‹ L'Immortalité selon le ChristChapitre 16 sur 33 · LECTURES DE JESUS · texte numérisé non relu

LECTURES DE JESUS

« Que celui qui lit entende ce qu'il lit.» {Matth., ch. xxiv, V. 15; Marc, çh. xin, v. 1Z|.) Ces paroles de Jésus témoignent des longues méditations auxquelles furent consacrées, au fond de la province la plus éloignée du centre social que nous venons de décrire, les trente premières années d'une vie absorbée par une seule idée et une seule étude.

Pour bien comprendre ce qui avait été le principe et ce qui peu à peu était devenu le constant aliment de ces méditations , il suffit d'anticiper sur les dates et de se mettre sous les yeux le discours que le disciple Pierre, interprète de la pensée du généreux descendant de David, prononça publiquement peu de temps après

i\S L'IMMORTALITÉ

sa mort. En voici le texte d'après les Actes des Apôtres^ ch. II, V. 25 et suiv.

(( Ainsi, dit Pierre, s'exprime David: J'ai toujours' Jéhovah présent devant moi, parce qu'il est à ma droite, afin que je ne sois point ébranlé. C'est pour cela que mon cœur s'est réjoui , que ma langue a chanté des cantiques de joie et que ma chair même reposera en espérance ; parce que tu ne laisseras pas mon âme dans le schéol , et que tu ne permettras pas que ton saint éprouve la corruption. Tu me feras connaître le chemin de la vie, et tu me donneras devant ta face la plénitude de la joie pour toujours. » (Voyez page 17Z|.) Ces espérances de David n'avaient évidemment pas été réalisées pour lui-même, puisqu'il n'avait point encore reparu vivant sur la terre; aussi Pierre ajoute-t-il : « Mes frères, qu'il me soit permis de vous dire hardiment du patriarche David qu'il est mort, qu'il a été enseveli, et que son sépulcre est parmi nous jusqu'à ce jour. Mais, comme il était prophète et qu'il savait que Jéhovah lui avait promis avec serment qu'il ferait naître de son sang un fils qui serait assis sur son trône , dans cette connaissance qu'il avait de l'avenir, il a parlé de la résurrection du Christ S en

i. Nous n'avons pas besoin de rappeler que dans tout le Nouveau Testament écrit en grec, le mot hébreu H^^D, meutai oint, est traduit par son équivalent Xpiercàç Christ.

disant qu'il n'a point été laissé dans le schéol et que sa chair n'a poiiit éprouvé la corruption. »

Peut-être * le jeune artisan de Nazareth, n'avait-il pas cru d'abord que la mort fût une condition nécessaire pour que les promesses faites à son aïeul se réalisassent en sa personne; peut-être s'était-il cru simplement appelé à rendre au trône de David cet éclat que Jéhovah avait réduit à une si courte durée après avoir solennellement annoncé qu'il n'aurait pas de fin; peut-être aussi, cherchant à concilier le dire de Moïse avec celui de David , s'était-il dit que c'était le règne de Jéhovah et non le sien qu'il s'agissait d'établir pour toujours en Israël. Telles étaient les idées vagues auxquelles la plupart des prophéties avaient dû quelque temps arrêter sa pensée. Mais ^ pour s'en tenir à ces idées, il aurait fallu n'atacher aucune valeur à d'autres prophéties quisubor- ' donnaient l'avènement du règne du Ciel à de bien plus grandes complications et donnaient à ce règne des conditions d'établissement et de durée bien différentes. Ces dernières prophéties avaient peu à peu absorbé toute son attention et laissé dans l'ombre le grand nombre de celles qui ne paraissaient pas lui dessiner un rôle. De tous les peintres inspirés du règne futur, Isaïe,

1. Que signifieraient fes imialxon^, dont nous aurons à parler plus loin, si elles ne représentaient un retour, fugitif et bientôt réprimé, à 4 cette première période du travail intellectuel de Jésus?

sans doute, était celui dont la puissante parole faisait naître en son âme les plus sympathiques élans K

(( Un rejeton sortira du tronc de Jessè, et une pousse fleurira de ses racines. i> (Gh. xi, v. 1.)

« Gomme le temps ancien a porté le mépris sur k pays de Zabulon et de Nephtali, le temps prochain honorera' le pays près de la mer, au-delà du Jourdain, la contrée des nations (Galilée)...» (Gh. vni, v. 23.)

« Gonsolez, consolez mon peuple, dit votre Élohim. Parlez au cœur de Jérusalem et annoncez-lui que sa tâche est accomplie. » (Gh xl, v. 1 et 2.)

<( Ne crains pas , toi vermisseau , Jacob, petit peuple d'Israël. « Je te secours, dit Jéhovah, le saint d'Israël est ton Sauveur; tu les vanneras, et le vent les emportera, le tourbillon les dispersera, » (Gh. xu, v. H-16.)

« Réveille-toi, réveille-toi, revêts ta force, revêts ta parure, Jérusalem , ville sainte, car il ne viendra plus en toi d' incirconcis ni d'impur. » (Gh. ui, v. 1.)

(( Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière ; ceux qui habitent le pays des ombres de la mort, une lumière a brillé sur eux, » (Gh. ix, v. 1.)

a L Esprit de mon Seigneur Jéhovah est sur moi; car Jéhovah m'a choisi pour annoncer une nouvelle aux humbles,

1. Nous avons choisi les passages suivants parmi ceux qui reviennent le plus fréquemment dans les discours de Jésus, et dont il paraît s*être le plus inspiré. Nous soulignons les plus frappants.

pour guérir les cœurs brisés, pour proclamer la liberté aux captifs et l'ouverture de la prison à ceux qui sont enchaînés *. » (Ch. Lxi, V. 1.)

« RcLchetés de Jéhovah, ils retourneront et viendront àSion avec allégresse ; une joie étemelle (nh^v) couronnera leur tête. Us atteindront la joie et le plaisir. La douleur et le gémissement auront fui. » (Ch. xxxv, v. It).) « Celui qui se confie en moi aura la terre en héritage, il possédera ma montagne sainte. » (Ch. Lvn, v. 13.)

« Tes yeux verront le Roi dans son éclat, » (Ch. xxxiii, V. 17.)

(( Il arrivera dans la suite des temps que la montagne de la maison de Jéhovah s'avancera à la tête des montagnes, et s'^élèvera par-dessus les collines, et vers cette montagne afflueront les nations. Car de Sion provient la Torah , et de Jérusalem la parole de Jéhovah. )> (Ch. u, V. 2.)

« Plusieurs peuples partiront et diront : Allons-nousen ; montons vers la montagne de Jéhovah , vers la maison de rÉlohim de Jacob, pour qu'il nous enseigne ses voies. » u En ce jour c'est vers le rejeton de Jessé , placé comme une lumière pour les peuples, que se tourneront les nations. » « Les peuples marchent à ta lumière et les rois

i. Nous ne distinguerons pas, dans ces citations, celles qui appartiennent au second Isaie de celles qui appartiennent au premier. Au point de vue prophétique , toutes les distinctions chronologiques s*effacent pour le lecteur d*alors comme pour le lecteur d*aujourd*hui.

à l'éclat de ta splendeur, ô Sion! » (Ch. ii, passim.)

« ... Je dissipe comme un nuage tes crimes, comme une nuée tes péchés; reviens vers moi, car je veux te ' sauver. » (Ch. xuv.)

«... Toi, tu aurais peur de l'homme qui est mortel, qui périt comme Therbe ! — Tu aurais peur de la colère de l'oppresseur !... Où est donc la colère de l'oppresseur? — L'enchaîné a hâte d'être délivré ; il ne mourra pas dans la fosse; son pain ne lui manquera pas. Car je sois Jéhovah, ton Dieu... Je mets mes paroles dans ta boiu:he, je te couvre avec l'ombre de ma main ;" c'est moi qui implante les pieux qui soutiennent le ciel comme une lente ; j'affermis la terre sur ses fondements , et je dis à Sion : Tu es mon peuple. » (Ch. li, passlm.)

« Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui mon âme se comptait; f ai mon^sprit sur lui; il exposera la justice aux nations. » (Ch. xlii, v. 1.)

« C'est pourquoi ainsi, dit le Seigneur Jéhovah : J*al placé à Sion une pierre, une pierre éprouvée, angulaire, précieuse, fondée solidement. » (Ch. xxviu-lvi.)

« Voici que Jéhovah a fait entendre à l'extrémité de la terre : Dites à la fille de Sion : Voici, ton libérateur arrive; le voilà, sa récompense est avec lui et son œuvre est devant lui, »

C'est à ces côtés riants du tableau tracé par le prophète que l'âme tendre de Jésus devait se plaire. Être

SELON LE CHRIST. â23

le dispensateur choisi par Jéhovah pour répandre ses bienfaits sur son peuple ! quelle mission ! quelle destinée ! — Mais, à côté des promesses, il lisait les menaces ;

et, pour se résigner à en être aussi l'exécuteur, il avait besoin sans doute de s'élever avec effort au ton de la colère divine, et de chercher à s'en inspirer. A Isaïe plus qu'à aucun autre , les vrais motifs de cette colère lui paraissaient avoir été révélés.

« Jéhovah dit : Lorsque ce peuple s'approche de moi, il m'honore de la bouche et des lèvres ; mais son cœur s'est éloigné de moi, et la crainte qu'il a de moi n'est que précepte d'homme, chose apprise. » (Ch. xxix, v. 13.)

« Les conductewrs de ce peuple l'induisent en erreur, et les hommes séduits périssent. » ( Gh. ix, v. 15.)

« C'est pourquoi j'agirai encore plus prodigieusement à l'égard de ce peuple, prodigieusement, miraculeusement; la sagesse de ses sages périra ; l'intelligence de ses intelligents se cachera, » (Ch. xxix, v. H.)

« Il sera un refuge, mais aussi une pierre d'achoppement, un rocher pour faire trébucher les deux maisons d'Israël, un piège et des embûches pour les habitants de Jérusalem. Plusieurs y trébucheront, tomberont et se briseront. » ( Ch. vni, V. 14 et 15.)

« Qui a cru à votre nouvelle? Sur qui s'est manifesté le bras de Jéhovah? » Ch. xxix.)

« ... Et il dit : Va et dis à ce peuple : Écoutez toujours,

iik L l!tfMORTALITË

vous n'entendrez rien; regardez toujours, vous ne comprendrez rien. Que le coeur de ce peuple soit alourdi par la graisse; que ses yeux soient éblouis et ses oreiUes assourdies; de peur qu'il ne voie par ses yeux, qu'il n'entende par ses oreilles, ne comprenne par son cœur, qu'il ne se convertisse et que je ne le guérisse '. Je dis : Jusqu'à quand. Seigneur? 11 dit : Jusqu'à ce que les villes soient désertes et inba-

bitées, les maisons vides d'hommes et le pays dévasté ! en solitude ; et que Jéhovah ait éloigné les hommes, et que le délaissement soit gmnd dans le pays. Encore y aura-t-il un dixième qui à son tour sera anéanti. Mais, : comme le térébinthe et comme le chêne, quand ils sont défeuillés il en reste le tronc, il aura pour tronc une sainte postérité. » (Gh. vi, v. 9 et suiv.)

Jésus n'avait-il pas dû hésiter à croire à l'exécution d'un tel dessein? Que Jéhovah, pour sauver son peuple, eût jadis endurci le cœur de Pharaon, et plus tard celui

1. Les traducteurs, ont cherché à atténuer ce passage, dont r|niquité est difficile à justifier. Mais il ne saurait y avoir de doute sur le sens que nous donnons ci- dessus. Les verbes 77.^0» "^5?? ®* V^Oî^ sont tous les trois au hiphil , et par conséquent indiquent un alourdissement, un aveuglement et un assourdissement infligés par la volonté divine., De plus, le mot "[3 {de peur que, fjLTJiroTe), gouverne les deux verbes qui suivent aÇ7 et ^<2'J {qu*il ne se convertisse et que je ne le guérisse)^ puisqu'ils ne sont point séparés du premier membre de phrase par un accent disjonctif. C'est donc bien Jéhovah qui ne veut point de conversion , parce que à la conversion il a promis la guérison , et que parmi son peuple , il en est qu'il ne veut pas guérir.

des rois de Ghanaaa {Josué, ch. ix, v. 20), — il pouvait ne pas s'en étonner; mais, que ce fût à son peuple luimême que le Dieu d'Israël se plût à envoyer la surdité, l'aveuglement et l'inintelligence , afin de mieux assurer ses châtiments sur une génération dès lors irresponsalHe, c'est ce qui ne pouvait manquer de paraître étrange au jeune lecteur. Telle fut, cependant, sa soumission aux ordres à lui transmis par la voix des prophètes que nous le verrons {Matth,, ch. xiii, v. 14; — Marc, ch. iv, v. 12; — Luc, ch. viii, v. 10) répéter ces paroles d'Isaïe et les appliquer à ceux-mêmes à qui s'adressaient ses prédications.

Combien son cœur ne devait-il pas saigner aussi quand il se voyait, sous le nom d'Emmanuel, appelé à semer sur la terre la division, la guerre et la dévastation ! (Ch. viii; v. 1-8.) Un seul désir devait alors remplir son âme : puisque ce feu devait s'allumer, qu'il s'allumât donc vite et que ses effets fussent prompts ! — Mais combien de temps cela durerait-il ? car il s'agissait d'une rénovation complète. Isaïe déclarait que l'ère de prospérité promise ne s'ouvrirait pas avant que la nature elle - même n'eût subi les changements qui devaient constituer un monde nouveau et faire de la terre un séjour désormais exempt de peine, de souffrance et d'impureté.

« Car voici que je crée de nouveaux cieux et une nouvelle terre. On ne rappellera plus les choses précé-

dentés, elles ne viendront plus en mémoire. » (Ch. lxv, V. 17. ) « Car, comme les deux nouveaux et la terre nouvelle que je fais subsistent devant moi, dit Jéhovab, ainsi subsisteront votre postérité et votre nom. » (Ch. Lxvi, V. 22.)

Isaïe donnait une idée splendide de ce que serait le séjour terrestre après la rédemption.

(( La lumière de la lune sera comme la lumière du soleil ; et la lumière du soleil sera sept fois plus grande, comme la lumière de sept jours réunis, quand Jéhovah aura pansé la plaie de son peuple , et qu'il aura guéri ses profondes blessures. » (Ch. xxx, v. 26.)

Mais quels affreux désastres devaient précéder cette restauration de toutes choses et le pacifique établissenient du monde nouveau !

«Voici, le jour de Jéhovah arrive, cruel, plein de fureur et de colère brûlante, pour réduire la terre en désert et pour en extirper les pécheurs. Les étoiles du ciel ne feront plus luire leur lumière; le soleil sera obscurci dès son lever; la lune ne fera plus resplendir sa clarté...» ( Ch. XIII, V. 9.)

(( C'est bien le glaive, mais non cVun homme, qui les dévorera... leurs princes trembleront devant une liannière, dit Jéhovah, qui a un feu à Sion et un four à Jérusalem ^ )) (Ch. xxxr, V. 8, 9.)

1. Souvenir des gens de Rabba brûlés par David dans ur: four. Ce

SELON LE CHRIST. 2i7

« Toute l'armée céleste se dissout; les deux se roulent comme un livre ; toute leur armée se flétrit comme se flétrissent les feuilles de la vigne et les feuilles desséchées du figuier... C'est une boucherie de Jéhovah à Botsra ^.. car c'est un jour de vengeance pour Jéhovah , l'année de rémunération pour le tort fait à Sion. Les torrents se changent en poix, la poussière en soufre, et le pays deviendra de la poix en combustion. Ni le jour, ni la nuit il ne s'éteindra; éternellement la fumée s'en élèvera; de génération en génération ce pays sera détruit; à tout jamais nul n'y passera... Examinez dans le livre de Jéhovah, et lisez-y; rien de tout cela ne faillira... car ma bouche l'a commandé. Son souffle (le souffle du Messie sans doute) les rassemble; il leur jette le sort; sa main le leur partage au cordeau ; ils l'habiteront pour toujours; de génération en génération ils y demeureront.» (Ch. XXXIV, V. 4-17.)

(( Les cieux se dissipent comme de la fumée, et la terre s'effile comme un vêtement; ses habitants péris-

four de Jéhovah , établi à Jérusalem , est sans doute celui de la vallée de Ghé-Hinom, que nous avons traduit par le mot Géhenne. ( Voy. la note do la p. 122. )

1. Parmi les allusions postérieures à ce passage, il est curieux de rapprocher de TApocalypse de Jean le commentaire d'Abrabunel. C'est sans doute en vertu des mômes procédés rabbiuiques que le nom de Botsra désigne, — pour l'apôtre, la Rome des Césars, — pour le juif espagnol , la Rome des papes.

sent, mais mon secours durera toujours et ma justice ne cessera pas, » (Ch. u, v. 6.)

Ici s'apercevait le rôle pour lequel Jésus se sentait fait; car la distribution de la justice avait dû lui être réservée tout entière. Apjès cette terrible et rapide période se déroulerait, sous le règne béni du Messie, rétemelle rémunération de ceux qui auraient échappé aux vengeances célestes. Le peuple élu reprendrait alors pour toujours, sur la terre promise renouvelée, ce rôle de nation sacerdotale et sainte que Jéhovah lui avait jadis assigné par la voix de Moïse.

« Vous serez appelés les cohenim de Jéhovah ; on dira de vous que vous êtes les serviteurs de notre Élohim. Vous mangerez la richesse des peuples; ils posséderont le double dans leur pays; une joie éternelle sent^ pour eux. » (Ch. lxi, v. 6, 7.)

De quelle fécondité idéale ne faudrait-il pas que l'antique terre de Glianaan fût alors douée pour subvenir à tous les besoins de ses habitants sans exiger d'eux aucun travail ! Jésus devait plus tard, dans ses entretiens familiers avec Jean, laisser deviner tout ce que sur ce point il se plaisait à prévoir. L'évêque Irénée nous a heureusement conservé un fragment de ces entretiens rapporté par Papias {Adversas hxreses, 33 ) : « En -ces jours, disait Jésus, il naîtra des ceps qui auront chacun dix mille branches, et chaque branche aura dix mille

rameaux, et chaque rameau dix mille bourgeons, et chaque bourgeon donnera naissance à dix mille grappes; et chaque grappe aura dix mille grains, et de chaque grain le jus donnera vingt-cinq métrètes de vin. Et quand un des saints prendra une grappe, une autre grappe lui criera : Moi je vaux encore mieux , prendsmoi et bénis le Seigneur. — Pour le froment , ce sera de même; chaque grain fera naître dix mille épis; chaque épi -aura dix mille grains , et chaque grain don-

nera deux livres de fleur de farine ; et de môme encore pour les autres fruits, les autres semences et Therbe; ils se multiplieront dans la même proportion. Quant aux animaux, la terre suffisant amplement à leur nourriture, ils vivront en paix et en bonne harmonie entre eux, et ils obéiront aux hommes avec une entière soumission. »

Par cette bienheureuse paix régnant enfin pour la première fois. sur la terre et au ciel, on allait donc bientôt voir définitivement clore cette ère des colères et des apaisements dont la Torah avait autrefois réglé d'avance toutes les conditions réciproques. Dès le temps d'Isaïe, Jéhovah avait formellement annoncé ses dispositions nouvelles.

« Que me fait à moi la multitude de vos sacrifices ? dit Jéhovah. Je suis rassasié d'holocaustes de béliers, de graisse de veaux gras. Le sang des taureaux, des brebis

et des boucs, je n'en désire pas/.. Ne continuez plus d'apporter des offrandes trompeuses... Lorsque vous étendez vos mains, je détourne mes yeux de vous... Vos mains sont remplies de sang. Lavez-vous, purifiezvous, ôtez de devant mes yeux la méchanceté de vos actions; cessez de faire le mal; apprenez à feîre le bien ; recherchez le droit ; dirigez l'opprimé ; - faites droit à l'orphelin , et plaidez pour la veuve. » ( Ch. i , V. 11-17.)

Combien une telle déclaration ne devait -elle pas mettre à l'aise l'àme délicate et tendre de Jésus ! Rien n'était plus antipathique à sa nature que l'idée du sang versé en expiation du péché. Aussi ne devait-il pas chercher à comprendre ce qui avait pu jadis déterminer Jéhovah à enseigner si minutieusement à Moïse les moyens de l'apaiser. Lorsqu'il s'enivrait de son rôle futur de distributeur de la justice, lorsqu'il s'identifiait avec le Dieu clairvoyant et équitable dont il croyait sentir le saint esprit en lui-même, il se disait, à coup sûr : Comment et pour quelle cause un homme deviendraitil plus pur à mes yeux après avoir versé devant moi le sang d'un innocent holocauste? Comment le regard que j'ai détourné de cet homme parce qu'il est méchant serait-il ramené clément et apaisé vers lui parce qu'il m'a offert un sacrifice ? En quoi le sacrifice diminue-t-il la faute du coupable et accroît-il le mérite du juste ? Qu'ont

à faire entre les hommes et leur juge tous ces simulacres et tou1;es ces substitutions * ?

Et pourtant, par la plus touchante des contradictions, le rôle qu'il se croyait destiné avant tous les autres, celui vers Taccomplissement duquel nous le verrons se précipiter avec une ardeur sans cesse croissante, c'est précisément ce rôle de victime expiatoire, chargée des iniquités de son peuple *, dont Jéhovah réclamait le sacrifice avant de prononcer la sentence éternelle en faveur de ceux pour qui ce sacrifice lui aurait été ofiert. Il croyait» en un mot, que l'effusion de son sang était la condition exigée pour le rachat de son peuple, d'après l'injonction formelle exprimée ainsi dans le Lévitique.

i . C'est à un usage d'Egypte que Moïse avait emprunté l'idée des sacrifices de substitution, Hérodote nous a conservé la formule employée par le prêtre égyptien au moment où il immolait la victime expiatoire : u Si quelque malheur, disait-il au Dieu qu'il s'agissait d'apaiser, menace ceux qui offrent ce sacrifice, qu'il retombe sur cette tête. »

2. Il y a un rapprochement intéressant à faire entre l'âge de Jésus au moment de sa mort, et un chiffre mystérieusement indiqué par Aben- Esra dans son commentaire du verset du Lévitique relatif au bouc chargé des iniquités d'Israël : « Âaron mettra sur les deux boucs des sorts,, un sort pour Jéhovah , un sort pour Azazel. » (Ch. xvi, v. 8.) — Aben-Esra dit à ce sujet : « Si tu es capable de comprendre le mystère d'Azazel , tu apprendras aussi le mystère de son nom... Je te dirai par allusion une partie du mystère; quand tu auras trente-trois ans , tu nous comprendras. » Il y avait sans doute là-dessous quelque combinaison rabbinique, quelque ghématrie qui nous échappe et qui, connue de Jésus, avait pu se réunir à d'autres motifs pour déterminer le choix de l'heure de sa mort.

i18 L'IMMORTALITÉ

sa mort. En voici le texte d'après les Actes des Apôtres, ch. II, V. 25 et suiv.

(( Ainsi, dit Pierre, s'exprime David: J'ai toujours* Jéhovah présent devant moi, parce qu'il est à ma droite, afin que je ne sois point ébranlé. C'est pour cela que mon cœur s'est réjoui , que ma langue a chanté des cantiques de joie et que ma chair même reposera en espérance ; parce que tu ne laisseras pas mon âme dans le schéol , et que tu ne permettras pas que ton saint éprouve la corruption. Tu me feras connaître le chemin de la vie, et tu me donneras devant ta face la plénitude de la joie pour toujours. )) (Voyez page 17i.) Ces espérances de David n'avaient évidemment pas été réalisées pour lui-même, puisqu'il n'avait point encore reparu vivant sur la terre; aussi Pierre ajoute-t-il : « Mes frères, qu'il me soit permis de vous dire hardiment du patriarche David qu'il est mort, qu'il a été enseveli, et que son sépulcre est parmi nous jusqu'à ce jour. Mais, comme il était prophète et qu'il savait que Jéhovah lui avait promis avec serment qu'il ferait naître de son sang un fils qui serait assis sur son trône, dans cette connaissance qu'il avait de l'avenir, il a parlé de la résurrection du Christ *, en

te

1. Nous n'avons pas besoin de rappeler que dans tout le Nouveau Testament écrit en grec, le mot hébreu n"''ÇD, messi^ oint, est traduit par son équivalent Xpiercô; Christ.

plusieurs , et qu'il a intercède pour les malfaiteurs. » A part quelques traits obscurs, ce tableau était en quelque sorte le programme de tout ce qui devait précéder et suivre l'immolation de la victime choisie par J'éhovah. Cette victime « serait retranchée du pays des vivants, » mais elle y reviendrait « pour faire prospérer la volonté de Jéhovah, » c'est-à-dire pour inaugurer enfin le règne du ciel sur ceux qu'elle aurait à jamais préservés de la mort par la sienne.

Par leur couleur plus attristée que riante , les écrits de Jérémie offraient peut-être moins d'attrait à l'imagination de Jésus ; mais par là même ce prophète présentait un intérêt tout particulier et très-vif, car il semblait s'être chargé de peindre le temp^ de pénitence qui devait précéder immédiatement l'avènement du règne du ciel. Aussi , bien que Jésus ne trouvât pas dans ces écrits de fréquentes occasions de s'appliquer * ce qui y était annoncé, il ne pouvait douter que l'appel fait par Jérémie aux hommes de son temps ne fût le prophétique modèle de ce qu'il avait lui-même à dire pour enseigner les conditions du salut aux brebis qu'il devait sauver.

« Reviens, infidèle Israël, criait le prophète de la pé-

i. C*était écrit après Josias, et par conséquent après la découverte du manuscrit de Moïse. Quelques prophéties s'en ressentaient déjà.

i34 L'IMMORTALITÉ

nitence : je ne ferai pas tomber ma colère sur vous, car je suis miséricordieux, dit Jéhoyah... Reconnais seulement ton crime, car tu as été infidèle... Revenez, enfants rebelles, dit Jéhoyah, car moi je vous ai épousés; je vous prendrai un d'une ville, deux d'une famille, et je vous ramènerai à Sion... En ce temps-là, on appellera Jérusalem trône de Jéhovah; toutes les nations s^asseuvbleront au nom de Jéhovah à Jérusalem. Ils ne suivront plus régarement de leur cœur... Ôh I enveloppons-nous dans notre honte; que notice ignominie nous couvre; car nous avons péché contre Jéhovah notre Dieu, nous et nos pères, depuis notre jeunesse jusqu'à ce jour, et nous n'avons pas écouté la voix de Jéhovah notre Dieu. » ( Ch. m. )

« Car ainsi dit Jéhovah : Toute la terre sera désolée, mais je n'en ferai pas um destruction complète. Sur cela la terre est en deuil ; les cieux en haut sont couverts de noir, parce que je Tai dit et résolu et ne m'en suis pas repenti, et je ne m*en désisterai pas.» (Ch. iv, v. 27-28.)

« Us renient Jéhovah et disent : Ce n'est pas lui; le mal ne nous atteindra pas ; nous ne verrons ni le glaive, ni la famine; les prophètes seront du vent, celui qui parle n*est pas en eux. » (Ch. v, v. 12.)

« Les prophètes prophétisent avec fausseté, et les prêtres dominent sous leur direction, et mon peuple aime cela... et que ferez-vous, à la fin? » (Ch. v, v. SI.)

SELON LE CHRIST. 2;i5

<c Même en ces joure, dit Jéhovah, je ne vous anéantirai pas tous.» (Ch. V, V. 18.)

a Ainsi, dit Jéhovah, améliorez votre conduite et iros œuvres : alors je vous laisserai demeurer dans ce lieu-ci. Nie vous confiez pas dans les discours mensongers, en iisant : C'est le temple de Jéhovah , le temple de Jéhovah , le temple de Jéhovah M Car si vous améliorez votre wnduite et vos œuvres, si vous pratiquez bien la justice mtre tm homme et son prochain j si vous n'opprimez ni ? étranger, ni V orphelin, ni la veuve,,, alors je vous laisserai demeurer dans ce lieu-ci, dans le pays que j'ai donné ï vos ancêtres de U éternité jusqu'à Vétemité, » (Ch. vu.)

<c Est-ce que cette maison sur laquelle mon nom est invoqua est une caverne de voleurs à vos yeux ?... C'est pourquoi îinsi dît le Seigneur Jéhovah : Voici que ma colère et ma fureur se répandent sur ce lieu-ci, sur Thomme, 5ur la bête, sur l'arbre des champs et sur le fruit de la terre, ils brûleront sans l'éteindre. » {Ibld.)

« ... Certes la plume pleine de mensonge de vos scribes a opéré en vain... Depuis le plus petit jusqu'au plus grand, tous sont avides de lucre; depuis le prophète jusqu'au prêtre , tous sont fabricants de mensonges, » (Ch. viu.) « La voix suppliante de mon peuple retentit des pays éloignés : Jéliovîih n'est-il plus à Sion ? Son Roi n'y est-il plus? » {Ibid,)

1. Ce serait bien moins du temple de Jéhovah que des œuvres de péDitence, convenablement accomplies , qu'il faudrait attendre le salut.

(( C!est pourquoi, dit Jéhovah, il viendra un temps où on ne dira plus : Topheth est la vallée du fils de Hinom (Ghé-Hinom, yeewa. Géhenne), mais bien la vallée du carnage; on enterrera à Tophetfi par défaut de place. » <( Voici, il viendra un temps, dit .Jéhovah, le temps de ma visite (de mon jugement), où je ne ferai pas plus de grâce au circoncis qu'à Fincirconcis , les Égyptiens, Juda, Édom, les fils d'Ammon, ceux dont la barbe est coupée, habitants du désert; car tous les peuples sont incirconcis, et toute la maison d'Israël a le cœur incirconcis. » (Ch. ix.)

« Ainsi dit Jéhovah : Une voix est entendue à Rama, une plainte, des pleurs amers , Rachel pleurant ses enfants,- et elle ne veut pas être consolée, car ils ne sont plus^.. Reviens, vierge d'Israël, reviens dans ces villes qui sont à toi. Jusques à quand erreras-tu çà et là, fille égarée?... Jéhovah a crée de nouveau sur la terre,,. Il vient un temps, dit Jéhovah, où je sèmerai la maison d* Israël et de Juda de semences d hommes et d animaux. Il vient un temps, dit Jéhovah, où je contracterai avec la maison d'Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle... et voici Falliance que je contracterai avec les enfants d'Is-

1. Au début du premier évangile , nous lisons : « On vit alors s'accomplir ce qui avait été prédit par le prophète Jérémio disant : Un grand bruit a été entendu dans Rama, etc. » Pour bien comprendre le sens prophétique de ces textes, il faut avoir toujours soin de consulter ce qui, dans la pensée du prophète, les précède et les suit.

raél : Après ces jours, dit Jéhovah, je mettrai ma Torah en eux et je récrirai sur leur cœur, je serai pour eux un Dieu et ils seront pour moi un peuple. » (Ch. xxxi.)

Malgré le silence observé par Jérémie et l'omission de toute désignation précise, Jésus, s'appuyant sur les autres prophéties, ne pouvait se méprendre sur le sens de cette nouvelle alliance. Ce serait bien lui-même qui la contracterait et qui en dicterait les termes en sa qualité de dernier et définitif héritier du royaume de Jéhovah; et la solennité du serment que son père céleste ajoutait par la voix de Jérémie, à sa déclaration, ne pouvait lui laisser aucun doute sur la constitution et la durée du royaume nouveau. Jéhovah avait juré par sa propre puissance et par toutes ses œuvres, que le monde périrait plutôt tout entier que ne s'eiTacerait de dessus la terre l'état de choses qui aurait succédé à Tancien.

«... Tous les enfants d'Israël me reconnaîtront depuis les plus petits jusqu'aux plus grands, dit Jéhovah , car je pardonnerai leur iniquité et ne me souviendrai plus de leur faute. Ainsi parle Jéhovah qui a destiné le * soleil pour éclairer le jour et donné des lois pour la lune et les étoiles pour éclairer la nuit, qui dompte la meî* quand ses vagues sont agitées , — Jéhovah Tsébaoth est son nom! » « Si jamais ces lois-là peuvent cesser devant moi, dit Jéhovah, la postérité d'Israël aussi cessera d'être toujours une nation devant moi; si la hauteur des cieux

« C! est pourquoi, dit Jéhovah, il viendra un temps où on ne dira plus : Topheth est la vallée du fils de Hinom (Ghé-Hinom, yeewa. Géhenne), mais bien la vallée du carnage; on enterrera à Topheth par dèfaxU de place. » <( Voici, il viendra un temps, dit .Jéhovah, le temps de ma visite (de nion jugement), où je ne ferai pas plus de grâce au circoncis qu'à rincirconcis, les Égyptiens, Juda, Édom, les fils d'Ammon, ceux dont la barbe est coupée, habitants du désert; car tous les peuples sont incirconcis, et toute la maison d'Israël a le cœur incirconcîs. » (Gli. ix.)

« Ainsi dit Jéhovah : Une voix est entendue à Rama, une plainte, des pleurs amers , Rachel pleurant ses enfants,- et elle ne veut pas être consolée, car ils ne sont plus^.. Reviens, vierge d'Israël, reviens dans ces villes qui sont à toi. Jusques à quand erreras-tu çà et là, fille égarée?... Jéhovah a crée de nouveau sur la terre,,. Il vient un temps, dit Jéhovah, où je sèmerai la maison d'Israël et de Juda de semences d* hommes et d'animaux. Il vient un temps, dit Jéhovah, où je contracterai avec la maison d'Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle,,, et voici l'alliance que je contracterai avec les enfants d*Is-

1. Au début du premier évangile , nons lisons : a On vit alors s'accomplir ce qui avait été prédit par le prophète Jérémîo disant : Un grand bruit a été entendu dans Rama, etc. » Pour bien comprendre le sens prophétique de ces textes, il faut avoir toujours soin de consulter ce qui, dans la pensée du prophète, les précède et les suit.

SELON LE CHRIST. tM

raél : Après ces jours, dit Jéhovah, je mettrai ma Torah en eux et je récrirai sur leur cœur, je serai pour eux un Dieu et ils seront pour moi un peuple. » (Ch. xxxi.)

Malgré le silence observé par Jérémie et l'omission de toute désignation précise, Jésus, s'appuyant sur les autres prophéties, ne pouvait se méprendre sur le sens de cette nouvelle alliance. Ce serait bien lui-môme qui la contracterait et qui en dicterait les termes en sa qualité de dernier et définitif héritier du royaume de Jéhovah; et la solennité du serment que son père céleste ajoutait par la voix de Jérémie, à sa déclaration, ne pouvait lui laisser aucun doute sur la constitution et la durée du royaume nouveau. Jéhovah avait juré par sa propre puissance et par toutes ses œuvres, que le monde périrait plutôt tout entier que ne s'effacerait de dessus la terre l'état de choses qui aurait succédé à Tancien.

«... Tous les enfants d'Israël me reconnaîtront depuis les plus petits jusqu'aux plus grands , dit Jéhovah , car je pardonnerai leur iniquité et ne me souviendrai plus de leur faute. Ainsi parle Jéhovah qui a destiné le ' soleil pour éclairer le jour et donné des lois pour la lune et les étoiles pour éclairer la nuit, qui dompte la mef quand ses vagues sont agitées , — Jéhovah Tsébaoth est son nom î » « Si jamais ces lois-là peuvent cesser devant moi, dit Jéhovah, la postérité d'Israël aussi cessera d'être toujoure une nation devant moi; si la hauteur des cieux

dentés, elles ne viendront plus en mémoire. » (Ch. lxv, V. 17. ) « Car, comme les cieux nouveaux et la terre nouvelle que je fais subsistent devant moi, dit Jéhovah, ainsi subsisteront votre postérité et votive nom. » (Ch. Lxvi, V. 22.)

Isaïe donnait une idée splendide de ce que serait le séjour terrestre après la rédemption.

« La lumière de la lune sera comme la lumière du soleil ; et la lumière du soleil sera sept fois plus grande, comme la lumière de sept jours réunis, quand Jéhovah aura pansé la plaie de son peuple , et qu'il aura guéri ses profondes blessures, w (Ch. xxx, v. 26.)

Mais quels affreux désastres devaient précéder celte restauration de toutes choses et le pacifique établissement du monde nouveau !

« Voici, le jour de Jéhovah arrive, cruel , plein de fureur et de colère brûlante, pour réduire la terre en désert et pour en extirper les pécheurs. Les étoiles du ciel ne feront plus luire leur lumière; le soleil sera obscurci dès son lever; la lune ne fera plus resplendir sa clarté...» ( Ch. XIII, V. 9.)

« C'est bien le glaive, mais non d*un homme, qui les dévorera... leurs princes trembleront devant une bannière, dit Jéhovah, qui a un feu à Sion et un fow à Jérusalem ^ » (Ch. xxxr, V. 8, 9.)

1. Souvenir des gens de Rabba brûlés par David dans az. four. Ce

« Toute l'armée céleste se dissout; les deux se roulent comme un livre ; toute leur armée se flétrit comme se flétrissent les feuilles de la vigne et les feuilles desséchées du figuier... C'est une boucherie de Jéhovah à Botsra ^.. car c'est un jour de vengeance pour Jéhovah , l'année de rémunération pour le tort fait à Sion. Les torrents se changent en poix, la poussière en soufre, et le pays deviendra de la poix en combustion. Ni le jour, ni la nuit il ne s'éteindra; éternellement la fumée s'en élèvera; de génération en génération ce pays sera détruit ; à tout jamais nul n'y passera... Examinez dans le livre de Jéhovah, et lisez-y; rien de tout cela ne faillira... car ma bouche l'a commandé. Son souffle (le souffle du Messie sans doute) les rassemble; il leur jette le sort; sa main le leur partage au cordeau ; ils l'habiteront pour toujours; de génération en génération ils y demeureront.)) (Ch. xxxiv, V. 4-17.)

« Les cieux se dissipent comme de la fumée, et la terre s'effile comme un vêtement; ses habitants péris-

four de Jéhovah , établi à Jérusalem , est sans doute celui de la vallée de Ghé-Hinom, que nous avons traduit par le mot Géhenne. ( Voy. la note de la p. 122. )

1. Parmi les allusions postérieures à ce passage, il est curieux de rapprocher de l'Apocalypse de Jean le commentaire d'Abrabunel. C'est sans doute en vertu des mômes procédés rabbiniques que le nom de Bot'^ra désigne, — pour l'apôtre, la Rome des Césars, — pour le juif espagnol , la Rome des papes.

sa mort. En voici le texte d'après les Actes des Apôtres, ch. II, V. 25 et suiv.

(( Ainsi, dit Pierre, s'exprime David: J'ai toujours* Jéhovah présent devant moi, parce qu'il est à ma droite, afin que je ne sois point ébranlé. C'est pour cela que mon cœur s'est réjoui , que ma langue a chanté des cantiques de joie et que ma chair même reposera en espérance ; parce que tu ne laisseras pas mon âme dans le schéol , et que tu ne permettras pas que ton saint éprouve la corruption. Tu me feras connaître le chemin de la vie, et tu me donneras devant ta face la plénitude de la joie pour toujours. » (Voyez page 17i.) Ces espérances de David n'avaient évidemment pas été réalisées pour lui-même, puisqu'il n'avait point encore reparu vivant sur la terre-, aussi Pierre ajoute-t-il : « Mes frères, qu'il me soit permis de vous dire hardiment du patriarche David qu'il est mort, qu'il a été enseveli, et que son sépulcre est parmi nous jusqu'à ce jour. Mais, comme il était prophète et qu'il savait que Jéhovah lui avait promiis avec serment qu'il ferait naître de son sang un fils qui seimt assis sur son trône, dans cette connaissance qu'il avait de l'avenir, il a parlé de la résurrection du Christ *, en

1. Nous n'avons pas besoin de rappeler que dans tout le Nouveau Testament écrit en grec, le mot hébreu n'>^Q, messiei^ oint, est traduit par son équivalent Xpicrcàç Christ.

rameaux, et chaque rameau dix mille bourgeons, et chaque bourgeon donnera naissance à dix mille grappes; et chaque grappe aura dix mille grains, et de chaque grain le jus donnera vingt- cinq métrètes de vin. Et quand un des saints prendra une grappe, une autre grappe lui criera : Moi je vaux encore mieux , prendsmoi et bénis le Seigneur. — Pour le froment, ce sera de même ; chaque grain fera naître dix mille épis ; chaque épi -aura dix mille grains, et chaque grain don-

Dera deux livres de fleur de farine ; et de même encore pour les autres fruits, les autres semences et Therbe; ils se multiplieront dans la même proportion. Quant aux animaux, la terre suffisant amplement à leurnourrituriB, ils vivront en paix et en bonne harmonie entre eux, et ils obéiront aux hommes avec une entière soumission. »

Par cette bienheureuse paix régnant enfin pour la première fois»sur la terre et au ciel, on allait donc bientôt voir définitivement clore cette ère des colères et des apaisements dont la Torah avait autrefois réglé d'avance toutes les conditions réciproques. Dès le temps d'Isaïe, Jéhovah avait formellement annoncé ses dispositions nouvelles.

« Que me fait à moi la multitude de vos sacrifices ? dit Jéhovah. Je suis rassasié d'holocaustes de béliers, de graisse de veaux gras. Le sang des taureaux, des brebis

ilî L'IMMORTALITÉ

prière. En attendant, il fallait traiter ses frères comme on voulait être traité par le Père céleste. Tout autre souci devenait vain ; il ne s*agissait plus de songer & se nourrir et à se vêtir ; la vie n'était-elle pas plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement? Le temps était passé où, il fallait travailler pour le lendemain. Que chacun travaillât à son salut, et celui qui connaûh sait les. besoins de chacun saurait bien pourvoir à œs besoins. Qu'on s'abstint de toute critique et de tout jugement sur les actions d'autrui ) comme on aurait jugé on serait bientôt jugé soi-même. Chercher afin de trouver, frapper à la porte afin qu'elle fût ouverte ; là était maintenant tout l'intérêt. Dès longtemps une voie sûre conduisaità cette porte; la Torah et les prophètes l'avaient enseignée, ils avaient dit : « Faites aux hommes tout ce que vous voudriez qu'ils vous fissent. » Mais que la voie était étroite, et la porte petite! — Il était venu pour élargir la voie et faciliter l'entrée de la porte à ceux qui voudraient récouter. Mais il ne suffirait pas pour entrer de l'avoir appelé : Seigneur, Seigneur, — ni même d'avoir fait des miracles en son nom ; il faudrait avoir fait la volonté de son père écrite dans la Torah. Écouter ses paroles et les mettre en pratique, c'était bâtir sa maison sur le roc; en suivre d'autres, c'était bâtir sur le sable; quand viendrait l'orage, on verrait celle qui résisterait le mieux. A l'exemple du premier évangéliste et pour moins

à faire entre les hommes et leur juge tous ces simulacres et toutes ces substitutions ' ?

Et pourtant, par la plus touchante des contradictions, le rôle qu'il se croyait destiné avant tous les autres, celui vers l'accomplissement duquel nous le verrons se précipiter avec une ardeur sans cesse croissante, c'est précisément ce rôle de victime expiatoire, chargée des iniquités de son peuple *, dont Jéhovah réclamait le sacrifice avant de prononcer la sentence éternelle en faveur de ceux pour qui ce sacrifice lui aurait été offert. Il croyait» eo un mot, que l'effusion de son sang était la condition exigée pour le rachat de son peuple, d'après l'injonction formelle exprimée ainsi dans le Lévitique.

1 . C*est à un usage d*Égypte que Moïse avait emprunté Tidée des sacrifices de substitution, Hérodote nous a conservé la formule employée par le prêtre égyptien au moment où il immolait la victime expiatoire : K Si quelque malheur, disait-il au Dieu qu'il s'agissait d'apaiser, menace ceux qui offrent ce sacrifice , qu'il retombe sur cette tête. »

2. Il y a un rapprochement intéressant à faire entre l'âge de Jésus au moment de sa mort, et un chiffre mystérieusement indiqué par Aben- Esra dans son commentaire du verset du Lévitique relatif au bouc chargé des iniquités d'Israël : « Âaron mettra sur les deux boucs des sorts,, un sort pour Jéhovàb , un sort pour Azazel. » (Ch. xvi, v. 8.) — Aben-Esra dit à ce sujet : « Si tu es capable de comprendre le mystère d'Azazel , tu apprendras aussi le mystère de son nom... Je te dirai par allusion une partie du mystère; quand tu auras trente-trois ans , tu nous comprendras. » Il y avait sans doute là- dessous quelque combinaison rabbinique, quelque ghématrie qui nous échappe et qui, connue de Jésus, avait pu se réunir à d'autres motifs pour déterminer le choix de l'heure de sa mort.

(ch. xvu, V. 11) : « L'âme de la chair est dans le sang, je vous Tai donné sur Fautel pour racheter les personnes ; car c*est le sang qui rachète les personnes. »

Ce rôle lui était ainsi tracé par Isaïe :

«... Il s* élève comme un jeune rameau et comme une pousse dans un pays desséché ; il n'a ni figure, ni beauté, pour que nous le regardions; pas d'apparence pour que nous y trouvions plaisir. Méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur et familiarisé avec la souffrance, et comme quelqu'un qui c^che sa face devant nous, nous le méprisions et ne fîmes pas attention à lui. Mais il a porté nos infirmités, il s'est chargé de nos douleurs... Il a souffert pour que nous eussions la paix, et par sa

meurtrissure nous avons été guéris. Tous nous avons été égarés comme des brebis; nous suivions chacun sa voie, mais Jéhovah a fait que le péché de nous tous l'atteignît... Il fut retranché du pays des vivants, et le châtiment lui est venu du péché de mon peuple... Il t'a plu, ô Jéhovah I d'agçraver ses souffrances; mais, si tu livres son âme comme victime, il verra une postérité et vivra longtemps ; et la volonté de Jéhovah prospère en sa main... Mon serviteur le juste ramène à la justice plusieurs dont il a porté les iniquités. C'est pourquoi je lui assigne son partage parmi les gnands; il partagera le butin avec les puissants, parce qu'il a exposé sa personne à la mort, quHl a compté parmi les malfaiteurs, qu'il a porté le péché de

plusieurs , et qu'il a intercédé pour les malfaiteurs, » A part quelques traits obscurs, ce tableau était en quelque sorte le programme de tout ce qui devait précéder et suivre l'immolation de la victime choisie par Jéhovah. Cette victime « serait retranchée du pays des vivants, » mais elle y reviendrait « pour faire prospérei* la volonté de Jéhovah, » c'est-à-dire pour inaugurer enfin le règne du ciel sur ceux qu'elle aurait à jamais préservés de la mort par la sienne.

Par leur couleur plus attristée que riante , les écrits de Jérémie offraient peut-être moins d'attrait à l'imagination de Jésus ; mais par là même ce prophète présentait un intérêt tout particulier et très-vif, car il semblait s'être chargé de peindre le temps de pénitence qui devait précéder immédiatement l'avènement du règne du ciel. Aussi , bien que Jésus ne trouvât pas dans ces écrits de fréquentes occasions de s'appliquer * ce qui y était annoncé, il ne pouvait douter que l'appel fait par Jérémie aux hommes de son temps ne fût le prophétique modèle de ce qu'il avait lui-même à dire pour enseigner les conditions du salut aux brebis qu'il devait sauver.

« Reviens, iniidèle Israël, criait le prophète de la pé-

i. C'était écrit après Josias, et par conséquent après la découverte du manuscrit de Moïse. Quelques prophéties s*en ressentaient déjà.

ne le sera cette ville au jour du jugement *. Lors donc qu'ils vous pourchasseront dans une ville, fuyez dans une autre; car, je vous le dis en vérité,, vous n!aurex pas achevé toutes les villes (fisraèl avant que le FUs de Vhomme vienne * . . . Ne les craignez donc pas. . . Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et ne peuvent y éteindre la vie ( ^y-^^ ) , mais craignez plutôt celui qui peut détruire ( àiuoXédat ) la vie ( ^x^v ) et le corps dans le feu de Ghé-Hinom (yeewYi). »

Nous ne penserions pas que ce passage eût besoin de commentaire si , par la plus étrange erreur de traduction , et en fermant obstinément les yeux sur tout

i . Les textes que nous avons empruntés au chapitre xni de Luc , et que nous avons cités dans notre note de la page 268 , aident bien à comprendre ces exécutions sommaires et en masse. La colère céleste , en effet, n*aurait qu*à anéantir de fond en comble, et sans autre forme de jugement, les villes dans lesquelles il ne se serait trouvé personne pour prêter l'oreille à la bonne nouvelle , et où, par conséquent il n'y aurait pas même eu un commencement de pénitence.

2. L'événement parait ici présenté comme beaucoup plus proche qu'au verset 28 du ch. xvi du même évangile , où il est dit que plusieurs auront été atteints «par la mort avant le jugement. Ce qui explique cette différence , et ce qu'il ne faut jamais perdre de vue dans la lecture de ces récits écrits beaucoup plus tard , c'est que parmi les paroles de Jésus qui s'étaient transmises jusque-là de bouche en bouche, il n'y en avait que quelques - unes qu'on avait pu conserver intactes ; il avait bien fallu in^ troduire dans les autres les modifications nécessitées par les faits patents qui s'étaient produits depuis. Il faut observer que ces instructions données aux disciples semblent toutes s'étendre jusqu'au moment considéré ici comme très-prochain , où Jésus reviendrait en qualité (^^ juge.

<c Même en ces jours, dit Jébovah, je ne vous anéantirai pas tous.» (Ch. V, V. 18.)

« Ainsi, dit Jéhoyah, améliorez votre conduite et vos CBUvres : alors je vous laisserai demeurer dans ce lieu-ci. Ne vous coaQez pas dans les discours mensongers, en disant : C'est le temple de Jéhovah, le temple de Jéhovali , le temple de Jéhovah * ! Car si vous améliorez votre conduite el vos œuvres, si vous pratiquez bien la justice entre un homme et son prochain, si vous n* opprimez ni Vétranger, ni Vorphelin, ni la veuve... alors je vous laisserai demeurer dans ce lieu-ci, dans le pays que fai donné a vos ancêtres de V éternité jusqu'à l'éternité. » (Ch. vu.)

<( Est-^e que cette maison sur laquelle mon nom est invoqué est une caverne de voleurs à vos yeux ?... C'est pourquoi ainsi dit le Seigneur Jéhovah : Voici que ma colère et ma fureur se répandent sur ce lieu-ci, sur Thomme, sur la bête, sur l'arbre des champs et sur le fruit de la terre, ils brûleront sans l'éteindre. » [îbid.)

« ... Certes la plume pleine de mensonge de vos scribes a opéré en vain... Depuis le plus petit jusqu'au plus grand, tous sont avides de lucre; depuis le prophète jusqu'au prêtre , tous sont fabricants de mensonges, » (Ch. viu.) « La voix suppliante de mon peuple retentit des pays éloignés : Jéhovîih n'est-il plus à Sion ? Son Roi n'y est-il plus? » {Ibid.)

1. Ce serait bien moins du temple de Jéhovah que des œuvres de pénitence, convenablement accomplies , qu'il faudrait attendre le salut.

cet autre lui désignait ceux qu'il devait attaquer :

«... Ik se sont emparés des richesses et des dignités , Us ont multiplié les veuves au milieu de la ville. Les prêtres ont

violé ma loi et profané mes saintetés,.. Ses chefs sont au milieu d'elle comme des loups dévorants qui saisissent la proie pour répandre le sang, perdre les âmes, s'enrichir par le lucre... Je répands sur eux ma fureur... » (Ch. xxu.)

Les formes du jugement révélées à Ézéchiel seront plus tard reproduites par Jésus :

« Voici que je juge entre un agneau et l'autre, pour les béliers comme pour les boucs. » (Ch. xxxiv.)

L'idée de ce qui devrait suivre sa mort était peut-être née des passages que voici :

« Quand tu t' éteindras, je voilerai le ciel eïf obscurcirai ses étoiles: je couvrirai le soleil d'un nuage et la lune ne fera pas briller sa lumière, » (Ch. xxxii, v. 7.) n Je te ferai descendre vers ceux qui sont descendus dans la fosse, vers le peuple des temps anciens, dans les profondeurs de la terre, dans les ruines éternelles,)) (Ch. xxvi', v. 20.)

Mais, sans contredit, de toutes les prophéties d'Ézéchiel, celle qui devait le plus frapper et captiver le lecteur, est celle qui est contenue au chapitre xxxvii *. En

1. Il est difficile aujourd'hui de voir dans cette prophétie autre chose que la figure par laquelle Ézéchiel exprime son espoir de voir finir la captivité de Babylone ; mais nous n'avons pas à nous arrêter à cette considération.

SELON LE CHRIST. 2i7

« Toute Tarmée céleste se dissout; les cieux se roulent comme un livre ; toute leur armée se flétrit comme se flétrissent les feuilles de la vigne et les feuilles desséchées du figuier... C'est une boucherie de Jéhovah à Botsra *..• car c'est un jour de vengeance pour Jéhovah , l'année de rémunération pour le tort fait à Sion. Les torrents se changent en poix, la poussière en soufre, et le pays deviendra de la poix en combustion. Ni le jour, ni la nuit il ne s'éteindra; éternellement la fumée s'en élèvera; de génération en génération ce pays sera détruit; à tout jamais nul n'y passera... Examinez dans le livre de Jéhovah, et lisez-y; rien de tout cela ne faillira... car ma bouche l'a commandé. Son souffle (le souffle du Messie sans doute) les rassemble; il leur jette le sort; sa main le leur partage au cordeau ; ils l'habiteront pour toujours; de génération en génération ils y demeureront. » (Ch. xxxiv, V. 4-17.)

« Les cieux se dissipent comme de la fumée, et la terre s'effile comme un vêtement; ses habitants péris-

four de Jéhovah , établi à Jérusalem , est sans doute celui de la vallée de Ghé-Hinom, que nous avons traduit par le mot Géhenne. ( Voy. la note de la p. 122. )

1 . Parmi les allusions postérieures à ce passage , il est curieux de rapprocher de TApocalypse de Jean le commentaire d'Abrabanel. C'est sans doute en vertu des mêmes procédés rabbiniques que le nom de Bot«^ra désigne, — pour Tapôtre, la Rome des Césars, — pour le juif espagnol , la Rome des papes.

ut L'IMMORTALITÉ

FEsprît : Ainsi dit le Seigneur Dieu : Esprit , viens des quatre vents, et souffle sur ces morts pour qu'ils revivent. — Et je prophétisai comme il m'avait commandé, et l'Esprit vint en eux. Et ils devinrent vivants, et ils se tinrent sur leurs pieds, une fouie très-considérable. Et il mè dit : Fils de l'homme, ces ossements c*est toute la inaison d*I$ra'éL »

<f Je ferai d'eux une seule nation dans le pays, sar les montagnes d^ Israël, et un seul roi sera pour tous un roù.. et mon serviteur David sera roi sar eux. Un seul pasteur sera pour tous; ils marcJieront selon mes droits, ils observeront mes ordonnances et les exécuteroiit. Ils demeureront dans le pays que j'ai donné à mon serviteur, à Jacob, où ont demeuré leurs pères; ils y demeureront, eux , leurs fils et leurs petitsfils , pour l'éternité, et mon serviteur David sera leur prince à jamais. »

Rien de plus clair et de plus formel. iMais, pour voir se grouper autour du trône Timmortelle assemblée, pour voir un bonheur sans fin régner sur cette terre de Chanaan , donnée jadis à Jacob, il semblait y avoir une condition que le nouveau David ne pouvait accomplir lui-même. Il fallait que ce même Esprit (mi) de Jéhovah, qui avait animé tous les êtres aux premiers jours de la création , descendit une seconde fois du ciel sur les élus , ■— sur les vivants, sans doute , aussi bien que sur les morts, — pour rétablir en eux Tiramor-

rameaux, et chaque rameau dix mille bourgeons, et chaque bourgeon donnera naissance à dix mille grappes; et chaque grappe aura dix mille grains, et de chaque grain le jus donnera vingt- cinq métrètes de vin. Et quand un des saints prendra une grappe, une autre grappe lui criera : Moi je vaux encore mieux , prendsmoi et bénis le Seigneur. — Pour le froment , ce sera de même ; chaque grain fera naître dix mille épis ; chaque épi -aura dix mille grains, et chaque grain don-

Dera deux livres de fleur de farine ; et de même encore pour les autres fruits, les autres semences et Therbe; ils se multiplieront dans la même proportion. Quant aux animaux, la terre suffisant amplement à leurnourriturjB, ils vivront en paix et en bonne harmonie entre eux, et ils obéiront aux hommes avec une entière soumission. »

Par cette bienheureuse paix régnant enfin pour la première fois. sur la terre et au ciel, on allait donc bientôt voir définitivement clore cette ère des colères et des apaisements dont la Torah avait autrefois réglé d'avance toutes les conditions réciproques. Dès le temps d'Isaïe, Jéhovah avait formellement annoncé ses dispositions nouvelles.

« Que me fait à moi la multitude de vos sacrifices ? dit Jéhovah. Je suis rassasié d'holocaustes de béliers, de graisse de veaux gras. Le sang des taureaux, des brebis

282 JL'IMMORTALITÉ

fils de David. » {Matth., ch. xii, v. 23.) Mais si , par ces maDifestations extérieures de la puissance que lui accordait Jéhovah , il était heureux de préluder en quelque sorte aux merveilles futures de son règne, il éprouvait une joie bien plus vive encore à reconnaitre, dans chacune des inspirations généreuses qui débordaient de son cœur, dans chacune des paroles enflammées qui affluaient à ses lèvres, Tirrécusable présence du souffle divitf, du Saint-Esprit de son père céleste. Son grand chagrin était de ne pouvoir assez 1^ communiquer aux autres. Au grand scandale des orthodoxes, il se montrait peu soucieux de quelque autre introduction que ce fût dans le corps de ceux qu'il brûlait de convaincre. {Matth., ch. XII et xv. ) Il ne permettait pas qu'on doutât plus que lui de la qualité divine de cet Esprit ; le méconnaître ou en médire était le plus irrémissible des péchés; rester indifférent à la bonne nouvelle ou ne pas la comprendre, hésiter à rompre avec le monde qui allait finir, parler de choses usuelles, consulter d'anciens intérêts , — c'était montrer qu'on avait en soi un autre esprit, c'était rester exposé à toutes les rigueurs du jugement prochain *. *

1. De toutes les idées qui concourent à former le Nouveau Testament, celle-ci est peut-être la seule où puisse se reconnaître le germe d'une conception nouvelle, <— tant est faible la trace antérieure de ce qui est devenu depuis une troisième personne divine. Cependant,

à faire entre les hommes et leur juge tous ces simulacres et toutes ces substitutions ' ?

Et pourtant, par la plus touchante des contradictions, le rôle qu'il se croyait destiné avant tous les autres, celui vers l'accomplissement duquel nous le verrons se précipiter avec une ardeur sans cesse croissante, c'est précisément ce rôle de victime expiatoire, chargée des iniquités de son peuple *, dont Jéhovah réclamait le sacrifice avant de prononcer la sentence éternelle en faveur de ceux pour qui ce sacrifice lui aurait été offert. Il croyait» en un mot, que l'effusion de son sang était la condition exigée pour le rachat de son peuple, d'après l'injonction formelle exprimée ainsi dans le Lévitique

1 . C*est à un usage d*Égypte que Moïse avait emprunté Tidée des sacrifices de substitution, Hérodote nous a conservé la formule employée par le prêtre égyptien au moment où il immolait la victime expiatoire : (( Si quelque malheur, disait-il au Dieu qu41 s*agissait d*apaiser, menace ceux qui offrent ce sacrifice, quMl retombe sur cette tête. »

2. Il y a un rapprochement intéressant à faire entre Tâge de Jésus au moment de sa mort, et un chiffre mystérieusement indiqué par Aben- Esra dans son commentaire du verset du Lévitique relatif au bouc chargé des iniquités d*Israë] : « Âaron mettra sur les deux boucs des sorts,, un sort pour Jéhovàb, un sort pour Azazel. » (Ch. xvi, v. 8.) — Aben-Esra dit à ce sujet : « Si tu es capable de comprendre le mystère d'Azazel , tu apprendras aussi le mystère de son nom... Je te dirai par allusion une partie du mystère; quand tu auras trente-trois ans , tu nous comprendras. » Il y avait sans doute là-dessous quelque combinaison rabbinique, quelque ghématrie qui nous échappe et qui, connue de Jésus, avait pu se réunir à d'autres motifs pour déterminer le choix de l'heure de sa mort.

de Daniel, c'était « la fin , » « le temps de la /în *. » « ... Il me dit : Comprends, Fils de Thomme, car la vision se rapporte au temps de la fin... Je suis venu pour te faire comprendre ce qui arrivera à ton peuple dans la fin des jours... Et, des intelligents, il en tombera pour épurer par eux, pour trier et puriiier jusqu'au temps de la fin..,, etc. »

Ce temps de la fin, ce moment terrible auquel le monde était enfin parvenu et qu'il allait avoir à traverser avant son renouvellement, ce temps était décrit par Daniel en termes trop brefs et trop vagues pour que l'imagination pût s'en représenter le tableau. Le trait le plus net était une résurrection partielle des anciens morts. Ce qui distinguait cette prophétie de celles du même genre, c'est que Daniel , prenant David au mot dans ses plus grandes colères, vouait quelquesuns des ressuscites à des supplices éternels :

«... Et ce sera un temps de calamité qui n'a pas été depuis qu'une nation existe jusqu'à •ce temps. Et en ce temps, ton peuple sera sauvé, quiconque sera trouvé écrit dans le livre. Et plusieurs (Q^a'î) de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, ceux-ci pour vivre éternellement, et ceux-là pour l'opprobre et pour la honte éternelle... et moi j'entendis

1. Le nom qui conviendrait à Daniel est celui de prophète de la fin.

SELON LK CHRIST. z:il

raël : Après ces jours, dit Jéhovah, je mettrai ma Torali en eux et je récrirai sur leur cœur, je serai pour eux un Dieu et ils seront pour moi un peuple. » (Ch. xxxi.)

Malgré le silence observé par Jérémie et l'omission de toute désignation précise, Jésus, s'appuyant sur les autres prophéties, ne pouvait se méprendre sur le sens de cette nouvelle alliance. Ce serait bien lui-même qui la contracterait et qui en dicterait les termes en sa qualité de dernier et définitif héritier du royaume de Jéhovah; et la solennité du serment que son père céleste ajoutait par la voix de Jérémie, à sa déclaration, ne pouvait lui laisser aucun doute sur la constitution et la durée du royaume nouveau. Jéhovah avait juré par sa propre puissance et par toutes ses œuvres, que le monde périrait plutôt tout entier que ne s'effacerait de dessus la terre l'état de choses qui aurait succédé à Tancien.

«... Tous les enfants d'Israël me reconnaîtront depuis les plus petits jusqu'aux plus grands , dit Jéhovah , car je pardonnerai leur iniquité et ne me souviendrai plus de leur faute. Ainsi parle Jéhovah qui a destiné le soleil pour éclairer le jour et donné des lois pour la lune et les étoiles pour éclairer la nuit, qui dompte la mef quand ses vagues sont agitées, — Jéhovah Tsébaoth est son nom! » «Si jamais ces lois-là peuvent cesser devant moi, dit Jéhovah, la postérité d'Israël aussi cessera d'être toujours une nation devant moi; si la hauteur des cieux

286 LIMMORTALITÉ

prennent point'. Et la prophétie d'Isaîe s'accomplit en eux lorsqu'il dit : Vous écouterez de vos oreilles et vous n'entendrez point ; vous regarderez de vos yeux et vous ne verrez point. Car le cœur de ce peuple s'est appesanti, et leurs oreilles sont devenues sourdes , et ils ont fermé leurs yeux ; de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n'entendent, que leur cœur ne comprenne , et que, s' étant convertis, je ne les guérisse. »

Si les paraboles étaient obscures pour des esprits que trente ans de méditation et de lectures assidues n'avaieDf pas familiarisés avec l'idée, déjà bien oblitérée en Israël, d'un bouleversement de toutes choses suivi d'un règne, de bonheur et d'immortalité , ces comparaisons et images nous présentent, au contraire, aujourd'hui sens fort net, dès que nous consentons à nous pla& dans le limpide courant de la pensée de Jésus. Tou ont pour but d'exprimer : soit la difficulté même q éprouve à se faire comprendre; soit l'avènement règne de Jéhovah, inauguré déjà par la manifestât! de ses volontés dans la préparation rapide que Jés était venu opérer par son ordre ; soit le terrible passa du monde à un état nouveau, et le triage qui allait eO résulter parmi les hommes; soit enfin le royaume d^

i. L'édition de Cambridge qui, sur tant de points, offre un si frap« pant caractère de fidélité , ajoute ici : |i.i7jroTe émcpè^Mixri , de peur qu'Us ne se convertissent , comme plus bas.

SELON LE C H lus T. 239

Lé jeune lecteur avait pu observer que le roi dont le prophète annonçait le retour et le règne éternel, était toujours David lui-même; mais pouvait-il hésiter à se substituer à son aïeul pour tous les rôles réservés dans revenir à celui-ci ?

<c Mon troupeau, disait Ézéchiel au nom de Jéhovah,' est sur toutes les montagnes et sur chaque colline élevée; il s'est dispersé sur toute la surface de la terre. » (Ch. xxxiv.)

«Celle (la brebis) qui était perdue, je la chercherai; celle qui était égarée je la ramènerai; je panserai la blessée, je fortifierai la malade ; je consei^erai celle qui est grasse, qui est forte; je les ferai paître avec droiture. » (Ibid.)

ji J'établirai sur mon peuple un seul pasteur, et il les fera paître. Mon servUeur David, lui, il les fera paître; lui, il sera pour elles un pasteur. » {Ibid,)

« David, mon serviteur, est leur prince pour toujours. » (Ch. xxxvH, V. 25.)

«... Il me dit : Fils de FHomme, va vers la maison d'Israël et dis-lui mes paroles... car tu n'es pas envoyé vers un peuple qui a des paroles ininlelUyibles et une langue embarrassée, mais vers la maison d* Israël *. ))*(Ch. m.)

Si ce verset limitait la mission du Fils de Fhomme,

i. n leur répondit : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis d'Israël qui s^e sont perdues. » {Matthieu, ch. xv, v. 2i.)

et des boucs, je n*en désire pas/.. Ne continuez plus d'apporter des offrandes trompeuses... Lorsque vous étendez vos mains, je détourne mes yeux de vous... Vos mains sont remplies de sang. Lavez-vous, purifiezvous, ôtez de devant mes yeux la méchanceté de vos actions; cessez de faire le mal; apprenez à faire le bien; recherchez le droit; dirigez l'opprimé; faites droit à l'orphelin , et plaidez pour la veuve. » ( Gh. i , V. 11-17.)

Combien une telle déclaration rie devait -elle pas mettre à Taise Tàme délicate et tendre de Jésus ! Rien n'était plus antipathique à sa nature que l'idée du sang versé en expiation du péché. Aussi ne devait-il pas chercher à comprendre ce qui avait pu jadis déterminer Jéhovah à enseigner si minutieusement à Moïse les moyens de l'apaiser. Lorsqu'il s'enivrait de son rôle futur de distributeur de la justice, lorsqu'il s'identifiait avec le Dieu clairvoyant et équitable dont il croyait sentir le saint esprit en lui-même, il se disait, à coup sûr: Comment et pour quelle cause un homme deviendraitil plus pur à mes yeux après avoir versé devant moi le sang d'un innocent holocauste? Comment le regard que j'ai détourné de cet homme parce qu'il est méchant serait-il ramené clément et apaisé vers lui parce qu'il m'a offert un sacrifice ? En quoi le sacrifice dirainue-t-il l faute du coupable et accroit-il le mérite du juste ? Qu'on-

SELON LE CHRLST. 289

mettaient à pousser indistinctement dans son bercail le plus de brebis possible, et, selon l'expression du prophète Zacharie, les plus pauvres du troupeau; il représentait un homme qui avait préparé un grand souper et qui, n'ayant pu réunir les convives sur lesquels il comptait, donnait cet ordre à son serviteur : « Va-t'en promptement dans les places et dans les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés , les aveugles et les boiteux. Le serviteur lui dit ensuite : Maître , ce que tu as commandé est fait, et il y a encore des places de reste. Le maître dit au serviteur : Va dans les chemins et le long des haies, et force-les à entrer ( compelle intrare), afin que ma maison soit remplie. » {Luc, ch. xiv. )

C'est vers ce temps que les synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) placent la répétition du miracle d'Élie, consistant dans la multiplication des pains. Une chose qui peut surprendre et qui, dans tous les cas, nous laisse voir que les résultats obtenus par Jésus sur l'esprit de ses disciples étaient encore bien peu profonds, c'est la dififérence des appréciations à l'égard de ces prodiges. Le même miracle auquel, d'après Marc (ch. vi, v. 52), les disciples n'avaient pas fait attention parce que leur cœur était aveuglé, semble, d'après le quatrième Évangile, avoir été l'occasion du projet conçu par quelques enthousiastes d'enlever Jésus et de le proclamer tout de suite roi {Jean , ch. vi, V. 15). Jésus fut si loin de se prêter à ce projet qu'il se

hâta de s'y soustraire par la fuite. Mais comme on s'obstinait déjà à voir en lui un ambitieux vulgaire, ihest à croire que les pharisiens et les sadducéens * qui vinrent de nouveau le prier de les rendre témoins de ses mi^ racles, avaient pour but de calmer l'enthousiasme populaire, en mettant publiquement le thaumaturge dans l'embarras. Pour être plus sûrs d'atteindre leur but ; ils lui demandèrent cette fois un prodige dans le ciel. Jésus se contenta encore de leur faire la réponse qu'il réservait à ceux que sa résurrection devait confondre : « Vous ne verrez, leur répéta-t-il, d'autre prodige que celui du prophète Jonas. »

Ces attaques réitérées et la déclaration formelle qu'il venait d'y opposer par deux fois ne lui permettaient plus de retarder cette mort qui devait être sitôt suivie d'un éclatant triomphe. Que lui restait-il à faire sinon à mettre fin, par Tévidente démonstration de sa qualité de fils de Jéhovah, à toutes les incrédulités et à ces hésitations timides dont ses disciples eux-mêmes lui donnaient si fréquemment le pénible spectacle. « Que dit-on du Fils de l'homme? leur demandait-il un jour, que dit-on que je suis? — Ils lui répondirent : Les uns disent que tu es Jean-Baptiste, les autres Élie, ou Jéré-

i. II ne faut pas oublier que tandis que les uns s'alarmaient d*un mouvement qui semblait menacer leur pouvoir, d'autres, dans l'ombre, le favorisaient par tous les moyens possibles.

plusieurs , et qu'il a intercède pour les malfaiteurs. » A part quelques traits obscurs, ce tableau était en quelque sorte le programme de tout ce qui devait précéder et suivre l'immolation de la victime choisie par J'éhovah. Cette victime « serait retranchée du pays des vivants, » mais elle y reviendrait « pour faire prospérer la volonté de Jéhovah, » c'est-à-dire pour inaugurer enfin le règne du ciel sur ceux qu'elle aurait à jamais préservés de la mort par la sienne.

Par leur couleur plus attristée que riante , les écrits de Jérémie ofifraient peut-être moins d'attrait à l'imagination de Jésus ; mais par là même ce prophète présentait un intérêt tout particulier et très-vif, car il semblait s'être chargé de peindre le temps de pénitence qui devait précéder immédiatement l'avènement du règne du ciel. Aussi , bien que Jésus ne trouvât pas dans ces écrits de fréquentes occasions de s'appliquer * ce qui y était annoncé, il ne pouvait douter que l'appel fait par Jérémie aux hommes de son temps ne fût le prophétique modèle de ce qu'il avait lui-même à dire pour enseigner les . conditions du salut aux brebis qu'il devait sauver.

« Reviens, infidèle Israël, criait le prophète de la pé-

1. C^était écrit après Josias, et par conséquent après la découverte du manuscrit de Moïse. Quelques prophéties s*en ressentaient déjà.

S9i LniMORTALITÉ

défier au centre même de la ville sainte, et mettre le comble à la mesure des iniquités de ceux que menaçaient depuis si longtemps les vengeances célestes, en s'offrant à leurs coups pour racheter le reste d'israél. — Mais, tout à coup, Pierre, le prenant à part: «Plaise au Seigneur, dit-il, que cela n*arriye point! » — Quelle déception amëre pour le généreux enthousiaste 1 — Quoi ! ce n*était donc pas TEsprit de Jéhovah qui, tout à l'heure, avait parlé par la bouche de cet homme, puisque cette même bouche laissait échapper maintenant ce désolant aveu d'inintelligence ! C'était donc encore l'Esprit maudit, l'Esprit qu'il avait honteusement chassé de ceux qu'il en avait vus possédés! — L'effet de réaction produit sur Jésus fut si violent que, revenant brusquement sur ses faveurs et ses promesses : « Retire-toi, Satan, dit-il à Pierre, tu m'es un sujet de scandale, car tu ne comprends que les choses humaines, et n'as point de goût pour les choses divines. » {Matih., ch. xvi, v. 13-23 *). Il ne renonça point pour cela à se rendre à Jérusalem; et ce fut à ce même Pierre qu'il adressa bientôt après, sur le ton de la prophétie familière, un de ces mots qui peignent bien la manière dont il comprenait ses relations de souverain avec ses futurs sujets. C'était

1 . C*est sur cet épisode que s*est fondée depuis l*autorité de TÉglise catholique.

« Même en ces jours, dit Jéhovah, je ne vous anéantirai pas tous.» (Ch. V, V. 18.)

« Ainsi, dit Jéhovah, améliorez votre conduite et vos œuvres : alors je vous laisserai demeurer dans ce lieu-ci. Ne vous confiez pas dans les discours mensongers, en disant : C'est le temple de Jéhovah, le temple de Jéhovah , le temple de Jéhovah * ! Car si vous améliorez votre conduite et vos œuvres, si vous pratiquez bien la justice entre un homme et son procluiin , si vous n* opprimez ni V étranger, ni V orphelin, ni la veuve,,, alors je vous laisserai demeurer dans ce lieurci, dans le pays que j'ai donné à vos ancêtres de V éternité jusqu'à l'éternité, » (Ch. vu.)

<i Est-ce que cette maison sur laquelle mon nom est invoqué est une caverne de voleurs à vos yeux ?,,, C'est pourquoi ainsi dit le Seigneur Jéhovah : Voici que ma colère et ma fureur se répandent sur ce lieu-ci, sur Thommc, sur la bête, sur l'arbre des champs et sur le fruit de la terre, ils brûleront sans l'éteindre. » {Ibid,)

«... Certes la plume pleine de mensonge de vos scribes a opéré en vain... Depuis le plus petit jusqu'au plus grand, tous sont avides de lucre; depuis le prophète jusqu'au prêtre, tous sont fabricants de mensonges. » (Ch. viu.) « La voix suppliante de mon peuple retentit des pays éloignés : Jéliovîih n'est-il plus à Sion ? Son Roi n'y est-il plus? » {Ibid.)

i. Ce serait bien moins du temple de Jéhovah que des œuvres de pénitence, convenablement accomplies, qu'il faudrait attendre le salut.

« C!est pourquoi, dit Jéhovah, il viendra un temps où on ne dira plus : Topheth est la vallée du fils de Hinom (Ghé-Hinom, yeewa, Géhenne), mais bien la vallée du carnage ; on enterrera à Topheth par défaut de place. » <( Voici, il viendra un temps, dit .Jéhovah, le temps de ma visite (de mon jugement), où je ne ferai pas plus de grâce au circoncis qu'à rincirconcis, les Égyptiens , Juda, Édom, les fils d'Ammon, ceux dont la barbe est coupée, habitants du désert; car tous les peuples sont incirconcis, et toute la maison d'Israël a le cœur incirconcis. » (Ch. ix.)

« Ainsi dit Jéhovah : Une voix est entendue à Rama, une plainte, des pleurs amers , Rachel pleurant ses enfants,- et elle ne veut pas être consolée, car ils ne sont plus*... Reviens, vierge d'Israël, reviens dans ces villes qui sont à toi. Jusques à quand erreras-tu çà et là, fille égarée?... Jéhovah a crée de nouveau sur la terre,.. Il vient un temps, dit Jéhovah, où je sèmerai la maison d'Israël et de Juda de semences d'hommes et d'animaux. Il vient un temps, dit Jéhovah, où je contracterai avec la maison d'Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle... et voici l'alliance que je contracterai avec les enfants d'Is-

1. Au début du premier évangile , nons lisons : u On vit alors s*accomplir ce qui avait été prédit par le prophète Jérémie disant : Un grand bruit a été entendu dans Rama, etc. » Pour bien comprendre le sens prophétique de ces textes, il faut avoir toujours soin de consulter ce qui, dans la pensée du prophète, les précède et les suit.

raël : Après ces jours, dit Jéhovah, je mettrai ma Torali en eux et je récrirai sur leur cœur, je serai pour eux un Dieu et ils seront pour moi un peuple. » (Ch. xxxi.)

Malgré le silence observé par Jérémie et l'omission de toute désignation précise, Jésus, s'appuyant sur les autres prophéties, ne pouvait se méprendre sur le sens de cette nouvelle alliance. Ce serait bien lui-même qui la contracterait et qui en dicterait les termes en sa qualité de dernier et définitif héritier du royaume de Jéhovah; et la solennité du serment que son père céleste ajoutait par la voix de Jérémie, à sa déclaration, ne pouvait lui laisser aucun doute sur la constitution et la durée du royaume nouveau. Jéhovah avait juré par sa propre puissance et par toutes ses œuvres, que le monde périrait plutôt tout entier que ne s'effacerait de dessus la terre l'état de choses qui aurait succédé à l'ancien.

«... Tous les enfants d'Israël me reconnaîtront depuis les plus petits jusqu'aux plus grands , dit Jéhovah , car je pardonnerai leur iniquité et ne me souviendrai plus de leur faute. Ainsi parle Jéhovah qui a destiné le soleil pour éclairer le jour et donné des lois pour la lune et les étoiles pour éclairer la nuit, qui dompte la meî* quand ses vagues sont agitées , — Jéhovah Tsébaoth est son nom î » « Si jamais ces lois-là peuvent cesser devant moi, dit Jéhovah, la postérité d'Israël aussi cessera d'ôtre toujours une nation devant moi; si la hauteur des cieux

beaucoup plus loin que ne rayait lait Moïse. Mais, cela lait, comme pour coaper court à toute nouYelle interrogation et montrer d'un seul mot eombien la période de pénitence échappait à toutes les oécessitris morales et consenratrices d'une société, il ajoute {ibid., y. 12) : (I II y a des eunuques qui sont nés tels dès le Tentre de leur mère; il y en a que les hommes ont £sdt eunuques; et il y en a qui se sont rendus eunuques eux-mêmes pour gagner le règne du ciel. Qui peut comprendre ceci le comprenne. »

La richesse ne lui paraissait pas, moins que l'état conjugal, une condition des plus contraires aux dispositions requises en ce moment critique. — A un jeune homme qui lui demande quel bien il doit faire pour mériter de ne pas mourir, il répond d'abord par la simple citation de l'ancien texte du Décalogue. Mais, le jeune homme insistant et s'enquérant des moyens d'être encore plus sûr de son salut, Jésus lui indique le prêt à Jéhovah : « Vends ce que tu as, lui dit-il, donne-le aux pauvres, fais-toi ainsi un trésor dans le ciel (entre les mains de Jéhovah) ; puis viens et suis-moi. » Son conseil ayant paru trop difficile à mettre en pratique : « il est plus aisé, dit-il à ses disciples, qu'un chameau passe par le trou d'une aiguille qu'il ne Test qu'un riche arrive au règne du ciel. » Pierre ne laisse pas échapper cette occasion de demander quelle sera la récompense

SELON LE C H lus T. â31)

Le jeune lecteur avait pu observer que le roi dont le prophète annonçait le retour et le règne éternel, était toujours David lui-même ; mais pouvait-il hésiter à se substituer à son aïeul pour tous les rôles réservés dans l'avenir à celui-ci ?

« Mon troupeau, disait Ézéchiel au nom de Jéhovah,' est sur toutes les montagnes et sur chaque colline élevée; il s'est dispersé sur toute la surface de la terre. » (Ch- xxxiv.)

« Celle (la brebis) qui était perdue, je la chercherai; celle qui était égarée je la ramènerai ; je panserai la blessée, je fortifierai la malade ; je conserverai celle qui est grasse, qui est forte; je les ferai paître avec droiture. » {Ibid.)

ii J'établirai sur mon peuple un seul pasteur, et il les fera paître. Mon sen-mleur David, lui, il les fera paître; lui, il sera pour elles un pasteur. » {Ibid.)

« David, mon serviteur, est leur princepour toujours. » (Ch. xxxvH, V. 25.)

« ... Il me dit : Fils de THomme, va vers la maison d'Israël et dis-lui mes paroles... car tu n'es pas envoyé vers un peuple qui a des paroles inintelligibles el une langue embarrassée, mais vers la maison d'Israël *. »* (Ch. m.)

Si ce verset limitait la mission du Fils de l'homme,

i. l\ leur répondit : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis d'Israël qui s^e sont perdues. » {Matthieu, ch. xv, v. 2i.)

de Jésus à Jérusalem , et que les trois évangiles synoptiques n'en mentionnent qu'un. Si cette dernière version était adoptée, il en faudrait seulement conclure que la visite de Nicodème remontait aux premiers moments de la carrière évangélique de Jésus. — (>uoi qu'il en soit, et à quelque moment qu'ait lieu, dans cette histoire , Tâpparition de ce personnage mystérieux et puissant , uùi sans doute dès lors de vues et d'intérêts politiques avec un autre homme du même rang nommé Joseph d'Arimathie, — ces personnages acquièrent une importance d'autant plus grande en réalité, qu'elle l'est moins en apparence ; et l'histoire doit s'emparer avec empressement de ce fait, comme de tous ceux qui en eux-mêmes, et sans qu'il soit besoin de recourir à d'autres, contiennent une explication suffisante de tout ce qu'il peut y avoir d'obscur dans les faits qui les suivent.

SKLON LE G H in ST. 241

peignant avec les plus minutieux détails, le retour à la vie de vieux ossements desséchés, le prophète n'avait-il pas décrit la grande opération finale par laquelle le Messie devait inaugurer son règne sur les vivants et sur les morts?

(cLa main de Jéhovah fut sur moi, et m'ayant fait sortir par l'esprit de Jéhovah, elle me déposa au milieu de la vallée qui était pleine d'ossements. Elle me mena sur eux tout alentour, et il y en avait beaucoup sur toute la surface de la vallée, et ils étaient extrêmement secs. 11 me dit : Fils de l'homme , ces ossements peuvent-ils revivre? Je dis : Seigneur Dieu, toi, tu le sais. Il me dit : Prophétise sur ces ossements, et dis-leur : 0 ossements secs! écoutez la parole de Jéhovah; ainsi dit le Seigneur Dieu à ces ossements : Voici que je fais venir en vous un esprit, et vous vivrez. Je ferai naître sur vous des nerfs, je vous surmonterai de chair; j'étendrai sur vous une peau, je donnerai en vous un esprit, et vous vivrez, et vous saurez que je suis Jéhovah. — Je prophétisai comme il m'avait été commandé ; et, lorsque je prophétisai, il y eut un bruit; ce fut un tremblement, et les ossements s'approchèrent un os contre un os. Je vis, et il y eut sur eux des nerfs; la chair était montée dessus; et par-dessus s'était étendue une peau; mais il n'y avait pas en eux d'esprit. H me dit : Prophétise à l'Esprit. Prophétise, Fils de l'homme, et dis i

IG

assez grand nombre de Galiléens. Ce cortège , composé d'hommes et de femmes, se grossit, dans sa marche au travers de la ville, de la foule des enfants accourus pour jouir de ce spectacle nouveau, « et tous ensemble, tant ceux qui allaient devant lui que ceux qui le suivaient, criaient : Hosanna au fils de Pavid ! Béni soit celui qui vient au nom d*Adonaî ^ ! Hosanna au plus haut du ciel! — Lorsqu'il fut entré dans Jérusalem , toute la ville en fut émue et chacun demandait : Qui est celui-ci ? Mais ces peuples qui raccompagnaient disaient : C'est Jésus, le prophète de Nazareth en Galilée. » {Matth., ch. xm, v. 9-U.)

La première visite de Jésus fut pour le temple ; et à peine y fut-il entré qu'il se mit à en chasser tous ceux qui y faisaient un trafic d'objets de consommation , et qui y étaient établis en qualité de changeurs. Il voyait sans doute, dans la manière dont ces industries s'y exerçaient, la confirmation de ces paroles de Jérémie (ch. vii, V. 11) : « Est-ce que cette maison sur laquelle mon nom est invoqué est une caverne de voleurs à vos yeux ? »

1. On sait que les Juifs remplacent par respect le nom de Jéhovah par celui d'Âdonaï {Seigneur, ay«^x la ponctuation kodesch). Partout où le premier esft écrit, c'est le second qu'ils lisent. Pour plus d'exactitude, nous emploierons maintenant celui-ci dans la plupait de nos citations. Voir d'ailleurs , au sujet du mot Adonaî ( ^JTK ) , notre note de la page 127.

talité primitive, et les diriger dans leur nouvelle voie \

Les faits principaux de Fhistoire récente de son peuple^ devaient être assez connus de Jésus pour qu'il appréciât l'exactitude avec laquelle le prophète Daniel avait annoncé, soiis des formes allégoriqu(»s, ce qui avait précédé l'époque maudite d'Antiochus Épiphane *. -L'exacte prévision des faits accomplis lui garantissait celle des faits qui restaient à s'accomplir; mais le principal intérêt de ces prophéties consistait dans les nombres qui y figuraient et qui permettaient de placer chaque événement futur à sa date précise.

Une première vision de Daniel montrait clairement à Jésus comment se distribueraient les rôles entre Jéhovah et lui, dans le grand jour du jugement, et ce qui suivrait ce jugement. Immédiatement après aurait lieu la constitution éternelle du Royaume; et ce Royaume n'aurait d'autres limites que celles du ciel sous lequel il s'étendrait : s'^air-Ss ninn n^pba.

i . Voir notre note de la page 39.

2. On sait que cette époque est celle à laquelle appartient réellement Tauteur de ces propliéties qui , pour leur donner plus de poids, les a antidatées de deux ou trois cents ans et les a attribuées à Daniel, Pun des captifs de Babylone. Nous répéterons ici, à propos de Daniel, ce que nous avons dit à la 90te de la p. 221, au sujet du second Isaïe : les questions de chronologie et d'authenticité n'appartiennent que très-indirectement à notre thèse. Tout ce que nous avons à apprécier ici c'est l'influence excîrcée sur Tesprit de Jésus par les prophéties existant de son temps.

VOUS jamais lu cette parole * : Vous avez tiré la louange la plus parfaite de la bouche des petits enfants -et de ceux qui sont à la mamelle. » (Matth., ch. xxi.)

Rien n'est mieux fait, ce nous semble, que ce premier conflit pour nous faire saisir d'un coup d*œil la lutte qui , au sein même de cette orthodoxie hybride , va s'engager entre l'idée davidique, représentée par Jésus, et les institutions mosaïques en pleine vigueur qu'avaient à défendre les princes des prêtres et les pharisiens.

Dans cet aigre accueil , dans ces dispositions dont il était facile de s'exagérer la portée hostile, une- seule chose dut frapper Jésus, c'est que tout se préparait, avec une sorte de merveilleuse entente des desseins de son père, pour rendre inévitable et prochain le dénoûment tant souhaité qu'il était venu chercher à Jérusalem. La MORT, condition nécessaire, premier but de tous ses rêves, porte de délivrance et de salut que lui seul pouvait ouvrir, la mort qu'il devait vaincre se plaçait déjà d'elle-même sur son chemin; il n'avait plus qu'à s'avancer vers elle, qu'à l'obtenir au plus tôt

1. La déclaration que Jésus emprunte ici à David est tirée du psaume viii , v. 3. — Ce verset, nous ramenant au tejnps de David, nous permet d'observer que le fils de Jessé avait dû mettre en œuvre les plus adroits moyens pour gagner la jeune génération, et se faire recommander à -Jéhovah par les prières et les vagissements même des enfonts.

SELON LE CHRIST. iVS

({ Même en ces jours, dit Jébovah, je ne vous anéantirai pas tous.» (Ch. V, V. 18.)

« Ainsi, dit Jéhovah, améliorez votre conduite et vos œuvres : alors je vous laisserai demeurer dans ce /icu-ci. Ne vous confiez pas dans les discours mensongers, en disant : C'est le temple de Jéhovah , le temple de Jéliovah , le temple de Jéhovah * ! Car si vous améliorez votre conduite et vos œuvres, si vous pratiquez bien la justice entre un homme et son procMin , si vous n'opprimez ni V étranger, ni V orphelin, ni la veuve,,, alors je vous laisserai demeurer dans ce lieu-ci, dans le pays que j'ai donne à vos ancêtres de V éternité jusqu'à V éternité, » (Ch. vu.)

« EstHie que cette maison sur laquelle mon nom est invoqué est une caverne de voleurs à vos yeux ?,,, C'est pourquoi ainsi dit le Seigneur Jéhovah : Voici que ma colère et ma fureur se répandent sur ce lieu-ci , sur Thomme, sur la bête, sur Tarbre des champs et sur le fruit de la terre, ils brûleront sans l'éteindre. » {Ibid,)

«... Certes la plume pleine de mensonge de vos scribes a opéré en vain... Depuis le plus petit juscju'au plus grand, tous sont avides de lucre; depuis le prophète jusqu'au prêtre, tous sont fabricants de mensonges, » (Ch. vm.) « La voix suppliante de mon peuple retentit des pays éloignés : Jéhovîih n'est-il plus à Sion ? Son Roi n'y est-il plus? » {Ibid,)

1. Ce serait bien moins du temple de Jéhovah que des œuvres de péDitence, convenablement accomplies , quMI faudrait attendre le salut.

c'est le royaume de Jéhovah; les vignerons auxquels elle a d'abord été confiée, c'eât l'ancienne tribu de Léyi , ce sont les ancêtres de ceux à qui il s'adresse. Le maître de la vigne leur a envoyé d'abord des serviteurs parlant en son nom (les premiers prophètes); a ils battirent l'un, tuèrent l'autre, et ils en lapidèrent un autre. Il leur envoya encore d'autres serviteurs en plus grand nombre que les premiers (les derniers prophètes), et ils les traitèrent de même. Enfin, il leur envoya son propre Fils, disant en lui-même : Ils auront quelque respect pour mon Fils. Mais les vignerons, voyant le Fils, dirent entre eux: Voici l'ïïéritier; venez, tuons-le, et nous serons maîtres de son héritage. Ainsi, s'étant saisis de lui, ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. » Les princes des prêtres et les pharisiens avaient entendu tout ce récit sans reconnaître, sous ces formes allégoriques, leur fonction mal remplie de gardiens et de conducteurs du peuple de Jéhovah. D'ailleurs, dans leur histoire, ils n'avaient encore rien qui ressemblât à la mort de cet héritier ; et ils ne pouvaient deviner que , en leur présentant cette mort comme un fait accompli , Jésus entendait les mettre en demeure de Faccomplir. Aussi, quand Jésus leur demanda quel traitement le maître de la vigne aurait à infliger à ces vignerons, ils répondirent sans hésiter : a II fera périr misérablement ces méchants , et il louera sa vigne à

SELON LE CHRIST. tM

raël : Après ces jours, dit Jéhovah, je mettrai ma Torali en eux et je l'écrirai sur leur cœur, je serai pour eux un Dieu et ils seront pour moi un peuple. » (Ch. xxxi.) Malgré le silence observé par Jérémie et l'omission de toute désignation précise, Jésus, s'appuyant sur les autres prophéties, ne pouvait se méprendre sur le sens de cette nouvelle alliance. Ce serait bien lui-môme qui la contracterait et qui en dicterait les termes en sa (pialité de dernier et définitif héritier du royaume de Jéhovah; et la solennité du serment que son père céleste ajoutait par la voix de Jérémie, à sa déclaration, ne pouvait lui laisser aucun doute sur la constitution et la durée du royaume nouveau. Jéhovah avait juré par sa propre puissance et par toutes ses œuvres, que le monde périrait plutôt tout entier que ne s'effacerait de dessus la terre l'état de choses qui aurait succédé à l'ancien.

«... Tous les enfants d'Israël me reconnaîtront depuis les plus petits jusqu'aux plus grands , dit Jéhovah , car je pardonnerai leur iniquité et ne me souviendrai plus de leur faute. Ainsi parle Jéhovah qui a destiné le ' soleil pour éclairer le jour et donné des lois pour la lune et les étoiles pour éclairer la nuit, qui dompte la meî* quand ses vagues sont agitées, —Jéhovah Tsébaoth est son nom! » «Si jamais ces lois-là peuvent cesser devant moi, dit Jéhovah, la postérité d'Israël aussi cessera d'être toujours une nation devant moi; si la hauteur des cieux

prestige, ceux contre lesquels Jésus dirigeait à coups pressés ces terribles attaques voulurent à leur tour choisir, parmi les pièges nombreux que l'orthodoxie mosaïque leur permettait de lui tendre, les plus propres à ruiner dès le début son audacieuse tentative. « Ils se retirèrent, dit Matthieu (ch. xxii, v. 15), et firent dessein entre eux de le surprendre daiîs ses paroles. »

La première idée qui leur vint fut de compromettre Jésus devant l'autorité romaine, à laquelle la Judée devait alors obéissance en qualité de tributaire et de sujette. Gomment pourrait se concilier avec une telle situation la royauté que Jésus prétendait établir? — a Sommes-nous libres, lui dirent-ils, de payer ou de ne pas payer le tribut à César ? » S'ils avaient mieux pénétré la pensée de celui à qui ils adressaient cette question, ils auraient assurément reconnu qu'elle ne pouvait l'embarrasser. En effet, le prophète n'avait-il pas dit : « C'est bien le glaive, mais non d'un homme, qui les dévorera... Leurs princes trembleront devant une bannière, dit Jéhovah... » {haie, ch. xxxi, v. 8. ) Ce n'était donc pas affaire au Messie ni aux hommes de renverser César; et, tant que le jour de Jéhovah n'aurait pas fait justice de ce qui n'était pas la seule et vraie royauté, quelle raison y avait -il de refuser de payer le tribut? — Cette question des pharisiens lui rappela seulement le piège à peu près semblable que lui avait déjà tendu le

SELDN le C h lus t. 23J

Lé jeune lecteur avait pu observer que le roi dont le prophète annonçait le retour et le règne éternel, était toujours David lui-môme; mais pouvait-il hésiter à se substituer à son aïeul pour tous les rôles réservés dans revenir à celui-ci ?

ce Mon troupeau, disait Ézéchiel au nom de Jéhovah,* est sur toutes les montagnes et sur chaque colline élevée; il s'est dispersé sur toute la surface de la terre. )> (Ch. xxxiv.)

u Celle (la brebis) qui était perdue, je la chercherai; celle qui était égarée je la ramènerai; je panserai la blessée, je fortifierai la malade ; je conserverai celle qui est grasse, qui est forte; je les ferai paître avec droiture. » {Ibid.)

ji J'établirai sur mon peuple un seul pasteur, et il les fera paître. Mon sermleur David, lui, il les fera paîlrc; lui, il sera pour elles un pasteur. » [îbid.)

« David, mon serviteur, est leur prince poar toujours, » (Ch. xxxvii, V. 25.)

c< ... Il me dit : Fils de l'Homme, va vers la maison

d'Israël et dis-lui mes paroles... car tu n'es pas envoyé

vers un peuple qui a des paroles inintelligibles et une langue

embarrassée, mais vers la maison d* Israël ^ ))*(Ch. m.)

Si ce verset limitait la mission du Fils de l'homme,

i. Il leur répondit: « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis d'Israël qui S'B sont perdues. » {Matthieu, ch. xv, v. 2t.)

leur eût importé le plus d'être instruites. £d conséquence, les sadducéens niaient formellement toute résurrection. On s'étonne qu'ayant à opposer à Jésus de si puissants arguments, ils aient présenté leur objection sous la forme enjouée et triviale que l'on connaît. La question de la femme aux sept maris n'était point faite en eflfet pour embarrasser Jésus. Aurait-il cherché, comme il le faisait dans ses prédications, à briser tous les liens qui rattachaient les hommes à un monde près de finir, s'il eût voulu laisser croire que, dans le nouveau mode de vie qui allait être institué sur la terre, ces liens pourraient se renouer? — « Vous ne comprenez ni les Écritures ni la puissance de Jéhovah, répondit-il; — après la résurrection, les hommes n'auront point de femmes, et les femmes point de maris; ils seront comme sont dans le ciel les anges de Jéhovah. » Ce qui suit semblerait indiquer que la difficulté soulevée par les sadducéens a été atténuée dans le récit de l'évangéliste, ou que la question posée par eux a été écourtée ; car c'est à la Torah même que Jésus est contraint d'avoir recours pour leur montrer qu'on pouvait en tirer une autre opinion que la leur à l'égard de la résurrection. Le cas est intéressant et curieux, car il nous renseigne sur l'emploi que Jésus savait faire au besoin des subtilités de l'interprétation rabbinique. Il oppose aux sadducéens un lexte de VExode bien connu d'eux sans doute, mais

SKLON LE CHJMST. 241

peignant avec les plus minutieux détails, le retour à la vie de vieux ossements desséchés , le prophète n'avait-il pas décrit la grande opération finale par laquelle le Messie devait inaugurer son règne sur les vivants et sur les morts?

cc^La main de Jéhovah fut sur moi, et m'ayant fait sortir par l'esprit de Jéhovah, elle me déposa au milieu de la vallée qui était pleine d'ossements. Elle me mena sur eux tout alentour, et il y en avait beaucoup sur toute la surface de la vallée, et ils étaient extrêmement secs. 11 me dit : Fils de l'homme , ces ossements peuvent-ils revivre? Je dis : Seigneur Dieu, toi, tu le sais. Il me dit : Prophétise sur ces ossements, et dis-leur : 0 ossements secs! écoutez la parole de Jéhovah ; ainsi dit le Seigneur Dieu à ces ossements : Voici que je fais venir en vous un esprit, et vous vivrez. Je ferai naître sur vous des nerfs, je vous surmonterai de chair; j'étendrai sur vous une peau, je donnerai en vous un esprit, et vous vivrez, et vous saurez que je suis Jéhovah. — Je prophétisai comme il m'avait été commandé ; et, lorsque je prophétisai, il y eut un bruit; ce fut un tremblement, et les ossements s'approchèrent un os contre un os. Je vis, et il y eut sur eux des nerfs; la chair était montée dessus; et par-dessus s'était étendue une peau; mais il n'y avait pas en eux d'esprit. Il me dit : Prophétise à l'Esprit. Prophétise, Fils de l'homme, et dis à

ut L'IMMORTALITÉ

F Esprit : Ainsi dit le. Seigneur Dieu : Esprit , viens des quatre vents, et souffle sur ces morts pour qu'ils revivent. — Et je prophétisai comme il m'avait commandé, et r Esprit vint en eux. Et ils devinrent vivants, et ils se tinrent sur leurs pieds, une foule très-considérable. Et il mé dit : Fils de l'homme , ces ossements c*est toute la îfYiaisbn d* Israël. »

<r /« ferai (Feux une seule nation dans le pays, sur les montagnes d^ Israël, et un seul roi sera pour tous un roi... et mon serviteur David sera roi sur eux. Un seul pasteur sera pour tous; ils marcheront selon mes droits, ils observeront mes ordonnances et les exécuteront. Ils demeureront dans le pays que f ai donné à mon serviteur, à Jacob, oii ont demeuré leurs pères; ils y demeureront, eux , leurs fils et leurs petitsfils , pour réternité, et mon serviteur David sera leur prince à jamais. »

Rien de plus clair et de plus formel. Mais, pour voir se grouper autour du trône l'immortelle assemblée, pour voir un bonheur sans fin régner sur cette terre de Chanaan, donnée jadis à Jacob, il semblait y avoir une condition que le nouveau David ne pouvait accomplir lui-même. Il fallait que ce même Esprit (mi) de Jéhovah, qui avait animé tous les êtres aux premiers jours de la création , descendit une seconde fois du ciel sur les élus , — sur les vivants, sans doute , aussi bien que sur les morts, — pour rétablir en eux Timmor-

talité primitive, et les diriger dans leur nouvelle voie \

Les faits principaux de Thistoire récente de son peuple- devaient être assez connus de Jésus pour qu'il appréciât l'exactitude avec laquelle le prophète Daniel avait annoncé, soiis des formes allégoricpies, ce qui avait précédé l'époque maudite d'Antiochus Épiphané *. L'exacte prévision des faits accomplis lui garantissait celle des faits qui restaient à s'accomplir; mais le principal intérêt de ces prophéties consistait dans les nombres qui y figuraient et qui permettaient de placer chaque événement futur à sa date précise.

Une première vision de Daniel montrait clairement à Jésus comment se distribueraient les rôles entre Jéhovah et lui, dans le grand jour du jugement, et ce qui suivrait ce jugement. Immédiatement après aurait lieu la constitution éternelle du Royaume; et ce Royaume n'aurait d'autres limites que celles du ciel sous lequel il s'étendrait : N'^air-Ss ninn n^pba.

i. Voir notre note de la page 39.

2. On sait que cette époque est celle à laquelle appartient réellement Tauteur de ces prophéties qui , pour leur donner plus de poids, les a antidatées de deux ou trois cents ans et les a attribuées à Daniel, Tun des captifs de Babylone. Nous répéterons ici, à propos de Daniel, ce que nous avons dit à la 90te de la p. '221, au sujet du second Isaïe : les questions de chronologie et d'authenticité n'appartiennent que très-indirectement à notre thèse. Tout ce que nous avons à apprécier ici c'est l'influence exc^rcée sur l'esprit de Jésus par les prophéties existant de son temps.

« Je regardais jusqu'à ce que les trônes furent placés; et V Ancien des jours s'assit. Son vêtement était ' blanc comme la neige , et les cheveux de sa tête comme une laine pure ; ses trônes comme des flammes de feu, et ses roues comme un feu ardent. Un torrent de feu se dirige et sort de lui; mille fois mille le servent, et dix mille millions se tiennent devant lui; le tribunal est assis et les livres sont ouverts... Je regardais en la vision de la nuit, et voici qu'arrivait sur les nuées du ciel comme tin fils du ciel.

« Il s'avança vers Y Ancien des jours, et on le fit approcher de lui. A lui on donna la domination, la dignité et le royaume. Et tous les peuples, nations et langues le servaient.

« Sa domination est une domination éternelle qui ne sera pas transférée, et son règne ne sera pas détruit... et les saints du Très-Haut recevront le royaume jusqu' à V éternité et jusqu'à V éternité des éternités,.. Le règne, la domination et la grandeur du royaume qui est sous toute retendue du ciel, seront donnés au peuple des saints du Très- Haut... » (Ch. VII, V, 9-18.)

• Dans l'opinion de Daniel, le seul peuple d'Israël devait avoir part aux félicités de ce royaume; car Jésus Usait au ch. ii du prophète, v. hk :

«... Le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne

sera jamais détruit et dont Tempire ne sera pas donné à un autre peu/pie. »

Le moment de la constitution de ce beau royaume était bien évidemment venu, ou du moins très-proche, d'après les chiffres suivants :

« Soiûcante-^ix semaines d'années ont été fixées sur ton peuple et sur ta ville sainte, pour anéantir le crime, mettre fin au péché, expier Tiniquité et amener la justice éternelle , pour sceller la vision et la prophétie et oindre le saint des saints. — Sache et comprends : Depuis le prononcé de la parole de rebâtir Jérusalem jusqu'au prince oint, il y a sept semaines; dans soixante-deux semaines, la place et le fossé seront de nouveau bâtis, mais en temps calamîteux. Et, parmi ces soixante-dix semaines, un oint sera retranché, et il n'aura pas de successeurs. Un peuple d'un prince qui viendra, détruira la ville et le sanctuaire; sa fin sera dans Tinondation, et, jusqu'à la fin est^décrétée la guerre des solitudes. Une semaine confirmera Y alliance à plusieurs ; la moitié de la semaine fera cesser le sacrifice et Toffrande, et sur l'aile du temple sera Fhorreur du dévastateur, jusqu'à ce que la consommation et le châtiment se répandent sur le dévastateur. » (Les Septante traduisent ; « et r abomination de la désolation sera dans le lieu saint, » Ch. ix , V. 54-25.)

Un mot revenait sans cesse dans l'Apocalypse

de Daniel, c'était n la fm , » « le temps de la fin^.n

(( ... Il me dit : Comprends, Fils de rhomme, car la vision se rapporte au temps de la fm... Je suis venu pour te faire comprendre ce qui arrivera à ton peuple dans la fin des jours... Et, des intelligents, il en tombera pour épurer par eux, pour trier et purifier jusqu'au temps de la fin,.., etc. »

Ce temps de la fin, ce moment terrible auquel le monde était enfin parvenu et qu'il allait avoir à traverser avant son renouvellement, ce temps était décrit par Daniel en termes trop brefs et trop vagues pour que r imagination pût s'en représenter le tableau. Le trait le plus net était une résurrection partielle des anciens morts. Ce qui distinguait cette prophétie de celles du même genre, c'est que Daniel , prenant David au mot dans ses plus grandes colères, vouait quelquesuns des ressuscites à des supplices éternels :

«... Et ce sera un temps de calamité qui n'a pas été depuis qu'une nation existe jusqu'à 'ce temps. Et en ce temps, ton peuple sera sauvé, quiconque sera trouvé écrit dans le livre. Et 2)/u5imrs (n^a'î) de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, ceux-ci pour vivre éternellement, et ceux-là pour l'opprobre et pour la honte éternelle... et moi j'entendis

1. Le nom qui conviendrait à Daniel est celui de propliète de la fin.

et je ne compris pas, et je dis : Mon Seigneur, quelle est la fln de <îela? Il dit : Va, Daniel; car Jes paroles sont fermées et scellées jU5gu*au ^ewîp5 cte /a /îu... » (Ch. xii.)

Les douze petits prophètes passaient aussi sous les yeux de Jésus, pour confirmer le dire des autres et y ajouter quelques détails nouveaux.

Joël peignait avec vigueur le iem'ps de pénitence, et enseignait les moyens de mettre à profit cette courte période qui serait accordée au repentir ayant le grand Jour. En langage prophétique, ce temps de pénitence avait pour but de mûrir la moisson ; dès que la moisson serait mûre, rien ne retarderait plus la terrible faux.

« Et maintenant aussi, dit Jéhovah, revenez vers moi de tout votre cœur, avec des jeûnes, des pleurs et des gémissements. Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, et retournez vers Jéhovah votre Élohim, parce qu'il est clément et miséricordieux, et qu'il revient sur l'annonce du châtiment. » (Ch. ii, v. 12, 13.)

(( Rassemblez-vous et arrivez, toutes les nations d'alentour, et qu'elles soient réunies; là, Jéhovah abattra des forts. Que les nations se réveillent et se dirigent vers la vallée de Josaphat; car là je serai assis pour juger toutes les nations d'alentour. Saisissez la faux car la moisson est mûre. »

A l'exemple de Jérémie, Joël assigne un rôle expia-

toire et funèbre à la vallée de Ghé-Hinom (Géhenne) qui s'ouvre à Tissue de celle de Josaphat et borne Jérusalem du côté du midi.

(( . . . Une multitude innombrable dans la vallée du carnage ; car le jour de Jéhovah approche pour la vallée de destruction... Le soleil et la lune seront obscurcis, les étoiles perdront leur éclat. Jéhovah rugira du haut de Sion. De Jérusalem il fera retentir sa voix; les cieux et la terre seront ébranlés. Mais. Jéhovah sera un refuge pour son peuple et une protection pour les fils d'Israél- Et vous saurez que je suis Jéhovah, votre Élohim, résidant à Sion, ma montagne sainte. Jérusalem sera sainte et les étrangers n'y passeront plus.*.. Juda sera toujours habité, et Jérusalem de génération en génération... » (Ch. v, can. héb., v. 3-12.) -

Joël décrivait ainsi le jour de Jéhovah :

«... Jour de ténèbres et d'obscurité... Il n'y en a jamais^ eu de tel, il n'y en aura jamais de semblable dans la suite des générations. » (Gh. ii, v. 2.)

« Je ferai paraître des prodiges dans le ciel et sur la terre, du sang, du feu et des tourbillons de fumée. Le soleil sera changé en ténèbres et la lune en sang avant l'arrivée du jour grand et terrible. » (Gh. m, V. 3-/|.)

Jésus retrouvait les mômes images dans Amos.

« Il arrivera en ce jour, dit le Seigneur Jéhovah, que

je ferai disparaître le soleil en plein midi, et j'obscurcirai la terre en plein jour. » (Ch. viii, 2-9.)

« Le jour de Jéhovah n'est-il pas de ténèbres et non de lumière, une obscurité sans clarté? » (Ch. v, v. 20.)

Mais aussitôt après, se réaliseraient les promesses faites à la race de Jessé :

« En ce jour, dit Jéhovah, je relèverai la maison de David qui était tombée... » (Ch, ix, v. 11.)

Il y avait dans l'histoire du prophète Jonas deux circonstances qui semblaient établir entre Jésus et lui des rapports frappants : Jonas avait été envoyé pour prêcher dans une grande ville et y annoncer les vengeances do Jéhovah. Les habitants, mettant à profit Tavis qui leur était donné, s'étaient hâtés de conjurer l'orage par des œuvres de pénitence, et... « l'Élohîm, se repentant du mal qu'il avait résolu de leur faire , ne l'exécuta pas. » (Ch. m, V. 10.)

Le second rapport présentait un intérêt plus direct encore et fournissait une indication remarquable. Nous avons dit (p. .213) que ce qui avait manqué jusque-là à la croyance en la résurrection du corps , pour lui donner autorité en Israël, c'avait été un exemple bien apparent, bien manifeste, bien éclatant. De toutes les prophéties qui assignaient au Messie le rôle de victime , il ressortait évidemment que cet exemple serait donné

blable à celle qui se préparait par la manière dont eJle s'était accomplie : « ... Et comme il arriva encore au temps de Loth..., ils mangeaient et ils buvaient, ils achetaient et ils vendaient, ils plantaient et ils bâtissaient... Mais le jour où Loth sortit de Sodome, il tomba du x^iel une pluie de feu et de soufre qui les perdit tous. Il en sera de même au jour où le Fils. de l'homme paraîtra... Souvenez-vous de la femme de Loth... » {Luc, ch. XVII, V. 28 et suiv.) A certains égards cependant, et en faveur de son propre sacrifice, la rigueur du jugement serait cette fois adoucie, un triage serait fait, et il se plaisait à rappeler à ce sujet le texte même du prophète : « Je vous déclare, disait-il, qu'en cette nuit, de deux personnes qui seront dans le môme lit, l'une sera prise et l'autre laissée, de deux femmes qui moudront ensemble, l'une sera prise et l'autre laissée; de deux hommes qui seront dans le même champ l'un sera pris et l'autre laissé. »

Ce jour-là, Jésus multiplia encore plus que de coutume les paraboles qui lui servaient à enflammer l'imagination de ses disciples et à les accoutumer à l'idée des événements inouïs qui se préparaient. Parmi les tableaux qu'il se représentait à lui-même et qu'il cherchait à faire passer sous les yeux de ses auditeurs, aucun ne lui apparaissait aussi nettement que celui du grand jugement par lequel, au dire de tous les prophètes, il devait

SKLON LE CHJUST. 241

peignant avec les plus minutieux détails , le retour à la vie de vieux ossements desséchés, le prophète n*avait-iJ pas décrit la grande opération finale par laquielle le Messie devait inaugurer son règne sur les vivants et sur les morts?

«•La main de Jéhovah fut sur moi, et m'ayant fait sortir par l'esprit de Jéhovah, elle me déposa au milieu de la vallée qui était pleine d'ossements. Elle me mena sur eux tout alentour, et il y en avait beaucoup sur toute la surface de la vallée, et iJs étaient extrêmement

secs. 11 me dit : Fils de Thomme , ces ossements peuvent-ils revivre? Je dis : Seigneur Dieu, loi, tu le sais. 11 me dit : Prophétise sur ces ossements, et dis-leur : 0 ossements secs! écoutez la parole de Jéhovah; ainsi dit le Seigneur Dieu à ces ossements : Voici que je fais venir en vous un esprit, et vous vivrez. Je ferai naître sur vous des nerfs, je vous surmonterai de chair; j'étendrai sur vous une peau, je donnerai en vous un esprit, et vous vivrez, et vous saurez que je suis Jéhovah. — Je prophétisai comme il m'avait été commandé ; et, lorsque je prophétisai, il y eut un bruit; ce fut un tremblement, et les ossements s'approchèrent un os contre un os. Je vis, et il y eut sur eux des nerfs; la chair était montée dessus; et par-dessus s'était étendue une peau; mais il n'y avait pas en eux d'esprit. Il me dit : Prophétise à l'Esprit. Prophétise, Fils de l'homme, et dis k

IG

3i0 L'IMMORTALITÉ

trop prochain pour quMl y eût danger à l'annoncer d'avance) qui l'auraient exercée avant de savoir entre les mains de quel débiteur ils avaient fait le placement de leurs aumônes. Et par quoi justifieraient-ils de l'ignorance qui avait fait leur mérite? — Par la surprise qu'ils exprimeraient en s'entendant louer de ce qu'ils ne savaient pas avoir fait. En effet, Jésus continuant : <( Alors, ajouta-t-il , les justes lui répondront : Seigneur, quand est - ce que nous vous avons vu avoir faim, et que nous vous avons donné à manger; ou avoir soif et que nous vous avons donné à boire? Quand est-ce que nous vous avons vu sans logement, sans habits... malade ou en prison, et que nous vous avons secouru? Et le Roi leur répondra : Je vous le dis en vérité , autant de fois que vous l'avez fait à l'égard de l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi-même que vous l'avez fait. »

La forme inverse servit à Jésus pour décrire la condamnation et la confusion des méchants; il eut soin de supposer de leur part, jusqu'au jugement prochain, une ignorance sans laquelle le souci de leur intérêt n'eût pas manqué de leur faire voir, dans l'a charité exercée envers leur juge, le plus sûr de tous les calculs *.

•1. Il n'est pas sans intérêt de rapprocher de ceci un mot dit par Jésus le soir ou le lendemain de ce même jour. Ses disciples ayant blâmé la femme qui avait répandu sur sa tête un parfum de grand prix , et dont, selon eux, on eût mieux fait de distribuer la valeur aux pauvres, il

talité primitive, et les diriger dans leur nouvelle voie \

Les faits principaux de l'histoire récente de son peuple^ devaient être assez connus de Jésus pour qu'il appréciât l'exactitude avec laquelle le prophète Daniel avait annoncé, sous des formes allégoriques, ce qui avait précédé l'époque maudite d'Antiochus Épîphanc *. L'exacte prévision des faits accomplis lui garantissait celle des faits qui restaient à s'accomplir; mais le principal intérêt de ces prophéties consistait dans les nombres qui y figuraient et qui permettaient de placer chaque événement futur à sa date précise.

Une première vision de Daniel montrait clairement à Jésus comment se distribueraient les rôles entre Jéhovah et lui, dans le grand jour du jugement, et ce qui suivrait ce jugement. Immédiatement après aurait lieu la constitution éternelle du Royaume; et ce Royaume n'aurait d'autres limites que celles du ciel sous lequel il s'étendrait : ti'^au-Ss ninp n^DStD.

i. Voir notre note de la page 39.

2. On sait que cette époque est celle à laquelle appartient réellement l'auteur de ces propliéties qui, pour leur donner plus de poids, les a antidatées de deux ou trois cents ans et les a attribuées à Daniel, l'un des captifs de Babylone. Nous répéterons ici, à propos de Daniel, ce que nouB avons dit à la r^te de la p. 2*21, au sujet du second Isaîe : les questions de chronologie et d'authenticité n'appartiennent que très-indirectement à notre thèse. Tout ce que nous avons à apprécier ici c'est l'influence ex(îrcée sur Tesprit de Jésus par les prophéties existant de son temps.

hison tout ce qui était conforme à ce dessein ? Disons mieux : à une situation al>solument inverse de toute situation normale — en ce sens que Tintérét en jeu était ici la mort et non la vie — il faut évidemment appliquer une logique inverse de la logique accoutumée, et considérer comme mérite ou devoir ce qui, en tout autre cas, l'ecevrait les noms contraires.

Présentons cette question dans son ensemble, avant d'aborder le récit final auquel elle se lie, afin de n*étre pas arrêté à chaque pas dans ce récit par Tune des discussions qu'elle provoque.

Parmi les figures qui, dans les élucubrations messianiques, formaient pour ainsi dire la mise en scène prévue de la rédemption d'israél, il y avait une place mar- ([iKM* (ravanc(» pour le traître qui devait livrer le Messie à SOS ennemis; et, envisagée au point de vue prophéti([U(», chacune des traliisons qui abondent dans les Écj'iluros fouj'iiissait quelque trait à la figure de ce traître. Les trahisons dont se compose la carrière de David étaient naturellement exceptées; mais, par contre, on n'avait qu'à choisir, pour compléter le tableau, parmi les noirceurs que l'imagination du saint roi avait prêtées à ceux qu'il accusait de lui dresser des pièges *. Les

1. Celle-ci par exemple : « Môme l'homme tie ma paix, celui en qui je me confiais , celui qui mange mon pain , lèyera le talon contre moi. »

{Ps, XLI, V. 10.)

ressources familières à Tinterprétation rabbinique poi^vaient encore ajouter à tout cela leurs procédés si ha- . biles à forcer le sens des textes. C'est ainsi, par exemple, que, sîJ'on isolait les versets 12 et 13 du chap. xi de Zacbarie^ de tout ce qui est avant et après, et si Ton oubliait que les paroles rapportées par le prophète étaient mises par lui dans la bouche de Jéhovah luimême, on pouvait en inférer que le traître se ferait payer sa trahison trente pièces d'argent, mais qu'ensuite, ému de remords sans doute, il reporterait cet argent au temple.

De quelle complète inutilité était cette trahison, telle qu'elle est racontée dans les Évangiles, c'est ce qui nous sera surabondamment démontré par ce mot de Jésus -adressé à ceux qui, sur l'indication de Judas, viendront se saisir de lui : « J'étais tous les jours assis au milieu de vous, et vous ne m'avez point arrêté; mais tout cela s'est fait afin que ce que les prophètes ont écrit fût accompli. ))

Nous nous trouvons donc enfermés dans ce dilemme : Ou tout ce qui est raconté par les Évangiles au sujet de

1. « Je leur dis : «^i cela est bon à vos yeux , donnez-moi ma récompense ; sinon laissez. Et ils pesèrent ma récompense : trente pièces d'argent. »

tt Jéhovah médit : verse-le au trésor, le prix magnifique que j'ai tiré d'eux. Je pris les trente pièces d'argent , et je les versai dans la maison de Jéhovah au trésor. » (Zacharief ch. xi, v. 12 et 13. )

Judas est de pure invention et leur a été en quelque sorte imposé par les données messianiques; ou le fait est réel, mais concerté d'avance et se liant à d'autres faits restés inconnus qui l'expliquent et ne méritent pas plus que lui le nom de trahison. Il ressort de là que toute réprobation de la part de Jésus à l'égard de cet acte doit être écartée comme impossible, par cela même qu'elle aurait été injuste. Et, en effet, pour démentir les paroles de blâme que les évangélistes mettent dans sa bouche par suite de l'odieux de convention qui entoure cet acte, il y a d'abord le fait péremptoire de la part prise par Judas au dernier repas que nous allons bientôt raconter, et ensuite ce mot adressé par Jésus au prétendu traître et rapporté par Jean : « Fais au plus tôt ce que tu dois faire, o roter; roiriCrov Tayiov. »

L'interverilion do Judas, quelle qu'elle ait été, n'a donc pu avoir d'autre but que de précipiter l'acconiplissoincnt, trop lent au gré de Jésus, des prophéties qu'il était venu réaliser à Jérasalein. Il est évident aussi que toutes les dispositions étaient prises pour que la scène de rarrestalion eût lieu à jour et heure dits; mais, si Jésus a consenti ix laisser Judas y accepter un rôle, il est peu vraisemblable que ce soit lui-môme qui le lui ait confié. Assez d'autres pouvaient se charger de ce soin. Et ce qui démontre le mieux cette immixtion étrangère, c'est le suicide de Judas. Ce suicide prouve

SELON LE CHHIST. 325

en efTet que rintelligence de ce malheureux, aussi bornée que celle des autres disciples, avait été induite en erreur par dé faux renseignements ou par des inslructions de nature à lui faire prévoir un tout autre résultat ^

Tout nous amène donc à reconnaître, derrière cet événement, Tinfluence occulte des personnages dont il est dit au chap. xii du quatrième évangile (v. /|2) : « Plusieurs sénateurs crurent en lui ; mais, à cause des pharisiens, ils n'osaient le confesser publiquement , de crainte d'être chassés de la synagogue. » Or, que faut-il entendre par cette foi en Jésus, de la part de ces hommes animés de passions politiques étrangères aux disciples galiléens, et beaucoup plus versés que ceux-ci dans l'interprétation raisonnée des Écritures ? Il faut entendre par là l'adoption plus ou moins sincère des idées de Jésus ; il faut y reconnaître l'expression persistante de cette nuance davidîque — en opposition avec le mosaïsme dominant — dont nous avons suivi jusque-là les traces. Mais, quels que fussent les espoirs récemment ranimés, ce n'était pas Jésus vivant qui pouvait les réaliser, c'était Jésus mort. Lui-même l'afflr-

1. On a supposé, non sans vraisemblance, que ceux qui avaient poussé Judas dans la voie où il regretta plus tard d'être entré, lui avaient dit que Tarrestation de Jésus était nécessaire pour soulever le peuple en sa faveur et le faire proclamer roi.

mait et se serait offensé du moindre doute sur ce point. Croire en lui, c'était donc s'associer pleinement k son impatiente attente du supplice. Nicodème, Joseph d' Arimathie , et tous ceux qui , comme eux sans doute, avaient favorisé et dirigé le mouvement galiléeos n'avaient donc qu'une ligne de conduite parfaitement nette à suivre ; et l'on chercherait en vain le scrupule (jui aurait pu les en détourner. Plus leur foi était vive, plus ils devaient hâter de leur influence et de leurs vœux le premier acte du grand drame de la libération (l'Israël. De môme que Jésus, apercevant le salut de ses l)rebis au-delà de l'incendie terrible qui allait consumer tout le reste , n'hésitait pas à dire : « Que,désiré-je, sinon qu'il s'allume? » — de même ceux qui croyaient aux tout-puissants effets de sa mort devaient y coopérer

on disant : « Que désirons-nous, sinon qu'il meure? » 11 est vrai que tous ces hommes sont rentrés pour l'histoire dans Tombrc discrète dont ils étaient h peine sortis; mais n'onl-iis pas fait preuve d'assez de prudence pour qu'on doive s'étonner que cette prudence ait duré aussi longtemps que leur vaine attente du jour de Jéhovah? Il est vrai aussi que, dans une circonstance dont les autres évangiles ne font pas mention, l'un d'eux aurait été, suivant le récit du quatrième évangile, animé en apparence (t'intentions toutes différentes : « Notre loi, aurait dit Nicodème {Jean, ch. vu, v. 51), permet-elle de condam-

ner personne sans ravoir auparavant entendu et sans s'être informé de ses actions? » Mais ce mot, — d'après la place qu'il occupe dans ce récit qui transpose tout, — aurait été dit quelque temps auparavant, alors que r opinion de ce sénateur pouvait encore être timorée et hésitante. D'ailleurs, il n'y a rien dans ce mot qui prouve que Nicodème n'ait pas prévu les effets du jugement dont il semble par là même inspirer l'idée à ses collègues ; et enfin nous pouvons juger, par tout ce que nous savons de sa manière d'agir, que ce n'est pas dans ses paroles dites le plus haut qu'il faut chercher sa pensée réelle.

Cette digression nous a paru nécessaire pour éclaircir l'énigme historique que présente la condamnation de Jésus. Cette énigme consiste en ceci, qu'il n'y a évidemment pas de proportion entre la gravité réelle du i^ésordre social produit par Jésus et la rigueur extrême apporlée à la répression de ce désordre. La gravité de l'atteinte portée au principe constituant de la société juive de ce temps peut être mesurée à l'importance des traces qu'en ont conservées ses annales; or ces traces sont presque nulles; et, à n'en juger que par elles, le rôle si court joué par Jésus n'aurait été que celui d'un inoffensif illuminé. Les dangers que de tels agitateurs font courir aux lois de leurs pays sont-ils donc de ceux qui réclament le dernier supplice? Un zèle de conservation si

excessif convient-il à un ordre social si peu menacé? Évidemment non. — C'est donc bien moins dans l'inexplicable soif de vengeance de ceux à qui la vie de Jésus pouvait porter ombrage qu'il faut aller chercher les motifs de sa condamnation, que dans la foi ardente de ceux qui attendaient de sa mort une révolution heureuse. Mais autant ceux-ci tenaient aux conséquences mortelles de la sentence , autant il importait à leurs projets de paraître étrangers au jugement et de le faire motiver et prononcer par d'autres. Le récit des évangélistes , concordant sur ce point, nous prouve qu'ils surent atteindre le double but qu'ils s'étaient proposé.

Nous n'avons plus !)esoin maintenant d'insister sur l'épisode de Ju<las qui disparaît dans l'ensemble de cette trame myslc'rieuso. On peut remarquer seulement que nos cxplicalions rendent la physionomie la plus naturelle il la cérémonie légale qui réunit, pour la dernière fois, Jésus et ses disciples autour d'une table commune. La pn'senco de celui qu'on s'obstine à regarder comme un traître jette sur cette réunion une teinte pénible et triste qu'en réalité elle ne dut point avoir. Les trois évangiles synoptiques ne nous pi^sentent qu'un tableau écourté et sec de ce dernier repas. N'est-il pas vraisemblable, au contraire, que Jésus avait réservé pour ce moment désiré ses plus tendres épanchements, et qu'il

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dut ne s'y montrer animé que de la foi la plus sereine en son prochain retour? Dire cela, c'est assez montrer que nous ne considérons pas non plus comme la reproduction fidèle des paroles de Jésus le discours que rhébraïsant platonicien du quatrième évangile lui fait prononcer en cette circonstance. Mais on serait à- peu près sûr d'être dans le vrai si , éliminant de ce discours toutes les idées qui n'ont jamais seulement effleuré Tesprit de l'enthousiaste et généreux descendant de David, OD y conservait le ton général , les formes famllières et les suaves tendresses , pour en revêtir les seules idées qu'il pût avoir. Faisons aussi en passant une observation qui justifiera ce que nous avons déjà fait entendre au sujet de l'Évangile attribué à Jean *. Estil rien de plus admirablement approprié qu'un tel discours aux destinées des croyances dont nous cherchons , dans cette étude, à éclairer le berceau ? Sous quelleautre forme pourrait-on se représenter un véhicule aussi puissant pour répandre l'idée judaïque hellénisée au travers du monde grec et romain?

Quant au sens réel de ce qui fut dit et fait dans cette réunion , il se résume dans le pacifique symbole adopté par Jésus, pour figurer la nouvelle alliance que, bientôt

1. Ce point s'écartant de notre sujet, nous nous sommes borné à rindiquer en note. — Voir la fin de notre note de la page 263.

après sa mort, il devait venir contracter avec son peuple, et dont il voulait que ses disciples reçussent dès ce moment les gracieuses prémices. Ne dirait-on pas une de ces conventions, mêlées d'enjouement et de mélancolie, par lesquelles les âmes tendres qui se séparent pour un peu de temps s'assurent du souvenir réciproque qu'elles veulent se garder?— Il ne s'agit plus dès formes ter* ribles de l'antique alliance. Ce n'est plus Moïse répandant le sang sur le peuple et disant {Exode, ch. xxiv, V. 8 ) : « Voici le sang de l'alliance que Jéhovah a faite avec vous aux conditions qui vous ont été prescrites. » Non, ce n'est pas sur de telles bases que Jésus veut fonder le nouveau royaume de son père; il va, il est vrai, offrir son sang en sacrifice pour l'expiation des péchés de ceux qui voudront en accepter le mérite ; mais ce n'est pas par le souvenir de ce sang qu'il veut être uni à SCS confidents intimes jusqu'à l'avènement de sa royauté. Il choisit le plus usuel et le plus gai des symboles , ce vin que depuis longtemps il se plaisait à boire avec eux en signe de cordiale intimité. Cette liqueur bénie ne pourra approcher de ses lèvres pendant le temps qu'il passera au ciel où il va se faire couronner; mais c'est elle qui, des son retour, lui servira de nouveau à célébrer avec eux leur réunion désormais éternelle.

« Prenant le calice, il rendit grâces, et le leur donna

en disant : Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance , qui sera répandu pour plusieurs pour la rémission des péchés... Je ne boirai bientôt plus de ce fruit de la vigne jusqiCau jour où je le boirai de nouveau avec vous dans le royaume de mon père, )> {Matth., ch. XXVI, v. 27-29.)

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