LA JUDEE SOUS TIBERE
En un coin presque imperceptible de là vaste scène qu'embrassait, sous les premiers Césars, le rayonnement politique de Rome , une observation attentive aurait pu révéler aux méditations d'un historien philosophe un phénomène bien remarquable et à coup sûr unique. Un petit groupe d'hommes à peine digne du nom de nation par le nombre de ceux qui le co^mposaient, offrait le spectacle inconnu partout ailleurs d'une société pratiquant l'égalité.
ai^n» Skw^ ^33 bo « Tous les enfants d'israêl sont
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fhî:res, » telle était la devise de ce peuple. On ne saurait assez remarquer l'étrange anomalie que constitue un tel phénomène dans l'aspect général de la civilisation antique.
Le caractère particulier de cette égalité pratiquée par les Hébreux n'a pas échappé à Tacite : u Ils ont, dit -il {Hist,, liv. V, § 5), les uns pour les autres un attachement invincible, une commisération très-active , ,— miscricordia in promplu, ^ - (le mot adopté depuis pour exprimer <5e sentiment est le mot charité). « Pour tous les autres, ajoute Tacite , ils n'ont que de l'éloignement et de la haine. » Une condition que l'auteur latin n'ignore pas permettait l'admission des étrangers dans la famille d'Israël sur le pied de l'égalité générale, c'était la circoncision, u Tous ceux qui embrassent leur culte la pratiquent, dit- il, et la première instruction qu'on leur donne, c'est de mépriser les dieux, d'abjurer la patrie, d'oublier pères, mères, enfants. » Il n'y avait d'égaux aux yeux de Jéhovah que les circoncis; mais ils Tétaient tous au même titre et au même degré.
De telles mœurs étaient la conséquence rigoureuse de la Loi qu'Esdras avait remise en honneur cinq siècles auparavant *, et que ce peuple n'avait pas cessé depuis d'entourer du plus inviolable respect. Cette Loi établis-
1. Nous avons déjà observé que ces cinq siècles pouvaient se traduire , en langage apocalyptique , par soixante-dix semaines (Vannées.
sait en ces termes formels l'égalité de tous les circoncis devant le Dieu d'Israël : « Vous êtes placés aujourd'hui tous devant Jéhovah, votre Dieu, les chefs de vos tribus, vos inspecteurs, tout homme d'Israël, vos petits-enfants, vos femmes, même l'étranger qui est au milieu de votre camp, depuis le fendeur de ton bois jusqu'à ton porteur d'eau. » (DeuL, liv. XXIX, v. 9, 10.)
Comment l'habitude de la charité fraternelle ne serait-elle pas sympathiquement née du sentiment qui, dans la bouche du grand législateur, avait pris ces accents attendris :
a Si tu prêtes de l'argent à mon peuple, au pauvre qui est avec toi, ne sois pas avec lui comme un créancier; ne lui impose point d'intérêt. Si tu prends eu gage le vêtement de ton prochain, dès le soleil couchant il faut le lui rendre; car c'est sa seule couverture; c'est le vêtement pour couvrir son corps. Où coucherait-il? — Si alors il crie vers moi, je l'entendrais, car je suis miséricordieux. » (Exode, ch. xxii, v. 2k et suiv.) « Vous n'opprimerez point la veuve, ni l'orphelin . Si vous l'opprimez , s'il crie vers moi, j'entendrai bien ses cris. » {Ibid., v. 20.) « Si ton frère décline et que sa main fléchisse près de toi, soutiens-le. » [Léviu, ch. xxv, v. 35.)
Les nombreux aperçus dont le sujet traité dans notre première partie nous a fourni l'occasion, nous dispensent
d'insister sur le second trait caractéristique par lequel ce peuple tenait surtout à se faire une place à part parmi les autres peuples. Le commandement qui ordonnait à risraélite d'aimer son prochain comme luimême ne venait qu'après celui-ci : « Écoute, Israël, Jehovah, notre Dieu, Jéhovah est seul, n II semblait donc que ce peuple possédait depuis des siècles, et en vertu d'une révélation d'en haut, la notion qui ailleurs avait été le dernier mot des plus hautes spéculations de l'esprit humain abandonné à ses seules forces, -» ^ savoir la notion d'un Dieu unique. Mais du plus simple examen résulte ici la distinction la plus radicale. Il faut observer, en effet, que ce qui constituait l'évolution du génie grec qui avait abouti à la proclamation de l'unité en Dieu, ce n'était pas d'avoir adopté^ un Dieu grec, — Jupiter, par exemple, ou tout autre, — et d'avoir déclaré que ce Dieu était seul. Bien loin de là, la grandeur de l'idée monothéique était tout entière dans l'admission d'une Puissance universelle, mais inconnue, — et dans la substitution de cette Puissance à toutes celle? qui, — par cela même que les annales des peuples relataient et définissaient leurs interventions, — étaient rejetées parmi les puériles productions de l'imagination humaine. A quel titre l'histoire d'Israël et de son Dieu aurait-elle donc pu prétendre à représenter l'idée monothéique?
Il est d'autant moins permis de confondre avec le ;e de Jéhovah l'idée philosophique exprimée par le QOthéisme, que les conséquences logiques de ces IX formes d'adoration sont nécessairement et absoaent invei*ses : tandis que le monothéisme rationnel nspire, à l'égard des opinions divergentes, que la is indulgente commisération et le plus bienveillant ipect pour toutes les libres expansions de l'âme huline,^ — l'autre n'inspire que l'intolérance et n'enidre que le fanatisme. D'un autre côté, tandis que le nothéisrae rationnel est naturellement tenu de conrer cette liberté absolue de la pensée sans laquelle »e lui eût pas été donné de faire éclater au sein des diligences grecques les témoignages de sa vérité, — • nonothéisme juif est tenu de n'accorder à la pensée itre exercice que l'interprétation, plus ou moins réî d'avance, de sa littérature.
ïl semble, cependant, — tant la nature humaine a Forces pour briser ses plus solides entraves, — que ie peuple avait eu le temps de laisser agir les ferats de recomposition qui s'agitaient en lui au mo- Qt OÙ nous reprenons* son histoire, s'il n'avait dû sque aussitôt après concentrer toute son énergie viî dans sa résistance à l'action absorbante exercée par me, il se serait peut-être lentement acheminé à une nsformation qui depuis n'a jamais trouvé l'occasion
tùf LIMMORTALITÉ
de s'opérer. Et pins tard encore, si la raison et une culture intellectuelle supérieure ayaient continué à éclairer le milieu social avec lequel la race juiye devait être mise en contact par sa dispersion, peut-être se serait-il produit un rapprochement et finalement une fusion d'idées entre cette race et les autres, en yertu de cette convergence naturelle que l'homogénéité des tendances détermine dans les intelligences humaines parties.des points les plus distants.
Mais ces dernières considérations n'appartiennent pas à notre sujet; nous devons nous restreindre à Texamen des données que l'état des esprits présentait en Judée à l'époque que nous abordons ici. Cet état était encore tel qu'assurément une transformation de quelque importance n'aurait pu être rapide. Opérée au cœur même du judaïsme, elle aurait sans doute parcouru d'autres phases et revêtu d'autres caractères que
celle qui était déjà presque achevée à Alexandrie, sous
l'impulsion d'une influence étrangère bien plus puissante. Quoi qu'il en soit, les germes de quelque évolution imminente devaient être déjà assez apparents^ puisque Josèphe a pu appliquer à la population de Jérusalem elle-même une division analogue à celle qui, en Grèce et à Rome, partageait la classe élevée en disciples de Zenon, d'Épicure et de Pythagore.
: Était-ce seulement à l'immixtion des idées exté-
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rieures, à rextension des relations, à la i'réqueiice des voyages, et à mille autre causes de ce genre qu'était due l'imminence plus ou moins sensible du résultat que nous venons d'indiquer? — Nous ne le croyons pas. Car, en quel temps la lecture assidue de la Torah fut-elle plus recommandée et pratiquée en Israël ? En quel temps vit-on plus de disciples empressés s'attacher aux pas de quelque maître habile à interpréter les Écritures? — Non; c'est en quelque sorte sur place, dans l'intérieur même du cercle mosaïque légèrement élargi par la tradition , que la raison individuelle parvenait avec effort à faire pénétrer quelque lumière.
Pourquoi ces mêmes efforts ont-ils si souvent abouti aux puérilités inqualifiables, aux inepties (logmaticjucment énoncées que nous trouvons dans les A(jacIolh du Talniud? C'est que le peuple juif, politiquement rétabli sur un assez bon pied par les Asmonéen.i, ne s'est pas trouvé assez longtemps en face des nécessités instructives qui s'attachent à la constitution d'une sociélé
autonome. 11 à cessé d'exi ter comme nation au moment même où ses docteurs commençaient à entrevoir le seul
élément individuel d'une société durable : la responsabilité devant la conscience.
Le livre d\iboth, fragment de la Mischna, nous a conservé d'excellentes sentences des Rabbi les plus re-
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iioiiiinés. Voici quelques-unes des plus pi'atiques parmi celles qui se rapportent à cette ëpoque.
« Schémaia disait : Aime le travail; fuis les grandeurs, et ne te soumets pas au caprice des puissants *. — Abtalion disait : Sages qui instruisez les autres-, soyez prudents dans vos discours, afin que les disciples qui vous suivent et qui aspirent vos paroles ne soient pas exposés à en mourir. — H illel et Schamtnaï ont reçu la tradition de ceux-ci. — Hillel disait : Imite les disciples d'Aaron, aimant la paix, recherchant la paix, aimant les hommes et les appliquant à l'étude de la Torah. — Il disait encore : Celui qui recherche la célébrité la perd ; celui qui n'augmente pas sa science la diminue; celui qui reste ignorant et abruti n'est pas digne de vivre. — Il disait encore : Ne t' éloigne pas de la chose publique; ne réponds pas de ta vertu ^vant le jour de ta mort; ne juge ton prochain que lorsque tu te trouveras dans sa position... )) etc. {Traité d'Aboth, passim).
Ce petit traité suffit pour donner une idée des continuels entretiens des Rabbi de ce temps avec leurs disciples, et des enseignements moraux qui étaient ainsi, sous prétexte de tradition, ajoutés à la Torah.
Combien nous aimerions à retrouver aujourd'hui,
1. La môme idée est exprimée par Tacite, dans sa peinture des mœurs juives : « Non regibus hœc adulatio, non Cssaribus honor. »
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dans les écoles juives d'alors , quelque intell^genlo glose des doctrines de ce Jésus, fils de Sirach, dont les œuvres, trop métaphysiques sans doute, n'ont pas été conservées dans leur langue et ne figurent pas au canon hébreu 1
A nos yeux, l'élite de la population de Jérusalem , celle qui se tenait à l'écart des passions qui bouillonnaient autour du temple, devait être la représentation plus ou moins exacte de celte émanation du génie national, pure en apparentée de tout emprunt, mais déjà si éloignée de la source primitive que, pour la caractériser, il faudrait avoir recoui^ aux comparaisons de Josèphe. La doctrine des Esséniens n'était sans doute aussi qu'une forme dérivée de l'enseignement du fils de Sirach. Montrons, à l'aide de quelques citations, comment les idées d'un penseur quelque peu échappé au joug mosaïque avaient pu, à la fois, donner naissance à une secte ascétique et aux vertus privées et publiques de citoyens pou différents de leurs contemporains d'Athènes pt de Rome.
(( lips entants de la sagesse forment l'église ^ des
1. Église, assemblée — de l'iiébreu "^"i^. — Ca mot reparaît frûquemnient dans l'Ancien Testament: niH'' Snp V assemblée , Véglise de Jéliovah; il n'a pas d'autre sens dans la bouche de Jésus et de Paul. Le «icns que ce mot a acquis depuis implique l'introduction, au sein du cycle davidiquc, d'une idre entièrement nnnvolle.
justes... Mon enfant, acœmplis tes œuvi-es avec douceur, et tu f attireras non -seulement Testime mais l'amour des hommes. « (Ch. m. ^
c( Mettez vos pieds dans les fei-s de la sagesse, et engagez votre cou dans ses chaînes... Chercbez-la avec soin, et elle vous sera découverte; et, quand -une fois vous l'aurez embrassée, ne la quittez point: car vous y trouverez à la fin votre repos, et elle se changera pour vous en un sujet de joie. » (Ch. vi.)
Les relations normales de la famille, cette pierre fondamentale de toute construction sociale, ont-elles jamais été décrites en termes plus louchants et plus justes?
« Écoutez, enfants, les avis de votre père, et suivezles de telle sorte que vous soyez sauvés. Car Dieu a rendu le père vénérable aux enfants et il a affermi sur eux Tautorité de la mère. Celui qui honoje sa mère est comme un homme qui amasse un Ijc'sor. (ieliii qui honore son père trouvera sa joie dans ses enfants. Honoi'ez votre père par actions, par paroles, et par toute sorte de patience. La bénédiction du père affermit la maison des enfants, et la malédiction de la mère la détruit jusqu'aux fondements. Mon fils, soulage ton père dans sa vieillesse, et ne l'attriste pas durant sa vie. Combien est infâme celui qui abandonne sofi père, et combien est maudit de Dieu celui qui aigrit l'esprit de sa mère. » (Ch. m.)
« Le mari d'une femme qui est bonne est heureux, et le nombre de ses années se multipliera au double. La femme forte est la joie de son mari , et elle lui fera passer en paix toutes les années de sa vie. La femme vertueuse est un excellent partage ; c'est le partage de ceux qui vénèrent Dieu ; et elle sera donnée à un homme pour «es bonaes actions. Qu'ils soient riches ou pauvres, ils auront le cœur content, et la joie sera en tout temps sur leur visage. » (Ch. xxvi.)
Le fils de Sirach avait poussé très-loin ses méditations sur les principes secrets des choses et sur la puissance ordonnatrice de qui elles tiennent Têtre; et l'on aperçoit toute une cosmogonie nouvelle dans les lignes que voici :
a Je te représenterai les merveilles que Dieu , dès le commencement, a fait reluire daïis ses ouvrages, et je t'apprendrai à le connaître dans la vérité. Dieu , dans sa sagesse {in judicio, dans son jugement, dans ses prévisions), a formé d'abord ses ouvrages; il a distingué leurs parties du moment qu'il les a institués, et les a placés pour subsister dans le temps qu'il leur a marqué. Il les a ornés pour jamais et les a conduits dans leurs mouvements quHls ont continués sans interrwption , sans aucun nouveau besoin et sans fatigue. Jamais Vun n'a 'presse ni dérangé Vautre, » (Ch. xvi.)
Quant aux rapports do la divinité avec l'homme el
à la condition de celui-ci sur la terre , il est bien peu de philosophies qui aient approché de leur véritable notion aussi près que celle du flls de Sirach.
« Ne dis point : Si je n'ai pas la sagesse, c'est que Dieu n'a pas voulu me la donner ; car, ce qu'il déteste ne peux-tu le détester aussi et ien abstenir? — Ne dis point : C'est Dieu qui veut me tromper et me perdre ; car, en quelle façon pourràit-il avoir besoin dlwmmes méchants? — Le Seigneur a en horreur toute abomination et tout dérèglement, mais ceux qui le craignent et le servent ne sentent-ils pas en eux-mêmes la même horreur pour les mêmes choses? — Dieu, dès le commencement, a créé l'homme et lui a donné le jugement, puis il l'a abandonné à ce jugement même. Il a bien voulu y joindre des ordonnances et des préceptes, et ces ordonnances bien observées conservent ceux qui y restent fidèles *; mais il a mis près de toi Teau et le feu, tu peux à ton gré porter la main sur l'un ou sur Tautre. La vie et la mort, le bien et le mal sont devant l'homme; ce qu'il aura choisi lui sera donné. » (Ch. xv, v. 11 et suiv.)
Voilà donc la liberté, la responsabilité devant la conscience, l'inutilité d'une direction divine proclamée par une bouche juive! — Comment s'étonner que les
1. II faut remarquer cette concession faite par le philosophe juif à l'orthodoxie jéhoviste , concession d'ailleurs impliciteinent détruite par tout ce qui précède et ce qui suit.
représentants de Torthodoxie niaient pas admis au nombre des écrits inspirés par 1* Esprit de leur Dieu, un livfe qui professe une autre morale que celle de l'obéissance? Dans la divinité qu'impliquait cette morale, il était difficile de reconnaître Jéhovah.
' Si le livre du fils de Sirach a été exclu du canon hébreu comme trop ouvert aux libres inspirations de la conscience, c'est sans doute à de tout autres motifs qu'il faut attribuer l'exclusion des deux livres des Machabées. Il est facile de reconnaître que la monarchie Asmonéenne, dont ces deux livres sont l'apologie, n'avait cessé de rencontrer, au sein du peuple, une sourde et sérieuse opposition. Était-ce parce que l'élévation au trône de tout autre famille que de celle de David, — dont les droits paraissaient cependant avoir été réservés*, -^ était en contradiction formelle avec les prophètes ? Ou plutôt, pour le plus grand nombre, n'était-ce pas parce que, malgré les tempéraments introduits dans
1. Mathatias, mourant, avait rappelé à ses fils que David « par sa douceur s'était acquis pour jamais le trône royal. » {Mach,, liv. I, ch. ii, V. 57 ). Il est vrai que Judas Machabée avait dit de lui-même : uque les nations sachent qu'il y a un rédempteur et un libérateur en Israël ! » (/&., ch. IV, V. 11.) Mais quand enfin « le peuple et les prêtres eurent consenti à ce que Simon fût leur chef et leur souverain prêtre pour toujours ; » ce fut avec cette restriction importante : « à moins que ne se lève le prophète promis... Donec surgat propheta fidelis. » (76., ch. xiv, V. 41.)
le DeuUronome , et malgré les souyenirs de David, l'ash cendant de plus en plus dominant des idées de Moïse faisait instinctivement sentir à tous les esprits qui en étaient imbus qu'aueune royauté n'était compatible en Israël avec celle de Jéhovah ?
Ce n'était d'ailleurs que la plume d'un courtisan qui avait pu placer sous le règne d'un Asmonéen la réalisatîofn des rêves de bonheur qui, pour les imaginations israélites, ne pouvaient s'appliquer qu'au règne promis du Messie : « Tout le pays de Juda demeura paisible pendant tout le temps de Simon... Les vieillards étaient tous assis dans les places publiques et s'entretenaient de l'abondance des biens de la terre ; les jeunes hommes se paraient de vêtements magnifiques et d'habits de guerre. Le prince distribuait des vivres dans les villes et fortifiait les places d'armes. Enfin, son nom devint célèbre jusqu'aux extrémités de la terre. Il établit la paix dans tout son pays, et tout Israël fut comblé de joie. Chacun se tenait assis sous sa vigne et sous son figuier.,. Il protégea tous les pauvres de son peuple ; il fut zélé pour l'observation de la loi , et il extermina tous les injustes et tous les méchants *... » {Mach,, liv. I, ch. xiv. )
Si le premier livre des Machabèes a été exclu du canon
1. Ces «injustes et ces méchants» sont sans doute les mêmes qui sont qualifiés ailleurs (ch. x , xi) de pestilentes, pour avoir vu de mauvais œil Tambition de Jonathas, frère de Simon.
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hébreu comme trop adulateur, le second l'a été peutêtre comme trop naïf. En fait de récits presque contemporains, les docteurs juifs devaient hésiter à admettre ceux qui contenaient des traits de crédulité par trop en désaccord avec la simple et naturelle vie de tous les jours. Les apparitions de cavaliers célestes, d'anges vêtus de blanc et autres merveilles qui abondent dans ce livre, encore en crédit dans les provinces, devaient commencer à exciter d'incrédules sourires à Jérusalem. Mais, eu égard au but que nous nous proposons dans cette étude, le II"* livre des Machabées nous présente un très-grand intérêt; car, en l'absence de prophéties — tombées complètement en désuétude depuis le second temple, — ce livre peut servir de trait d'union pour relier aux premiers rayonnements du cycle davidique le subit prolongement que nous allons étudier. Sans ce témoignage, écrit des idées populaires vers cette époque, nous n'aurions, avant le moment du plein épanouissement de l'idée dont nous écrivons l'histoire, aucune relation qui pût nous permettre d'en suivre la trace antérieure , pendant toute la durée d'une période de quatre ou cinq siècles *.
Qu'était devenue, depuis les derniers prophètes.
1. n est vrai que le livre de Daniel, replacé à sa vraie date, peut aussi servir à combler cette lacune.
cette eroranoe eo une résurrection des corps qui n'aTail d*aotre foDdement logîqoe que la mort même de rhomme à qui JéboTah arait promis Fimmortalité? (Toir p. 17&). — Subordonnée à la foi en rayénemenl d*on Mesrie , sans en être cependant one conséquence obligée , cette croyance arait dû sobir toutes les phases qn'aTait trayers^s Fautre , ayec aggrayation d'affidblissèment. — Persistante encore, bien que découragée par une interminable attente, elle n'existait qu'à l'état d'opinion Cacultatiye, mais méritante, que l'on n'exprimait même pas sans l'accompagner d'explications, ainsi que le prouye le passage sniyant :
« Juda Machabée^ayant recueilli deux mille drachmes d'une quête, les enyoya à Jérusalem ; car, ayant de bons et religieux sentiments à l'égard de la résurrection , il voulait qu'on offrît un sacrifice pour les péchés de ceux qui étaient morts. Il est bien certain (c'est l'auteur qui parle) que s'il n'avait espéré que ceux qui avaient été tués ressusciteraient un jour, il eût regardé comme une chose vaine et superflue de prier pour les morts*. Il considérait donc qu'une grande miséricorde était réservée a ceux qui avaient reçu le sommeil avec piété {qui cum pietale dormitionem acceperant). Ainsi, c'est une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu'ils