‹ L'Immortalité selon le ChristChapitre 12 sur 33 · Moré'Nébouchim , H* partie, ch. xxix · texte numérisé non relu

Moré'Nébouchim , H* partie, ch. xxix

lites, de sa stabilité et de sa dui^, Isaîe dit que Jehovah produira de nouyeau le ciel et la terre; car, dans son langage, il s'exprime toujours, au sujet du règne dun roi, comme si c'était un monde propre à celuici. » Cette idée d'un autre monde, ou plutôt du renouyellement que subirait l'ancien aspect des choses avant la fondation du royaume divin sur la terre, devint, dès lors, un des plus invariables caractères de ce cycle. De toutes les idées prophétiques , il n'en est pas qu'il importe plus de bien saisir et de bien comprendre, si l'on veut avoir la clef de toutes les énigmes qui suivent.

Moins d'un siècle après Isaïe, et au moment où la ruine de Juda devenait de jour en jour plus menaçante, eut lieu cette foudroyante découverte qui devait remettre en honneur Moïse presque oublié et préparer le jého- Yisme plus pur du second temple : le livre de la Torah , enfoui dans les murs bâtis par Salomon, fut tout à coup tiré de l'oubli od il était resté depuis quatre cents ans. Certes, s'il y eut un moment dans l'bistoire juive où il fut permis d* espérer Tavénement du royaume divin, ce fut celui où Ton vit à la fois : Baal et Moloch honteusement chassés de Jérusalem , l'Aschérà de Manassé solennellement livré aux flammes dans le torrent de Cédron, tous les hauts lieux détruits et conspués , le Topheth de Ghé-hinom aboli , les chariots de Farmée du ciel brûlés.

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enfin, — chose caractéristique, — la réinstitution de la pâque , qui n'avait pas été célébrée depuis le temps des Juges! — Jamais, à coup sûr, Israël n'avait manifesté un élan semblable en l'honneur de son Dieu;, et il semble que le peuple entier dut se faire prophète pour s'écrier : Réjouissez - vous , le régne du ciel est proche !

Non; ce qui était proche c'étaient la ruine, la dispersion, l'exil. £t ici se montre à nu recueil ordinaire des annales anthropo-monothéiques. L'historien vient de dire de Josias {Rois, n, cli. xxii, v. 25) : a Avant lui, il n'y eut pas de roi semblable à lui qui se tournât vers Jéhovah de tout son cœur, selon toute la doctrine de Moïse... », et il est forcé d'ajouter au verset suivant : (( Toutefois, Jéhovah no revint point de l'ardeur de sa jçrandc colère, de laquelle il avait été embrasé contre Juda, à cause de toutes les irritations dont l'avait irrité Manassé. Jéhovah dit : Je veux ôter également Juda de devant ma face, comme j'ai ôlé Israël, et je rejette cette ville que j'ai choisie, Jérusalem , et cette maison dont j'ai dit : Mon nom est là. »

Quoi qu'il en soit, ce qu'il importe de constater icî< c'est que le règne de Josias est la véritable apparition du mosaïsme. C'est la réforme radicale opérée aloi^s, qui a donné un corps à la pensée du grand législateur hébreu. C'est à ce moment seulement que s'est formé

ce germe vivace qui, couvé pendant re"xil , éclos plus tard sous le souffle intelligent d'Esdras, est devenu enfin, dans les murs reconstruits de Jérusalem et à Tombic d'un nouveau temple, le vrai peuple de Jéhovah tel que, dispersé, il existe encore aujourd'hui.

Pendant ce temps, se maintenait inaperçu ou inavoué, sous une autorité divine réputée indiscutable, cet étrange. conflit d'idées contradictoires qu'on a désignées depuis sous le nom dHdées messianiques. Par suite du caractère presque également sacré dont Moïse et David s'étaient revêtus en attribuant l'un et l'autre leurs inspirations au même Dieu, ce même Dieu s'était trouvé affirmant par la bouche de l'un ce qu'il niait par la bouche de l'autre; — et cela avait abouti à lui faire affirmer et nier à la fois sa propre unité. Nous avons déjà (p. 152) fait pressentir ce terrible écueîl futur de la raison humaine en remarquant ce qui, dans ce peuple, faisait d'une génération divine un cas tout spécial.

L'influence de David persistant après sa mort, tandis que celle de Moïse restait presque à l'écart, les prophètes avaient pu sans difficulté continuer la contradiction davidique en transportant, dans l'avenir, à un autre oint de Jéhovah les qualités A'héritier et de fils. Mais ce compromis, encore possible pendant l'exil, perdit de plus en plus sa raison d'être après la reconstitution du nouveau

peuple et la publication, scnis h* titre d'œuvre de Moïse et sous une forme inaltérée depuis, de la compilation sacrée qui seule représente la Torah proprement dite. Les idées de David avaient 'eu néanmoins une prééminence trop prolongée pour que. abritées comme elles continuaient à Tétre sous l'autorité de JéhoTah. elles ne dussent, sous le second temple, former à côté du grand courant mosaïque un petit courant latéral. Mais, ce que Torthodoxie juive, désormais solidement constituée, pouvait admettre comme expression poétique et séduisante d'espémnces de plus en plus vagues, consentirait -elle à y ajouter foi lorsqu'après de longs siècles d'attente, ces m<^mes idées viendraient à s'incarner de nouveau sous la forme d'un fils de Jéhovali ?

Cette question qu'un esprit prévoyant aurait pu se poser, nous allons lui voir n revoir, dans la petite histoire juive d'abord, puis dans la grande histoire générale, la solution la plus naturelle d'une part et la plus inattendue de l'autre.

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