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LA POLITIQUE ET LE HAUT PERSONNEL DE L'IMMIGRATION

Notre régime d'immigration a, comme directeur responsable aux Chambres, le ministre de l'Intérieur; il est pris par ailleurs dans l'administration d'un domaine public énorme, et, souvent, il n'entend rien aux affaires de l'immigration. C'est ainsi que, il y a quelques années, le ministre de l'Intérieur de cette époque, pendant une course à Québec, visita les différents services de l'immigration, à ce port de mer, s'en fit expliquer, à la hâte, le mécanisme, par des fonctionnaires intelligents, et coinclut, tout net, après deux ou trois heures de conversation et

d'examen de la question: "This d immigration business, I don't

luiderstand anything aboiit it!" (''Cette m affaire d'immigration,

je n'en comprends rien!") Et il repartit, pestant de plus belle. Le trait est authentique. Son ignorance de la question n'empêcha cependant pas ce ministre de continuer à diriger officiellement ce service pendant plusieurs autres années.

Au-dessou5 du ministre de l'Intérieur, responsable aux Chambres du service de l'immigration, il y a un fonctionnaire important, chargé, de par ses attributs, de surveiller l'entrée des nouveaux citoyens au pays. C'est le directeur de l'Immigration. Cet homme connaît ce dont il s'occupe. Mais il relève du ministre; et, à toute minute, celui-ci peut interveinir dans une chose dont il ignore le premier mot, réformer telle ou telle décision du directeur de l'immigration, et annuler, pour des considérations de petite politigue, le travail Intelligent d'un fonctionnaire désintéressé des partis et de leurs intrigues. Le directeur actuel de l'immigration canadienne occupe ce poste depuis plusieurs années, il a étudié les questions relatives à l'immigration, se tient au courant de ce qui se passe dans les principaux centres de migration européenne, et on le considère, dans les cercles où l'on s'occupe de ce sujet, comme une autorité. N'empêche que, chaque jour, la politique et les politiciens entravent son travail.

A Québec même, les bureaux de l'immigration sont sous la direction apparente d'un agent du ministère fédéral, responsable au ministre de ses actes, en sa qualité officielle. Au temps du ministère Laurier, cet agent était libéral. La politique, dans ces bureaux, tenait, alors comme aujourd'hui, une place considérable; elle faisait à de certaines heures oublier le but véritable de cet établissement, grâce à quelques fonctionnaires plus politiciens que serviteurs de l'Etat. Le changement de ministèr re n'a pas amélioré la situation. Dès rarrivée de M. Borden au pouvoir, les politiciens conservateurs de Québec et des environs s'affairèrent à faire congédier l'agent d'immigration d'alors, un libéral. Ils y réussirent, et firent nommer, pour le remplacer, un autre fonctionnaire, qui avait une vingtaine d'années de service actif à son crédit. S'il eût été entaché de libéralisme, il n'aurait pas eu cette promotion, en dépit des meilleurs états de service du monde. Mais il était couservateur, il avait de l'influence, et ceci, aux yeux des politiciens, lui valut davantage que ses vingt ans d'emploi dans les bureaux. Chaque jour, pendant la saison de navigation, il a à faire face à des recommandations coutradictoires, données, d'un côté par les inspecteurs civils ou médicaux, et, de l'autre, par des politiciens et des députés qui croient avoir le droit de tout conduire dans la boutique, parce qu'ils sont des amis du parti au pouvoir. Une commission d'enquête nommée par le gouvernement fédéral, et qui rechercherait la vérité, sur ce point, ferait des découvertes intéressantes.

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