JUGEMENT ET MORT DE JÉSUS
Cependant Jésus ne pouvait échapper à cette inévitable angoisse qui saisit le cœur de tous les hommes aux approches de la mort. — Son agonie nous paraîtrait-elle si touchante si la foi en sa résurrection ne lui avait un instant fait défaut? — Si son exaltation se soutenait jusqu'à la fin sans défaillance et sans regrets; si Tenthousiaste , entraîné par l'idée qui le possède, se montrait seulement pressé d'en finir avec sa première vie pour revêtir, le plus tôt possible , le corps immortel qu'un sommeil de trois jours devait lui donner, c'est de cette exaltation et de l'irrésistible violence de cet entraînement que notre pitié aurait seulement à s*émouvoir. Pourquoi notre émotion est-elle à la fois si différente et si vive? C'est que, en ces derniers mo-
ments, Texaltation de rillumîné fait place à des tressaillements et à des effrois qui , nous ramenant sans effort à la commune nature, se font sympathiquement sentir au plus profond dé nous-mêmes. Initiés par notre qualité d'hommes à toutes les souffrances du doute, nous souffrons de sa douleur, nous le plaignons parce qu'il a douté.
Aussitôt après le dernier repas, Jésus engagea ses disciples à l'accompagner hors de la ville. Ils traversèrent le torrent de Gédrbn, et se mirent à gravir la colline des Oliviers, qui était leur promenade ordinaire. Mais bientôt Jésus , gagné par un attendrissement qu'il cherchait en vain à contenir, leur dit : « Je vous serai à tous cette nuit une occasion de scandale. » Un moment après, il témoigna le désir de ne conserver avec lui que ceux qui avaient l'habitude de l'approcher de plus près, Pierre, Jacques et Jean. Il marcha avec eux un peu en avant des autres, et, n'essayant point de leur cacher plus longtemps son trouble : « Mon âme est triste jusqu'à la mort, » leur dit-il. — Il voulut enfin être absolument seul en face de ce ciel qu'il croyait attentif à ses moindres pensées. « Demeurez là , dit-il aux trois disciples, et veillez avec moi. » Puis, s' étant éloigné encore de quelques pas, suffoqué par les larmes et se jetant à genoux : « Mon père, s'écria-t-il, s'il est pos-» sible, éloigne ce calice de moi ! »
Par quelles réflexions, par quels éclairs rapides fut traversée cette tardive prière ? — Brusquement précipité des hauteurs de ses rêves sur le sol inconnu du réel, osa-t-il s'y fixer un moment ? — La nature , reprenant ses droits, parvint-elle à écarter de ses yeux Thébraïque bandeau qui les avait toujours couverts? — Le temps lui manqua sans doute. Mais au moins ne dut-il pas demander à Jéhovah, à ce père qu'il aimait à parer de toutes les miséricordes, quel besoin, lui qui était bon, avait de son sang? « 0 toi! dut -il lui dire, qui m'as fait savoir par la bouche des prophètes que ce qui te plaît ce n'est point le sacrifice, pourquoi donc te faut-il le mien ? Si tu as résolu de faire grâce à quelques enfants d'Israël, d'où vient que ma mort doive t'y déterminer ? »
Sa pensée éperdue et cherchant à ressaisir tous ses appuis, se mit alors à remonter la voie longue, obstruée et confuse qu'elle avait parcourue tant de fois, au travers des prophéties, à la lueur de sa propre flamme... et cette flamme, à peine évoquée , fit rapidement passer en lui toutes ses anciennes ardeurs. « Adonaï, dit- il en se prosternant, qu'il en soit, non selon ma volonté, mais selon la tienne. » Il se leva aussitôt pour aller rejoindre ses disciples, se retremper dans leur foi et marcher, appuyé sur eux, au-devant de la trahison' prévue. —Il les
trouva endormis I — Toutes les froides étreintes du doute
reparurent, cruellement ramenées par cette grossière indifférence. Deux fois encore il les laissa, après les avoir éveillés ; deux fois il alla soUicitev en vain une réponse de son père , et deux fois il les retrouva plongés dans leur outrageant sommeil! «Dormez maintenant, leur dit-il quand fut venue Theure du rendez-vous ifelal, voici rheure qui est proche, et le Fils de l'homme va ôtre livré entre les mains des pécheurs. »
A peine avait41 dit ces mots qu'on vit paraître Judas suivi d'une troupe de gens armés.
Il s'approcha, salua Jésus et l'embrassa. Jésus lui dit : « Ami, que viens-tu faire ici? » Puis, apaisant d'un geste la résistance que ses disciples faisaient mine d'opposer : « Croyez-vous,' leur dit-il avec cette admirable cnndcurquî lui était revenue tout entière, croyez-vous que je ne puisse pas prier mon père et qu'il ne m'enverrait pas aussitôt plus de douze légions d'anges? Mais comment s* accompliraient les jjrophéties qui déclarent que cela doit se faire ainsi ? »
Les disciples n'en attendirent pas davantage pour réaliser cet autre mot des Écritures : (( Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées. » — (( L'abandonnant aussitôt. Ils se sauvèrent tous. » {Mallh,, ch. XXVI.)
Jésus fut amené devant Caïphe. Là» des témoins affirmèrent qu'il avait parlé de détruire le temple et
de le rebâtir en trois jours. Afin de voir s'il y avait réellement une intention blasphématoire dans ces paroles, Gaïphe voulut s'assurer de la nature du sentiment qui avait pu les dicter. Il renouvela l'épreuve qu'un scribe avait déjà faite sans y attacher une si capitale importance ; il voulut savoir si l'accusé oserait adresser à Jéhovah cette suprême injure de nier son unité. — Persister à se dire son fils, sans atténuer le sens et la portée d'un tel mot, c'était commettre cet attentat et en appeler le châtiment sur sa tête. « Adonaï est vivant I dit-il, est-il vrai que tu prétendes être son fils?» Jésus répondit cette fois sans hésiter : « Tu l'as dit. Et je vous déclare que vous verrez bientôt le Fils de l'homme, assis à la droite de la majesté d' Adonaï, venir sur les nuées du ciel. » Pour annoncer ainsi ce retour prochain que sa mort seule rendait possible, il fallait que Jésus fût bien sûr d'avance de l'issue de son jugement. Il ne dut donc point s'étonner de voir Caïphe, témoignant son indignation à la manière juive, déchirer ses vêtements en disant : « Il a blasphémé! Qu'avons-nous besoin de témoins? Vous venez d'entendre le blasphème; que vous en semble? » Les assistants répondirent : « Il a mérité la mort. »
Pendant ce temps, une scène à peine croyable se passait au dehors. Simon-Pierre, dit Céphas, ce disciple à qui, dans un moment d'enivrement bientôt refroidi, Jésus avait promis les clefs de son royaume, déclarait
par trois fois qu'il n'avait jamais connu rhomme qu'on était en train de juger. Son accent galiléen démentant ses paroles , on lui disait : « Votre langage vous fait assez connaître. » a II se mit alors à faire des serments exécrables, et à dire en jurant qu'il n'avait aucune connaissance de cet homme. » {Matth,, ch. xxvi, v. 74.)
D'où vient donc que l'histoire juive est la seule où les choses ne s'appellent pas de leur nom ? Pourquoi ce qui nous révolterait ailleurs a-t-il ici son inexplicable excuse dans une indulgence traditionnelle? — De deux choses Tune : ou cette honteuse lâcheté n'a pas été commise ; ou, s'il y a dans les actes attribués plus tard à un tel homme quelque élévation d'intelligence et de sentiment, nous devrons hésiter à y croire.
Les conseillers secrets auxquels Caïphe obéissait, à son insu sans doute, ne s'étaient pas adressés seulement à son zèle religieux ; ils étaient aussi parvenus à exciter en lui , ainsi que dans le peuple, des inquiétudes d'un auti^e genre. Nous voyons en effet Caïphe témoigner la crainte, très-peu justifiée, que la conduite publique du prophète galiléen ne fût de nature à provoquer les redoutables sévérités de Rome et attirer de grands malheurs sur Israël. D'après le quatrième évangile (ch. II, V. 49), il aurait dit, dans un conseil tenu à ce sujet quelque temps auparavant : « Il est avantageux qu'un homme meure quand la mort de ce seul homme
peut empêcher la nation de périr. » Cette doctrine inique ne doit point nous surprendre dans une bouche juive; depuis Moïse, le salut du peuple hébreu était considéré comme la suprême loi, et ce n'était là qu'une . application particulière du principe des sacrifices expiatoires. Mais ce qui doit nous surprendre et ce qui confondra d'étonnement les générations futures, c'est que la théodicée encore régnante ait été, durant tant de siècles, empruntée à de telles idées. Ce que nous n'admettons plus, en fait de justice humaine, est passé en imperturbable habitude de notre esprit, lorsqu'il s'agit de justice divine ! — Jésus n'était-il pas possédé tout entier par le sentiment même qu'avait exprimé Caïphe? Ne croyait-il pas fermement qu'il était avantageux quil mourût pour empêcher son peuple de périr? — Seulement, la colère qu'il s'agissait pour lui de détourner, ce n'était pas celle de Rome, c'était celle de Jéhovah I
D'après la législation que Rome avait mise en vigueur et dont elle exigeait jalousement le maintien dans toutes ses provinces, le droit de vie et de mort avait été soustrait aux juridictions locales pour ressortir exclusivement du tribunal de ses procurateurs. En conséquence, la condamnation de Jésus, désirée et réclamée avec ardeur en vue de résultats si divers, ne pouvait procéder de la sentence du sanhédrin, mais de celle du prétoire. Il fallait donc obtenir celle-ci ; et il y avait quel-
que raison pour l'espérer, puisque le dtre de roi que Jésus s'attribuait, et qu'il n'était pas besoin d'expliquer, pourrait bien être , aux yeux du procurateur Pilate, un chef d'accusation suffisant.
Jésus fut donc amené devant Pilate. Celui-ci ayant été informé de l'accusation portée contre lui, et voulant savoir si elle était fondée, lui demanda : c Êtes-vous le roi des Juifs? » Pour formuler sa déclaration devant ce nouveau tribunal, Jésus n'employa pas des termes moins précis que ceux dont il s'était déjà servi devant le premier. Il avait affirmé devant le grand prêtre sa qualité de Fils de Jéhovah ; du même ton, avec la même assurance sereine et les mêmes mots, il affirma devant Pilate sa qualité de roi des Juifs; — à la question de l'un comme à celle de l'autre, il répondit : a Vous le dites. » {Mailh,, ch. XXVII, v. 11.)
Celte affirmation si nette, cette assurance si ferme durent vivement frapper le représentant de l'ombrageuse Rome. — Quel sens cependant pouvait présenter à son esprit ce brusque aveu d'un projet de restauration du royaume juif? S'il avait eu vent de la tentative récemment faite en Galilée et à laquelle l'accusé lui-même s'était soustrait par la fuite, il avait dû la juger bien peu redoutable. — Y avait-il à Jérusalem quelques dispositions menaçantes, quelques symptômes avant-coureurs d'un soulèvement en faveur d'un roi? — Rien de tout
SELON LE CHRIST. 34t
cela. — Et, eût-il eu sujet, durant les jours précédents, de s'apercevoir de quelque agitation parmi le peuple, la démonstration actuelle, le zèle de ceux qui amenaient à son tribunal cet homme garrotté qui se disait roi, tout n'était-il pas fait pour le rassurer amplement et lui inspirer pour l'accusé beaucoup plus de pitié que de colère ? Les réflexions qui se succédaient dans son esprit ne devaient pas échapper à Jésus. Sans doute, le généreux interprète des rêves de David eût voulu expliquer ce que c'était que ce royaume juif bien plus inattendu, en ce siècle oublieux des prophéties, que la restauration du trône Asmonéen; sans doute il eût voulu justifier devant Pilate de la valeur de son assertion et de sa sincérité parfaite. Mais quel espoir d'amener à la vérité qui lui avait été révélée cette intelligence aveugle ? Comment dessiller les yeux de ce serviteur des Dieux étrangers? Comment se faire reconnaître par lui comme le légitime héritier du royaume de son Père céleste?— Cette antique adoption de la terre de Judée que Jéhovah avait solennellement déclarée son domaine, sa possession, son royaume éternel, — Pilate en avait-il seulement connaissance? Et, s'il le savait, pourrait-il comprendre que le moment était venu où le Dieu du ciel, mettant enfin un terme à son long interrègne, allait relever de leur abaissement son peuple et sa ville sainte aux yeux de toutes les nations ?
342 L'IMMQRTALITÉ
A ce juge humain, dont il n'avait rien autre chose à obtenir qu'une sentence de mort, il voulut au moins faire entendre que, si c'était bien d'un royaume juif qu'il s'agissait, s'il n'avançait rien de faux en s'en disant le roi, Rome n'avait cependant pas à redouter de sa part les menées vulgaires d'un prétendant, et que c'était par d'autres mains que les siennes que s'opérerait la terrible préparation du monde nouveau qui devait voir son règne.
Sous tous ces rapports et à tous ces points de vue, te dialogue rapporté par le quatrième évangile parait être la reproduction très-fldèie des paroles qui furent échangées, dans cette étrange rencontre, entre Pilate et Jésus, ces représentations vivantes de deux courants d'idées jusque-là si différents.
c( Parlez-vous de vous-même, demanda Jésus à Pilate, ou est-ce que d'autres vous ont dit cela de moi? — Pilate lui répliqua : Est-ce que je suis Juif? Ceux de votre nation et les princes des prêtres vous ont livré entre mes mains; qu'avez-vous fait? — Jésus lui répondit : Mon royaume n'est pas de ce monde ; si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour empêcher que des juifs missent la main sur moi; mais mon royaume n'est pas maintenant d'ici. — Pilate lui répéta alors : Vous êtes donc roi? — Jésus lui repartit : Vous le dites, je suis roi... » {Jean, ch. xviii, v. 34-37.)
Ils ne sont pas ordinaires les accusés qui s'empressent de se déclarer coupables de crimes dont la peine, annoncée d'avance, est la mort. Assurément aucun autre cas du même genre ne s'était encore présenté devant le tribunal du procurateur. D'après les autres évangiles, il insista pour que l'accusé se défendît. Comme les princes des prêtres et les sénateurs articulaient encore de nouveaux griefs, sans que Jésus parût s'en émouvoir : « N'entendez'vous pas, lui dit-il, de combien de choses ces personnes vous accusent ? )> Mais Jésus en avait assez dit. Il se renferma dès lors dans ce dédaigneux silence dont le prophète lui avait fait une règle : « Il a été offert, avait dit Isaïe (ch. lhi, v. 7), parce que lui-même Va voulu; et il n'ouvrit point la bouche. Comme un agneau mené à la boucherie, et comme une brebis muette devant les tondeurs, il n'ouvrit point la bouche. »
On connaît la longue et inutile résistance de Pilate. Ici, on ne peut s'empêcher de se demander ce qui serait advenu si cette résistance, au lieu de mollir, avait été ce qu'elle devait et pouvait être, appuyée qu'elle était par la puissance de Rome. Si, tromjpant toutes les espérances attachées à cette mort, Pilate s'y était fermement et victorieusement opposé ; si , en un mot , au lieu d'être condamné à mourir, Jésus avait été condamné à vivre ; qu'eût été dès lors cette vie se prolongeant jusqu'à atteindre, peut-être, les pliis amers désillusionnements
de la vieillesse? — Faut-il maudire. Pilate d'avoir laissé mourir le Christ, ou (aut-il le bénir d'avoir laissé naître le christianisme?
Habilement circonvenu , le procurateur romain eut donc la faiblesse de se démettre de toute responsabilité en laissant le champ libre aux prescriptions de la loi juive. Or, sur le cas en question, la loi juive exprimait ainsi la volonté de Jéhovah formulée par lui-même : « Jéhovah, disait le Lévitique (ch. xxiv, v. 13) parla ainsi à Moïse : Fais sortir le blasphémateur hors du camp; que tous ceux qui Tout entendu appuient leurs mains sur sa tête; que toute la réunion Taccable de pierres. »
A Tancienne lapidation on avait substitué le supplice moins atroce peut-être de la croix. A cela près, tout se passa avec la barbarie prescrite. Une fois la voie ouverte, renlraîncmcnt ût le reste. Aucun outrage ne fut épargné par ce peuple à celui qui mourait pour lui. Afin de montrer le cas qu'on faisait de sa royauté, on lui en fit, pour mourir, revêtir les insignes. « Ils le revêtirent d'un manteau d'écarlatc; puis, ayant fait une couronne d'épines entrelacées, ils la lui mirent sur la tête, avec un roseau dans la main en guise de sceptre; et, se mettant à genoux devant lui, ils se moquaient de lui en disant : Salut au roi des Juifs I »
Après l'avoir crucifié : « Ils mirent au-dessus de sa tête le sujet de sa condamnation : « C'est Jésus, le roi des
Juifs. Et ils lui disaient : Si tu es le fils de notre Dieu, descends donc de la croix. » On vit même des princes des prêtres, des scribes et des sénateurs qui se moquaient en disant : « II a sauvé les autres et il ne peut se sauver luirmême. S'il est le roi d'Israël, qu'il descende de la croix et nous croirons en lui. Il compte sur le secours d'Adonaî. Si Adonaî l'ainie , qu'il le délivre maintenant, puisqu'il a dit : Je suis le fils de votre Dieu. »
Sur la neuvième heure, Jésus, près de mourir et ramené, sans doute, en ce moment suprême, au sentiment qui avait étreint son âme au jardin des Oliviers , jeta vers le ciel, comme un doux et éloquent reproche, ce souvenir du psalmiste : « Éli , Éli, lamma sabachtani S mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? » Quoi de plus émouvant que ce trait final ! Toutes les fascinations exercées sur cette âme pure par l'égoïsmé transfiguré de David se résument et s'évanouissent dans ce dernier emprunt I « Un moment après, ayant jeté un grand cri, il expira. »
La dernière page de cette histoire n'est, assurément pas la moins navrante. Le miracle de la résurrection par lequel Jésus se promettait de confondre tous ceux qui avaient douté de lui, — ce grand prodige dont, avec
1. David avait dit {Ps. xxii, v. 2.) : « EU, Êli, lamma azabtanù Le mot sabachtani prononcé par Jésus est la traduction galiléenne d'azabtant.
une foi si pleine et si touchante, il ayait dit en tonte rencontre aux pharisiens, aux scribes, aux sadducéens, à toutes les notabilités juives : « Voilà celui que vous verrez.... » il nous reste à voir comment il fut réalisé et quel éclat il jeta parmi la population qu'il devait éblonirl — Il suffit pour cela, — et ce renseignement est d'ailleurs nécessaire à te suite de cette histoire et à Tiotelligence du sujet que nous traitons, — de citer sans commentaires le premier venu des récits évangéliques. Bien que variant entre eux, ils produisent tous le même effet pénible. Il semble que, parmi les quatre narrateurs dont nous possédons le récit , c'est à qui laissera plus morne et plus vide celte scène qu'un si vivant enthousiasme échauffait et remplissait jusque-là. — Pour retrouver la vie , il faut aller tout droit aux actes et aux paroles de Paul; c'est là, en effet, qu'est la vraie résurrection.
Voici le récit de Mallhieu :
« Il y avait là plusieurs femmes... qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée... Sur le soir, un homme riche de la ville d'Arimalhie, nommé Joseph*, qui était aussi disciple de Jésus, vint trouver Pila te; et lui ayant demandé le corps de Jésus, Pilate commanda qu'on le lui donnât. Joseph ayant donc pris le cçrps, l'enveloppa
1. Les autres évangélistes font aussi intervenir ostensiblement Nicodème.
dans un linceul blanc, le mit dabs son sépulcre qui n'avait pas encore servi et qu'il avait fait tailler dans le roc;. et après avoir roulé une grosse pierre à rentrée du sépulcre, il se retira.
« Le lendemain, qui était le jour d'après la préparation du sabbat , les princes des prêtres et les pharisiens s' étant assemblés vinrent trouver PUate et lui dirent : Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, lorsqu'il était encore en vie : Je ressusciterai trois jours après. Commande donc que le sépulcre soit gardé jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent dérober son corps et ne disent au peuple : Il est ressuscité d'entre les morts. Car ainsi la dernière erreur serait pire que la première. — Pilate leur dit : Vous avez des gardes; allez, faites-le garder comme vous l'entendrez. Ils s'en allèrent donc, et, pour s'assurer du sépulcre, ils en scellèrent la pierre et y mirent des gardes.
« Cette semaine étant passée, et le premier jour de la suivante commençant à luire, Marie-Madeleine et l'autre Marie (les femmes de Galilée qui avaient suivi Jésus) vinrent pourvoir le sépulcre. Et tout d'un coup, il se fit un grand tremblement de terre. Car un ange de Jéhovah descendit du ciel, vint renverser la pierre et s'assit dessus. — Son visage était comme un éclair, et ses vêtements comme la neige.
348 UIMMORTÂLTTÉ
(( Les gardes furent tellement saisis de frayeur qu'ils devinrent comme morts. Mais l'ange, s'adressant aux femmes, leur dit : Pour vous, ne craignez point; car je sais que tous cherchez Jésus qui a été crucifié. Il n'est point ici , car il est ressuscité comme il l'avait dit. Venez, et voyez le lieu où le Seigneur avait été mis. Et
hfttez-vous d'aller dire à ses disciples qu'il est ressuscité. 11 ira devant vous en Galilée ^c'est là que vous le verrez, je vous en avertis auparavant. Ces femmes sortirent aussitôt du sépulci*e avec crainte et avec beaucoup de joie ; et elles coururent annoncer ceci aux disciples. En même temps Jésus se présenta devant elles et leur dit : le salut vous soit donné. Et elles, s'approchant, lui baisèrent les pieds et l'adorèrent. Alors Jésus leur dit : Ne craignez point. Allez dire à mes frères qu'ils aillent en Galilée. C'est là qu'ils me verront.
« Pendant qu'elles y allaient, quelques-uns des gardes vinrent à la ville et rapportèrent aux princes des prêtres tout ce qui s'était passé. Ceux-ci, s'étant assemblés avec tes sénateurs et ayant délibéré ensemble, donnèrent une grande somme d'argent aux soldats, en leur disant : Dites que ses disciples sont venus la nuit et l'ont enlevé pendant que vous dormiez *. Et si le gou-
1. On s'étonne que ceux qui parlaient ainsi aux soldats n'aient pas remarqué qu'il était plus simple de leur faire répandre le bruit que le
verneur vient à le savoir nous Tapaîserons et nous vous mettrons en sûreté. Les soldats, ayant reçu cet argent, firent ce qu'on leur avait dit; et ce bruit qu'ils répandiretit dure encore aujourd'hui parmi les Juifs.
« Or, les onze disciples s'en allèrent en Galilée , sur la montagne où Jéçus leur avait commandé de se trouver. Là ils le virent et ils se prosternèrent devant lui , mais ils doutèrent (Kal i^ovtêç aÙTov TcpocexuvYicav aùrw • oî ^è è^icrraGav). Jésus, s'approchant, leur parla ainsi : Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, et instruisez tous les peuples, les baptisant au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai commandées; et assurez-vous que je serai toujours avec vous jusqu'à la consommation du siècle (tou aiwvoç). »
Il ne suffit pas de rectifier dans cette dernière phrase Terreur de la plupart des traducteurs qui, lisant twv atôvcov au lieij de tou aicovoç , parviennent à transporter dans l'avenir cette consommation des siècles; il faut de plus nier que l'écrivain qui a mis dans cette bouche l'ordre d'instruire tous les peuples, soit le môme qui avait mis dans celle de Jésus les ordres absolument inverses
corps avait été enlevé avant qu'ils ne fussent préposés à sa garde, c'està-dire pendant la première nuit. Nous croyons que c'est cette dernière opinion qui s'est perpétuée parmi les Juifs, avec l'impérissable regret d'avoir versé un sang d'où est né un Dieu qui n'est plus le leur.
qu'on trouve au ch. 1 du même éyaogile : n N'allez pas vers les Gentils» (y. 5), et a Vous n'aurez pas achevé toutes les villes d'Israël avant que le Fils de l'homme ne vienne. » ( v. 23). — A cette contradiction elle-même il y a du reste une explication fort simple, c'est que ceci a été écrit à une époque où déjà avait eu lieu le iisdt aussi imprévu qu'anti-môsaîque qui nous reste à raconter : — Foulant aux pieds l'antique précepte de Vwkgar liU des peuples devant Jéfwvah, un Juif, entreprenant et plein de foi , était allé convier les nations incirconcises aux prochaines béatitudes du royaume divin.