‹ L'immense effort, 1915-1916...: 1915-1916Chapitre 3 sur 26 · DES CANONS ! DES MUNITIONS · texte numérisé non relu

DES CANONS ! DES MUNITIONS

Sous ce titre, obstiné comme le choc d'un marteau-pilon, M. Charles Humbert n'a cessé de réclamer l'industrialisation de la guerre. Son collègue au Sénat, M. Henry Bérenger lui a fait écho, et de partout le grand cri d'alarme, scandé par des voix nombreuses, s'enfle et répond en tocsin au fracas du front, seconde les efforts méritoires et l'active énergie de M. Albert Thomas.

De là-bas, si près pourtant, les rugissants abois des canons, le roulement des autos blindées, les trains lourds d'hommes

(1) Tous ces articles ont paru dans la Presse, spécialement dans V Intransigeant et la Petite Gironde.

et d'armes, la vibration des avions, les voix brèves du téléphone, les gémissements des blessés, toute la rafale du combat crie à la France : ^

(c Encore I Encore I A Taide ! Encore des mitrailleuses! Amenez des canons! Nous ne vaincrons qu'à coups de foudre, sous des cataractes d'explosifs ! Hâtez- vous ! Le temps qui use nos ennemis leur permet aussi de s'organiser. Trempez l'acier, tournez les douilles d'obus, chargez les fusées ! Plus vite! Plus vite encore! La patrie, aujourd'hui sauvée, pourrait demain être en danger! »

Comment n'entendrions-nous pas cette voix si grave? Elle se propage en ondes électriques, elle embrasera demain le cœur du pays. Nous ne pouvons admettre que nos admirables soldats ne reçoivent pas de la nation l'espoir qui allège leur faix et l'aide qui raccourcit leur effort. Une ma-

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gistrale leçon de choses vient de nous être donnée^ et M. Lloyd George Ta dégagée avec sa mâle franchise : si la Russie a subi une défaite, réparable heureusement, c'est à la supériorité, c'est au nombre de Fartillerie adverse qu'il faut s'en prendre. Ne nous le dissimulons pas : nos ennemis sont forts; ils ne manquent pas de munitions, malgré leur gaspillage frénétique; ils ne manqueront pas de nourriture et de récoltes.

Ne regardons pas trop hors de nos frontières : après l'Italie, nous serons aidés par d'autres peuples; c'est probable, c'est certain. En attendant, aidons-nous seuls : c'est plus sûr, et c'est plus fier.

Les Austro-Allemands, encerclés et menacés sur trois fronts, nous montrent comment ils entendent la guerre : une formidable organisation de l'animal humain et de la machinerie de meurtre. Bien avant

leur agression sauvage, et plus encore depuis, leurs usines fonctionnent sans arrêt; des ouvriers soldats, par centaines de mille, décuplent Tarmement, jettent sur les champs de bataille, avec une précision automatique, les engins de destruction.

Nous pouvons en faire autant, nous le devons : il le fautl Ne voyons que le but sacré : la victoire î Foin des récriminateurs stériles qui répètent : « On n'était donc pas prêt? Mais pourquoi n'était-on pas prêt?

Expliquez-nous qu'après dix mois de guerre, on ne soit pas muni encore de tout le matériel nécessaire? » Comme si cela ne crevait pas les yeux que, dès le premier jour, nos arsenaux et fabriques militaires ont été débordés par les besoins, et que nos usines, désorganisées par la mobilisation, lorsqu'on a réclamé leur concours, n'ont pu qu'à grand'peine reformer un personnel dQ fortune, encore insuffisant à cette heure.

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