‹ L'Immortalité selon le ChristChapitre 11 sur 33 · Ma chair même a refleuri. » (Ps, xxvii et passim · texte numérisé non relu

Ma chair même a refleuri. » (Ps, xxvii et passim

f 169 L'IMMORTALITÉ

considérât comme hasardées ou gratuites. Mais, rapprorhéf» de ces inductions, bon nombre de passages des psaumes acquièrent une clarté subite et se constituent eux-mêmes en preuves. Ici, d*aiUeurs, le second document historique {Chroniques ou Paralipomenes) ^ beaucoup moins consulté d'ordinaire, prend une réelle importance eu égard aux indications détaillées qu'il nous fournit. Ce n'est pas que, même dans celui-ci, il n'y aii aussi à relever certains points de vue , nés des événements postérieurs , qui sont de nature à fausser le ser»^^ des actes et des paroles du personnage principal; mail'abondance même des détails y est une garantie pli^^ grande d'exactitude, Quoi qu'il en soit, comme ce fi^ réellement Salomon qui fut le constructeur du temple ♦^ l'un et l'autre récit laissent croire que dès longtemps le? père en avait réseiTé le soin au fils; mais nous avons assez fait entendre qu'un tel parti pris serait en contradiction formelle avec toute l'histoire des idées de David. Qu'il ait été interrompu dans son œuvre et éclairé plus ou moins par les irrécusables atteintes de la vieillesse et la ruine de plus en plus menaçante de ses espérances d'immortalité , c'est ce qui ne saurait nous surprendre. Mais nous ne devons pas nous étonner non plus que les historiens hébreux, toujours placés en dehors de toute donnée rationnelle et psychologique, et se refusant, — par respect pour leur Dieu, — à appliquer ses promesses

à la personne en qui elles ne s'étaient point réalisées, n'aient aucunement saisi le vrai sens des rêves de David. Pour nous, au contraire, qui ne pouvons plus conserver de doutes sHr sa véritable pensée, il ressort évidemment que des espérances d'avenir illimité ont dû , jusqu'au moment même de sa mort , imprimer leur irrécusable caractère dans l'exécution de tous ses desseins.

Le livre des Chroniques ne consacre pas moins de huit longs chapitres (ch. xxii-xxix) à Texposé de la double organisation sacerdotale et civile, instituée alors par David. Comment expliquer le silence gardé par tous

les autres documents hébraïques sur une œuvre d'une

* si haute importance en cette histoire, et d'un si» piquant intérêt, qui suffirait à elle seule pour placer celui qui Ta conçue au premier rang des politiques? Il est vrai que , au lieu d'assurer une durable splendeur à la monarchie juive , tout cela n'a abouti qu'à illuminer (l'une gloire empruntée un seul des successeurs de David; mais il faut que cette gloire ait jeté un bien jif éclat , puisque les yeux éblouis des enfants d'Israël , tournés depuis lors vers l'avenir, n'ont cessé d'en consoiTcr devant eux l'indestructible image.

L'organisation inaugurée par David était d'autant plus difficile et délicate qu'elle contrecarrait en plus (le points celle que Moïse avait rêvée. De la cour uni-

que ' institaée par Moïse, il fallait que Dairid eo fit deux, eu entourant celle des deux autorités qui ne devait plus être que nominative du plus grand luxe possible de fonctions inutiles. Nous ne pouvons , au sujet de cette dernière lutte entre la pensée de David et celle de Moïse, nous arrêter à l'intéressant rapprochement qu'U y aurait à faire ici entre les deux génies si différents qu'a produits la nation juive; il nous suffit de signaler ce rapprochement à l'attention.

Ce ne fut pas seulement la capitale, ce fut le pays tout entier, ce fut chaque tribu et chaque bourgade , au delà comme en deçà du Jourdain, qui reçut les agents et les ordres nécessaires pour que rien ne restât en « souffrance « ni dans le service du Dieu, ni dans le service du roi -jSan 1311 DmSnh IST SdS. » {Chron. I, ch. xxvi , v. 32).

Le vieux roi * avait à peine achevé de pourvoir à l'établissement de tous ces rouages qu'il fut forcé de reconnaître que ses forces se refusaient absolument à ce qu'il les mît lui-même en jeu. Mais, s'il jugea nécessaire d'abandonner les soucis et les travaux de l'administration

1. Nous renvoyons, tout spécialement en cet endroit, le lecteur au tableau de la cour de Jéhovah rêvée par Moïse, tel que nous Tavons reproduit d'après M. Nicolas , p. 8-13.

2. Cette vieillesse peut paraître prématurée; il n'avait que soixantedix ans.

à son fils, il ne parait pas pour cela qu'il voulut cesser de régner de fait ; il put bien se résigner à faire place à un autre sur ce trône que Jéhovah lui avait cédé, mais quel autre pouvoir que celui de la mort qu'il s'obstinait encore à nier eût pu le déterminer à en descendre ?

Le passage suivant nous semble éclairer complètement la situation :

« David assembla tous les chefs d'Israël , les chefs des tribus et les chefs des divisions qui étaient du service du 3^01, les chefs de mille, les chefs de cent, et les chefs de tout l'avoir et des troupeaux du roi et de ses fils, ainsi cjue les eunuques, et les hommes forts, et les hommes "vaillants, à Jérusalem. Et le roi David se mit debout et ^it : Écoutez -moi, mes frères, et mon peuple : J'avais médité dans mon cœur de bâtir une maison de repos pour l'arche d'alliance de Jéhovah , comme tabouret <le notre Dieu, et je me suis disposé à bâtir *. Mais le

1. On voit que ceci est en contradiction formelle avec la phase intercalée à la fin du discours de Nathan ( Somwei , liv. II, ch. vu). Nous disions dans notre note de la p. 113 , que si David avait pu mettre quelque chose de semblable dans la bouche de Jéhovah, c'était beaucoup plus tard. Nous faisions allusion à la circonstance à laquelle nous voici amenés. On voit que David ne se décide à céder à un autre l'achèvement du temple qu'après avoir reconnu que ses forces ne lui permettaient plus de le surveiller lui-même. Rien n'est plus frc^quent , dans les écrivains hébreux , que ces confusions de date qui dénaturent tous les

Dieu (D^nS^n) m*a dit: Ce n'est pas toi qui bâtiras une maison pour mon nom; car tu es un homme de guerre... »

(i Jéhovali , le Dieu d'Israël , m'a choisi dans toute la maison de mon père pour être roi d'Israël à perpétuité ; car il a fait choix de Juda pour être chef, ainsi que de la maison de Juda, maison de mon père. Et parmi les fils de mon père, c'est moi qu'il a voulu faire régner sur tout Israël. Et, de tous mes fils, car Jéhovah m'a donné beaucoup de fils , il a choisi Salomon , mon fils , pour le faire asseoir sur le trône du royaume de Jéhovah *. » {Chron., \i\. I, ch. xxviii).

Que de choses dans ce peu de mots paraîtraient sans explication possible, si nous n'en avions dès longtemps préparé l'éclaircissement !

Certes, tous ces actes sont accomplis avec une lucidité d'esprit et une prestesse d'évolutions qui ne semblent pas faire prévoir que celte vie et cette intelligence soient menacées d'une prochaine fin. Il paraît cependant qu'un court intervalle sépara de la mort ce dernier . effort de volonté. En vain, pour réchauffer les membres refroidis du roi, fit-on partager sa couche à une jeune vierge choisie parmi toutes les tribus d'Israël {Rois I,

1. La même idée est exprimée plus loin [Ibid., ch. xxix, v. 23), de manière à caractériser encore mieux le trône dont il s'agit : « Salomoa s'assit sur le trône de Jéhovah mn^ KDD'Sy» »

ch. I ) ; le terme de cette existence qui ne devait pas finir était arrivé.

Ici se place une question difficile à résoudre , mais dont la solution importe moins qu'il ne paraîtrait d'abord à l'ensemble de notre sujet : David a-t-il eu ou n-a-t-il pas eu l'idée d'une résurrection possible de son corps? — Si l'on s'en rapportait aux traducteurs qui sont naturellement enclins à faire exprimer le plus nettement possible au roi-prophhte les événements qu'il est censé avoir prédits, on croirait découvrir presque à chaque verset l'idée de résurrection. Mais il n'en est pas ainsi lorsque , sans parti pris d'avance , on se place au point de vue purement psychologique. Pour David , tout était à imaginer sur ce point, tout était à obtenir d'une décision nouvelle de Jéhovah. Le sort de tous les hommes jusque-là avait été ce qu'on l'avait vu être : on n'en avait vu aucun continuer indéfiniment à vivre; on n'en avait vu aucun reparaître sur la terre après avoir été placé mort dans son sein; il était donc bien évident qu'aucun fils d'Adam n'avait échappé jusque-là à la sentence de mort prononcée par Jéhovah. Sous quelle forme David avait-il dû traduire l'espoir une fois conçu d'obtenir la révocation de cette sentence ? — Évidemment sous celle-ci : « Ne me laisse pas mourir, » et non sous cette autre : « Rends-moi la vie après me l'avoir ôtée. » Il est difficile d'admettre que l'idée de résurrection se présente

à la pensée de celui qui, le premier, après avoir longtemps sollicité la promesse d'une yie sans fin , est parvenu à croire à la réalité de cette promesse. Mais que cet homnïe meure, et tout naturellement, au contraire, pour ceux qui considèrent comme véridique et toutpuissant le Dieu qui a fait la promesse, il y a une chose qui doit prendre place parmi les idées courantes, c'e€ que l'homme qui l'a reçue ressuscitera, ou que, du moiaf soit d!une façon soit d'une autre , à tel moment ou tel autre, la parole divine recevra son accomplissemei^ Ainsi s'introduit naturellement dans l'histoire juive cette idée de résurrection, si importante plus tare: sans qu'il soit nécessaire d'en attribuer l'initiative David.

Le passage où l'on pourrait, avec le plus de vra semblance, reconnaître le ton d'un homme résigné croire que le sommeil apparent de la mort ne nuir: point au refleurissement de sa chair est le suivar: {Ps. XV, canon chrétien) : « J'ai toujours Jéhovah pre sent devant moi, parce qu'il est à ma droite, afin que j ne sois point ébranlé. C'est pour cela que mon cœus'est réjoui, que ma langue a chanté des cantiques d^ joie, et que ma chair même reposera en espérance; parc* que tu ne laisseras pas mon âme dans le schèol (l'enfer), c que tu ne permettras pas que ton saint éprouve la corruption. Tu me feras connaître le chemin de la vie, et tu me

donneras devant ta face la plénitude de la joie pour toujours. ))

Quoi qu'il en soit, il ne voulut pas emporter, dans

ce schéol qui pouvait ne plus se rouvrir, les projets de

vengeance qu'il nourrissait depuis si longtemps contre

ceux qu'il avait systématiquement laissés impunis jus-

îue-là; et, au moment de mourir, il adressa à son fils

ces mots qui le peignent tout entier :

« Tu sais ce que m*a fait Joab, fils de Sarvia, et ce 9tt'îl a fait à Abner, fils de Ner, et à Amassa, fils de Jcttier*, qu'il a tués... Tu agiras selon ta sagesse, et tu ne hisseras pas descendre paisiblement sa vieillesse dans le sohèol... Tu as de plus auprès de toi Séméi, fils de Guera ; ^1 a proféré contre moi des malédictions violentes au jour où j'allai* à Mahanaïm. A mon retour, il est descendu au-devant de moi au Jourdain , et je lui ai juré par Jéhovah que je ne le ferais pas mourir par le glaive. Mais c*est à toi maintenant à ne pas de laisser impuni; tu es ^'* homme sage, tu feras ce qu'il faudra pour faire descendre ^^ vieillesse ensanglantée dans le schéol, ( Rois, liv. I, ch. ii, ^- 5 et suiv.)

N'oublions point qu'à ces recommandations il dut en ^Jouter une autre que ses historiens n'ont pu connaître;

1 • Les titres d'Abner et d*Amassa à la reconnaissance de David **^ent, on s'en souvient, que l'un avait en sa faveur trahi Isboseth et ^'^utre Absalon.

ce fut l'ordre exprès de cacher au plus profond des murailles du temple qui allait se bâtir le manuscrit de Moïse qu'il n'avait osé détruire , et que Josias devait retrouver.

Nous serions tenté de croire aussi que , parmi les écrits qu'il laissa, se trouvait le discours prononcé onze ans plus tard par Salomon , avec les modifications nécessaires, à l'inauguration du temple. Ce discours est si habile; il révèle, sous son apparence d'élan spontané d'adoration, des préoccupations si manifestes ; il i*enferm«.' et résume , sans le laisser voir, une substitution si complète d'institutions entièrement nouvelles aux anciennes institutions de Moïse, que David seul était capable d'en peser les termes et d'en fixer la forme. Se serait-il donné tant de peine pour un autre? — ^ous avons certes k» droit d'en douter. Aussi voyons-nous dans l'existence môme d'un tel discours une nouvelle preuve de l'espoir, soutenu en lui jusqu'à la fin , d'être l'inaugurateur du temple consacré ait nom de Jéhovah. Cette inauguration, nous n'en doutons pas, a>ait un double sens pour lui; il s'enivrait d,e l'idée qu'elle servirait aussi d'ouverture à son vrai règne. Pour cette heure solennelle , il se plaisait à prévoir ce rajeunissement , ce refleurisscment dont il parle si souvent dans ses psaumes; et sou discours, dès longtemps préparé, devait être le programme de l'ère nouvelle, le poétique

SELON LE CHIIIST. 177

expose ^ ce partage d'attributions et de services dont nous l'avons vu disposer si savamment toutes les bases.

Achevons en quelques mots ce qui a rapport à ce sujet,

« Ce fut dans la quatre-cent-quatre-vingtième année ^ depuis la sortie des enfants d'Israël du pays d'Egypte, dans la quatrième année du règne de Salomon sur Israël, au mois de ziv, qui est le deuxième, qu'il bâtit une maison à Jéhovah. » {Rois, liv. I, ch. vi, v. !.)•

Sept ans après, la construction étant achevée, l'arche y ayant été amenée selon le rit, le moment de la consécration était venu ; alors {ibid., ch. viii,*v. U) « le roi Salomon, tournant le visage, bénit toute l'assemblée d'Israël , et toute l'assemblée d'Israël était debout. » Après un préambule où il retrace les mérites de son père et les siens, il dit (v. 23) : « Jéhovah, Dieu d'Israël, il n'y a pas comme toi un Dieu, au ciel en liant, ni sur la terre en bas, gardant l'alliance et la bienfaisance h tes serviteurs qui marchent devant toi de tout leur cœur...»

1. Cette période, complétée par le temps que dura la construction, peut se traduire, en langage apocalyptique, par soixante-dix semaines (Vannées. Si l'on remarque qu'entre l'érection du premier temple et celle du second il y a eu encore une période à peu près égale, on doit s'attendre à ce que, dans un pçuple aussi enclin aux rapprochements, il a dû se trouver quelqu'un pour prédire des événements marquants au bout de la troisième période de soixante^dix semaines d'années.

« Mais notre Dieu habiterait-il véritablement sur la terre , puisque les cieux et les deux des cieux ne peuvent le contenir, moins encore la maison que j'ai bâtie I...»

On ne saurait rien imaginer de plus diamétralement opposé à ridée mère de Moïse *. La présence du roi Jébovah supprimée, toute la législation mosaïque se décolore et se disloque, privée qu'elle est du centre lumineux et attractif qui en reliait toutes les parties (voir encore pages 8-13). Salomon continue, s'adressant à Jéhovah :

« Tu as dit : Que mon nom soit là , — pour exaucer la prière que ton serviteur profère aujourd'hui devant toi. Tu exauceras la supplication de ton serviteur et de ton peuple d'Israël lorsqu'ils prieront en ce lieuH^i, tu les exauceras a l'endroit de ta demeure, au ciel. »

Aloi*s commence Fénumération de quelques cas dans

1. Comparez: {Exod$, ch. xxix, v. 43), « 7e me trouverai là au milieu des enfants d'israôl...» ( v. 45) : « J'habiterai (^n^DWI ) au milieu des enfants d'Israël , leur Dieu à eux. » ( v. 46 ) : « Ils sauront que je suis Jéhovah leur Dieu qui les a fait sortir du pays d'Egypte pour habiter ( >3DuS) ^^ milieu H'eux, moi Jéhovah , leur Dieu... » Et une foule d'autres passages de V Exode et du Uvitique. — Voilà la vraie schéchina {présence), telle que la comprenait Moisc pour le Roi Divin qu'il voulait voir occuper seul le trône d'IsracM. Nous voyons cette présence de Jéhovah supprimée aussi complètement que possible dans le premier temple; mais l'introduction du mot u schéchina » dans la langue hébraïque — à une époque très-postérieure — suffirait à elle seule à nous faire connaître que cette croyance a repani plus tard en Israël.

lesquels le peuple d'Israël aura besoin d'adresser ses prières à Jéhoyah ; et, après chacun de ces cas , revient comme un refrain le mot : « Tu nous exauceras du ciel, LIEU DE TA DEMEURE. » Cette formule est répétée huit fois dans le court discours prononcé par Salomon. Comment n'y pas reconnaître la main de celui qui avait écrit ce discours pour le prononcer lui-même? Quelle autre formule en effet aurait pu être mieux choisie pour fixer en quelque sorte les limites des deux circonscriptions royales, assigner respectueusement la sienne au roi du ciel, et consacrer T abdication définitive de Jéhovah en faveur de David , immortel héritier de sa 'H royauté terrestre?

LE CYCLE DAVIDIQUE.

} A la personne près, c'est le même règne qui conti-

nue après la mort de David. Si ce n'est pas lui qui a vu les plus éclatantes splendeurs d'Israël, c'est à lui seul qu'en revient la gloire; car c'est lui seul qui les a pré-

ISO i;r M MORTALITE:

parées. Qu'eussent été, sans David, les familles éparses des Béni- Israël? Leur passé aurait-il uqe place dans l'histoire si, comme un rapide éclair, il n'y paraissait^ sous ces traits éblouissants :

u Juda et Israël étaient nombreux comme le sable de la mer, et tous, en quantité immense, mangeaient, buvaient et se réjouissaient. Et Salomon dominait sur tous les royaumes, depuis le fleuve jusqu'au pays des Philistins et jusqu'à la frontière d'Egypte; ils apportaient des présents et servaient Salomon tous les jours de sa vie. Les vivres de Salomon pour un jour étaient trente kor de fine farine, et soixante kor d'autre farine; dix bœufs gras, vingt bœufs de pâturage et cent brebis; sans les cerfs, la gazelle, le iahmour et les volailles engraissées. Car il maîtrisait tout le pays on deçà du fleuve depuis Tiphsali jusqu'à Aza, tous les rois du pays en deçà du fleuve; et il avait la paix de lous les côtés alentour. Juda et Israël furent en sécurité, chacun sous sa vigiu et sous son fiouier, depuis Dan jusqu'à Ber-Scheba, durant tout le temps de Salomon. Salomon avait quarante mille attelages de chevaux pour ses chars et douze mille cavaliers. )) {Rois, liv. I, ch. IV, v. 20 et suiv.)

L'épisode caractéristique qui est resté comme là plus haute expression de l'illustration et de la gloire est la visite de la reine de Saba.

a Elle vint à .lérusalem avec un fort grand train :

des chameaux portant des aromates et une très-grande quantité d'or, ainsi que des pierres précieuses; eHe vint vers Salomon et lui parla de tout ce qu'elle avait en son cœur. » « Qu'il soit béni, s'écria-t-elle quand elle eut vu que la réalité dépassait la renomniée , qu'il soit béni Jqhovah, ton Dieu, qui s'est plu en toi pour te placer sur le trône d'Israël , par l'amour qu'il a pour Israël, à jamais ; et il t'a institué roi pour exercer le droit et la jus lice. » (Ch. X, V. 1, 9.) Que de fois cette image a-t-elle servi depuis pour caractériser le rêve toujours poursuivi et jamais atteint du règne du Messie !

La reine de Saba n'avait pas été seule à venir rendre hommage à celui qui fut « plus grand que tous les rois de la terre. »

« De tous les pays on cherchait à voir la face de Salomon , pour entendre la sagesse que rÉlohim avait mise en son cœur. Chacun d'eux apportait son offrande : des vases d'argent, des vases d'or, des vêtements, des armes, des aromates, des chevaux et des mulets, année par année. Salomon rassembla des chariots et des cavaliers, et il eut mille quatre cents chariots et douze mille cavaliers qu'il plaça dans les villes aux chariots et auprès du roi à Jérusalem. Le roi rendit l'argent commun à Jérusalem comme des pierres... » {Ibid., v. 2/j-27.)

Jamais les petites peuplades de la Syrie n'auraient pu même pressentir rien de semblable. A cette gloire

dont le dernier des enfants dlsraêi avait eu sa part, il fallait mesurer la puissance du Dieu qui avait voulu en décorer son peuple. ^ Mais, hélas I l'éclipsé qui éteignit ce soleil à son aurore n'a pas encore cessé , et depuis trois mille ans Israël attend qu'elle cesse; depuis trois niille ans il se console en prophétisant le retour de ces splendeurs.

En effet, — phénomène important que Fobseryation ne doit point laisser échapper — le prophétisme , en tant que divination de l'avenir, est l'expression nécessaire d'un tel état psychologique.

Avant de jeter un coup d'œil rapide sur cette transition toute naturelle entre le premier et le second objet de notre étude, il n'est pas inutile de tirer quelques conséquences générales de ce qui précède. Nous tenons

surtout à signaler les obligations toutes particulières

que Y anthropomorphisme impose aux historiens qui le prennent pour guide.

L'histoire vraie n'est que le tableau rationnel des phénomènes offerts par la nature humaine en tel lieu et en tel temps ; — l'histoire comprise au point de vue anthropomorphique est la suite plus ou moins interrompue des impulsions données aux événements par tel ou tel Dieu. L'histoire vmie est enfermée dans le cercle que tracent autour de ses inductions les données mêmes de la nature générale ; — pour l'autre histoire, il se produit aussi

un cercle analogue, mais avec des conséquences tout opposées, lorsque des révélations concernant Tavenir ont été mises dans une bouche divine; dès lors naît pour rhistorien l'obligation de mettre d'accord avec ces révélations tous les événements qui se succèdent. La difficulté qui résulte de cette considération dominante n'est pas tf es- grande lorsque Thistorien professe l'anthropomorphisme polythéique, parce que l'événement qui vient à contredire la parole d'un Dieu peut toujours être attribué à l'intervention momentanément plus puissante d'un autre. Mais cette difficulté devient sérieuse dans le cas de l'anthropomorphisme monothéique. Là , toute contradiction semble être injustifiable. On peut, il est vrai, recourir à l'hypothèse de changement de desseins, de regrets, de repentir, etc.; — mais cette ressource est précaire et le discrédit l'atteint tôt ou tard. Une ressource plus heureuse est l'ajournement d'échéance en échéance de la réalisation des paroles divines ; il arrive même inévitablement que, toutes les autres ressources ayant été épuisées, celle-ci reste la seule. L'histoire juive, depuis le règne du fils de David, est le plus frappant exemple de la reproduction incessante et obligée de cet expédient. Une autre difficulté non moins grande aux yeux de la morale, c'est qu'il n'y a en général aucun rapport entre la suite des événements et la distribution de la justice au point de vue adopté ; c'est

184 LIMMORTALITË

le plus souvent sur l'innocent que tombe la calamité considérée comme le châtiment du coupable. Il est vrai qu'ici la morale est une simple question d'orthodoxie; elle ne connaît d'autres degrés que ceux d'une fidélité plus ou moins grande à Jéhovah; toute autre obligation semble rigoureusement tenue à l'écart. Un Jéhu , par exemple, passera sa vie dans le sang, mais on ne lui fera pas moins dire par Jéhovah : « Parce que tu as bien exécuté ce qui est droit à mes yeux, et que tu as agi envers la maison d'Achab selon tout ce qui était dans mon cœur, tes fils seront jusqu'à la quatrième génération assis sur le trône d'Israël. »

S'il n'y avait, dans la lecture de cette histoire, d'autre intérêt en jeu que la curiosité excitée par la difficulté de la tâche imposée à Thistorien, on pourrait ne pas s'en émouvoir autrement ; il s'y joint malheureusement une considération beaucoup plus grave, c'est que ce point de vue fait reposer sur une erreur radicale toutes les théodicées qui en émanent. Nous n'avons ici qu'à laisser parler les faits. Grâces à Dieu la constitution de l'intelligence humaine est telle qu'il n'est pas de bandeau assez épais pour l'obscurcir toujours !

Ceci dit, revenons aux prophètes. On peut les diviser en deux classes successives : les prophètes de l'action et ceux de la parole.

La tendance caractéristique de la première de ces

deux classes de prophètes est la recherche passionnée et plus où moins habile des moyens de faire voir à tous les peuples d'alentour qu'Israël, étant mieux protégé, serait toujours le plus fort. C'est à l'époque de ces premiers prophètes, et en partie sans doute sous leur influence, que s'introduisit dans le culte hébreu une nuance remarquable dont le langage religieux a surtout conservé les traces. L'habitude contractée par les Israélites du premier temple de porter leurs regards vei's l'endroit d'où ils attendaient la miséricorde et le secours avait fini par donner au lieu de la demeure de leur Dieu une importance presque égale à celle- de leur Dieu luimême. Seul, parmi tous les petits peuples qui les entouraient, ils invoquaient le Ciel *; ils entendaient par Règne du Ciel le triomphe définitif d'Israël sur tous ses ennemis, en exécution des volontés d'en haut. Nul autre vœu, nulle autre prière que les vœux et les prières des Israélites n'avaient accès en ce séjour mystérieux où se confond, sur un même plan apparent, tout ce qui se .passe au-dessus du sol.- Tous les mouvements et changements d'aspect des astres, tous les accidents de l'atmosphère étaient donc autant de signes de la force d'Israël, en tsmt qu'exprimant celle de son protecteur spécial.

\, Les langues modernes nous fournissent de nombreux exemples de Cette confusion faite entre un souverain et le lieu de sa résidence : Versailles personnifié représente Louis XIV, etc.

Être en rapport avec ces signes, les produire où les obtenir au besoin , tel était alors le principal rôle du prophète. — Les deux principaux prophètes de ce genre sont Élie et Elisée.

, L'habitude de vivre sur les hauteurs , — l'étude des signes avant-courêurs des grondements et des colères du ciel , — un costume étrange et sauvage , — une sobriété qui faisait dire de lui comme de Moïse qu'il pouvait jeûner quarante jours et quarante nuits, — le bruit répandu partout des prodiges qu'il avait opérés, — tout cela faisait d'Élie T homme qu'il fallait pour prouver aux adorateurs des dieux de la plaine que le Dieu des montagnes, — ainsi qu'ils nommaient Jéhovah, — était toujours plus puissant qu'eux tous, et qu'il ne tarderait pas à se signaler de nouveau en tenant au centuple les promesses faites à David et dont le règne de Salomon n'avait été que le prélude.

Moins habile à tirer parti des accidents célestes, son disciple Elisée possédait peut-être mieux que lui le don de montrer l'intervention de Jéhovah dans les détails de la vie commune. Comment n'aurait-il pas été entouré de respect et de terreur ? N'avait-il pas fait dévorer par deux ours, apparus à sa voix, quarante-deux enfants qui s'étaient moqués de sa tête chauve?

Ce fut le temps des miracles-types. Autant de miracles d'Élie et d'Elisée, autant de types devenus depuis

familiers aux imaginations populaires et reproduits obstinément par elles, en toute occasion. Si, par son habileté à faire coïncider ses brusques apparitions avec les variations atmosphériques qui paraissaient se produire à son ordre, Élie s* est assuré en quelque sorte le monopole des prodiges opérés dans le ciel, tous ses autres miracles, — guérison de lépreux et d'enfants malades ou déjà crus morts, multiplication de pains et de vivres, purification dans le Jourdain, etc., — n'ont cessé de naître sous les pas des thaumaturges postérieurs, — que ceux-ci Talent voulu ou non, — par le seul fait de la passion du merveilleux vivement excitée. Mais cette supériorité dans l'exécution des miracles ne pouvait être longtemps pour le peuple élu une consolation suffisante au milieu des désastres qui Tassaillaient de toutes parts. Aux triomphes des prophètes de Jéhovah sur ceux de Baal on eût, certes, préféré le retour promis de «ette rapide prospérité entrevue sous David et sous Salomon. Il est vrai que bien peu d'enfants d'Israël avaient mérité, parleur fidélité à leur Dieu, de voir les splendeurs éternelles de son règne définitif. Le peuple s'était divisé en deux parts inégales, dont la plus petite seulement était échue en partage à cette race royale de Jessé, à qui étaient promises à jamais la domination et la gloire. Presque autant que le trône d'Israël, celui de Juda avait été

souillé par des cultes coupables. — Mais alors, pourquoi Jéhorah laissait -il croître de jour eu jour le nombre de ses ennemis? Pourquoi n'accomplissait-il pas contre eux ces menaces qui, dans la l)oucbe de David, s'étaient jointes en si grand nombre à ses promesses? Poun|uoi ne pressait-il pas l'avènement de son jocb terrible? Plus tôt serait faite la grande épuration, plus tôt s'établirait sur la terre le règne du ciel, — plus tôt, à l'exclusion de tout autre , serait célébré le nom de Jéhovah. Ah! sans doute, l'héritier du royaume, celui dont David avait été la figure, ou peut-être David luimême rendu à la vie , ne tarderait pas à paraître pour s'asseoir à la droite de son père céleste et présider au jugement. Mais, s'il tardait, n'était-ce point que Jéhovah hésitait à frapper un si grand nombre de coupables et demandait une victime expiatoire pour détourner sur elle son courroux ? Et quelle victime assez noble pour mériter d'elTacer un passé si coupable, si le peuple ne préparait son pardon par sa pénitence? — Que Ton fît donc pénitence, et le règne du ciel serait proche.

Tel est le thème tout tracé sur lequel devait s'exercer la verve poétique des prophètes de la parole , avec les variantes introduites par Fimagination de chacun d'eux.

Le plus grand, à coup sûr, — celui qui a donné le ton

à tous ceux qui sont venus après lui est le fils d'Amos, le brillant Isaïe. Lorsque sa voix puissante s'éleva au milieu de son peuple, d'irréparables malheurs l'avaient déjà atteint et décimé. Les villes des Samaritains dépeuplées par un premier exil , voyaient grandir dans leurs murs une population étrangère, importée d'Assyrie, qui ne se reliait d'aucune manière au passé du peuple de Jéhovah et ne pouvait avoir part à l'héritage de David K La fortune de Juda n'était guère moins précaire; el déjà s'agitait cette fatale question des alliances étrangères qui destinait dès lors la petite monarchie juive à devenir la proie de Tun ou de l'autre de ses puissants voisins. Mais quelle situation pouvait paraître désespérée au voyant qui, pour lire dans l'avenir, n'avait cjn'à remettre sous ses yeux les paroles de Jéhovah à David ?

En fait d'ontologie divine , Isaïe reste naturellement enfermé dans la conception hébraïque; le seul Dieu qu'il conçoive est toujours Jéhovah, créateur de la Judée, des pays qui l'avoisinent et du ciel qui s'arrondit au-dessus; il se le représente « assis sur ce cercle dominant la terre dont les habitants sont pour lui comme des sau-

"1. Cette exclusion de l'héritage de David motivera plus tard le rcf.us fait par Esdras aux Samaritains, de les admettre au nombre des constructeurs du second temple. C'est sans doute aussi par suite du mOme sentiment qu'il est dit au di. x, v. 5 du premier Évangile : « N'allez pas dans les villes des Samaritains, n

terelles » (Gh. xl, v. 22). Mais Isaïe entrevoit la vraie morale , il s'irrite contre les vaines pratiques que Thy- ' pocrisie y substitue; il sent et exprime les hautes Indignations de la vertu contre le vice; il aime son peuple avec passion et s'enivre des destinées qui l'attendent; il ne se borne pas, comme David, à exposer en termes vagues la période de repos et de bonheur sans fin qu'il aperçoit , il s'y transporte en quelque sorte, et y appelle à grands cris les brebis dispersées d'Israël. S*il se fait la plus fausse idée de la justice en Dieu ; s'il se place avec tout son peuple à l'antipode de toute thëodicée rationnelle, il a du moins, plus qu'aucun de ses devanciers, le sentiment de la justice humaine, et il en livre à ses successeurs un aperçu qu'ils n'ont pas dépassé.

Il parait être le premier qui ait conçu nettement l'idée d'un renouvellement de la terre et du ciel, accompagnant l'inauguration du règne du Messie : — Les grands et petits luminaires qui avaient suffi jusque - là à rillumination des jours et des nuits, feraient place à d'autres incomparablement plus brillants; — quant à la terre, chacun de ses produits serait multiplié dans une proportion énorme. « En parlant, — observe Maimonide *, — de la restoAiration du royaume des Israé-

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