DE LA PERSONNALITÉ INDESTRUCTIBLE
« Pour faire juger par des raisons naturelles que Dieu ff conservera toujours non-seulement notre substance, « mais encore notre personne,... il faut joindre la morale « à la métaphysique, c'est-à-dire ne pas seulement consi- « dérer Dieu comme le principe et la cause de toutes les (( substances et de tous les êtres, mais encore comme chef « de toutes les personnes intelligentes et comme le mo- « narque de la plus parfaite cité ou république, telle « qu'est celle de l'univers, composée de tous les esprits « ensemble... Et comme Dieu lui-même est le plus grand « et le plus sage des esprits, il est aisé de juger que les « êtres avec lesquels il peut, pour ainsi dire, entrer en a conversation et même en société, en leur communiquant « ses sentiments et ses volontés d'une manière particule Hère et en telle sorte qu'ils puissent connaître et aimer « leur bienfaiteur, le doivent toucher infiniment plus que « le reste des choses... Les seuls esprits sont faits à son (( image et quasi de sa race, ou comme enfants de la mai- « son, puisqu'eux seuls le peuvent servir librement et agir « avec connaissance à l'imitation de la nature divine. Uî^
\ Fragment publié par M. Erdmann,
« seul esprit vaut tout un monde, puisqu^il ne ^exprime a pas seulement, mais il le connaît aussi et s'y gouyerae à c< la façon de Dieu. Tellement qu'il semble, quoique toute c( 8id)stance exprime l'univers, que néanmoins le$ auties substances expriment plutôt le monde que Dieu, ]Bais « que les esprits expriment plutôt Dieu que le monde... (c Et si le premier principe de Texistence du monde phy- « sique est le décret de lui donner le plus de perfection (( qu'il se peut, le premier dessein du monde moral ou de « la cité de Dieu, qui est la plus noble partie de Tunivers, c( doit être d'y répandre le plus de félicité qu'il sera pos- « sible,... car la félicité est aux personnes ce que la per- « fection est aux êtres. 11 ne faut donc point douter que « Dieu n'ait ordonné tout, en sorte que les esprits nonce seulement puissent vivre toujours, ce qui est imman- « quable, mais encore qu'ils conservent toujours leur qua- « lité morale, afin que sa cité ne perde aucune personne, « comme le monde ne perd aucune substance*. »