SAUVONS LES ENFANTS
Il n'y a rien à ajouter aux constatations de M. Jacques Bertillon. Elles ont le froid et le coupant delà guillotine. Nous perdons tous les six mois la valeur' d'une ville de 28.000 habitants. C'est un luxe qui n'est pas donné à tous les peuples. Un luxe mortel. Soyons-en fiers!
En vain les statisticiens agitent devant nos yeux leurs tableaux funèbres. En vain les juristes proposent des lois d'assistance aux mères et de sauvegarde pour l'enfance ; en vain réclame-t-on l'impôt sur les célibataires, la recherche de la paternité, la suppression de la liberté de tester, le divorce
élargi, la légitimation des enfants adultérins, toutes les planches de salut. La société bourgeoise assiste, sereine, à sa décomposition.
La France se regarde mourir. L'État s'en désintéresse. Je ne crois pas qu'il y ait au monde un spectacle plus tragique que cette veulerie sans nom. Est-ce la société nouvelle qui nous sauvera? Il est permis d'en douter.
Voyons, allons-nous assister jusqu'au bout à cette agonie lente? Est-ce que, oui ou non, nous voulons vivre? Alors, réveillons-nous. Il n'est que temps I Des lois de fer s'imposent. Et puisque la famille fran • çaise ne semble pas comprendre, parlonslui le seul langage qu'elle entendra : celui de l'intérêt.
Il nous faut quatre enfants par ménage ; on pourrait dire cinq en tenant compte. du déchet fatal : accident, maladie, mort. Eh
bien, ces quatre enfants minimum, imposons-les ! Comment? C'est bien simple.
Frappons à la poche. A ceux qui n'ont qu'un enfant, un impôt égal aux trois quarts de leur fortune. A ceux qui n'en ont que deux, un impôt égal à la moitié. Aux célibataires, un impôt radical : la bourse, ou la vie qu'ils donneront à d'autres. A ceux qui auront plus de quatre enfants, des dégrèvements, des avantages de toute sorte, les justes compensations d'une vie lourde.
Qu'à vingt-trois ans l'union légale ou naturelle, c'est-à-dire la fondation d'une famille soit obligatoire. Qu'on soit tenu de déclarer au fisc sa compagne, légitime ou non, et ses enfants, légitimes ou non. Que les lois, les coutumes, l'opinion, tournent autour de ce pivot sauveur : la procréation, l'éducation ou Tadoption des enfants.
Chimère? dira-t-on. Arbitraire, injustice? Eh! n'est-il pas plus] monstrueux qu'un
peuple comme le nôtre, si grand dans l'histoire, si riche de sève et de pensée, si noble de traditions, si courageux, si fier, tarisse et s'étiole stupidement, comme si au lieu de sang il ne croupissait plus que de la boue dans ses veines? Se résigne qui voudra à Tabdication et à la mort de son pays. Il ne se peut pas que la société qui le mène actuellement, que la bourgeoisie se suicide et laisse mourir la France par la plus honteuse des désertions.
Un gouvernement fort, résolu, agirait sur l'opinion publique et la ramènerait vers une conception plus haute et plus juste du devoir civique essentiel : donner des hommes à la cité, des bras à la terre, des cerveaux à Tidée. Un gouvernement sage sonnerait le tocsin ; il ne manque pas d'honnêtes gens, d'esprits convaincus qui n'attendent que ce signal pour faire la propagande la plus active et la plus dévouée.
Mais qu'a-t-on fait et que fàit-on? Rien. L'impôt sur le revenu devrait dégrever les nombreuses familles et accabler les célibataires, frelons de la ruche, indécis sans courage. Les familles nombreuses devraient trouver dans Tencouragement unanime, dans la voix des journaux, dans l'écho des conférences, dans la faveur des administrations, de quoi les stimuler et les réconforter. On devrait honnir les propriétaires qui, dans un bas esprit d'avarice, ferment leurs logements aux ménages avec enfants. Que dis-je, les honnir? On devrait les taxer d'amende et les fourrer en prison.
Et tous ces pères de fortune qui plantent des enfants et les laissent pour compte à la mère, exposés à la faim et à la misère, est-ce qu'on ne devrait pas les poursuivre comme des criminels qu'ils sont?
Des enfants ! L'instinct humain est si fort que, malgré l'égoïsme tout aussi humain,
la vie naîtrait en gerbes massives, en moissons splendides, si l'on daignait l'appeler, la protéger, la secourir. Mais rien, l'on ne fait rien, l'on ne veut rien faire! Et la France se meurt.
Est-ce que ce n'est pas abominable?
Tout vaudrait mieux que cette abjecte inertie." Nous avons un Parlement. A quoi songe-t-il? L'impôt sur le revenu? Les retraites ouvrières? Oui, tout cela est bel et bon. Mais le plus pressé, c'est de faire des enfants, des.gas solides, et de les nourrir.
Ma foi, quand les gens ne veulent pas en avoir, il me semble qu'il est inutile de chercher à les persuader par la douceur. L'État n'a qu'à leur dire :
— Vous en aurez, que cela vous plaise ou non! Mariez-vous, cela vaudra mieux, parce que le mariage est une garantie de durée et une protection pour la femme et les petits. Ne vous mariez pas, si vous pré-