LE CULTE DE LA HAINE
appris au vieux monde, qui l'oubliait, la violence et les bas appétits de Thumanité primitive. La seule chance que nous ayons de ne plus voir la Bête se jeter sur nous, c'est de la tenir en respect par la constance de notre haine et les précautions qu'elle nous inspirera. On me dira :
— Alors, jamais d'apaisement?
Je réponds :
— Si, peut-être, à la longue. Il y a un oubli historique : c'est une loi du caractère des peuples; elle se plie aux circonstances et se résout par le temps. La haine ne s'use que trop. Les générations qui se succèdent oublient peu à peu. Nous avions si bien oublié, nous, les cruautés des Allemands en 1870^ que nous ne les reconnûmes point tout d'abord, amplifiées et empirées, à travers celles de 1915.
On me dira :
— Mais si le peuple allemand fait son mea culpa, reconnaît ses crimes et les déplore ?
Je réponds :
— Même alors^ nos enfants devraient le haïr pour l'abominable et glorieuse hécatombe de tant de Français jeunes, ardents, espoirs du pays, qui sont tombés parce que le peuple allemand avait les dents et les griffes de l'Ogre. La haine enseignée à nos enfants, c'est la foi gardée à nos morts, le respect des blessés et des mutilés, c'est le culte de notre patrimoine social qui . faillit disparaître au gouffre, c'est l'amour passionné et vivace de la France.
On me dira...
Que me dira-t-on à quoi je ne puisse répondre :
— Notre haine, nous la devons comme un châtiment à nos ennemis : qu'elle soit pour nos enfants l'âpre levain de leur vigueur future et leur sauvegarde dans l'avenir!