L'EXAMEN DE L'ETAT CIVIL AUX ETATS-UNIS
Les Etats-Unis imposent le double examen, — civil et médical, — à tous les passagers de paquebots à destination des Etats-Unis, qu'ils aient fait la traversée dans l'entrepont ou en première, peu importe. Cette formalité, sévère, mais juste, fait crier nombre de Canadiens revenus d'Europe par les transatlantiques américains. Ici, seuls les passagers de seconde et d'entrepont subissent cet examen, et encore n'équivaut-il qu'à un simulacre, pour ceux de seconde. Grâce à ce système sans exceptions, les Etats-Unis, chaque année, écartent plusieurs centaines de filous ou de malades qui voyagent en première. L'arrestation, à New- York, il y a quelques années, de Romain Humbert, le frère de la célèbre madame Humbert à l'héritage fantastique, fit beaucoup de bruit. Et, tout récemment, une actrice notoirement connue dans le monde des théâtres anglais subissait le même traitement.
Le questionnaire fait à l'immigrant à destination des Etats-Unis est beaucoup plus complet que le nôtre; et les inspecteurs américains de l'état civil, qui savent tous plusieurs langues, — sans quoi ils ne pourraient subir leurs examens de compétence, — font leur besogne avec une précision, une intelligence et un souci des moindres détails que l'on voudrait bien rencontrer chez tous leurs confrères eanadiens. On sent que l'esprit veille, qu'ils n'accomplissent pas une besogne purement mécanique, qu'ils sont aux aguets afin d'écarter les suspects. Ils sont compétents et ils ont la pratique de leur métier. Les Etats-Unis ont, du reste, sur ce point, de véritables spécialistes que le Canada pourrait leur envier. L'examen, par le bureau spécial des enquêtes, est des plus rigoureux, il constitue parfois une sorte d'inquisition, mais faite avec
égards et justice. C'est un vrai tribunal . Toutes les dépositions sont recueillies par des sténographes et transcrites, afin de former un dossier complet de l'affaire . Ceci n'existe pas, chez nous; le secrétaire de notre bureau prend de simples notes, à la bonne franquette.
Les Etats-Unis ont, au surplus, le casier des refusés. Un immigrant est-il renvoyé dans son pays d'origine, le directeur du bureau où il a été refusé en notifie le service central de l'immigration, à Washingtin; il lui transmet le nom, le sexe, l'âge, la nationalité, le signalemeint complet de l'inadmissible, et les causes de soin renvoi. Et le service central, à son tour, expédie à chaque bureau d'immigration américain, au Canada et aux Etats-Unis, une carte spéciale, portant toutes ces inotes. Le directeur local la classe dans un casier, par ordre alphabétique. Parfois, la photographie et les mensurations de l'immigrant, d'après le système anthropométrique Bertillon, complètent ce dossier. Dès que le commissaire du bord a remis aux fonctionnaires américains de l'immigration la liste des passagers à bord de soin paquebot, un secrétaire compare tous les noms à ceux qui peuvent leur ressembler, au casier alphabétique. Il joint à la liste du commissaire la carte qui porte un nom similaire à celui du nouvel arrivé, s'il y en a une; et, à l'enquête pou' fins civiles, il s'assure, par un interrogatoire serré, si l'individu déjà refusé est bien celui qui se présente de nouveau pour admission aux Etats- Unis. Grâce à ce système de cartes alphabétiques portant les noms des refusés, le service de l'immigration américaine écarte chaque année plusieurs centaines de gens déjà renvoyés dans leur pays d'origine, mais qui tentent encore les risques de l'examen, ignorant la vigilance que les fonctionnaires américains y apportent. Un cas est classique, dans les milieux de l'immigration américaine, celui d'une Anglaise, mormone, qui croyait à la polygamie; on la refusa d'abord à l'agence américaine de Québec, pour cette raison. Mais elle retraversa l'Atlantique quatre fois, pour retourner dans l'Utah. On l'écarta à New-York, puis à Boston, puis à Halifax, à cause de la carte qui portait son nom et sou signalement complet, au casier des refusés. La quatrième fois, elle revint à Québec même. Elle donna alors le nom de son mari, car elle s'était mariée dans l'intervalle. L'agent lui demanda son nom de jeune fille, elle se trahit, et, comme il se rappelait ce nom, signalé à quatre reprises au casier des refusés, il la reconnut. Elle réussit toutefois à entrer aux Etats-Unis, mais après avoir fait serment qu'elle ne croyait plus en l^i polygamie et qu'elle avait abjuré ses erreurs à ce propos. Le casier des refusés, tel qu'il existe aux Etats-Unis, est inconnu, au Canada.