‹ L'Immortalité selon le ChristChapitre 3 sur 33 · SAUL ET DAVID · texte numérisé non relu

SAUL ET DAVID

L'hostilité de Samuel contre le malheureux Saûl s'était manifestée longtemps avant qu'il se décidât à lui donner un rival ; il l'en avait menacé plusieurs fois, comme pour y préparer les esprits, mais sans jamais oser accomplir ouvertement sa menace; il s'attachait surtout à multiplier les occasions de le prendre en faute et de le compromettre aux yeux du peuple. Ainsi, dans une circonstance où il était de la dernière urgence de repousser une formidable attaque des Philistins {^^am. liv I, ch. xiii), nous le voyons manquer à un rendez-vous donné, mettre Saûl dans la plus cruelle alternative, puis apparaître brusquement pour lui faire un crime de sa précipitation et le menacer de la colère de Jéhovah. a Samuel dit : qu'as-tu fait? Saûl dit : comme

je voyais que le peuple se dispersait d'auprès de moi , que tu ne venais point à Tépoque fixée, et que les Philistins s'assemblaient à Michmasch , j'ai dit : voilà que les Philistins vont descendre contre moi à Guilgal, et je n'ai point encore supplié Jéhovah ! Alors je me suis enhardi et j'ai offert l'holocauste. — Samuel dit à Saûl : tu as agi follement; tu n'as pas observé le commandement de Jéhovah ton Élohim. Il aurait pu affermir ton règne sur Israël ; mais maintenant ton règne ne subsistera pas ; Jéhovah s'est cherché un homme selon son cœur et l'a établi (imsfn de ms? tester — voir notre note de la page 23) chef de son peuple ; car tu n'as pas observé ce que Jéhovah t'a commandé. » Sans doute cette première menace ne fut pas sans effet sur un esprit si faible et si prompt à se troubler; mais ce ne fut que le prélude. Samuel ne tarda pas à trouver ou plutôt à faire naître l'occasion de lui adresser des reproches plus graves. {Ibid, ch. xv.)

(( Samuel dit à Saûl : Par ordre de Jéhovah je t'ai oint pour roi de son peuple d'Israël, et maintenant écoute les paroles de Jéhovah. Voici ce que dit Jéhovah TsébaotU (le Jéhovah des armées) : Je me rappelle (le souvenir remontait à cinq cents ans) ce qu'Amalek à fait à Israël, ce qu'il lui a opposé sur le chemin quand il montait d'Egypte. Maintenant va et frappe Amalek; mettez en interdit tout ce qui est à lui ; ne l'épargnez

point; fais mourir les hommes, les femmes, l'enfant, le nourrisson, le bœuf, l'agneau, le chameau et jusqu'à l'âne. »

Saûl n'était pas homme à pénétrer les motifs des exterminations systématiques jadis ordonnées par Moïse. Samuel pouvait donc compter que l'ordre de Jéhovah serait adouci. Mais adoucir cet ordre, ce serait l'enfreindre-, et c'était là qu'il attendait Saûl.

Les choses se passent comme elles étaient prévues. Saûl est vainqueur ; mais il épargne le roi Agag et ce qu'il y avait de meilleur dans le bétail. Le crime de désobéissance était patent.

({ La parole de Jéhovah fut adressée à Samuel disant : Je me repens d'avoir établi (ici c'est le verbe "San, et non ms? comme plus haut) Saûl pour roi, car il s'est détourné de moi et n'a point exécuté mes paroles. »

Cependant, le naïf Saûl croyait encore n'avoir pas fait de mal; heureux de sa victoire il accourt tout joyeux vers Samuel; mais celui-ci, dj-essant tout à coup l'oreille : « Quel est donc, dit-il, ce bêlement de brebis et ce mugissement de bœufs que j'entends? Saûl dit : ils les ont amenés d'Amalek, parce que le peuple a épargné les meilleures brebis et les meilleurs bœufs, pour les sacrifier à Jéhovah ton Élohim; et le reste nous l'avons détruit. — Samuel dit à Saûl : Arrête, et

je te déclarerai ce que Jéhovah m'a dit cette nuit. » Il lui reproche longuement son indignité et renouvelle en termes solennels ses menaces de dépossession. Saûl, plein de confusion et d'effroi, se jette à ses pieds et saisit le pan de son manteau. Mais Samuel demeura inflexible; et, pour montrer comment devaient être exécutés les ordres de son Dieu, il fit venir le roi Agag, épargné par Saûl, « et le coupa en morceaux devant Jéhovah à Guilgal » (ch. xv,j. 33).

La pauvre tête de Saûl ne put tenir contre ce nouvel assaut ; peut s'en fallut qu'il ne la perdît entièrement. Il devint dès lors sujet à de véritables accès de démence que la moindre contrariété suffisait à ramener. On appelait cela autour de lui <( le malin esprit de Jéhovah ^ ))

(( Les serviteurs de Saûl lui dirent : Voici qu'un malin esprit d'Élohim te trouble. Que notre maître commande; tes serviteurs sont devant toi ; ils chercheront Un homme habile à jouer de la guitare, et alors, quand l'esprit d'Élohim sera sur toi, sa main touchera de l'instrument et tu seras soulagé. Saûl dit à ses serviteurs : Tâchez de me pourvoir d'un homme habile à jouer de l'instrument et amenez-le-moi. L'un des serviteurs répondit, et dit :

1. Les Hébreux se représentaient, à ce qu*il paraît, cet Esprit (Rouvach) comme propre à produire des effets très-diyers.

J'ai vu un fils de Jessé de Bethléem sachant jouer d'un instrument; homme fort, vaillant et guerrier, à la parole intelligente, homme de bonne mine, et Jéhovah est avec lui. — Saûl envoya des messagers à Jessé pour lui dire : Envoie-moi ton fils David qui est avec le troupeau... David vint vers Saûl et se présenta devant lui; celui-ci l'aima beaiicoup; et il devint son porteur d'armes. » (Ch. xvi, v. 15-21.)

Le chapitre suivant présente d'une tout autre manière l'entrée en scène du fils de Jessé.

L'armée des Philistins et celle des Israélites sont en présence. Depuis quarante jours, un géant, nommé Goliath, descend matin et soir dans la vallée qui sépare les deux camps, défiant en combat singulier celui des enfants d'Israël qui osera se mesurer avec lui. Or il arriva qu'un jeune homme, qui n'était encore connu de personne, se montra comme par hasard au milieu des gens de Saûl et se fit fort de rabattre à lui seul l'insolence du provocateur. « Fais cela, lui dit-on, et tu peux être sûr que le roi te comblera de richesses. Qui sait même s'il n'ira pas jusqu'à te donner sa fille? » Le jeune homme allait de groupe en groupe, répétant son dire et se faisant répéter aussi l'assurance des résultats qu'aurait son exploit, s'il parvenait à l'accomplir. Le bruit en vint aux oreilles de Saûl qui fit venir le jeune téméraire et lui «lit : Penserais-tu donc, faible et jeune comme tu l'es, à

te mesurer avec un homme de cette force et habitué à combattre ! — Ce n'est pas toujours le plus fort qui l'emporte, répondit l'autre avec finesse ; les lions et les ours sont bien plus forts que moi, et mal leur en prend quand ils s'attaquent à mon troupeau. — Gomme il était sans armes, Saûl voyant sa contenance flère, voulut Farmer d'un casque, d'une cuirasse et d'une épée; mais lui (( prit son bâton en mains et se choisit dans le torrent cinq cailloux unis, les mit dans sa gibecière de berger et dans sa poche. Il avait sa fronde en mains, et il s'approcha ainsi du Philistin... Celui-ci lui dit : « Suis-je un chien que tu viennes contre moi avec des bâtons?... Mais, approche, je vais livrer ta chair aux oiseaux du ciel et aux bêtes des champs... »

L'adolescent, sûr de ses coups, ne se laissa pas émouvoir, et menaçant à son tour le Philistin il s'approcha résolument de lui. Lorsqu'il fut à une distance convenable, il s'arrêta, « il mit sa main dans sa besace, en tira une pierre, la lança, et frappa le Philistin au front; la pierre s'enfonça dans son front, et il tomba le visage contre terre. »

Celui qui venait de se couvrir de tant de gloire était David.

« Il courut, ajoute le chroniqueur, se plaça sur le Philistin, prit son épée, la tira de son fourreau, et s'en servit pour l'achever et lui couper la tête. Quand les

Philistins virent que leur héros était mort, ils s'enfuirent. »

Quel coup de maître qu'un tel début! — Parmi tous ceux qui s'en montrèrent charmés, nul ne poussa plus loin l'enthousiasme que le fils de Saûl, le brave Jonathan *. Dès lors commença, entre lui et David, cette intimité qui devait détacher de plus en plus le fils de la cause du père et finir par une trahison complète.

Bientôt après nous voyons le jeune David activement occupé à se donner du renom.

« David sortait partout où Saûl l'envoyait. Il réussissait ; et Saûl l'établit sur des gens de guerre. 11 était bien venu aux yeux de tout le peuple. Et, à leur retour, quand David revenait du combat contre le Philistin, les femmes sortaient de 'toutes les bourgades d'Israël , en chantant et en dansant ; et , se plaçant devant Saûl avec des tambourins et des cymbales, elles s'entre-répondaient en disant : Saûl a battu ses mille et David ses dix mille. »

Cert^Sv de telles bravades étaient bien faites pour éveiller le malin esprit. Ce refrain, en effet, ne manquait

1. Il est plus connu sous le nom de Jonathas; mais nous traduisons littéralement. — Si Ton se souvient de notre note de la page 20, on doit être entraîné comme nous à faire un rapprochement entre Tintimité de David avec Joaatiian et celle du dauphin Louis avec le fils de Philippe le Bon.

jamais d'amener quelque crise chez le malheureux SaûL « C'est cela ! criait-il, dix: mille pour lui et mille seulement pour moi! Que n'en font-ils leur roi tout de suite ! » Il lui arrivait alors de tomber dans un tel état d'exaltation qu'il allait cà et là dans sa maison faisant des gestes de fou. Un jour que David était venu avec sa guitare pour le calmer, Saûl saisi d'une brusque fureur, voulut le clouer au mur avec sa lance ; mais, par deux fois, l'agile musicien esquiva le coup.

Une fois ses nerfs calmés, Saùl se disait : « Il faut que Jéhovah soit avec David, puisqu'il réussit toujoui's. Qu'il sorte donc, qu'il s'en aille avec les hommes que je lui donnerai, et qu'il ne m'irrite plus par sa présence. » Il n'y avait rien de mieux pour faire grandir la popularité de David. Celui-ci fil si bien que la main d'une des filles de Saûl parut être aux yeux de tous la juste récompense de ses services. « Qu'il prenne Mérab, dit le roi; mais qu'il ne cesse pas pour cela de se battre, puisque c'est un si vaillant guerrier !... Puissent les Philistins, ajoutait-il tout bas, m'en débarrasser bientôt I »

David ne manqua pas d'opposer à l'offre de la main de Mérab la formule modeste en usage : « Qui suis-je ? et quelle est mon origine , pour qu'il m'advienne un tel honneur? » Au lieu de Mérab, ce fut Michol, autre fille (le Saiil, qui se déclara pour lui. Que ce fût l'une ou

l'autre, peu importait à Saûl, pourvu que son gendre se crût par cette alliance engagé à combattre les ennemis d'Israël plus sérieusement peut-être qu'il ne l'avait fait jusque-là. Car, au fond, on croit démêler chez Saûl l'intention d'obliger David à fournir une preuve matérielle des victoires dont il se vantait. On connaît la triomphante preuve que la troupe de David déposa un jour à ses pieds*. Assurément Saûl, comparant ces succès à ceux par lesquels il avait lui-même signalé les commencements de son règne, leur trouvait plus d'éclat que d'importance réelle. Mais il n'en était que plus exaspéré de voir à quel degré David possédait l'art, inconnu de lui, de rehausser une victoire aux yeux du peuple. Croyant, d'ailleurs, reconnaître dans cet art lui-même un signe de la haute faveur dont Jéhovah entourait son odieux gendre , il continuait à le recevoir dans sa maison et à sa table, sans toutefois pouvoir s'empêcher de diriger de temps en temps contre lui, d'une main fiévreuse et mal assurée, ces coups de lance qui n'atteignaient jamais que le mur. Quoi qu'il en fût, les fonctions de joueur de guitare devenaient de moins en moins tena-

1. « Dixit autem Saûl : sic loquimini ad David : non habet rex sponsalia necesse, nisi tantùm centum praeputia Philistinorum... David abiit cum viris qui cum eo erant, et percussit ducentos viros ex Philistinis, et attulit eorum praeputia... et vidit Saûl quôd Doniinus esset cum David. »

bles dans de telles conditions; et, si cruel qu'il fût pouf David de s'éloigner de l'héritage qu'il avait à s'approprier •, le soin de sa sûreté l'obligea à prendre momen-* tanément ce parti. Il attendit même que la nécessité le contraignît à fuir; car ce ne fut qu'à la vue des émissaires envoyés par Saûl pour se saisir de sa personne qu'il se décida à s'échapper par une fenêtre, et à gagner la campagne *.

Se réfugier auprès de celui par lequel Jéhovah lui

avait fait conférer sa qualité encore ignorée de messie, — telle fut naturellement la première idée qui s'oflfrit à David. Quelle qu'ait été la durée de ce séjour auprès de Samuel, il ne faut pas s'étonner qu'il ait donné fort à penser au pauvre Saûl. Obsédé par le malin esprit, il ne tarda pas à se jeter tête baissée, avec sa maladresse ordinaire, dans une entreprise qui le couvrit de ridicule* Nous transcrivons textuellement (ch. xix, v. 18 et suiv.) : ({ David avait pris la fuite, avait échappé, et était arrivé auprès de Samuel à Rama. Il lui raconta tout ce

1. Ce regret de s'éloigner est bien exprimé plus loin (ch. xxvi, V. 19) : a qu'ils soient maudits devant Jéhovah, dit David, ceux qui m'ont chassé aujourd'hui pour que je ne puisse m*atta>cher à l'héritage de Jéhovah! comme s'ils s'étaient dit : qu'il aille ailleurs servir des dieux étrangers. »

2. La ruse que, dans cette circonstance , il fait mettre en œuvre par sa femme Michel , accuse de sa part un culte idolàtrique qui rappelle tout à fait les objets domestiques de la dévotion de Louis XI.

que Saûl lui avait fait. Lui et Samuel s'en allèrent et s'établirent à Nayoth. Il fut annoncé à Saûl , savoir : Voici David qui est à Nayoth, à Rama. Saûl envoya des messagers pour prendre David, lesquels ayant vu une assemblée de prophètes prophétisant et Samuel qui se tenait parmi eux comme chef, l'Esprit (Rouvach) d'Élohim vint sur les messagers de Saûl, et eux aussi ils se mirent à prophétiser. On l'annonça à Saûl, qui envoya d'autres messagers , lesquels prophétisèrent aussi. Saûl continua à envoyer des messagers pour la troisième fois, et ils prophétisèrent encore. Il alla lui-même à Rama, et vint jusqu'à la grande fosse qui est à Séchou. Il demanda en disant : Où sont Samuel et David? On lui dit : Vois à Nayoth, à Rama. Il alla à Nayoth, à Rama. Et l'Esprit d'Élohim vint sur lui aussi; et continuant son chemin, il prophétisa jusqu'à son arrivée à Nayoth, à Rama. Il se dépouilla aussi de ses vêtements et prophétisa aussi devant Samuel. Il se jeta par terre nu, tout le jour et toute cette nuit. C'est pourquoi on dit : Saûl estil aussi parmi les prophètes * ? »

Avant de mettre en œuvre de nouveaux moyens pour précipiter un dénoûment trop lent à se produire , David, sur le conseil de Samuel sans doute, voulut

1. On se servait sans doute de ce dicton populaire pour exprimer la surprise , quand il furrivait à quelqu'un de montrer un savoir-faire qu'on ne lui avait i as connu jusque-là.

tenter un dernier effort pour se rapprocher de ce trône qu'il se décidait si difficilement à perdre de vue. Jonathan était l'homme qui pouvait le mieux le renseigner et le servir, ce fut lui qu'il employa. Aveuglément dévoué à ses intérêts , le fils de Saûl se prêta avec la docilité la plus parfaite à ses plus minutieuses indications. Mais nous ne nous arrêterons pas à ces détails, d'autant plus que cette période de la vie de David ne se relie qu'indirectement au point historique que nous voulons éclaircir.

Tout échoua devant la défiance de Saul, et Jonathan , traité par son père de traître et d'infâme , eut , lui aussi , . son coup de lance à éviter. David , averti par lui, vit bien qu'il n'avait plus qu'à se sauver au plus vite.

Dans quelles dispositions haineuses il s'éloignait de sa proie; à quelle exaspération l'avait amené ce premier avortement de tous ses projets ; — c'est ce que nous pouvons aisément deviner. A quoi lui servait donc cette onction dont la puissante influence lui avait fait espérer le prompt aplanissement de tous les obstacles? Qu'attendait donc ce peuple pour se déclarer en sa faveur ? Et pourquoi Jéhovah se taisait-il? Pourquoi sa protection se manifestait-elle si mollement? — Il faut voir en quels accents sa rage s'exhale à cette époque contre ses ennemis, c'est-à-dire contre son inepte rival et tous ceux qui

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lui restent attachés. La haine n'a jamais atteint un tel lyrisme.

La plupart des commentateurs rapportent au moment de cette fuite de David le psaume suivant {Ps. 109, Gan. héb.) :

« Dieu de ma louange, ne te tais pas.

« Car la bouche de Tinipie, la bouche de la tromperie sont ouvertes contre moi ; ils ont parlé contre moi d'une bouche mensongère.

« Les paroles de la haine m'entourent; ils me font la guerre sans motif.

« En place de mon amitié ils me haïssent; mais moi je suis en prières.

« Ils me témoignent le mal pour le bien et la haine pour mon amitié.

« Établis le méchant sur lui , et que l'adversaire se tienne à sa droite.

« Qu'il sorte coupable du jugement; que sa prière lui soit imputée à péché.

« Que ses jours soient peu nombreux; qu'un autre s'empare de sa possession.

« Que ses enfants deviennent orphelins, et sa femme veuve.

« Que ses enfants errent çà et là pour mendier, qu'ils cherchent leur pain loin de leurs demeures en ruine.

« Que r usurier attire à soi ce qui lui appartient; que des étrangers pillent le fruit de son travail.

« Qu'il n'y ait pour lui personne qui lui tende la miséricorde ; que personne n'ait pitié de ses orphelins.

« Que sa postérité soit vouée à la destruction, que dans la génération suivante leur nom soit effacé.

« Que le crime de son père soit en souvenir auprès de Jéhovah ; et que le péché de sa mère ne soit point effacé.

« Que ses péchés soient toujours présents à Jéhovah, tandis que sa mémoire est retranchée de la terre ;

. « Parce qu'il n'a pas songé à faire le bien, qu'il a poursuivi le malheureux et le pauvre, et qu'il a cherché à faire mourir l'homme au cœur brisé.

« 11 a aimé la malédiction, qu'elle vienne sur lui ; il n'a pas voulu la bénédiction, qu'elle s'éloigne de lui.

« Qu'il soit revêtu de la malédiction comme d'une chemise; qu'elle entre en lui comme de l'eau, comme l'huile dans ses membres.

« Qu'elle soit pour lui comme un vêtement dont il s'enveloppe, comme une ceinture dont il se ceint continuellement.

« Que ce soit le salaire de mes adversaires, de la jpaii; de Jéhovah, de ceux qui parlent mal sur moi.

« Car je suis affligé et malheureux et mon cœur en moi est blessé.

(( Je m'en vais comme l'ombre qui s'incline, je suis précipité comme les sauterelles.

« Mes genoux chancellent par le jeûne, et ma chair est desséchée par la privation de l'huile.

« Je suis devenu pour eux un opprobre; quand ils me voient, ils hochent la tête.

« Assiste-moi, Jéhovah, mon Élohim, secours-moi selon ta bonté. ,^

« Et que mes ennemis sachent que c'est ta main, que c'est toi , Jéhovah, qui as fait cela.

« Qu'ils nie maudissent, eux; toi, tu me béniras; ils se sont levés , ils ont été confus ; et ton serviteur s'en est réjoui.

(( Que mes adversaires soient couverts de confusion ; qu'ils soient revêtus de leur honte comme d'un manteau.

« Je célébrerai considérablement Jéhovah par ma bouche, et au milieu de plusieurs je le vanterai.

« Il se tient à la droite du "nécessiteux pour le sauver de ceux qui en veulent à sa vie (à son âme wp?).))

Sa première inspiration , comme il semble, fut d'agir sur l'esprit des prêtres (cohenim), et de profiter du moment où ils ignoraient encore sa disgrâce pour obtenir habilement d'eux, sous la forme d'une communication de Jéhovah, quelque déclaration compromettante qui les liât plus tard à sa cause. Ce n'est pas seulement, en

effet, pour se procurer de la nourritui'e et des armes qu'il s'arrête à Nob, auprès dWchimélech le cohen * ; nous voyons (ch. xxii, v. 10, 13 j que le mensonge employé dans ce but lui servit aussi à faire consulter Jéhovah de manière à en tirer une réponse significative. Cette réponse n'est point relatée, mais elle fut telle qu'un serviteur de Saûl, Tlduméen Doëg, qui par hasard se trouvait là et en eut connaissance , en fut trèsirrité et s'en alla tout droit la rapporter à son maître. La chose en resta là pour le moment, mais elle devait porter ses fruits.

David chercha ensuite à trouver un asile chez les Philistins. Cette tentative, qui fut reprise plus tard avec succès, ne réussit pas d'abord. On ne songe pas à s'en étonner quand on se rappelle les nombreuses sorties victorieuses qui avaient fait à David son renom de vaillant guerrier. Les Philistins auraient-ils pu faire bon accueil à celui qu'ils devaient si bien connaître par leurs défaites mêmes? Eh bien, non; chose éti^ange, ils ne semblent le connaître que par le bruit arrivé jus-

1. tt ... Achimélech courut au-devant de David et lui dit : d'où vient que tu es seul et que personne n'est avec toi? David dit à Achimélech : le roi m'a commandé quelque chose et m'a dit : que personne ne sache rien de la chose pour laquelle je t'envoie et que je te commande... » (Ch. XXI, V. 2 et 3). On peut s'étonner que , dans l'allusion faite plus tard {Matthieu, ch. xii, v. 3-4) à cette circonstance, il n'y ait aucune apparence de blâme.

qu'à eux des chants populaires composés en Israël à la louange du' jeune héros ; car ils disent à leur roi Aschisch (ch. xxi, 2, 12) : « N'est-ce pas David, roi du pays f N'est-ce pas de lui qu'on s'entre -répondait dans les danses en disant : Saûl a tué ses mille et David ses dix mille f )) Ces dispositions assez peu menaçantes suffirent pour effrayer David. « 11 changea sa contenance à leurs

yeux et fit le fou parmi eux; il griffonnait sur les po-

teaux de la porte et faisait couler sa salive sur sa barbe. Aschisch dit à ses serviteurs : Vous voyez que cet homme est insensé; pourquoi le conduisez- vous vers moi {ibid,, v. H, 15)?»

Il se décida alors à tenter les chances d'une guerre de partisans, et à entrer en lutte ouverte avec Saûl, autant du moins qu'il le fallait pour se poser en prétendant. Comme il connaissait bien les retraites secrètes que pouvaient offrir, dans son pays même, les parties montagneuses et peu accessibles où naguère encore 11 conduisait ses troupeaux, il résolut d'appeler à lui tous ceux qui auraient quelque intérêt à l'y suivre. « Tous ceux qui étaient traqués (pi^a ), tous ceux qui avaient des créanciers, tout homme qui avait le cœur aigri (usa id), se réunirent à lui , et il fut leur chef , et il y eut avec lui environ quatre cents hommes (ch. xxii, v. 2).» C'est certainement là le premier noyau de ces gardes du corps , âmes damnées de David , que nous voyons plus

tard attachés à sa personne , sous le nom de Grethi et de Pelethi ( d'autres traduisent : Géréthiens et Phélétiens*). Il n'est pas sans intérêt de remarquer aussi que c'est à ce moment qu'il est fait mention (ibid.y v. 5), pour la première fois du prophète Gad , qui parait avoir commencé dès lors à remplir auprès de David , seul ou en compagnie de Nathan , les fonctions qu'ils se partagèrent ofQciellement plus tard.

A en juger par ce mot de Saûl rapporté au ch. xxii, V. 7 : « Le fils de Jessé vous nommera-t-il tous chefs? Vous donnera-t-il à tous des champs. et des vignes? » ce fut à ce moment que David, donnant un large cours à sa verve, commença à faire répandre à profusion parmi le peuple ces brillantes promesses dont un si grand nombre de psaumes nous ont conservé les fragments. Il n'était pas homme, en effet, à négliger une tactique que son infaillible succès a, de tout temps, recommandée à ceux qui ont à substituer leur propre autorité à l'autorité existante. Flatter le pauvre, l'humble, le déshérité ; invectiver le riche et le puissant et le menacer des vengeances célestes ; donner le nom de justes aux premiers et d'impies aux seconds; appeler tous ceux qui entendront sa voix et lui seront fidèles, à prendre part à ce royaume, à cet héritage qu'il se promet ; voilà certes de

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