente , l'un et l'autre consacrés par le succès.
L'opposition qu'elle a rencontrée , la patience qu'elle a déployée, sont au profit du nouveau dogme, et lui assurent l'immortalité.
Les vérités catholiques progressent toujours de la même façon. Les luttes qui ne leur manquent jamais ont pour but d'en faire ressortir la trame indissoluble. Elles participent ainsi à la condition suprême de notre fin spirituelle, dont elles sont la voie, laquelle ne s'obtient que par l'effort, la douleur, l'expiatico. La discussion toujours ouverte ne laisse aucun secret dans l'ombre et ôte tout prétexte au doute ou à l'ifidécision.
Chaque attaque contre l'Immaculée Conception a fait naître la réplique victorieuse , finalement cimentée par le consentement universel.
On ne pent objecter ni le hasard , ni le caprice, ni l'aveuglement, ni la surprise.
Uiie croyance qui met dix-huit cents ans À se former, et qui> pendant la dernière moitié de cette