‹ L'Immortalité selon le ChristChapitre 2 sur 33 · V. 1. — ifomhres, ch. ix, v · texte numérisé non relu

V. 1. — ifomhres, ch. ix, v

délices brusquement tarie, elle avait cessé de livrer à ses habitants les faciles jouissances et l'insoucieux repos.

De combien peu cependant il s'en était fallu que la destinée de l'homme fût tout autre ! Et que devait penser l'intelligent lecteur de cet étrange aveu (ch. m, v. 22) : « Le Dieu Jéhovah dit : Maintenant Adam est comme l'un de nous pour connaître le bien et le mal; maintenant il pourrait étendre la main , prendre même de l'arbre de la vie, eii manger et vivre éternellement. Le Dieu Jéhovah le renvoya du jardin d'Éden, pour cultiver le sol dont il avait été pris... » Ainsi le livre le disait hautement : l'homme ancrait pu vivre éternellement sur la terre. Hélas ! l'arbre qui aurait pu lui donner cette immortalité avait disparu; la terre était devenue avare et le ciel inclément...; mais tous ces arrêts étaient-ils irré- 'vocables ? Le Dieu Jéhovah ne pouyait-il, s'il lui plaisait, faire un autre ciel et une autre terre, ou plutôt rendre à chacun d'eux leur riant aspect des premiers jours? Avaitil dit qu'il ne se laisserait jamais fléchir? S'était-il interdit de sauver de la mort l'homme qui saurait parvenir à l'entière possession de ses bonnes grâces? — Le silence du livre autorisait sur tous ces points les plus ambitieuses espérances. Celles de David s'éveillèrent-elles dès ce moment, ou fallut-il, pour les faire naître , que le succès constant de ses entreprises l'eût peu à peu enhardi à croire que Jéhovah ne pouvait rien lui refuser? Nous ne

saurions le dire. Mais, que l'idée, dont nous écrivons l'histoire, soit née à tel moment ou à tel autre dans cette imagination féconde, ce n'est pas là ce qui nous importe.

Un autre récit {Genèse, ch. vi), montrait au jeune lecteur le même résultat produit par des causes différentes. Dans ce récit, la limitation de la vie des hommes paraissait avoir été décrétée beaucoup plus tard :

Le voisinage de cette surface verdoyante qui s'étalait au-dessous d'eux avait déterminé plusieurs habitants du ciel à y descendre et à y séjourner, a Les fils d'Élohim virent que les filles de l'homme étaient belles; ils prirent pour eux des femmes parmi toutes celles qu'ils choisirent. — Jéhovah dit : Mon esprit ( mon souffle mr)) ne dominera pas toujours dans l'homme S puis-

1. Le sens e^t, suivant nous: « Le souffle que j'ai mis dans Thomme ne le soustraira pas toujours à là mort. » Le mot n*l1 ( Rouvach ) que Ton traduit ordinairement ici et dans tous les passages analogues par Esprit (en grec nveujxa, en latin Spiritus)^ ne peut présenter une autre image que l'image toute matérielle exprimée au v. 7 du ch. ii , par ce D^^n PQU3 que Jéhovah souffla dans les narines de l'homme pour en faire un être animé ; et il est essentiel de remarquer que ce sera toujours la même idée qjie le même mot exprimera dans le Nouveau Testament, 11 s'agira toujours d'un esprit de vie , d'un souffle destiné à animer le corps ^ mais d'un souffle nouveau, descendant du ciel sur quelques-uns et se substituant en eux au souffle limité qui , d'après le passage que nous citons ci-dessus , ne pouvait plus animer la chair que durant cent vingt ans.

Quant à ce passage en lui-même, il suffirait de cette dernière clause, la limitation de la vie à cent vingt ans , pour l'isoler de tout ce qui

qu'il est aussi de chair ; ses jours seront de cent vingt ans. »

« En ces jours étaient encore sur la terre des homnif s dégradés', même après' que les fils d'Élohim furent venus vers les filles de l'homme et qu'elles eurent enfanté pour eux; c'étaient les forts ^ de toute éternité*, hommes de nom K »

précède et surtout de tout ce qui suit , puisqu'il est question plus loin de longévité beaucoup plus grande. Il nous parait de toute évidence que ce fragment appartient à un ordre d'idées différent de ceux au milieu desquels il est ench&ssé. C'est toujours l'idée de chute et d'immortalité retirée à l'homme; mais c'en est une variante très-nette. Nous l'avons, en cette considération, traduit nous-mùmo avec soin.

^ • D^Ssan les Néphilim, On traduit ordinairement j)ar le mot « Géants, » sans éoute à cause de l'idée de force exprimée plus loin, et pour se mettre d'accord avec d'autres traditions. On peut conserver cette dénomination , pourvu toutefois qu'on ait soin d'observer qu'au mot néphilim est attaché , non l'idée de grandeur, mais celle d'une infériorité très-marquée ; car ce mot vient de SS3 tomber, • d'où est formé Ssj avorton , et autres mots semblables.

* 2. Quelques traducteurs attribuent aux anges la paternité des Néphilim ; mais le texte ne dit point cela ; il semble au contraire indiquer que cette race était presque éteinte au moment dont il s'agit: "jD"nn,fc< DA même après que, etc.

3- D^135n les Guiborim, On traduit souvent par «héros;» mais pourquoi attacher ici une idée de valeur morale à un mot qui ailleurs n'exprime jamais que la force musculaire?

4- dSiVO» Ce mot, très -important à remarquer en cet endroit ,

exprime un temps caché, inconnu, illimité, dans le passé comme dans l'avenir.

5. Qt^n ^Xt735< hommes de nom. Nous avons traduit littéralement. Pourquoi encore ici forcer le sens du mot Qxi et le traduire par « renom?» Â notre sens , cela voudrait dire que ces hommes incomplets,

« Jéhovah vit que la malice de l'homme était grande sur la terre, et qu'il ne se formait chaque jour dans son cœur que des pensées mauvaises. Jéhovah se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre , et il s'en affligea dans son cœur. Jéhovah dit : J'exterminerai l'homme que j'ai créé de dessus la surface de la terre; depuis l'homme jusqu'au bétail, jusqu'au reptile et jusqu'à l'oiseau du ciel ; car je me repens de les avoir faits. »

Ainsi le parti était bien pris; la destruction serait complète ; tout ce séjour terrestre qui n'avait pas répondu à l'attente de celui qui en avait fait l'essai allait rentrer dans le néant... et cependant — preuve bien manifeste qu'un seul homme pouvait modifier à son profit les projets les plus arrêtés de ce Dieu qui semblait promettre ses faveurs à David — parmi tous ces êtres condamnés à périr, il s'en était trouvé un en faveur duquel Jéhovah avait tout à coup consenti à voir se repeupler la terre.

dont Vorigine se perdait dans la nuit des temps , n'avaient de l'homme que le nom.

Ce passage a une véritable importance au point de vue de la paléontologie humaine , sous deux rapports distincts et nettement exprimés. H indique d'abord l'existence d'une espèce antérieure (supérieure en forces physiques et très-inférieure en qualités morales) , dont la dernière période géologique aurait déterminé le déclin et l'extinction rapides. En second lieu , par l'emploi du mot oSl^T appliqué au passé, il laisse dans rindéteivnination la plus complète l'époque et l'acte de la création. Bien que cette question soit en dehors de notre sujet actuel , nous avons cru utile de restituer à la paléontologie, au moyen d'une traduction exacte, un document qui n'est pas sans valeur.

Mais, cette petite réserve exceptée, tout le reste avait été détruit; la vengeance céleste s'étaifr étendue avec les eaux du déluge sur la surface entière du sol, et nulle créature n'avait échappé au jugement divin (ch. vi, vu, viii).

Si le détail suivant n*a pas été ajouté depuis, David devait se plaire à lire la déclaration formelle par laquelle Jéhovali avait lui-même limité ses vengeances futures; quelles qu'elles fussent , il y aurait toujours espoir de salut pour quelques-uns.

Lorsque Noé et les siens, sauvés seuls de l'extermination générale , avaient élevé un autel et fait monter au ciel la fumée d'un holocauste (ch. viii, v. 21), « Jéhovah, sentant l'odeur agréable, s'était dit dans son cœur : Je ne maudirai pas encore une fois la terre à cause de l'homme... Je ne frapperai pas encore tout ce qui vit comme j'ai fait. » Ainsi, plus de dévastation complète; un avenir sans fin était assuré à la terre ; elle ne serait plus punie pour la méchanceté de l'homme. Et Jéhovah avait ajouté : « Durant tous les jours de la terre, les semailles, la moisson, le froid, le chaud, l'été, l'hiver, le jour et la nuit ne s'arrêteront plus. » Or, ces semailles et ces moissons, ces opérations humaines qui ne devaient plus cesser sur la terre, réclamaient éternellement la présence de l'homme.

Mais si l'appréhension de la destruction totale était

écartée, restait celle de châtiments plus ou moins étendus. L'embrasement de Sodome et de Gomorrhe était venu depuis montrer que le feu était apparemment le moyen choisi par Jéhovah pour atteindre désormais ses ennemis. Et cette tradition , se combinant, dès l'époque de David, avec l'annonce déjà ancienne d'une visite ou d'un nouveau jugement , suspendait, sous le nom de Jour de Jèhovah, une nçienace constante au-dessus des habitants de la terre, assez imprudents pour encourir les colères du ciel. •

Nous voici en possession de tous les éléments de l'histoire intellectuelle de David; ils vont nous aider à restituer leur vrai sens à ses actes, et sa véritable raison d'être à un cycle d'idées bien mal défini jusqu'à présent.

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