‹ L'Immortalité selon le ChristChapitre 10 sur 33 · ESSAI D*UN PARTAGE D'ATTRIBUTIONS · texte numérisé non relu

ESSAI D*UN PARTAGE D'ATTRIBUTIONS

Vers la fin de son règne, David eut tout à coup l'idée de faire faire un dénombrement général de son peuple. Il ne nous semble pas qu'on ait compris jusqu'ici le sens de cet essai et surtout la nature de ses conséquences.

Ainsi que toutes les éventualités possibles, celle d'un dénombrement du peuple d'Israël avait été prévue par Moïse, et il en avait nettement déterminé les conditions dans cette partie de son œuvre que nous nommons aujourd'hui VExode (ch. xxx, v. 11 et suiv.). C'était là sans doute que, dans ses lectures secrètes, David en avait puisé l'idée. « Quand tu feras le recensement des enfants

d* Israël, avait dit Jéhovah à Moïse, chacun d'eux donnera à Jéhovah le rachat de sa personne ^ Tous ceux qui passeront par le dénombi-ement donneront un demischekel, selon le schekel du sanctuaire, de vingt guéra le schekel. Un demi-schekel sera l'oblation à Jéhovah. Le riche n'augmentera rien et le pauvre ne diminuera rien du demi-schekel, eu donnant cette oblation à Jéhovah pour racheter vos personnes. Tu prendras l'argent du rachat des enfants d* Israël et tu l'appliqueras à l'œuvre de la tente d* assignation. »

Ni dans l'un ni dans Fautre des deux récits (Sai7i. 11 et Chron. 1), sur lesquels nous pouvons fonder notre appréciation de la conduite et des intentions de David en celle circonstance, il n'est aucunement question de «es prescriptions de Moïse; mais, au mécontentement visible que l'application de cette mesure excita en Israël, on peut aisément reconnaître que le demi-schekel personnel avait été exigé de tous ceux qui avaient passé au dénombrement, et que ce n'était pas à l'œuvi-e de la tente d'assignation que le produit total avait été appliqué. 11 devait, comme nous Tavons vu, y avoir encore,

1. Pour restituer, autant que possible, le texte même de Moïse, nous supprimons la fin de ce verset qui doit avoir été intercalée au moment de la formation du Pentateuque, Les compilateurs, confondant les dates , ont sans doute introduit ici le souvenir de la circonstance qui avait accompagné le recensement ordonné par David.

surtout parmi les lévites et les prophètes, trop de réminiscences des idées mosaïques pour qu'une approprialion de ce genre ne parût pas abusive ; et, à coup sûr, le roi n'était pas parvenu à faire assez aveuglément admettre son titre d'héritier et de fils de Jéhovah pour qu'on le laissât, sans murmure, remplir ses coffres des deniers assignés jadis au service divin. Ce qui vint aggraver beaucoup la situation, ce fut la brusque apparition d'un fléau qui, si nous nous en rapportions aux chiffres fabuleux du texte, aurait en quelques jours fait mourir soixante -dix mille hommes. Le fléau fut de courte durée; mais c'en fut assez pour que David fût ramené à des doutes très-inquiétants sur les dispositions de Jéhovah à son égard ; car, à ses yeux non moins qu'aux yeux de ses. sujets, la peste, ayant suivi de trèsprès le dénombrement, semblait en être la punition. Les réflexions qu'il flt à ce sujet durent être bien graves, puisqu'elles amenèrent dans ses déterminations un revirement aussi soudain que complet.

S'il était un désii' qu'il eût mis jusque-là tous ses soins à effacer de l'esprit de son peuple, c'était assurément celui de voir élever un temple à Jéhovah. Eh bien l c'est de cette entreprise, autrefois considérée comme si nuisible à son autorité , que nous le voyons tout à coup prendre résolument l'initiative. Il commence par faire choix d'un emplacement, et il y bâtit un autel provi-

soire; puis, tout ce que le déclin de ses forces qu'il cherche en vain à se dissimuler lui laisse d'intelligence et d'énergie, il le consacre^ avec un zèle extrême, à la préparation des matériaux et des mille détails de l'édifice.

Les données psychologiques que nous possédons maintenant et qui nous permettent en quelque sorte d'assister au travail intime de la pensée de David , nous révèlent le secret de cette activité de vieillard impatiente et fiévreuse. En présence de ces calamités nouvelles, succédant tout à coup au retour de faveur qu'il avait cru définitif, il s'était anxieusement demandé de quel souiiait , de quelle réclamation inexprimée elles pouvaient être le signe. Sa royauté n'avait donc pas encore obtenu la pleine approbation du ciel! Que manquait-il encore? quelle condition lui restait-il à accomplir? — Sans doute, malgré le succès apparent de la déclaration mise autrefois dans la bouche de Nathan, il lui était arrivé plus d'une fois de craindre que Jéhovah n'eût pas entièrement renoncé à toute habitation terrestre. — N'avaît-il pas commis une faute en attachant trop d'importance aux conséquences logiques d'une telle habitation? Jéhovah ne pourrait-il avoir son palais à Jérusalem sans pour cela revendiquer ses anciens droits sur la terre et ses habitants? Fallail-il absolument que TÉlobim fût présent dans te temple, et ne se contenterait -il pas

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<l'hominages adressés seulement à son nom sur la terre, mais célébrant hautement sa présence et sa gloire au plus haut des deux? Oui, là était, selon toute apparence, la distinction importante qui, comprise plus tôt, eût peut-être épargné à David toutes les lenteurs que la grâce divine mettait à s'octroyer dans sa plénitude : Jéhovah réclamait, non plus pour lui-même, mais pour son nom, l'érection d'un palais digne de sa gloire; il ne revenait point sur l'abandon qu'il avait fait de ses prérogatives et de ses droits de possesseur, mais il voulait que le lieu d'où s'élanceraient la fumée des sacrifices et les vœux adressés à son trône céleste fût entouré d'assez d'éclat et de pompe pour compenser le pouvoir qu'il lui avait plu de céder. Il était donc permis de croire que dès qu'il verrait sa volonté enfin comprise et en voie d'exécution rapide , son fils et serviteur David sentirait renaître dans sa chair les forces de la jeunesse *; et ce serait ensuite à l'esprit inventif, au génie organisateur du roi de Sion à opérer , entre la royauté de son père céleste et la sienne, un partage convenable d'attributions et de services. ,

Si nous n'avions, pour appuyer ces inductions, que les quelques versets qui terminent le second livre de Samuel, nous aurions peut-être à craindre qu'on ne les

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