‹ L'immortalitéChapitre 22 sur 50 · BARDES DE L'ILE DE BRETAGNE · texte numérisé non relu

BARDES DE L'ILE DE BRETAGNE

Je suis, pour la transcription des Triades, la traduction de M. Pictet et la disposition de M. Catien- Arnoult (Histoire de la Philosophie en France, tome I, Période gauloise, 1858), Ce nouveau classement éclaircit quelques passages restés obscurs dans Tordre suivi par les premiers éditeurs (ordre indiqué par un chiffre à la fin de chaque Triade).

J'ai cru inutile de reproduire les commentaires des savants auteurs qui ont si bien élucidé le texte de ces Triades. Ce monument n'est obscur au premier abord que par sa forte concision.

Je me suis borné à citer quelques-unes des notes philologiques dont M. Piclet a enrichi son commentaire, lorsqu'elles étaient essentielles pour Tintelligence du texte. Mais j'ai cru devoir transcrire de son interprétation des passages doul j'ai le plus profilé.

J'ai mis aussi en regard quelques-unes des interprétations de

M. Gatien-ArnouU qui a exposé avec aulant de fidélité que de bonheur les points fondamentaux de celte doctrine.

Je suis aussi particulièrement obligé envers M. Henri Martin à qiii je dois la première communication des Triades et dont le li\Te {Histoire de France, 4« édition) m'a fourni quelques admirables citations.

Sur Dieu.

Triade I. « Il y a trois unités primitives, et de chacune « il ne saurait y avoir qu'une seule : un Dieu, une Vérité et « un point de Liberté ; c'est-à-dire (le point) où se trouve « réquilibre de toute opposition.» 1.

M. Henri Martin commente ainsi cette première Triade : « Dieu ou rÊtre existant par soi-même, Dieu- Vérité, Dieu-Liberté, voici la trinité druidique. Ainsi le Dieu des Druides est Tantithèse absolue du Dieu-Destin ou Fatalité. Dieu est ce que rien ne fait pencher de côté ou d'autre, et la pierre de Téquilibre (les pierres branlantes si nombreuses parmi les monuments druidiques) est le symbole du Dieu-Liberté. Les pierres muettes recommencent à parler pour nous.

c On voit que la création est, aux yeux des Druides, un acte libre et non «ne praduction fatale. On voit aussi de quelle haute origine procède l'indomptable esprit de la liberté gauloise... »

Triade IL « Trois choses procèdent des trois unités pri- « mitives : toute Vie, tout Bien, toute Puissance. » 2.

Triadb IIL « Dieu est nécessairement trois choses : la « plus grande part de Vie, la plus grande part de Science^ « la plus grande part de Puissance : et il ne saurait y avoir « plus d'une grande part de chaque chose, o 3.

Triads IV. « Trois grandeurs de Dieu : Vie parfaite, a Science parfaite, Puissance parfaite. » iO.

Triade V. «Trois choses seront (c*est-à-dire prévaudront) c( nécessairement : la suprême Puissance, la suprême In- « telligence, le suprême Amour de Dieu. » 9.

M. Gatien-Amoult donne une autre version de cette Triade : « Trois choses étant nécessairement : la suprême Puissance de Dieuy sa suprême Intelligence» son suprême Amour. »

Triade VL a Trois garanties de ce que Dieu fait et fera : « sa Puissance infinie, sa Sagesse infinie^ son Amour infini : « car il n'y a rien qui ne puisse être effectué, qui ne puisse « devenir vrai, qui ne puisse être voulu par ces trois attri- « buts. » 5.

Triade YII. a Trois choses que Dieu ne peut pas ne pas « être : ce qui doit constituer le Bien parfait, ce qui doit a vouloir le Bien parfait, ce qui doit accomplir le Bien parce fait. » 4.

Triade YIII. c( Trois choses que Dieu ne peut pas ne pas « accomplir : ce qu'il y a de plus utile, ce qull y a de « plus nécessaire, ce qu'il y a de plus beau pour chaque « chose. » 7.

> Triade IX. n Trois fins principales de l'œuvre de Dieu, a comme créateur de toutes choses : amoindrir le mai, « renforcer le bien , mettre en lumière toute différence , a de telle sorte qu'on puisse savoir ce qui doit être et au a contraire ce qui doit ne pas être. x> 6.

Triade X. « Trois nécessités de Dieu : être infini en lui-

« même^ être fini par rapport au fini, être en accord avec « chaque état des existences, dans le cercle de Gwyn^d.»46. ' Voir plus bas les Triades XIV, XXI.

Stfr les Êtres en général.

Trudb XI. «Trois causes (originelles) des êtres vivants : « TAmour divin (en accord) avec la suprême intelligence ; a la Sagesse divine ayant la connaissance de tous les moyens^ a et la Puissance divine (en accord) avec la suprême Voa lonté, TAmour et la Sagesse. » il.

Triade XII. c< Trois choses que Dieu a données à tout « être vivant, savoir : la plénitude de son Espèce (ou de sa a nature propre), la distinction complète de son Individuaa lité et l'originalité de son Awen (de son génie primitif). a C'est là ce qui constitue la personnalité propre et com- « plète de chaque être, d 34.

Triade XIII. a Trois différences de tout être vivant par « rapport aux autres : TAwen (le génie primitif), la Mé- « moire et la Perception. Car ces facultés sont complètes « pour chacun et ne sauraient se partager avec un autre « être. Chacun (les possède) en plénitude exclusive; et il ne « peut y avoir deux plénitudes d'aucune chose. » 33.

« Le mot gallois awen est traduit imparfaitement, dans ces deux Triades, par génie primitif.

« Étymologiquement, awen signifie flux, fluide, ce qui s'écoule, ce qui se meut, ce qui tend ou aspire, le principe des as-

pirations, des tendances, des aptitudes et des goûts.... Pare&ien-- ,sion et en employant un langage psycjiojogique de nqs jours, Vawen est le principe de l'activité par soi ou le principe de la spontanéité : on pourrait dire que c'est le moi^ avec la conscience de soi-même. » (Gatien-Arnoult.)

Triade XIV. « Trois choses auxquelles tout être Tivant « participe nécessairehient par la justice de Dieu : la Sym- « pathie (ou le secours) de Dieu dans Abred ; car sans cela « nul ne pourrait connaître aucune chose : le privilège de « Tamour divin et Taccord (s^vec Dieu) quÉ^nt à J^^cconaplis- « sèment, par la puissance de Dieu, en tant qu'il ^st juste (( et miséricordieux. » 16.

Note de M. Pictet :

« Le terme de cydymoddef, traduit par sympathie, signifie littéralement co-souffrance et implique l'idée d'un Dieu qui partage volontairement l'état de misère de la créature pour l'aider k s'en délivrer.

« De même l'expression de cyd-ddiwedd, littéralement co-accomplissement, exprime un accord d'action entre Dieu et la créature pour atteindre à un même but. »

Triade XV. c( Trois cercles de Inexistence : le cercle du c( Vide (ou de la région vide, Cylch y Ceugant) où, excepté « Dieu, il n^y a rien de vivant, ni de mort, et nul être que « Dieu ne peut le traverser ; le cercle de la Transmigration « (Cylch y'r Abred), où tout être animé procède de la mort, « et Fhomme le traverse ; le cercle de la Félicité (Cylch y « Gwynfyd) , où tout être animé procède de la vie, et « rhomme le traversera dans le ciel. » 12.

Note de M. Pictet :

« Cylch y Ceugant littéralement : cercle de la circonférence vide {ceu — cou, creux; canty circonférence). Ceugant si^m&e aussi infini, circîe ofinfinitnde, Ceugant signifie encore certain, absolu^

« C^fài y V Abred. Le sens ordinaire d'abred est celui de mal ; mais ahrediad signifie transmigration, ahfedu, transmigrer, et ce sens-là nous conduit à là forme plus simple pred, migration, a est un t)réfixe intensitif qui exige le changement régulier de p en b.

« Cylch y Crtvynf^d, composé de gtbyn, beau, heureux, et de &(/d, mbnde, signifiant comme guyynfa, un lieu de bonheur^ un paradis, et en général félicité, béatitude. »

« 'Ainsi, dit M. Gatien-Arnoult> Fâme immortelle parcourt deux cercles de l'existence ; et après s'être épurée par de nombreuses transmigrations dans le premier (i4&red), elle passe dans le second (Gioynfyd).

« César indiquait très-bien la première partie de cette doctrine quand il disait : « Les Druides veulent persuader que les âmes « ne {sérissent pas, et qu'après la inort elles passent d'un corps a dans un aiitré, fet ils pensent que cèlA excite puissamment les « hommes au courage en leur irisant négliger la crainte de la « mort. » César désignait ainsi les transmigrations dans le cercle d'Abred; et il faut remarquer qu'il traduit très-exactement le mot du dogme philosophique. Transire ah aliis ad aîios est la traduction propre du verbe abredu, transmigrer.

« Lucain, en ses vers, indiquait de même très-bien la dernière doctrine, quand il disait que, suivant les Druides, la même âme gouverne un corps dans un autre orbe : régit idem spiritus artus orbe alio; c'est-à-dire dans un autre cercle, le cercle de Gwynfyd. Le poète latin traduit même ici très-exactement le mot du dogme philosophique gaulois. Orbis est la traduction propre de cylch, cycle, xyxXo;, cercle. »

Voir, sur le symbolisme des monuments druidiques appelés Cromlechs, figurant les cercles de l'existence, Catien- Arnoull.

tniADE XVl. (( Trois phases nécessaires de toute exis- « tetice par t-appôrt à la vie : le Comtnencenient dans Ance hwfn (ral)îrai3) , la Transmigration dans Àbl-ed, et la « Plénitude dans le ciel ou le cercle de Gwynfyd ; et, sans « ces trois choses^ nul ne peut être, excepté Dieu,» 14.

« Annwfn (ou annion^, composé régulier du préfixe négatif an, et de dwfn, fond, profondeur, avec changement ordinaire de d en n. Annwfn répond exactement au grec éSmaGoç, sans fond, abime. On entendait par annwfn une région de ténèbres et de mort. » (M. Pictet.)

M. Catien- Arnoult propose cette autre étymologie à^ annwfn: « Il peut être composé aussi de an, eau, et dwn, eau profonde. »

Triade XVII. a Trois états successifs des êtres animés : « Tétat d'Abaissement dans Annwfn (rabîme) ^ Tétat de (( Liberté dans Thumanité^ Tétat d'Amour ou de félicité « dans le ciel. » 13.

Triade XVIII. a Trois puissances de Texistence : ne pas (( pouvoir être autrement^ ne pas être nécessairement au- « tre et ne pas pouvoir être mieux par la conception : et « c'est en cela qu'est la perfection de chaque chose. » 8.

« Cette Triade un peu obscure, dit M. Catien- Amoult, nous i»emble se rapporter aux trois états successifs qui viennent d*être indiqués dans la Triade XVII. Car, dans Annwfn, les êtres ne peuvent pas être autrement qu'ils ne sont : dans Tétat à^Humanité libre, ils ne sont pas nécessairement tel ou tel ; dans Gwynfyd, ils atteignent le meilleur état qu'on puisse concevoir, et la perfection de chaque être consiste à s'élever ^^ Annwfn à Gwynfyd, ou de l'abîme au ciel. »

Triade XIX. « Trois choses qui n'auront point de tin, à « cause de la nécessité de leur puissance : la Forme de « l'existence^ la Qualité de l'existence et l'Utilité de l'exis- « tence : car ces choses, délivrées de tout mal, dureront a éternellement chez les êtres animés ou inanimés, dans a la diversité du beau etdubienducercledeGwynfyd.»39.

On voudrait connaître, d'une manière plus précise, le sens logique attribué par les bardes aux mots dt(//, amaicd, Uéo^ forme,

qualité, unité. Cette Triade nous paraît, du reste, s^expliquer très-bien en la rapprochant des Triades XLI etXLVl.

Triade XX. «Trois différences essentielles entre Phomme « et tout autre être (d'une part) et Dieu ; Thomme (et tout « autre être) est limité, Dieu ne saurait Têtre ; l'homme (et « tout autre être) a un commencement. Dieu n'en saurait « avoir ; l'homme doit nécessairement passer par des chau- « gements d'état successifs dans le cercle de Gwynfyd, à « cause de son impuissance à supporter le Ceugant, et Dieu c( ne saurait changer; car il peut supporter toute chose, et « cela avec la féhcité. » 30.

Triade XXI. « Trois choses impossibles pour tout être, « excepté Dieu : supporter l'éternité du Ceugant, participer cr à tous les états sans changer, améliorer et modifier toutes « choses sans les détruire. » 38.

Sur Vhomme, sa nature et sa destinée.

M. Gatien-Arnoult résume ainsi cette Doctrine : « Toute existence a son commencement dans Annwfn, qui est le plus bas degré du cercle ôi'Àbred : en s'élevant à des degrés supérieurs, elle atteint Tétat d'humanité; et vit plus ou moins longtemps dans cet Abred, avec un sort et des changements divers, selon la conduite menée, jusqu'à ce qu'elle mérite d'entrer dans le cercle de Chvynfydy où elle passe encore continuellement de changements en changements, au sein de la félicité. »

Triade XXII, « Trois choses nécessaires dans le cercle

G d'Abred (au degré Aritiwfn) : le moindre degré possible de « toute vie, et de là son commencement ; la matière de c( toutes les choses, et de là leur accroissement progressif, « lequel ne peut s'opérer que dans Tétat de nécessité (c'est- « à-dire en vertu de lois nécessaires); la formation de toutes « choses de la mort, et de là la débilité des existences. » 15.

Commentaire de M. t^ictet : « C'est dans Tabîme, Anmofriy que se trouvent à la fois, la vie à son moindre degré, c'est-àdire en germe, la substance matérielle qui constituera Fenveloppe périssable des créatures, et la mort, c'est-à-dire le sonimeil primitif ait sein des ténèbres, où toute vie prend son point de départ pour se développer ultérieurement. Ce développement (le tverden des philosophes allemands) ne peut s'effectuer, au début, que sous F empire des lois nécessaires, qui régissent la matière et les forces cosmiques ; car la liberté n'existe pas encore. Pendant cette évolution, la créature, sortie de la mort, reste un être incomplet, un composé d'existence et de néant, une vie débile qui peut s'éteindre et retomber dans le chaos, tant qu'un principe supérieur et divin ne l'aura pas libéré des liens de la mort. »

Quels pressentiments de cette vue de la science moderne : a La vie remplit les lieux les plus cachés de l'univers. » (Poucbet, Hétérogénie,)

Triade XXIII. «Trois choses sont primitivement con- « temporaines : l'Homme, la Liberté, la Lumière, d 2î.

Avant l'homme, les ténèbres, les créatures inférieures, les lois de la fatahté.

Avec l'homnje le fiât lux se prononce, et de plus en plus à mesure qu'il entre dans la liberté morale.

Triade XXIV. « Trois privilèges de la condition de « l'homme ; l'Équilibre du mal et du bien, et de là la fa- « culte de comparer ; la Liberté dans le choix, et de là le a jugement et la préférence ^ le Développement de la force

a (morale), par suite du jugement et de la préférence. Ces trois choses sont nécessaires pour accomplir quoi que cfe « soit. D 29.

M. Catien- Arnoult donne cette variante : .... « la puissance d'Option..».; le déploiement de la Force.,.. Ces trois choses doivent nécessairement précéder toute action. »

A. De l'homme dans le cercle d'Abred.

Triade XXV. « Trois catises de la Nécessité (du cerclé) « d^Abred : le développement de la substance matérielle de « tout être animé, le développement de la connaissance de « toute chose, le développement de la force (morale) pour « surmonter tout contraire et Cythraul et pour se délivrer (( de Drwg (le mal). Et sans cette transition de chaque état a de vie, il ne saurait y avoir d'accomplissement pour au- (i cun être. » 17.

Triade XXVI. a Trois choses principales (à obtenir) dans (( Fétat d'Humanité (en Abred) : la Science, TAmour, la « Puissance au plus haut degré (possible) de développement « sans la mort (c'est-à-dire avant que la mort ne survienne). c( Cela ne peut être obtenu que dans l'état d'Humanité, « par le privilège de la liberté et par le choix (de l'homme). « Ces trois choses sont appelées les trois Victoires. » 27.

Triade XXVH. « Trois victoires sur Drwg et Cythraul: a la Science, l'Amour, la Puissance, carié Savoir, leVou- « loir et le Pouvoir accomplissent quoi que ce soit, dans «leur connexioîl avec les choses. (Ces trois victoires) a commencent dans la condition de F Humanité, et se cona tinuent éternellement. » 28,

Cythraul signifie Tobstacle et l'adversaire : il est employé vulgairement comme l'équivalent de diafwl, diawl, le diable. Dnog signifie le mal et le malin; il désigne de même un être diabolique ou satanique. Le mot drogue en vient sans doute.

« La dernière partie de la Triade XXYII semble dire que

la lutte de Thomme contre le mal continuera même au delà d'Abred et conséquemment dans Gwynfyd; mais cela n'est pas exact. Nous verrons que, si l'homme parvenu en Gwynfyd continue, en effet, éternellement de développer sa Puissance, sa Science et son Amour, il le fait sans aucune opposition de Dnvg et de Cythraul. » (Gatien-Ârnoult.)

M. Henri Martin fait de la Triade XXYII la religion des héros :

< On atteint Gwynfyd par la force comme par la science. Les grandes vertus, les morts glorieuses, l'immolation volontaire sur les autels, qui est comme le chef-d'œuvre de l'impassibilité, y mènent tout droit. »

Triade XXVIII. a Trois choses nécessaires pour le c< triomphe de Thomme (sur le mai) : Tlmpassibilité (c'est- « à-dire la fermeté contre la douleur), le Changement, la « Liberté : et avec le pouvoir (qu'a Thomme) de choisir, « on ne peut savoir à Tavance , avec certitude , où il « ira. » 23.

Le changement, c'est-à-dire la transmigration.

Triade XXIX. « Psir trois choses, Thomme tombe a sous la nécessité d'Abred (ou de la transmigration) : par « Tabsence d'efifort vers la connaissance, par le non-atta« « chement au bien et par rattachement au mal. En censé* « quence de ces choses, il descend dans Abred jusqu'à son « analogue, et il recommence le cours de sa transmigrait tion. » 25.

Triade XXX. « Par trois choses, rhomme redescend « nécessairement dans Abred, bien qu^à tout autre égard, a il se soit attaché à ce qui est bon : par l'orgueil (il tombe) a jusque dans Annwfn; par la fausseté, jusqu'au point de « démérite équivalent; par le manque de charité, jusqu^à « ranimai semblable (c'est-à-dire jusqu'au degré corresa pondant d'animalité). De là il transmigre de nouveau a vers l'Humanité comme auparavant. » 26.

« La rechute de rhomme dans les- choses inanimées et dans les existences animales , c'est- à > dire inconscientes , est la seule doctrine néo-druidique qui blesse le sentiment moderne, en vertu du principe que Têtre, qui est une fois entré dans le monde de la conscience et de la responsabilité morale, n'en peut plus sortir, et y trouve sa peine comme sa récompense. » (Henri Martin.)

a L'âme immortelle récompense ou punit elle-même ses pensées vertueuses ou coupables. » (Byron.)

Triàdb XXXL « Trois alternatives (offertes) à l'homme : « Abred ou Gv^rynfyd, Nécessité ou Liberté, « Mal ou Bien : le tout en équilibre. Et Thomme peut à « volonté s'attacher à Tune ou à l'autre de ces alternatives. » 24.

« On ne saurait établir d'une manière plus formelle la doctrine de la liberté humaine. L'homme seul décide de ses destinées futures', bien que Dieu lui prête secours pour marcher dans la bonne voie. » (M. Pictet.)

Triade XXXll. «Trois choses indispensables dans « le cercle d'Abred : la transgression de la loi (le péché?), « car il n'en peut être autrement ; la délivrance de la « mort devant Drwg et Cythraul ; l'accroissement de la a vie et du bien, par Téloignement de Drwg, dans la déU-

« vrance de là mort : et cela par Tamour de Difeu qui « embrasse toutes choses. » 20.

Il est à remarquer que, dans la Triade XXXÎI, 11. Gatieil- Arnoult traduit anghyfriiHh nôti par transgression de la loi on péché, comme M. Pictèt, mais par aifranchissemetit de la loi. D'où cette variante :

« Trois choses indispensables dans le cercle d'Abred : Taffranchissement de la loi (de nécessité), car il n'en peut être autrement, etc. »

Triade XXXIII. « Trois choses s'affaiblissent de Jour a en jour, Fopposition contre elles croissant de plus en c( plus : rignorance, la Haine, Flnjustice. » 44.

Triade XXXI V. « Trois choses se renforcent de Joui* « en jour, la tendance vers elles devenant toujours plus i( grande : la Science, l'Amour, la Justice. » 43.

Triade XXXV. « Trois choses diminuent continuel c( lement : TObscurité, TErreur, la Mort. » 42.

Triade XXXVI. a Trois choses s'accroissent conti- « nuellement : le Feu ou la Lumière, l'Intelligence ou la « Vérité, TEsprit oU la Vie. Ces trois choses finiront t>ai' « prévaloir sur toutes les autres ; et alors Abred sera dë- « truit. » 41.

Triade XXXVII. « Trois calamités primitives du « cercle d'Abred : la Nécessité , l'Absence de mémoihî , « la Mort, j) 18.

« Le gallois exprime ces trois choses ()ar trois mots analogues entre eux, et qui composent une formule mnémonique : angen.

atigkof, aixgeu^ Cela se rencontre fréquemment dans les Triades dont tout révèle la nature essentiellement traditionnelle. »

Trude XXXVIII. c< Trois moyens efficaces de Dieu a dans Abred, pour dominer Drwg et Cythraul et surmonc< ter leur opposition par rapport au cercle de Gwynfyd : « la Nécessité, TAbsence de mémoire, la Mort, » 2i .

B. De l'homme dans le cercle de Gwynfyd.

Trupe XXXIX. « Trois (avantages) principaux du a cercle de Gwynfyd : Absence de mal. Absence de besoin, cf Absence de mort. » 31.

a Cest-à-dire, dit M. Gatien-Arnoult, que l'homme , en Gwynfyd, est d'abord affranchi de toutes les calamités d' Abred. »

Les trois composés gallois annnt?gf, anneisiauy annarfod, constituent une formule mnémonique, comme dans la Triade

Triade XL. « Trois choses qui seront rendues à « Thomme dans le cercle de Gwynfyd : le Génie primitif « (l'Awen), TAmour primitif, la Mémoire primitive; car « sans cela il ne saurait y avoir de félicité, » 32.

Coni?nentaire de M. Pictet : « Les deux Triades XXXIX et XL dans leur concision caractérisent parfaitement l'état futur de l'homme dans Gwynfyd. D'une part, il sera délivré des misères d" Abred, du mal, du besoin, de la mort ; d'autre part, il retrouvera pleinement les éléments essentiels du bonheur.

« En première ligne se place ce que les bardes gallois appellent YAwen- Au point de vue psychologique de la Triade XL, Vaiven représente le développement le plus élevé, la quintessence intellectuelle, la fleur idéale de chaque âme individuelle.

« Tout homme a son atoen, nuds il lui est rarement donné d'en jouir dans l^xistence terrestre. Les mille entraves de la vie, et

les accidents de rorganisalion matérielle, en arrêtent ou en troU" blent le développement. Et cependant ne serait-ce pas là, pour chaque individu, le plus puissant élément de bonheur? — Eh bien ! cet élément sera possédé d'une manière complète dans le cercle de Gwynfyd, et là chacun deviendra en réalité ce qu'il a été primitivement comme idéal dans la pensée du créateur.

« Le second élément du bonheur sera Famour, dans le sens le plus élevé. Les liens, les affections pures et sacrées de la famille et de la société, toujours brisés violemment par la mort^ se renoueront à jamais dans Gw-ynfyd; car sans cela, rhonune ne pourrait être complètement heureux» Et non-seulement il y aura, sous ce rapport, une entière satisfaction, mais Tamour embrassera de proche en proche tous les êtres, tout en se concentrant toujours davantage sur Dieu, comme on le verra dans une des Triades qui suivent.

« Mais pour cela, ainsi que pour rentier développement de Yawen et de la science, il faut que Thomme retrouve aussi la mémoire de ses existences passées, afin de ressaisir Tunité de sa nature personnelle, et de réunir dans une synthèse définitive tous les moments de sa vie, épars dans la succession des temps. »

Triade XLl. « Trois prééminences (distinctives) de cha- « que être vivant dans le cercle de Gwynfyd i la Vocation, « le Privilège, et TAv^ren ( le génie primitif). Il n'est pas (( possible, en effet, que deux êtres soient identiques à tous « égards : or, il y aura plénitude pour chacun en ce qui « concerne sa prééminence distinctive, et la plénitude « d'une chose comprend nécessairement tout ce qu'elle c< peut être en réalité. » 37.

Commentaire de M. Pictet : « Chaque pei*sonnalité humaine demeurera éternellement distincte avec un développement illimité. Mais, en arrivant à la perfection intellectuelle et morale, tous les êtres en viendraient à se ressembler complètement. Cela, cependant, n'aura pas lieu, et chacun possédera sa prééminence

distinctive, fondée sur trois choses : une vocation (ou juridiction, office, emploi^ car le mot sivydd signifie tout cela), c'est-à-dire, une sphère d'activité propre avec un but assigné par Dieu ; un privilège, c'est-à-dire l'action libre et indépendante dans cette sphère d'activité ; et le génie original (awen), qui, d'après la Triade XL, sera rendu à chacun dans Gwyniyd, comme un bien inaliénable. La perfection des êtres, à quelque degré qu'elle s'élève, n'impliquera donc pas l'uniformité, mais consistera en ce que chaque être réalisera complètement son idéal propre, en exerçant ses facultés dans une sphère déterminée et toujours avec un but positif, ce qui n'exclut pas l'idée d'un changement progressif : doctrine de bonheur en opposition tranchée avec l'immobilité contemplative telle que la conçoivent les Indous. y>

Triade XLII. « Trois avantages excellents (qui résul- « tent) des changements d'état dans Gwynfyd : rinstruc- « tion, la Beauté, le Repos. (Ces changements ont lieu) «à cause de Timpuissance de Thomme à supporter le « Ceugant^ qui est au delà de toute connaissance. » 40.

« Vinstruction {ymddysg) signifie le progrès dans la science ; la beauté découlera de la variété {harddwch, beautiful variety), »

Quant au repos, il faut entendre que l'homme s'arrêtera définitivement dans le cercle de Gwynfyd, oii il aura, dit M. Gatien- Arnoult, la calme satisfaction d'exister ; car tout autre sens serait en contradiction avec les changements et l'activité continue qui, selon les bardes, persisteront dans Gwynfyd pour le bonheur même de l'homme.

Triade XLllI. « Trois conditions nécessaires pour arric< ver à la plénitude de la Science : transmigrer dans Abc< red, transmigrer dans Gwynfyd, se ressouvenir de toutes «choses (passées en ces transmigrations) jusque dans « Annvfn. » 19.

Triade XLIV. ce Trois puissances ( fondements ) de la

a Science : la transmigration complète par tous les états « des êtres, le souvenir de chaque transmigration et de « ses incidents, le pouvoir de passer à volonté de nouveau « par un état quelconque, en vue de Texpérience et du «jugement. Et cela sera obtenu dans le cercle de G wync< fyd, » 36.

Commentaire de M. Pictet : « Délivré du mal, de la mort et de l'ignorance, en pleine possession de son génie primitif, de son moen, et des pures félicités de Tamour, Thomme néanmoins ne s'arrêtera pas dans une monotone éternité de bonbeur, incompatible avec sa nature. (V. Triade XX.)

« Un champ indéfini d'activité intellectuelle et de progrès lui restera toujours ouvert dans l'étude inépuisable des œuvres de Dieu. Aux trésors de science accumulés par le souvenir complet de ses existences passées, il ajoutera sans cesse de nouveaux trésors, car l'univers entier s'ouvrira devant lui comme un livre. Et non-seulement il abordera des sphères nouvelles, mais il pourra, s'il le veut, et, comme dit la Triade, en vue du jugement et de l'expérience, repasser par toutes les transmigrations, c'està-dire redescendre sur la terre; mais, comme de raison, avec les privilèges d'un habitant de G\vynfyd. »

M. Henri Martin dit très-bien : « Le génie sympathique des peuples gaulois veut que les héros renaissent pour sauver leurs frères ou venger leur patrie : on va, dans les jours d'infortune nationale, interroger les dolmens et les tombelles silencieuses ; on écoute si l'on n'entendra pas une voix sortir de la grotte de pierre, un murmure résonner, un coursier hennir....; toutes les légendes sont pleines de cette généreuse croyance. La foi au re^ tour d'Arthur en est la personnification la plus célèbre. Les légendes de Merlin et de Taliesin, redescendus de Gwynfyd sur la terre, se rapportent à la fois à la donnée scientifique des Druides et au sentimeut populaire. »

Triade XLV. « Trois choses dont la Connaissance amèc( nera Fanéantissempnt de tout mal et de la mort , et la

« victoire (de l'homme sur eux) : Connaissance (des êtres) « quant à leur nature propre, Connaissance de leur cause, a Connaissance de leur mode d'action : et celte Connais- « sance sera obtenue dans Gwynfyd. » 35.

M. Piolet dit en commentant cette Triade : « Si, dès cette vie, l'homme pouvait savoir clairement ce qu'est le mal en lui-même, d'où il provient, comment il agit, il n'y a pas de doute que le mal perdrait toute sa puissance sur lui. Le mal, en effet, n'a et ne peut avoir qu'une existence relative, temporaire, et qui ne se maintient qu'à l'aide d'une illusion trompeuse. 11 n'a de prise sur rhommè qil'èn l'égarant, eli se donnant pour ce qu'il h'est pas, en faisant briller devant lui de vaines perspectives qui fuient sans cesse. Si l'homme avait la conscience de cette inanité, s'il savait où, comment et pourquoi les pièges sont tendus, il se garderait bien d'y tomber. Dans le cercle de Gw7nfyd cette connaissance lui sera pleinement accordée, et le mal cessera d'exister pour lui. »

Triade XLVI. « Trois plénitudes (du bonheur) dans a Gwynfyd : Participer de toute qualité, avec une perfec- « tion principale ; posséder toute espèce de génie, avec un « génie prééminent ; embrasser tous les êtres dans un « même amour, avec un amour en première ligne, savoir c{ Tamour de Dieu. Et c'est en cela que consiste la plélii- (( tude du ciel et de Gwynfyd. » 45.

Nous ne reproduirons aucun commentaire pour cette Triade , elle est la lumière même et la conclusion splendide de cette Doctrine.

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