CEUX OUI VIVENT
LA vÈRE, à son lit de mort.
« Mon fils, résiste à ta douleur, tu dois me survivre. Je Vai enfanté à la vie, mais pas à une vie d'un jour. T*aurais-Je tant aimé si j*avais dû me séparer de toi?
"*Je ne vais pas mourir, je vais vivre, je t'attends. .
l'ouvrier, sur son grabat, épuisé par le travail, entouré de ses enfants en pleurs.
« Mes pauvres enfants, vous voilà grands. Je vous
ai donné ma vie, la sève de mes bras et le sang de mon cœur. — Oh! que j'ai hâte de dépouiller ces chairs usées et de retrouver mon agilité robuste et ma jeune vigueur. Ces joies de la nature, ces délicatesses de Fart, ces plaisirs de Tintelligence, dont j*ai été sevré, enfin ils me seront donnés; je vais les connaître. Ne me plaignez pas, je vais ravoir mes vingt ans.
LE SOLDAT, tombant ensanglanté sur la brèche.
c( Camarades, passez sur mon corps, la ville est à vous. A moi Favenir immortel ! Déjà je ne suis plus des vôtres, je rejoins nos amis. Au revoir ! Voulais-je vieillir et survivre à ma jeunesse? Non! D. est beau pour un jeune soldat de brûler Tétape, il est beau de mourir à vingt ans.
LE SAVANT, mouraut entouré de ses livres.
« Que m'ont dit ces livres? qu'on ne meurt pas. Que me réponds-tu, mon ànie, quand je te consulte? qu'on ne meurt pas. Que me dit cette nature terrestre qui se renouvelle sans cesse ? qu'on ne meurt pas. Que me disent ces astres, ces myriades de mondes semés dans les espaces infinis, îles charmantes de l'immense océan de l'éther, tentes d'un jour, stations du pèlerinage éternel des êtres? qu'on ne meurt pas. Sciences nouvelles, mon âme s'ouvre pour vous contenir, j'ai soif de vos mystères. Vous ne m'eflfrayez pas, espaces infinis, vous me souriez. Sublimités, vous
n'êtes ni désertes ni silencieuses, vous êtes peuplées d'harmonies, de solidarités mystérieuses. Oh ! quelle joie de gravir un à un les échelons bénis de Téchelle de Tunivers infini! Tout comprendre et avoir éternellement vingt ans !
l'artistb, expirant dans son ateUer, entouré de Vessaim de ses pensées.
a Filles de mes rêves, chères aspirations tant caressées, vous remplissez mon imagination et mon cœur; allez-vous donc mourir comme de jeunes vierges avant leur robe nuptiale, sans avoir pris corps, sans avoir enchanté les autres hommes comme vous m'avez enchanté moi-même? Non; si ces mains débiles laissent échapper le ciseau, vous ne périrez pas avec ce corps- Songes aimés, vous vous envolerez avec mbi, laissant dans toutes nos demeures passagères un reflet de votre beauté, poursuivant de sphère en sphère et de ciel en ciel, vous votre réalisation jamais épuisée, et moi mon idéal toujours inassouvi. Inspirations d'un cœur toujours jeune, nous aurons toujours ensemble nos vingt ans. »
C'est l'inspiration des dernières strophes de Mignon, mais avec quelle plus grande allégresse de certitude !
« ... On vouftit ôter à Mignon son costume d'ange : elle s'y refusa, prit sa guitare et chanta quelques strophes, avec ime grâce admirable
« Laissez-moi paraître, en attendant que je sois. « Ne m'ôtez pas la robe blanche. Je fuis la belle terre, « et descends dans l'inviolable demeure.
« Là je sommeillerai un peu de temps, puis mes (( yeux ranimés s'ouvriront ; je quitterai ma blanche « tunique, ma ceinture et ma couronne.
« Et les figures célestes ne me demanderont point « si je suis homme ou femme, et nuls voiles, nuls « vêtements n'envelopperont mon corps glorifié.
a A la vérité, j'ai vécu sans soins et sans peine, ce- « pendant j'ai senti d'assez profondes douleurs ; j'ai c( vieilli de chagrin avant l'âge : faites-moi renaître c( jeune pour toujours. »
WiLHELM Meister, traduction de M. PorchaL
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Dans la foi en Vimmortalité, ce devient un bonheur de voir les hommes et les œuvres des hommes, de pressentir leur âme et leurs destinées immortelles.
« Contemplons par avance, dès cette terre, le soleil des âmes, disait un poëte persan, son éclat jaillit de la figure du sage. »
Pour nous ce reflet divin jaillit de tout en ce monde mortel; il anime la moindre créature comme il éclate dansPharmonie des mondes, quand notre esprit peut s'y élever. Il jaillit incessamment de toute conscience pour glorifier Dieu dans Punivers.
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Heureuses découvertes des sciences; elles anticipent et m'éclairent mr le développement de mes sens dans Immortalité,
Combien la terre nous garde de merveilleux spectacles dans les phénomènes les plus ordinaires auxquels nous assistons sans les voir, et dont nous vivons sans en soupçonner la grandeur I Ainsi s'accomplit le prodigieux phénomène de la rotation de la terre, emportant l'homme incessamment et ne se découvrant à nos sens par aucun signe.
A ce propos, on a dit excellemment : « Les bienfaits de Dieu sont d'un cours si calme, qu'à peine y prenons-nous garde, tout en en jouissant continuellement. Il ne se manifeste qu'aux esprits qui le cher* chent... »
M. Jeua Rejnaud, auquel j'emprunte cet ezeznple et les
belles paroles citées entre guillemets {Élévation vers Dieu par la nature), semble, tout en s' appuyant des faits de la science moderne, ne reproduire ici que cet étonnant fragment d'un chant attribué à Taliesin (vi« siècle) :
« Je demanderai aux bardes du monde, et pourquoi les bardes ne me répondraient-ils pas? je leur demanderai qui soutient le monde pour que, privé de support, il ne totobe pas; et, s'il tombe, quel est le chemin qu'il suit? Mais qui pourrait lui servir de support? Quel grand voyageur est le monde ! Tandis qu'il glisse sans repos, il demeure tranquille dans son orbite ; et combien la forme de cette orbite est admirable , pour que le monde n'en tombe dans aucune direction ! » {Chant du monde.)
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L'histoire a son expKcalion dans la croyance en l'immortalité.
L'histoire raconte et fait comprendre le voyage de découvertes d'une humanité supérieure, d'une terre plus splendide, d'une société plus solidaire. Et à chaque instant de ce voyage, les générations qui se succèdent, portées par le travail et par les énergies des hommes qui les ont précédées, s'éveillent plus près de Dieu.
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Dans cette société pour laquelle votre vie nest qu'un sacrifice sans récompense^ vous travaillez à des œuvres qui ne s* arrêtent pas à ce monde.
Nous sommes si bien portés d'instinct à travailler aux progrès futurs du genre humain dont nous ne jouirons pas, qu'il est juste, et conséquent à notre nature, que nous participions à ces progrès par une vie continuée.
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c( Mon enfant, n'oublie jamais que, dans la croyance en rimmorielle vie : Il nest pas d'homme , si abandonné qu'il soit, que Dieu n'ait réservé pour sa gloire* »
Un ami m'écrivait :
« J'ai eu pour élève un jeune Breton, maussade, hargneux, ni grâce, ni fraîcheur, un esprit lourd, ennuyé, parole embarrassée, air grognon, déplaisant à ses camarades, insupportable à son maître. « Taisezvous, ou je vous fourre à la porte. » Et j'avais une démangeaison de l'y mettre.
(i Hier, on sonne chez moi. J'ouvre. Un jeune officier de marine me serre les mains et s'élance à mon cou. c< Mon cher maître ! » s'écrie-t-il. Je le regarde aVec émotion. Tournure noble, regard doux et fier, grâce du geste, élan contenu, cœur joyeux, homme intrépide. Il s'enquérait avec sollicitude de ma santé, de mes travaux, me remerciait avec effusion.
« Il revenait de Crimée. La mort affrontée, l'autre vie entrevue avaient éveillé cette âme. »
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Parmi tant d'hommes, victimes d'un travail meurtrier et d'une vie contre nature , combien diraient encore :
« J*ai vu ma jeunesse se flétrir, ma vie Se tarir, mon souffle manquer. Mercenaire, il faut aller, s'user à la nécessité et s'ensevelir dans des travaux sans mémoire. Ainsi périt la plante sous le haie obstiné ; ainsi une cruelle maladie dévore : mais ce qui ne s'éteint ni ne se dompte, c'est la soif du cœur inassouvi, c'est le désir de la vie ajournée, c'est l'idée du bonheur entrevu et toujours avorté.
a Parfois Fimagination trompe la réalité; de ses ailes brillantes elle vous fait parcourir tout ce qui aurait été possible en ce court moment sur terre, elle vous fait toucher ce qui encore guérirait. Cette
magicienne assoupit par le mensonge d'une vie qui devrait être et qui ne sera jamais. Ainsi, dans les existences les plus déshéritées des joies de ce monde, parfois luit un rayon qui enveloppe l'âme d'un océan de bonheur. Plus la réalité mord, plus ce rayon s'illumine; il s'éteûit quand on devient à peu près bien. »
Marche! marche! créature, tu es l'invitée de Dieu. Il faut te rendre à son heure. Ton œil, ton âme voudrait s'arrêter. Il ne le faut. Ce que tu vois, tu ne saurais maintenant le comprendre. Ce que tu désires est encore impossible. En vain tu te reposes sur le sein de cette femme; tu crois avoir trouvé ce qui peut te retenir à jamais. Si tu t'arrêtes, tu n'embrasses que pourriture. Mort! que ton vol est rapide, si la vie a cette fièvre !
Dieu nous invite à parcourir son univers infini. Il faut traverser vite les lieux de ténèbres pour se reposer dans les séjours de lumière. Ceux qui n'auront pas connu Dieu ici-bas le connaîtront plus loin, pourvu qu'ils aient fait leur tâche. Mais ceux qui, comme nous déjà, vous* adorent, mon Dieu, sans pouvoir vous comprendre, combien ravis quand ils vous verront à n'en plus douter ! Ils ne regretteront rien alors, puisqu'ils auront à prendre de tout la pleine et immortelle possession.
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La vie de Vhomme sur terre, cest un moment pour s'éprouver et non pour jouir, pour aller en avant et non pour se satisfaire.