‹ L'immigration canadienneChapitre 12 sur 77 · LES PASSAGERS D'ENTREPONT · texte numérisé non relu

LES PASSAGERS D'ENTREPONT

Les immigrants d'entrepont subissent leur examen à terre, dans les baraques de l'immigration, pendant que le navire démarre et transporte les passagers de première et de seconde jusqu'à Montréal.

Certaines compagnies de navigation imposent, au port d'embarqu>}ment même, un examen superficiel à l'immigrant, afin de ne pas courir le risque de le déporter à leurs frais du Canada, s'il y est refusé par l'inspecteur médical. Ainsi, la ligne Hambourg-Amerika, qui transporte des immigrants d'origine non-allemande, les fait examiner d'abord à leur enirée en Allemagne à la frontière, sous la surveillance du gouvernement allemand, puis leur fait subir un nouvel examen près de Berlin, et un troisième à leur arrivée à Hambourg, où un médecin de l'Etat s'adjoint, pour cette circonstance, au médecin de la compagnie. , Le jour même de l'embarquement à bord du paquebot, ce double examen se répète, et, cette fois-là, porte surtout sur les yeux, à cause de la présence fréquente du trachome chez cette classe de gens. Mais la plupart des compagnies de navigation ne sont pas si prudentes. On s'en aperçoit, à voir défiler les immigrants qu'elles amènent ici, surtout des ports de Trieste et d'Anvers, qui ont assez mauvaise réputation, vu la pauvre classe d'immigrants qui nous arrivent de là par milliers, chaque mois.

L'immigrant d'entrepont débarqué avec ses colis, — et souventes fois accompagné de sa vermine, — s'en va, sous l'oeil de gardes qui le groupe en troupeaux dociles, dans la vaste enceinte fermée de barrières à claire-voie où, tandis que les enfants pleurent de fatigue, dans les bras des mères harassées comme des bêtes de somme, les hommes disposent les bagages sur lesquels ils s'appuient par petites bandes pour causer dans leurs langages aux résonnances étranges. Un garde lève une barrière, cent ou deux cents femmes, — on les fait Dasser-les premières, — se précipitent dans un second enclos et s'asseoient sur des bancs de bois brut. Une allée gardée à chaque bout s'ouvre, dans un coin de cet enclos; les immigrantes s'y engagent à la file. Un premier médecin arrête la femme par le bras, lui touche la main afin de voir si

sa température est normale, la fait parler, pour constater si elle est sourde-muette ou normale, la regarde dans le but de voir si elle n'est pas difforme, ou d'apparence maladive; et, s'il note quelque chose d'à normal, il en notifie son collègue, à l'autre extrémité de l'allée.

Ce second médecin, — le premier est "à la condition générale", tandis que lui est "aux yeux et à la surueillance" , comme l'on dit parmi les examinateurs, — a pour principale fonction d'examiner les yeux des immigrants, surtout s'ils sont de races chez lesquelles il y a du trachome. En uine seconde, il a retourné les paupières supérieures de l'immigrant. S'il y a du trachome, elles sont sanguinolentes et granuleuses. Le médecin a-t-il des doutes, il envoie dans la pièce des suspects l'individu que lui et son confrère réexamineront tantôt de manière plus complète. Il arrête au passage, — les reconnaissant à leur carte d'identification donnée à bord du paquebot, et qui porte un certain numéro, — les gens portés à la patente de santé, les juge d'un preste coup d'oeil et les consigne, s'il y a lieu, à la pièce de détentioin temporaire. Si, par contre, l'immigrant, déjà examiné à la triple hâte par son collègue, lui paraît sain, il le laisse continuer par le tournant de l'allée, au bout de laquelle un garde appose sur la carte le timbre de l'examen médical, tandis qu'un groupeur dirige ensuite l'immigrant vers une autre allée, numérotée, à la sortie de laquelle il subira maintenant l'inspection civile.

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