‹ L'immortalitéChapitre 42 sur 50 · DU PROGRÈS A L'INFINI · texte numérisé non relu

DU PROGRÈS A L'INFINI

fragmente bu JSpertûteur b'îlbîiieon.

L'immortalité est le fondement de la morale.

Entre le fini et rinfini il y a un intervalle qui ne se peut mesurer et un abîme que tous les siècles ne sauraient remplir. C'est pourquoi le plus excellent de tous les ouvrages de Dieu est autant au-dessous de Tétendue de son pouvoir que le plus imparfait, et peut être surpassé par une autre de ses productions avec la même facilité.

L'homme, en qualité d'un être mis ici-bas à répremt, et destiné à jouir d'un bonheur éternel dans une autre vie, est un exemple fort remarquable de la sagesse divine.

Mais, à le regarder sans aucun rapport à cet heureux avenir, c'est le composé le plus énigmatique et le plus étrange qu'il y ait dans toute la création. 11 a des facultés qui peuvent embrasser une plus grande étendue de connaissances qu'il n'en possédera jamais, et une curiosité insatiable pour sonder les secrets de la Nature et de la Providence. Avec tout cela, ses organes sont plutôt ajustés à servir aux besoins de son corps qu'aux opérations de son entendement, et, du petit coin de ce globe oii il est enchaîné, il ne peut former que des conjectures vagues sur ces mondes innombrables de lumière qui l'environnent, et qui ne lui paraissent, quoique d'une grandeur prodigieuse en eux-mêmes, que comme autant de lumignons. Enfin, lorsqu'après de longs et pénibles travaux, il a fait quelque peu de chemin sur la montagne escarpée de la vérité, et qu'il regarde avec compassion la multitude qui mmpe au bas, le pied vient à lui manquer et il est renversé dans le tombeau.

Plein de ces idées, je suis obligé de croire, pour rendre justice au Créateur de l'Univers, qu'il doit y avoir une autre vie, oii l'homme sera mieux situé pour la contemplation, ou plutôt aura le pouvoir de se transporter d'objet en objet, ou d'un monde à l'autre, où il jouira de nouveaux sens et de tous les moyens requis pour faire les plus promptes et les plus étonnantes découvertes. Quel ne sera pas l'essor d'un génie tel que celui du chevalier Newton!...

Je me plais à penser que moi, qui ne connais qu'une très-petite partie des ouvi-ages de la création, et qui. me traîne ^ pas lents d*un côté et d'ai^tro, sur la surface de ce

globe, je m'ëlancem bientôt dans les airs avec la légèreté de rimagination; je découvrirai tous les ressorts cachés de la Nature ; j'irai d'un pas égal avec les corps célestes dans la rapidité de leur cours; j'observerai la longue chaîne des événements dans le monde naturel et dans le moral; je visiterai tous les appartements de l'Univers pour savoir ce qui s'y passe et quels en sont les habitants ; je concevrai Tordre et je mesurerai les grandeurs et les distances de ces glohes^ qui nous paraissent disposés sans aucun dessin régulier et tous placés dans le même cercle ; je remarquerai la dépendance qu'il y a entre les parties de chaque système et antre les différents systèmes les uns à Tégard des autres^ et d*ou résuite l'harmonie de l'Univers... Je trouve qu'il m'est utile de chérir cette généreuse ambition, puisque outre la joie qu'elle répand diins mon âme, elle m'engage à ne rien oublier pour donner toute retendue possible à mes facultés, et à Tes exercer d'une manière conforme au rang que j'occupe ici-bas parmi les êtres raisonnables^ et à l'espérance que j'ai d'être élevé un jour à un degré plus éminent.

La seule pensée du progrès à Tinfini suffit pour éteindre toute sorte d'envie dans les êtres d'un ordre inférieur et toute sorte de mépris dans ceux d'un rang plus élevé. Ce grand cœur sait que cet homme abject arrivera à devenir un esprit sublime ; ce misM-able sent qu'il atteindra toutes les grandeurs du génie et de l'héroïsme.

Avec quel étonnement et quelle vénération ne devons-

nous pas regarder nos âmes où il y a à puiser de si riches trésors cachés de vertus et de connaissance, à faire jaillir des sources si inépuisables de perfectionnement.

Le cœur de Thomme ne concevra jamais la gloire qui sera toujours en réserve pour lui.

Lorsque nous considérons la puissance et la sagesse infinies de Fauteur de toutes choses, nous avons sujet de penser qu^il est conforme à la magnificence et à l'harmonie de PUnivers et au grand dessein, aussi bien qu^à la bonté infinie de ce Souverain Architecte que les différentes espèces de créatures s'élèvent aussi peu à peu depuis nous (by gentîe degrees) vers son infinie perfection, comme nous voyons qu elles vont depuis nous en descendant par des degrés presque insensibles. Cela une fois admis comme probable, nous avons raison de nous persuader qu^il y a beaucoup plus d'espèces de créatures au-dessus de nous qu'il n'y en a au-dessous, parce que nous sommes beaucoup plus éloignés en degrés de perfection de TiMre infini de Dieu que du plus bas état de l'être. (Locke.)

Celui qui d^m côté peut regarder l'être infiniment parfait comme son père, et les esprits du plus haut rang, comme ses frères, peut de l'autre dire à la corruption ; Tu es ma mère.

11 n'y a qu'un bonheur au monde : approfondir.

Ce bonheur, je me le suis donné en rappelant, en interprétant pour mon besoin la croyance de nos pères dans Timmortalité deTàme.

Mon entreprise aurait été de montrer, dès cette \îe bornée, l'univers infini d'une âme, moins ce qu'elle aait que ce qu'elle pourra savoir, et dans ce qu'elle aime déjà, ses puissances d'aimer sans fin.

Je n'ose me flatter d'avoir réussi quand je reste encore plus avide de trouver plus, de dire mieux.

Ce que je voudrais surtout, c'est comprendre, dans mon affirmation, le rêve, le vague désir, l'aspiration souvent inexprimée, mais non moins certaine, des simples, des humbles de cœur, des pauvres ei; esprit, des hommes encore instinctifs, des peuples enfants, de tous ceux enfin qui ont le plus besoin de considérer

— 28Ô — leur existence actuelle comme un passage et qui n'ont pas pour s'envoler au delà les voies de la recherche et les ailes du génie.

Pour ces âmes naïves surtout, Schiller a dit : « Au « fond du cœur ce cri s'élève et le proclame : Nous « sommes nés pour un état meilleur et ce que dit la « voix intérieure n'abuse pas l'âme qui espère. »

Oui, je le répète, pour pressentir à mon souhait ce bonheur immense dont les grands esprits nous découvrent les ravissements et les profondeurs, j'aimerais à recueillir chez les petits et les faibles (presque toujours victimes et voués à l'extermination dans un monde encore sans conscience), du fond de leur ignorance les instincts prophétiques, à travers leurs superstitions l'éclair d'universelle vérité.

Ils peuvent enseigner l'immortalité au monde, ceux qui ne l'ont pas apprise du monde.

Dans ce but j'ai rasseml)lé quelques chants, quelques traditions de peuplades complètement étrangères à notre civiUsiition.

J'aurais pu grossir considérablement ce recueil en y comprenant ce qui se rapporte à la foi aux esprits, à la permanence des âmes , croyance universelle chez les peuples enfants. Niille part cette expression relativement inférieure des instincts de l'immortalité n'a été plus forte que chez les Sauvages de l'Amérique du nord (V. Lahoutan, Canada). Les seules tribus où il y en ait peu ou

point de traces sont celles où la famine habituelle éteint toute autre idée.

Je me suis borné à quelques témoignages, empruntés presque tous à des voyageurs modernes, qui se réfèrent par quelque analogie aux traditions de la Gaule et de la Perse antique.

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