L'ÉGLISE UNIVERSELLE
La foi de rimmortelle vie nous rend à notre nature, à la vérité de notre race, c'est le Verbe de joie, l'Évangile de l'allégresse. Tant que le monde restait esclave ou serf, sans savoir que l'esclavage ou le servage pût finir sur terre, la religion devait être la passion et ses douleurs. Mais, lorsque nos sociétés modernes, d'accord avec la vieille Gaule, affirment, {( trois choses contemporaines: l'homme, la liberté, la lumière, » entre frères, entre amis immortels dont la foi est de s'aimer toujours, de connaître sans limite, d'agir sans cesse, de croître sans borne et de vivre sans fin, la reUgion est la félicité de l'avenir étemel et la reconnaissance sur terre de ce que Dieu nous a déjà départi de cette félicité.
Donc la croyance de nos pères, telle qu'elle se réveille, est la contre-partie du christianisme. Non
qu'elle le détruise ! elle le complète, elle y ajoute tout ce qu'on avait méconnu dans des âges de désastre, d'oppression et d'ignorance, où l'homme n'aspirait qu'à se détacher de la terre, à fuir les sociétés et la nature maudites, dans un seul refuge. Dieu, abstraction de ses œuvres. Aujourd'hui, par une plus saine compréhension de la réalité, l'homme, les sociétés et la nature se trouvant pleins de Dieu, la vie sur terre, dans ses conditions normales, se découvre le vrai fondement de l'autel d'où l'homme peut à jamais adorer son Créateur.
Donc la foi de l'immortalité ne méconnaît point la nature humaine, comme le stoïcisme, en niant la douleur et la part de fatalité qu'il y a en ce monde; elle ne s'étourdit point par le plaisir, comme l'épicurisme; du gémissement de l'humanité souffrante; comme le christianisme, elle sanctifie cette vallée de misères en s'en remettant à un Dieu bon de ce que l'homme ne peut comprendre ni empêcher; mais de plus, parce qu'elle attribue la cause et la fin de l'expiation à la liberté de l'homme, elle pause et enchante sa douleur présente de la félicité qu'il conquiert pour ses vies futures. Déplus, comme stimulant d'énergie, elle confirme cet instinct du bonheur, toujours nié, immolé ou maudit par les religions antérieures et qui les a ruinées toutes; par delà des plaisirs grossiers, impuissants à le satisfaire, elle lui oavre les joies sans mesure dont l'homme a déjà pour avantgoût ses bons moments sur terre; en xm mot, elle
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lui fait accepter intrépidement toute épreuve, car, à travers ses larmes, elle lui éclaire avec certitude le bonheur.
Ainsi du milieu de notre anarchie morale, du sein de nos doutes et de nos disputes, jaillit la foi de Timmortelle vie, réconcihant les hommes et la nature dans la même fraternité d'origine, affirmant toutes les énergies de la science et du travail moderne, découvrant à la personnalité individuelle et aux sociétés, dans le champ de l'univers, les perspectives d'une perfectibilité indéfinie et d'un avenir sans limites.
Et pour qui sait entendre, cet appel ne s'adresse pas seulement aux hommes qui vivent et à ceux qui vivront, il embrasse dans l'incommensurable de l'univers toutes les créatures à leurs divers degrés de l'être, qui ont passé, qui passent, et qui passeront, les suivant, dans leurs transformations mystérieuses, par delà les mondes visibles qui tombent sous nos sens jusqu'aux abîmes sans fond des mondes invisibles.
De sorte que notre Église est vraiment universelle, en ce sens qu'il n'y a rien de ce qui a été, qui est ou qui peut être de l'univers visible ou invisible, de l'univers connu ou à découvrir, rien de ce qui a été animé, qui l'est ou qui le sera, qu'elle ne contienne, et que toutes les créatures, présentes par la foi pour chacune des créatures, comme elles le sont en réalité dans le temple de l'univers, adorent, à leurs