LA MOBILISATION INTELLECTUELLE
Si nous assistons à la défection morale de tous les neutres, en attendant peutêtre de nouvelles défections matérielles^ ce n'est pas seulement parce qu'ils ont peur de l'Allemagne, mais pai^e que nous n'avons presque rien fait pour les éclairer sur notre esprit public, sur l'héroïsme de nos soldats, sur la ténacité de nos efforts et sur nos raisons de croire dans la victoire finale.
Qu'avons-nous organisé pour contrebattre l'influence allemande, ses nouvelles tendancieuses , ses accusations mensongères, son bluff de l'audace et de la menace?
N'est-il pas stupéfiant de penser qu'à
rheure qu'il est beaucoup de Neutres se demandent si ce ne sont pas les civils belges qui ont provoqué la destruction de Louvain, si ce n'est pas un poste d'observation militaire juché sur la cathédrale de Reims qui a attiré sur elle le bombardement; s'il est vrai enfin que la victoire de la Marne n'ait correspondu (M. Chaumet citait l'opinion d'un officier d'état-major grec) qu'à un recul volontaire de quelques avant-gardes allemandes?
La guerre actuelle est une guerre intégrale, qui n'emploie pas seulement les hommes, mais multiplie les machines, déclanche les chemins de fer, tire de la chimie ses formules meurtrières, spécule sur l'épuisement des finances et des denrées. Mais c'est aussi une guerre d'idées, utilisant le formidable pouvoir de la presse, et s'opérant par la divulgation des écrits, l'écho retentissant des paroles.