‹ L'immense effort, 1915-1916Chapitre 10 sur 20 · LA MOBILISATION INTELLECTUELLE · texte numérisé non relu

LA MOBILISATION INTELLECTUELLE

Cette guerre-là, avons-nous su la faire?

Nos protestations officielles contre les violations du droit des gens, les déclarations de nos Académies ont-elles eu le retentissement désirable?

A rheure oii les Neutres sont submergés par la presse allemande, impressionnés par des théories monstrueuses auxquelles l'emploi de la force semble donner raison, contre cette infiltration préparée de longue date et débordant aujourd'hui, qu'avonsnous opposé?

Je ne vois nulle trace en France de cette mobilisation des valeurs spirituelles que l'Allemagne a su pratiquer. Sans doute, chez nous, l'élite s'est mobilisée avec un ensemble émouvant. Quantité d'intellectuels ont pris le fusil. Ceux que leur âge et leur santé éloignaient du Front se sont dévoués aux ambulances, aux œuvres de secours, ont écrit, ont parlé le langage du

patriotisme fervent. Mais cette discipline n'est pas venuô d'une initiative d*État; elle est née de Tindividualisme spontané, décidé à faire bloc contre Tagresseur. Or, seul, le gouvernement eût pu diriger ces bonnes volontés, leur faciliter la propagande intensive par le livre, la brochure, le journal, les conférences.

On a, je le crains, dédaigné l'appui dévoué que l'intelligence française pourrait encore apporter à l'admirable vaillance de nos soldats..

Que de livres on aurait pu répandre au dehors de nos frontières ! Pour faire connaître les atrocités allemandes, quel réquisitoire plus éloquent que celui de Pierre Nothomb : les Barbares en Belgique, étayé sur l'enquête belge officielle? Pour montrer les vertus de notre race et les exemples de sacrifice qu'elle a donnés, quel plus émouvant récit que ce Dixmude, où Charles

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Le GoflSc a conté^ preuves en mains, Théroïsme de nos fusiliers marins ! Sur Tâme française, sur ses qualités foncières, sur son idéal opposé à la féroce Kultur^ MM. Lavisse, Boutroux, Bergson, Chevrillon, bien d'autres ont écrit des pages qui resteront comme les documents de la plus haute vie consciente d'un peuple.

Ces pages ont-elles été répandues à foison en Norvège, en Suède, en Danemark, en Hollande, en Espagne, en Suisse, en Amérique? Non, n'est-ce pas ? Et pourquoi? Économie!... Mais quel auteur, pour un tel but, n'eût renoncé a ses droits, quel éditeur n*eût abandonné ses gains?

Tel membre de l'Institut ou de l'Université aurait pu aller professer chez les Neutres le meilleur de la science et des lettres françaises! Tel grand chirurgien civil aurait pu raconter les sanglantes ou puantes férocités des Allemands? Tel grand

peintre ou sculpteur aurait su trouver des accents d'âme pour parler des dévastations vandales. Tel écrivain, tel philosophe auraient revendiqué, contre le brutal intellectualisme allemand, les droits de l'éternelle raison, de la vérité et de la justice.

Nos lourds ennemis l'ont faite, eux, cette campagne-là, avec uiie ingéniosité perfide, un art d'envahissement remarquable. Nous, le peuple clair et lumineux à la plume aiguë, à la parole vive, ne saurions-nous donc lutter contre eux ?

Est-il trop tard pour qu'on remédie au temps perdu? Non, si l'on prend des mesures énergiques et promptes.

L'article de M. F. Niermeiger, dans le Telegraaf d'Amsterdam, conseillant une action coordonnée des États neutres, porterait à croire que la propagande allemande, si tenace, n'aura pas le dernier mot chez les Neutres. Ce courageux article propose que la Hollande fasse tous ses efforts pour amener ceux-ci à la déclaration suivante :

« Nous ne tolérerons pas que la Belgique soit diminuée d'un seul mètre carré, ni sa souveraineté d'un iota. Quiconque soutiendrait un amoindrissement de la Belgique serait combattu par les moyens dont nous

disposons : le boycottage économique et financier, et si ces moyens ne suffisent pas, alors ce sera par les armes. »

Voilà un beau texte pour l'émouvant dessin de Raemaekers, où Ton voit la Hollande et la Belgique, vierge enchaînée et jeune guerrière, s'embrasser en pleurant à travers les barreaux d'une prison.

Ceci doit nous engager à développer par tous les moyens notre propagande. Elle comporte deux manières : la douce et la forte. La forte serait la meilleure : quelques défaites allemandes compteraient plus pour nous rallier nos voisins, que les plus persuasifs arguments. Ce n'est pas notre langue, c'est notre épée qui libérera les Neutres de leur terreur. Victorieux, nous verrons peut-être enfin le monde entier se soulever et accourir à la curée contre l'ennemi du droit et le bourreau des faibles.

Hâtons-nous de réparer le temps perdu,

les indécisions, l'imprévoyance et le manque d'unité d'action. Les Balkans nous en offrent d'impérieuses occasions. La Serbie et le Monténégro écrasés, faute de les avoir secourus à temps, sachons du moins, en renforçant l'armée de Salonique, convaincre Grecs et Roumains de la nécessité de se joindre un jour ou l'autre à nous. Que l'Angleterre resserre sans hésiter le blocus des mers. Partout où nos alliés et nous le pourrons, exerçons la manière forte.

Elle n'exclut pas la douce.

J'ai dit, et chacun sait, combien notre pénétration pacifique chez les Neutres a été insuffisante. Quand, à travers le livre d'Alphaud, on voit ce que l'Allemagne, avec un seul homme, le D"* Dernburg, a su pratiquer aux États-Unis : achats de journaux, articles payés (l'un, 2 millions, et paraissant le même jour dans toutes les feuilles), conférences, brochures, appels

à la bourse des Germano-Américains, achats de munitions, emprunts financiers, on reste confondu devant cette audace, cet art d'intrigue et ce don d'organisation.

Nous en sommes loin. Cependant, là aussi, le temps perdu peut être regagné. On y travaille maintenant au ministère des Affaires étrangères, sous l'impulsion d'un jeune et éminent diplomate, héritier d'un des plus grands noms de la science et de la chimie françaises. Il serait, d'autre part, injuste de méconnaître ce que la propagande française, spontanément, a su faire. J'ai dit qu'il y avait eu là une mobilisation intellectuelle d'autant plus méritoire que, même groupée, elle a eu un caractère marqué d'individualisme. Ce sont les personnalités qui ont agi.

Un correspondant m'a signalé la publication faite par la Chambre de commerce de Paris. Je l'en remercie. Cette publica-

tion est excellente. Sous les auspices de M. David-Mennet, président, elle paraît deux fois par mois; depuis le 15 décembre 1914, elle va porter dans le monde entier un résumé intitulé : « Documents sur la guerre », édité en six langues, français, anglais, italien, portugais, espagnol et allemand et tiré à 650.000 exemplaires.

A côté, marche F « Alliance française » ; chacun sait ce que nous devons à cette association reconnue d'utilité publique et constituée pour la propagation de la langue française dans les colonies et à l'étranger. Le Bulletin de T Alliance française paraît le V et le 15 de chaque mois; il est traduit en anglais, allemand, italien^ espagnol, portugais, suédois, danois, hollandais; il le sera, dans quelques jours, en grec moderne. Tout ceci représente un élargissement considérable, puisque ce bulletin, dont la propagande a commencé en novem-

bre 1914, ne comptait alors qu'une édition française et une espagnole. Ses envois individuels en tous pays, visant surtout les milieux intellectuels et commerciaux, atteignent individuellement plus de 600.000 personnes, sans parler d'envois aux représentants de la France à Tétranger, et aussi à diverses rédactions de journaux étrangers. Une grande place a été prise par le « Comité catholique de propagande française à Fétranger » , sous l'inspiration de M^' Alfred Baudrillart. Par cette centralisation, créée après six mois de guerre, les catholiques de France, selon le mot de Maurice Barrés, s'adressaient aux catholiques du monde entier. On n'a pas oublié le retentissement de certains livres, publiés sous la direction de M^' Baudrillart, tels que la Guerre allemande et le catholicisme^ et aussi P Allemagne et les Alliés devant la conscience chrétienne ; une « correspon-

dance » servie à onze cents journaux neutres, et un bulletin de propagande ont porté chez les Neutres un témoignage d'indignation et de preuves considérable, accru par l'envoi d'un grand nombre de brochures.

Il convient de mentionner aussi le bulletin protestant de propagande, envoyé gratuitement dans les pays neutres. M. André Weiss, de l'Institut, est le président du comité de cette œuvre, qui pourra rendre de précieux services à la cause de V « Union sacrée » . On sait qu'en Alsace, sous les auspices d'un comité de patronage comptant de hautes personnalités, il a été répandu un nombre appréciable de livres français dans les écoles et les bibliothèques.

Entîn, est-il un Français qui ne connaisse le comité de propagande à l'étranger, dirigé par M. Ernest Lavisse et soutenu par quelques beaux noms de l'enseignement; qui n'a lu les brochures sensationnelles publiées par

ses soins? C'est en toutes les langues principales et avec un tirage de plusieurs centaines de mille qu'elles ont passé nos frontières; elles ont produit les plus utiles effets et fourni de solides arguments aux amis de notre pays. On sait que ce comité a commencé la publication- de tracts de deux pages, sous forme de Lettres à tous les Français^ avec la devise « Patience, effort et confiance ». Tirés à trois millions d'exemplaires, encartés dans les périodiques à grand tirage, ils sont envoyés à tous les instituteurs et institutrices. Ils formeront, réunis en douzaine, un volume qui servira à la propagande à l'étranger.

« Nous portons le deuil de l'humanité», a dit éloquemment M. Ernest Lavisse, mais nous luttons pour des temps meilleurs. On le voit, un grand labeur s'est effectué; bien des voix autorisées ont porté chez les Neutres la bonne parole d'espoir et de récon-

fort. Continuons et amplifions cette propagande : elle a porté des fruits, elle en portera bien davantage quand, à la manière douce, nous pourrons ajouter la manière forte !

Je m'excuse de rapprocher ces deux noms; Gœthe fut un grand cerveau pétri de lettres françaises et d'art italien; Maximilien Harden n'est qu'un publiciste teuton acéré. Si je les rapproche, c'est qu'ils nous font comprendre à quelle dégénérescence sanglante et sadique en est tombée l'Allemagne d'aujourd'hui.

Tout le monde a lu les ridicules et féroces menaces qu'Harden, dans une conférence à Berlin, a proférées. Si les Alliés n'acceptent pas la paix, c'est-à-dire une paix avantageuse à l'Allemagne, celle-ci se défendra avec une sauvagerie qui étonnera

le monde; elle mettra en œuvre tous les moyens de destruction, et montrera à l'univers que ce qu'elle a fait jusqu'ici n'est qu'un jeu d'enfant.

Il se peut, comme il se peut aussi qu'une victoire déjfînitive mate un peuple las et dégoûté de souffrir, car le peuple allemand souffre plus que le nôtre. En tout cas, on voit mal ce que le Kaiser, ses bourreaux et ses valets pourront commettre de plus ignominieux que leurs exploits passés et présents. Ils peuvent ajouter à l'horreur, ils n'inventeront rien de plus abject.

Le délire meurtrier de l'Allemagne entière ne se dépassera pas, puisque dès les premiers jours il atteignit son paroxysme, témoin les documents allemands rassemblés en volume par Thomas A. Smith, et cités dans la Revue des Deux Mondes par Teodor de Wizewa. La haine allemande éclate avec la déclaration de guerre; les sauvages qui

applaudirent la noyade des enfants du Lusitania et le massacre des femmes et enfants parisiens lors du dernier raid des zeppelins, sont les mêmes qui outragèrent, molestèrent les Russes de Fambassade et des légations, les inofïensifs clients de leurs villes d'eaux, et, dans leur folie de suspicion, assommèrent ou tuèrent à coups de fusil des bourgeois et des officiers allemands.

Si Harden s'imagine effrayer les Alliés, il se trompe grossièrement. Il allonge la note du règlement de comptes final, voilà tout.

Et maintenant. parlons un peu de Gœthe qui fut, pendant quelques mois, notre ennemi loyal, lorsque, attaché à la suite du duc de Weimar, il prit part à la campagne de France conduite par le roi de Prusse et le duc de Brunswick. Gœthe assista à la bataille de Valmy et à Fignominieuse re-

traite des troupes allemandes et autrichiennes. Il a raconté ses souvenirs de guerre avec mesure et simplicité.

Opposons-les aux rodomontades de M. Harden et aux monstrueuses cruautés des soldats de Guillaume II. En vérité, le contraste est saisissant, si l'on songe qu'alora le soldat allemand était un reître, un tueur de profession recruté dans la lie de la populace. Aujourd'hui le soldat allemand, nous a affirmé Gerardt Hauptmann, porte dans sa giberne Schopenhauer, Nietzsche et la Bible; c'est un homme instruit et cultivé. Comparons donc les deux guerres.

Goethe prit contact avec la France dans la petite ville de Longwy; il y acheta (acheta, Harden !) des couvertures de laine chez deux marchandes, la mère et la fille : « ... les trouvant, écrit-il, aussi jolies et gracieuses l'une que Tautre, je me gardai bien de marchander, et je me montrai aussi

poli que peut Têtre un Allemand sans tournure. »

En approchant de Verdun, les hussards d'avant-garde entendirent un coup de pistolet et saisirent Thomme : un paysan hirsute et barbu. Il déclara avoir tiré pour chasser les oiseaux de ses vignes. (Hein, Harden, quelle occasion pour brûler les villages, fusiller les habitants!) Goethe nous apprend qu'il en fut quitte pour quelques horions et qu'on lui rendit sa liberté.

Les Allemands en possession de Verdun, Gœthe alla visiter les confiseries et non seulement paya les dragées, mais en acheta pour en envoyer à ses parents et amis. Ses camarades firent comme lui. (Quels imbéciles, Harden, quand ils n'avaient qu'à prendre!)

Qu'il n'y eût point de pillages, c'eût été trop demander : il y en eut, mais les chefs les réprimaient dansr la mesure du pos-

sible. Gœthe en témoigne :((... On fuyait à notre approche et nous entendions de tous côtés crier au pillage î Nous nous empressâmes de mettre fin à ces excès, mais je dois l'avouer, nous fûmes profondément touchés, lorsque nos pauvres soldats, dont les vêtements avaient été pourris dans la marche, nous accusaient de cruauté parce que nous leur arrachions les chemises et les manteaux qu'ils avaient pillés.» (Aujourd'hui, Harden, les officiers, arrière-petitsfîls des compagnons de Gœthe, donnent l'exemple du rapt, font maison nette, emportent tout, pour ne rien oublier).

Qui le croirait, la guerre était plus humaine il y a cent vingt-quatre ans. Tou- . jours affreuse, mais admettant certaines lois, une sorte d'honneur dans la réciproque tuerie. Tout cela est changé et, par la voix d'Harden, l'Allemagne s'en réjouit : gaz asphyxiants, jets de liquides" enflam-

mes, barbarie savante, guerre de la terreur prônée par les généraux, les intellectuels, les pasteurs, les financiers, les industriels, les commerçants, les bourgeois, le peuple crédule et boulimique.

Que penserait Goethe de cette crise rouge de TAllemagne, lui qui savait qu'il faudrait des siècles pour que les Allemands cessassent d'être des barbares? Et avec quel souriant mépris Harden et ses congénères doivent tenir Gœthe, cet attardé, ce benêt qui payait au lieu de voler, qui arrachait aux soldats leur proie au lieu de piller luimême?

Harden et Gœthe, la vieille Allemagne et la nouvelle : entre ces deux noms tient la faillite d'un peuple qui pouvait être grand, et qui périra déshonoré.

sous LES RUINES DE L'EUROPE

Le mot est de Maximilien Harden, baromètre simpliste et sûr des fluctuations atmosphériques de TAllemagne : « Si Ton nous y contraint, a-t-il écrit, force nous sera de nous engloutir sous les ruines de l'Europe I » On reconnaît là le goût du Kolossal. Et si ce mot n'est pas un bluff\ mais le sens exact d'une réalité, ce qui est fort possible, il traduit bien, jusque dans le désespoir futur et certain, cette mégalomanie furieuse qui a jeté l'Allemagne contre la civilisation.

Cette guerre, en effet, le grand historien d'Italie, Guglielmo Ferrero, Ta très juste-

ment observé, tout en étant un conflit armé entre États, et le plus sanglant des conflits, « est en outre quelque chose de plus grand, de plus profond et de plus complexe : une de ces grandes crises de l'histoire qui de temps en temps bouleversent une partie du monde et modifient profondément la marche des civilisations, une des crises par lesquelles se dénouent violemment les difficultés accumulées peu à peu par les erreurs, les imprévoyances, les mauvaises passions, les intérêts égoïstes de plusieurs générations. »

A la base du drame se trouve le matérialiste et vorace orgueil allemand, cet orgueil que Maurice Muret a savamment analysé et qui a déterminé les ambitions allemandes, préparé ses moyens de conquête et organisé ses lois de guerre par la terreur. C'est ce même orgueil démesuré qu'atteste Maximilien Harden lorsqu'il s'écrie que

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TAllemagne vaincue s'écroulera du moins SOUS les ruines de FEurope.

Il exagère. L'Europe est vaste et F Aigle noire aux griffes crochues n'çi implanté la largeur de ses ailes que sur la Belgique, la Serbie, et des territoires russes et français. L'Europe est vaste, et si remuée qu'elle soit par le cataclysme, on ne prévoit pas comment elle pourrait s'écrouler sur l'empire allemand enfin refoulé et terrassé.

A cela près, la phrase sonne; elle a de l'allure; elle fait bien : « Sous les ruines de l'Europe I » Mais, pour qu'elle fût réalisable, encore faudrait-il que tous les Neutres, et non seulement le vaillant Portugal, se fussent mis de la partie. S'ils s'en mettaient à présent, ce ne serait pas pour TAllemagne; ce serait contre elle. Ils assureraient, sous le flot des assaillants, sa formidable et définitive défaite. On voit mal en ce cas comment l'Europe en ruines

s'efïrondrerait'du coup sur le cadavre de son ennemi.

Harden n'a-t-il voulu parler que de la France et de ses alliés, et cela à l'heure même où entre ces grands peuples Tunion complète va se faire dans ce Conseil des Alliés qui tient en ce moment même ses assises à Paris? Vraiment, la fanfaronnade serait burlesque. Il n'apparaît nullement que la Russie, TAngleterre, l'Italie et la France soient à bout de souffle et en danger d'épuisement. Leurs réserves sont intactes, leurs ressources sont immenses; il reste, magnifique symbole, une petite armée belge; il reste; non moins belle espérance, une armée serbe; chaque jour, munitions et canons arrivent, sortant de Vusine, à la rescousse; l'argent ne manque pas, ni les vivres, ni les matières pour la fabrication de combat : alors, comment l'Europe des Alliés serait-elle en péril ?

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Certes, l'effort est rude, il est immense ; il exige assurément Tentente complète des directions, des moyens, des énergies; certes, jamais on ne travaillera assez intensivement, de jour et de nuit^ pour forger des canons et tourner des obus, créer des gaz asphyxiants, organiser le meilleur emploi des soldats et des citoyens; mais Tissue n'est pas douteuse. L'Allemagne peut multiplier ses sous-marins, ses zeppelins et ses avions, si nous savons, nous aussi, mettre à profit la guerre d'usure. L'admirable résistance de nos troupes à Verdun, après la Marne, après l'Yser, marque une des plus hautes heures de notre histoire. La résolution implacable des Alliés fera le reste.

Harden, baromètre simpliste et sûr, a raison de prévoir que l'issue de cette guerre effroyable sera l'écrasement de l'Allemagne. Il ne peut y avoir d'autre conclusion, il ne doit pas y en avoir : les lois morales violées,

la sanction du Progrès l'exigent. C'est le sort du monde qui se joue en ce moment, et toutes les valeurs morales de Tavenir qui sont en suspens : l'honneur, la justice, la foi, la pitié.

L'Allemagne sera vaincue; demandez aux Neutres les plus neutres s'ils en doutent à présent ! Elle ne s'écroulera point sous les ruines de l'Europe, elle s'écroulera sous ses propres ruines et la malédiction de la conscience universelle. Et ce sera son plus grand châtiment de voir les autres peuples, qu'elle a injustement attaqués ou contraints à se battre, panser leurs plaies, se refaire dans une harmonie forte d'oii elle sera exclue, comme indigne !

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