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LE CHOIX DE FONCTIONNAIRES SUBALTERNES

L'article 24 de la loi de l'immigration américaine décrète que les inspecteurs de l'état civil et les autres fonctionnaires subalternes de l'immigration doivent être choisis selon les termes de la loi du service civil, après examen obligatoire. Il n'existe rien de cela dans la loi canadienne. Les fonctionnaires subalternes du ministère de l'Intérieur, aux différents ports de mer où arrivent les immigrants, sont nommés sur recommandation du comité de patronage de l'endroit. On ne s'occupe pas de savoir si tel ou tel aspirant est compétent, s'il est de bonnes moeurs et d'intelligence raisonnable; et il ne subit nul examen sur son aptitude à remplir tel ou tel poste- Qu'il veuille être inspecteur de l'état civil ou simple garde préposé à la surveillance des immigrants, à la maison de

détention, il lui faut d'abord^ avant tout et par-dessus tout, une recommandation du comité de patronage local. Sauf de très rares exceptions, sa candidature à un poste dans le service d'immigration n'aboutira à rien, si sa demande n'est pas apostillée par trois ou quatre députés ministériels de la région et par de,s chefs du parti au pouvoir.

Il pourra, par exemple, ne pas savoir assez d'anglais pour interroger de manière convenable les immigrants de langue anglaise; mais s'il a rendu des services signalés à son parti, ou à tel ou tel ministre ou candidat ministériel, pendant les élections, ou même en telles ou telles circonstances qui ne touchent ni de près ni de loin à la politique, mais touchent de très près à un ministre ou à un député bien en cour, il réussira à décrocher la timbale. Est-il libéral? Les conservateurs, une fois au pouvoir, ne s'arrêteront guère à considérer ses états de service envers l'Etat, avant de le congédier; et il se trouvera toujours, parmi lis candidats à sa succession éventuelle, une personne assez peu scrupuleuse pour inventer toutes sortes de calomnies contre lui, et pour relever dans sa carrière, si digne soit-elle, quelques légères erreurs qui, grossies par le fait même qu'il n'est pas un ami de l'administration actuelle et n'a pas d'influence politique, lui coûteront la tête, après un simulacre d'enquête, si toutefois il réussit à en obtenir une. Il restera aux libéraux d'agir de la même manière, quand ils auront repris le pouvoir et la dispensation des faveurs politiques.

Nous rappelions, dans une chronique antérieure, la destitution, en 1896, du restaurateur de l'hôtel de l'immigration à Québec. Il avait le tort d'être conservateur; aussi les libéraux le congédièrent-ils. En 1911, M. Borden au pouvoir, le restaurateur d'alors, — un libéral, celuilà, — reçut à son tour son congé, au bénéfice de son prédécesseur, qui devint son successeur. Ce menu fait illustre tout le régime, à Québec, parmi les fonctionnaires de l'immigration. Libéraux et conservateurs ne s'attardent point à rechercher si ce service ne souffrira point de ce jeu de bascule; ils ne voient, dans l'hôtel de l'Immigration de la Jetée Louise, qu'un nid à fonctionnaires d'où dégringoler des ennemis pour installer leurs amis. Et c'est si vrai que, à chaque changement de régime, gardes, inspecteurs, commis, sous-agent, agent, interprètes même, tous tremblent pour leur sort et vivent dans une inquiétude qui ne cesse que le jour où ils reçoivent leur coingé, pour des raisons politiques.

Voilà donc à quoi aboutissent les menées de nos politiciens: la prise de possession, par eux tous, et, à tour de rôle, de tous les postes du service de l'immigration. La bonne volonté des fonctionnaires, leur intérêt à l'ouvrage, leurs aptitudes, leurs états de service ne sont qu'un fétu dans la balance, en regard de leur allégeance politique et des services qu'ils auront rendus au parti au pouvoir. C'est un état de choses lamentable, et dont le pays souffre ehaqne jour; car, grâce à cela, des incompétents peuvent remplir, ils remplissent même des charges destinées à des hommes de bon sens, de jugement et d'honnêteté irréprochable, et mis au courant, par quelques années d'entraînement, de la besogne qu'ils ont à accomplir.

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