‹ L'immortalitéChapitre 10 sur 50 · TOUT EST CIEL · texte numérisé non relu

TOUT EST CIEL

A ces anxiétés, à ces regrets, à ces angoisses de rinassouvissement, la croyance de Timmortelle vie répond :

La vie de Thomme sur terre n'est qu'un passage. C'est un moment pour agir et non pour parfaire, pour s'éprouver et non pour jouir, pour aller en avant et non pour se satisfaire. Transition entre ses vies passées, dont la conséquence est ce qui est, et ses vies futures qui doivent lui donner tout ce qui n'est pas ; l'abîme est derrière, la félicité devant.

Affrontons donc résolument la vie telle qu'elle se présente, acceptons franchement les conditions du problème de la destinée, tel qu'il se pose, nous sommes libres de le reposer autrement, et capaUes d'anticiper dès ce monde sur nos vies futures.

Aimer, agir, apprendre, c'est la solution du problème.

Pour enchanter la route, nous avons le mot du voyage : Assurance parfaite! il y a réponse à tout; nous savons qu'à tous les doutes il y aura lumière, à toutes les peines allégement, à toutes les entreprises accomplissement.

Plongé au milieu de mystères, je ne sens plus ni terreur ni vertige, mais Tavidité de connaître plus, et l'allégresse de sentir, dans mon imperfection actuelle, qu'il n'est rien de si sublime et de si caché dans les profondeurs de Dieu que mon intelligence ne puisse un jour pénétrer.

Mais ajournons ces grandeurs dont la conception n'est possible qu'à de rares instants, et que notre immortalité nous tient en réserve.

Revenons sur terre, dans notre vie terrestre, et si nous y découvrons le ciel, c'est-à-dire la félicité qui doit croître toujours, nous aurons plus fait pour nous consoler qu'en découvrant au delà des perceptions humaines les abîmes insondables des mondes invisibles.

Au moins, ami, s'il nous est impossible de nous satisfaire, nous n'aurons plus la souffrance de l'homme dans les autres croyances d'empoisonner parle regret de l'irréparable nos meilleures jouissances.

Que nous voyions la nature si belle, que nous sentions dans un autre la bonté humaine, que le rayon

divin qui Fanime éclate et nous embrase^ que notre cœur déborde de bonheur, que nous nous sentions un moment en possession de la félicité, nous ne dirons pas : c'est un instant qui passe pour ne pas revenir, c'est un leurre.

Nous dirons : c'est la réalité dans laquelle nous devons de plus en plus vivre, c'est un moment de notre vraie vie. Tout ce qui est beau sur terre, c'est la vérité des choses qui ne changent que pour devenir plus beUes et meilleures; et notre âme ne s'en sépare que pour y revenir plus clairvoyante et plus sensible, avec l'attendrissement du souvenir et la plénitude relative de la connaissance.

Donc, ami, considérons avec sécurité la demeure de passage où Dieu nous a déjà entourés de ses merveilles, ce sont ses promesses; les joies que nous avons à les sentir, ce sont les arrhes de notre immortalité. Qui saurait comprendre serait déjà sur terre à même de pressentir Tétemelle félicité.

. quelle science 1 de pouvoir observer, surprendre et retenir, dans ce qui passe, ce qui ne peut faillir, et de pénétrer, dans ce qui est, le germe et les commencements de ce qui sera toujours !

quelle société! de reconnaître à plusieurs que tout ce que nous avons éprouvé de bonheur entre nous, ce sont des instants vrais de notre éternelle société!

Le mystère de la vie reste donc le chemin pour

arriver à ce bonheur : comment Fliamme ne s'enfante encore que par la douleur à la vie croissante? Mais n'avons-nous pas déjà enlevé de ce problème Fâcre blessure en nous remplissant de la sécurité que tout nous sera rendu de ce que nous n'avons pu ni assez aimer, ni assez comprendre, ni assez faire? que tout ce qu'on nous donna d'affection, nous pouvons l'emporter et le préserver, comme une propriété indestructible, par delà toute mort, toute séparation, toute absence, et que jamais, par le souvenir, nous ne le ferons croître plus qu'il ne nous sera rendu. Plus de regret, plus de déception, plus de désespoir; l'homme n'aura jamais été bien que pour y revenir mieux.

nuages du ciel, prairies en fleurs, forêts austères, montagnes sublimes, mer immense, splendeurs de la nature, enchantements de mes sens, divines harmonies de tout ce qui vit et respire, vous n'êtes point belles devant un homme qui ne peut, qui ne sait, ou qui ne veut pas vous voir. Vous êtes mes • spectacles naturels où mes sens s'exercent à mieux voir, à mieux sentir, à mieux comprendre vos spectacles qui me seront toujours plus touchants et plus sublimes. Vous me serez rendues aussi belles et toujours plus belles. Je m'explique ainsi l'indicible ravissement que j'eus à vous apercevoir la première fois : charme vague, mais si intense de l'impression première, qui n'était que le pressentiment de pouvoir toujours mieux pénétrer en vous le my^re qui

m'attire et qui fait de la nature l'enchanteresse de l'homme. Âh ! plaignons ceux qui^ voyant la nature si belle^ la croyaient funeste ou dangereuse. Ce n'est plus Circé, ce n*est plus Satan; c'est la bonté de Dieu qui git au fond de ses merveilles.

Que sera-ce donc, si j'applique ce principe de félicité aux sentiments humains, aux joies de Fintelligence, aux émotions du cœur! Ah!.... mon âme se fond d'avoir à sonder ces abîmes des félicités de la conscience.... J'en fais mon refuge comme du plus précieux trésor que lègue l'expérience de la vie.

Sécurité dans la science, sécurité dans l'amour, sécurité dans tout ce que notre conscience affirme vrai, juste, bon et beau, voilà le réveil en moi de la foi de mes pères.

Donc la société est enfin sur sa base, donc la science a trouvé son Dieu, donc la recherche a ses voies sûres et sans limite, donc nous avons un levier de certitude pour soulever de plus hardis problèmes, et ouvrir à notre activité une plus ample carrière que celle que l'humanité a jusqu'ici parcourue.

Donc ne me parlez plus d'autres terreurs que de celles de la conscience et d'autres châtiments que de ceux d'une liberté qui se punit elle-même. Dieu est bon ! Dieu est grand ! et ces mots se renouvellent de vérité et de splendeur quand je comprends, quand j'affirme que Dieu veut le bonheur de l'homme et le progrès indéfini des sociétés.— Et si nos âmes sont

trop ambitieuses par rapport à nos corps^ prenons patience : Dieu saura bien nous revêtir à notre convenance et nous douer de nouvelles aptitudes^ comme il tient en réserve pour la plante en culture de plus riches couleurs que ce qu'elle en avait reçu de lui dans son état natif.-

Non certes, la vérité de la terre n'est pas la vérité éternelle. Nous ne disons point comme les docteurs et les théologiens, qui s'imaginent restreindre à leurs formules les grandeurs de Dieu. Notre vérité n'est qu'un commencement de l'étemelle vérité, mais c'est la voie, c'est le chemin vers une vérité qui croîtra toujours.

Aussi, dans nos conditions d'imperfection actuelle, au lieu de maudire le bon moment qui passe, à cause de l'amertume qu'il nous laisse ; au lieu de fermer l'âme à cet éclair de beauté qui l'illumine, parce qu'il nous laisse plus sombres nos ténèbres, nous ouvrirons nos yeux, nous ouvrirons notre âm(î pour nous faire, dès cette vie, à la lumière de Dieu dont il a répandu partout des lueurs, nous invitant certes, en toute évidence, à y chercher, à y pressentir sa lumière.

Mais abordons la plus grande souffrance de l'homme sur terre: ce n'est pas d'ignorer, c'est de ne pas voir assez, ni assez retenir, ni assez comprendre, ni assez parfaire ce qu'il a entrevu, aimé et commencé.

Or, c'est là que triomphe la croyance en l'immor-

talité^ et qu'elle sait rendre intrépide dans la pratique de la vie, qui n'est et ne sera toujours sur terre, dans les conditions d'une âme avide d'infini avec des sens bornés, que renoncement, sacrifice, abnégation.

En vérité, le renoncement, le sacrifice, l'abnégation sont bien faciles à ceux qui savent que rien n'est qu'ajourné pour Thonmie et que tout lui sera rendu au delà de ce qu'il aurait pu jusqu'alors comprendre, aimer, sentir et faire.

Le renoncement n'est donc plus une négation hostile, une protestation orgueilleuse comme chez les stoïciens; non plus une immolation contre nature, un avilissement de la créature, une injure au Créateur comme chez les Juifs, écrasée par un Dieu de terreur, ou conune chez les Chrétiens, prédestinés par un Dieu de caprice. Le renoncement est un acte de confiance, le sacrifice un témoignage d'amour, Tabnégation un élan de charité dans la foi d'un Dieu de bonté, qui déjà sur terre promet à l'homme plus qu'il ne peut comprendre, comme pour l'assurer qu'il saura le satisfaire au delà de ce qu'il peut désirer.

L'univers est indéfectible à la créature, et la créature indéfectible à l'univers : c'est la bonne nouvelle des sciences de la nature qui révèlent, par tous les phénomènes et toutes les expériences, Tinamissibilité de la substance et la soUdarité des êtres. L'univers est pour l'homme le patrimoine inépuisable de son

activité, de ses satisfactions et de ses progrès, cpii se découvre sans cesse par degrés à sa connaissance en proportion de son mérite. Pour supprimer le temps et la mesure, pour aller, d'un coup, des misères de la terre aux félicités de Fimmortelle vie, pour guérir, en une fois, de la plaie incurable d'une âme éprise de rinflni, qui se débat dans les entraves et les limites d'un corps, il est des ailes directes, infaillibles, — et j'ai, pour le dire, l'autorité du genre humain, — les ailes de l'initiative héroïque, des dévouements et des sacrifices, c'est-à-dire l'élan libre, volontaire d'une âme, qui, sure de ne rien perdre en Dieu, et toute en ce qu'elle aime, en ce qu'elle croit, dépouille intrépidement ce qui paraît son existence, mais qui n'est en vérité qu'une de ses formes de passage.

Ces moments sublimes sont rares dans une créature pleine de misères et de défaillances, enchaînée à la matière, sujette aux nécessités, comme est l'homme. Pour surmonter ses peines, pour vaincre les impossibilités de la vie auxquelles il se heurte, pour défier les surprises de la mort, qui sans cesse menace ou ruine ses entreprises, il lui faut un cordial possible à toute heure, dans toute situation, dans toute circonstance. Que dirais-je comme prière à ce moment où j'écris, si je devais quitter brusquement cette vie? Voici ce que je trouve en toute humilité, mais en toute confiance :

Mon Dieu! j'ai vu bien peu, j'ai compris bien peu.

à peine ai-je senti ce que c'est qu'aimer; sans doute je n'étais ni capable, ni digne; mais tout n'est qu'ajourné pour moi de la possession de vos vérités. Je vous remercie pourtant de tous les bons moments que vous m'avez donnés, car ils m'ont assuré que j'étais né pour le bonheur. Je vous reviens avide, plus avide que lorsque vous m'avez fait naître. Je me remets à votre école; instruisez-moi davantage, car de toute ma vie je n'ai puisé qu'une passion, la passion de me comprendre et de vous comprendre.

Je vous remercie de cette vie. A l'aube de notre intelligence, nous y recueillons la semence de vos vérités éternelles, impatients de les faire croître, mais, au fond, pleins de sécurité dans votre univers, puisque vous avez mis votre bonté au fond de tout ce qui est.

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