‹ L'immense effort, 1915-1916...: 1915-1916Chapitre 17 sur 26 · SAUVONS LES ENFANTS · texte numérisé non relu

SAUVONS LES ENFANTS

Il n'y a rien à ajouter aux constatations de M. Jacques Bertillon. Elles ont le froid et le coupant delà guillotine. Nous perdons tous les six mois la valeur d'une ville de 28.000 habitants. C'est un luxe qui n'est pas donné à tous les peuples. Un luxe mortel. Soyons-en fiers!

En vain les statisticiens agitent devant nos yeux leurs tableaux funèbres. En vain les juristes proposent des lois d'assistance aux mères et de sauvegarde pour l'enfance; en vain réclame-t-on l'impôt sur les célibataires, la recherche de la paternité, la suppression de la liberté de tester, le divorce

236 l'immense eïfort

élargi, la légitimation des enfants adultérins, toutes les planches de salut. La société bourgeoise assiste, sereine, à sa décomposition.

La France se regarde mourir. L'État s'en désintéresse. Je ne crois pas qu'il y ait au monde un spectacle plus tragique que cette veulerie sans nom. Est-ce la société nouvelle qui nous sauvera? Il est permis d'en douter.

Voyons, allons-nous assister jusqu'au bout à cette agonie lente? Est-ce que, oui ou non, nous voulons vivre? Alors, réveillons-nous. Il n'est que temps! Des lois de fer s'imposent. Et puisque la famille française ne semble pas comprendre, parlonslui le seul langage qu'elle entendra : celui de l'intérêt.

Il nous faut quatre enfants par ménage ; on pourrait dire cinq en tenant compte du déchet fatal : accident, maladie, mort. Eh

Page 1