CHAPITRE IV
LES DBDX ÉpItRES AUX CORINTHIENS.
A combien de mécomptes n'était pas exposé Tardent propagateur de la justification par la foi! Noua en avons déjà fait pressentir quelque chose ; les deux épîtres aux Corinthiens vont nous donner l'occasion de les mettre dans tout leur jour.
Tant que les intérêts de son industrie, modifiés et peut-être dominés par ceux de ses prédications, le retenaient dans une ville, — ses exemples, ses exhortations réitérées, son habileté à dissimuler le défaut de soudure logique entre sa morale et sa doctrine, parvenaient sans doute, à entretenir, tant bien que mal, parmi ceux qu'il avait entraînés, la pratique des devoirs les plus essentiels
et surtout de la charité, la vertu juive par excellence. Mais, à peine avait-il changé de résidence, le côté séduisant et commode de ses discours ne tardait pas, pour la plupart de ceux qui y avaient cru, à rester le seul apparent et le seul obligatoire ; d'autant plus qu'il était le seul qui donnât un sens à la mort du fils de Jéhovah. A quoi •bon, quand la foi suffisait pour assurer le salut, y ajouter à tout hasard des œuvres dont l'apôtre avait si éloquemment démontré T inefficacité dans le passé? Pourquoi s'abstenir des jouissances du monde qui durait encore, puisque rien ne prouvait que ces plaisirs dussent nuire à ceux du monde nouveau qui se préparait? Et pourquoi consacrer à un travail inutile ces moments d'attente dont l'apôtre lui-même affirmait la brièveté ?
Nous n'aurions pas de témoignage historique de la réalité d'un tel résultat, que les simples données de la nature humaine ne devraient point nous laisser de doutes à ce sujet : Mais ce témoignage nous est surabondamment fourni par les deux épîtres qui se présentent maintenant à notre examen.
Paul était, parait-il, à Éphèse, lorsqu'il apprit que ceux qu'il avait décidés à croire à la bonne nouvelle , pendant son séjour à Gorinthe, abusaient des garanties de salut que leur donnait leur foi, pour se livrer aux plus honteux désordres et scandaliser les païens. De plus, ils exécutaient si mal ses instructions dans les repas
communs dont il leur qyaît donné Thabitude qu'ils s'exposaient à perdre tous les avantages que Jésus paraissait avoir voulu y attacher.
Ceux qui avaient fait instruire Paul de ces scandales étaient naturellement ceux qui s'en affligeaient et n'y prenaient aucune part ; mais, en ce qui les concernait, ils avaient joint à leur récit des plaintes d'une tout autre nature. Ces plaintes étaient si légitimes que l'apôtre était bien forcé malgré lui d'y faire droit. Voici ce dont il s'agissait : Au milieu des premiers enivrements de l'espérance, les gens les plus sensés avaient dû d'abord se laisser aisément persuader que, pour une attente de quelques jours à peine, toute autre préoccupation que celle du salut était de la folie ; ils avaient dû prendre en pitié ceux qui, se refusant à croire à la nouvelle annoncée, continuaient, selon l'expression ironique de Jésus {Luc, ch. XVII, v. 27), « à se marier, à manger et à boire, à acheter et à vendre, à planter et à bâtir. » Mais, à la doulojiireuse surprise des plus sages, l'attente se prolongeait, et nul secours d'en haut, suppléant au travail et paralysant les élans du cœur, n'était venu d'une part, fournir le pain quotidien, et de l'autre, enlever leurs charmes aux liens encore puissants du mariage et de la famille. Les fidèles de Corinthe avaient fait parvenir à Éphèse leurs doléances à ce sujet; et, sans doute, ilîs avaient fait demander à l'apôtre, si Jéhovah ne con-
sentirait pas à fermer les yeux sur le rdâchement de certaines conditions imposées prématurépaent, et sur le retour à quelques-unes des préoccupations ordinaires de la vie.
Reproches à faire aux uns, dispenses à accorder aux autres, — tel est le double objet de la première lettre de Paul aux gens de Corinthe, en réponse à la communication qu'on lui avait adressée.
Ce qu'il leur dit en commençant ne semble avoir pour but que le maintien, dans ses termes les plus simples, de la doctrine si nette qu'il leur a apprise et dont il ne faut pas qu'ils se laissent détourner par d'inin-; telligents conseils. Tandis que les Juifs se montrent rebelles à toutes les preuves qui ne viennent pas du ciel, et que les Gentils recherchent vainement en eux-mêmes la règle de leurs actions, il les loue de persister dans la foi qui les fait passer pour fous, mais qui peut seule les sauver. « Les Juifs, dlt-ll, demandent des miracles, et les Gentils cherchent la sagesse ; mais nous, nous prêchons Jésus le Messie crucifié, qui est un scandale aux Juifs et une foUe aux Gentils. » (Ch. i, v. 22-23.)
Les versets qui suivent montrent que, selon la logique même de la situation, — parmi les païens non moins que parmi les enfants d'Israël, — sous l'influence de Paul comme sous celle de Jésus, — ceux qui s'étaient le plus facilement laissé séduire par l'annonce d'un
monde nouveau étaient ceux à qui le monde, tel qu'iif est, offrait alors le moins de douceurs. « Considérez,* mes frères , leur dit l'apôtre, bien sûr de n'être pas contredit ^ qui sont ceux d'entre vous qui ont été appelés; il y en a peu de sages selon la chair, peu dé puissants et peu de nobles. Mais Jéhovah a choisi les moins sages selon le monde, pouriconfondre les sages ; il a choisi les faibles, selon le monde, pour confondre les puissants ; il a choisi les plus vils et les plus misérables selon fe monde ; il a choisi ce qui n'était pas , pour détruire ce qui était {ibid,/ V. 26-28). » Après une habile transition, dans laquelle se retrouvent ces aperçus nouveaux, sans lien direct avec sa doctrine, que nous devons nous contenter de signaler au passage pour les examiner de plus près plus tard , — il en vient au véritable objet de sa lettre, lequel porte, avonsnous dit , sur deux points très-distincts. Il divise aussi les reproches, et aborde en premier lieu les plus graves : - « C'est un bruit constant qu'il y a de l'impureté
parmi vous, et une telle impureté qu'on n'entend point dire qu'il s'en commette de semblables parmi les païens; jusque-là qu'un d'entre vous abuse de la femme de son père. Et, après cela, vous êtes encore enflés d'orgueil. » (Ch. v, V. 1-2.)
Les considérations d'après lesquelles Paul flétrit la fornication méritent d'être remises sous les yeux des
spiritualistes modernes qui se fondent sur cette doctrine ;
« Le corps n'est point pour la fornication ; il est pour le Seigneur, et le Seigneur est pour le corps ; car, comme Adonaï a ressuscité le Seigneur, il nous ressuscitera de mémjô par sa puissance. Ne savez-vous pas que vos corps, sont les membres de Jésus le Messie? Arracherai-je donc à Jésus ses propres membres pour les faire devenir les membres d'une prostituée? Non, certes... Fuyez la fornication. Quelque autre péché que l'homme commette, il est hors du corps; mais celui qui commet une fornication pèche contre son propre corps (c'est-à-dire contre ce qu*il s'agissait de conserver). Ne savez-vous pas que voire corps est le temple du Saint-Esprit ( du nouveau souffle de vie ) qui réside en vous, par la grâce de Jéhovah, et que vous n'ôtcs plus à vous-mêmes?» (Gh. vi, V. 13-19.)
Ceci lui donne occasion d'aborder le second point sur lequel il a à s'expliquer. Il laisse pour le moment la question des reproches qu'il reprendra plus loin et passe à celle des concessions. Rien n'appartient plus directement à notre sujet que les termes mêmes de ces concessions, qui circonscrivent si nettement de toutes parts la portée de l'idée dont Paul est l'apôtre, qu'ils équivalent à la meilleure définition possible de cette idée.
Quelque assurée que soit la brièveté du temps qui doit s'écouler jusqu'à l'événement, il veut bien prendre
en considération les difficultés croissantes avec la durée de l'attente, et se relâcher un peu de la rigueur de ses précédents conseils. Mais il a soin de dire que ceux qui ne profiteront pas de ces dispenses, et qui ne se laisseront point distraire par les soucis de la famille, agiront beaucoup plus prudemment.
« Pour ce qui regarde les choses dont vous m'avez écrit , je vous dirai qu'il est avantageux à l'homme de ne toucher aucune femme. Néanmoins , pour éviter la fornication, que chaque homme continue à vivre avec sa femme et chaque femme avec son mari... Et je vous dis cela comme une chose qu'on tolère et non pas qu'on vous commande ; car je voudrais que vous fussiez tous comme moi... Quant aux personnes qui ne sont pas mariées ou qui sont veuves, je leur déclare qu'il leur est bon de demeiirer en cet état comme j'y demeure moi-même. » Évidemment, son désir aurait été que toute relation conjugale cessât jusqu'au jour du jugement; tout accroissement de la génération présente était inutile, et les naissances nouvelles ne pouvaient être qu'un embarras. Mais, ayant représenté la fornication comme détruisant , dans le corps de ceux qui la commettaient, les membres immortels de Jésus et les exposant par là sans défense à la brusque et terrible fin du peuple de Sodome : « s'ils sont trop faibles, ajoutait-il , pour garder la continence, eh bien ! qu'ils se marient; car
440 LTMMORTÂLITÉ
iî vaut mieux se marier que de brûler. «(Ch. Vu, v. Irft.) Il ne pouvait évidemment y avoir laucune considération sociale en un sujet qui ne présentait à la peni^e de l'apôtre que de simples questiojiç de préservation individuelle. Et comment en aurait-il pu être autrement? Par quoi, en un tel milieu* l'éclosion d'autres idées eût-elle eu sa raison d'être? S'agissait-il de réformes raisonnées et de prévisions lointaines ? S*agissait-îl d'introduire à ce moment de l'histoire, au sein d'une société sans principes, un principe nouveau destiné. à la régénérer? Paul avait-il étudié les besoins de cette civilisation exténuée qui semblait appeler de toutes parts un souffle capable de rendre la vie à ses organes? S'il avait connaissance des malaises sociaux de son temps, entendait-il y appliquer un remède lent et graduel dont il laissait pressentir les effets et les phases ? — Rien de tout cela ne pouvait seulement effleurer Tintelligence du disciple de Jésus. Rien de ce qui se préparait selon lui ne pouvait être l'œuvre du raisonnement, de la conscience, de l'initiative humaine. Ce n'était pas un monde à réformer lentement, c'était un monde à détruire par une brusque explosion de colère ; et le seul destructeur était Jéhovah. — Attendre la fin de ce monde sans chercher à y rien changer ; savoir comment on pouvait avoir accès dans l'autre, ou plutôt connaître exactement le moyen le plus sûr de se conserver vivant, même dans la tombe, voilà
SELON LE CHRIST. 44f
tout ce qu'avaient à faire ceux pour qui le i^împle mërite de croire.à la nouvelle annoncée était déjà une garantie de salut ; — voilà tout ce que Paul enseignait dans ces réunions ou assemblées peu nombreuses, qu'il fondait en chaque ville, sur le modèle de la synagogue juive, et qu'on a nommées depuis églises. (Note de la page 205.) Il songeait si peu à la moindre modification sociale, qu'il disait {ibid,, ch. vu, v. 20, 21 ) : « Que chacun demeure dans l'état où il était quand Adonaï Fa appelé. Avez-vous été appelé étant esclave ? Ne portez point cet état avec peine, mais plutôt faites-en un bon usage, quand même vous pourriez devenir libre. » Il mettait si complètement de côté les plus indispensables conditions de durée d'une société quelconque, qu'il résumait tout ce qu'il venait de dire à ce sujet, en se servant des termes mêmes de la comparaison que Jésus avait tirée de la sécurité des habitants de Sodome ( ibid., v. 29-31 ) : « Voici donc, mes frères, ce que j'ai à vous déclarer : Le temps est court {tempus brève est); 'pendant ce tempsqui nous reste encore ( reliquum, — ' Sacy ne traduit pas ce mot — ), que ceux qui ont des femmes fassent comme s'ils n'en avaient point; et ceux qui ont sujet de pleurer ou de se réjouir comme s'ils ne l'avaient pas; ceux qui voudraient acheter, comme s'ils n'avaient pas de quoi le foire ; enfin , ceux qui usent de ce monde, comme s'ils n'en usaient pas; car. la figure actuelle du monde
404 L'IMMORTALrTÉ
maient en eux par la foi leur avaient été destinés de tout temps par la grâce divine. Sans doute Paul devait au fond incliner à croire que cette grâce se manifesterait au dernier moment pour le plus grand nombre des enfants d'Israël alors vivants; car il avait trop de iiet^ teté dans 1* esprit pour ne pas remarquer que, si cela n'arrivait pas, sa doctrine de la vivification par la foi aboutirait â une conséquence singulière : à savoir que Jéhovah aurait solennellement promis aux seuls circoncis ce que, de toute éternité, il avait destiné lès incirconcis à posséder seuls.
Quoi qu'il en soit, cette théorie de la prédestination trouvait un appui solide dans les formules comminatoires prodiguées jadis par les prophètes; et Paul en tirait des arguments foudroyants contre ceux qui, n'entendant ni la loi ni la foi à sa manière, étaient représentés dans ses discours comme ceux à qui Jéhovah avait réservé de tout temps la surdité, l'aveuglement et l'inintelligence. Combien de fois les prophètes n'avaientils pas parlé de cette pierre (T achoppement sur la'quelle tant d'hommes devaient trébucher! Combien de fois Jésus n'avait-il pas, lui aussi, répété cette parole, au dire de tous ceux qui l'avaient connu! — Dès le temps de Moïse, Jéhovah avait dit qu'il amollissait ou endurcissait à son gré les cœurs, et qu'il faisait miséricorde à qui il lui plaisait, n'ayant de ses choix à rendre compte
pas le pouvoir d'en user ainsi ?... Ne Savez-Tous pas que les ministres du temple mangent de ce qui est offert dans le temple {Lévitiq., ch. vi, v. 16)? Ainsi le Seigneur a aussi ordonné à ceux qui annoncent la bonne nouvelle de vivre de la bonne nouvelle. Eh bien I pour moi, je n'ai usé d'aucun de ces droits... » ( Gh. ix, v. 1-15. )
Avant de passer aux points de discipline qu'il a à traiter, et sans doute pour inspirer à ses lecteurs une terreur salutaire, il fait une revue rapide des principales exterminations opérées par Jéhovah parmi son peuple : Les vingt-trois mille hommes frappés dans le désert en un seul jour ( Nombres^ ch. xxv; v. 1-9 ) ; ceux qui furent tués par les serpents {Nombres, ch. xxi, v. 5, 6); ceux .qui périrent sous les coups de l'ange de la colère {Nombres, ch. xvi, V. i); puis, —avec le naïf égoïsme de l'homme fasciné par un seul intérêt, qui fait bon marché de tous les maux dont son Dieu a accablé les autres générations , pourvu que la sienne en tire quelque profit, — il remercie Jéhovah et se réjouit d'appartenir au temps qui doit clore l'ère des colères divines, après avoir vu leur dernière explosion : « Toutes ces choses qui leur arrivaient étaient des figures, et elles ont été écrites pour nous servir d'instruction, à nous qui assistons à la fin des siècles eiç oûç Ta ts>.7i tôv aicovcov xaTvfvTYiaev. » (Gh. x, V. 11.)
Pour comprendre la suite, il n'est pas nécessaire
444 UIMMORTÂLITÉ
d'avoir pénétré dans Tinextricable dédale des ordonnances et des rites juifs au sujet des questions de nourriture, puisque des règlements du même genre et, à certains égards , plus rigoureux ont été empruntés depuis au mosaïsme. Paul s'irritait de Tobstination de ses rivaux en apostolat à exiger, entre autres conditions de l'admission dans l'assemblée des fidèles, la connaissance exacte de toutes les distinctions que Jéhovah avait jadis établies parmi les aliments. 11 pratiquait à cet égard là plus complète tolérance et permettait de manger de tout, excepté des choses qui pouvaient établir une rivalité entre Jéhovah et les divinités inférieures qu'il rangeait parmi les démons. « Ce que les païens immolent, dit-il, ils rimmolent aux démons et non pas à Adonaï. Or, je désire que vous n*ayez aucune société avec les démons... Vous ne pouvez pas participer à la table d' Adonaï et à la table des démons. Voudrions-nous donc irriter Adonaï en le piquant de jalousie ? » {Ibid., v. 20-22.)
Il exprime plus loin sa crainte qu'ils ne sachent pas mettre à profit le moyen si direct qui leur a été offert de renouveler quotidiennement en eux-mêmes la chair immortelle du Sauveur, et d'entretenir ainsi dans leur corps une vie qui ne doit plus s'y éteindre. Certes, cette heureuse appropriation à sa doctrine d'une parole touchante de Jésus avait été bien peu comprise des fidèles de Corinthe; car, à la description que Paul nous donne
de leurs repas pris en commun , il j^'y a qu'une seule idée moderne qui puisse correspondre , c'est celle de la plus vulgaire table d'hôte. «J'apprends, leur dit -il (ch. XI, V* 18), que, lorsque vous vous assemblez dans l'église , il y a des partialités {ayia^TOL schismes) parmi VOUS; et je le crois en partie, car il faut qu'il y ait des^ discussions (atpsffetç, hérésies) entre vous *, afin qu'on découvre par là ceux d'entre vous qui ont une vertu éprouvée. Lors donc que vous vous assemblez comme vous faites , ce n'est plus la cène ( ^ei^rvov , le souper) du Seigneur; car chacun y mange son souper (^eî^rvov) particulier, sans attendre les autres. Et ainsi les uns n'ont rien à manger, pendant que les autres le font avec excès. » Jusqu'à quel point allaient ces excès, c'est ce dont on peut juger par les résultats effrayants auxquels quelques-uns déjà s'étaient par là condamnée eux-mêmes * ; « Quiconque mange et boit indignement , mange et boit sa -propre condamnation.. . C'est pour cette raison qu'il y a parmi vous beaucoup de malades
1. On a fort abusé de ce mot: « il faut qu'il y ait des hérésies, » en lui donnant un sens prophétique que Ton se plaît à étendre ]usqu*à nos jours. On oublie qu'il s'agit de disputes de table. C'est un reste de la manière ral^inique d'isoler les textes pour les faire servir à fortifier n'importe quelle thèse.
2. C'est en cet endroit (v. 31), que Paul laisse échapper ce mot,' dont, en l'absence de toute condition philosophique, il ne pouvait apprécier la -profondeur : « Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés. » Nous aurons à revenir sur ce mot.
et de languissants , et que plusieurs en sont déjà morts, n Ici, il s'aperçoit du danger que courrait sa doctrine s'il laissait croire que la foi de ceux qui étaient morts ne leur avait servi à rien , et que leur mort était définitive; il atténue donc beaucoup la gravité de la condamnation, en ajoutant : « Lorsque nous sommes jugés de la sorte, c'est le Seigneur qui nous châtie poqr que nous ne soyons pas condamnés avec le monde. » Le fidèle doit donc voir un acte de miséricorde môme dans cette mort qui est le fruit de ses excès; puisque cette mort apparente le garantit de la mort réelle que la cessation éventuelle de sa foi pourrait plus tard lui faire partager avec le reste du monde. Quoi qu'il en soit, l'apôtre insiste pour que a Ton s'attende les uns les autres. Si quelqu'un est pressé de manger, qu'il mange chez lui, afin que vous ne vous assembliez pas à votre condamnation. » (Ch. XI.)
Nous trouvons un peu plus loin l'admirable page sur la charité que tout le monde connaît. Qui pourrait la lire sans bénir Paul des écarts de logique auxquels il se laissait parfois entraîner? Ces échecs infligés par lui-même à sa théorie du salut par la foi, nous ne les devons pas moins aux élans généreux de sa propre nature qu'aux habitudes d'égalité fraternelle dont la législation de Moïse avait fait en quelque sorte Fatmosphère morale de son peuple. Quelle plus bienfaisante escorte pouvait-il
fl
donner, sans le savoir, à la foi qu'il inoculait au monde Romain ? Le régime le mieux approprié aux besoins sociaux de la période qui commençait alors devait être assurément celui qui pouvait du même . coup faire la part la plus large à Tâme et la plus étroite à l'intelligence, puisque ce régime, inauguré pour quelques jours, a prévalu durant des siècles. C'est maintenant à l'intelligence à réparer le temps qu'elle à perdu, en consacrant de son autorité reconquise ce qu'il est bon de conserver parmi tout ce qui s'est acquis sans elle.
Nous ne résistons pas au désir de citer tout entière la célèbre page de Tapôtre hébreu sur la charité.
« Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai point la charité, je ne suis que comme un airain sonnant et une cymbale retentissante. Et quand j'aurais le don de prophétie, que je pénétrerais tous les mystères et que j'aurais la science de toutes choses ; quand j'aurais encore assez de foi pour transporter les montagnes; si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. Et quand j'aurais distribué tout mon bien pour nourrir les pauvres*, et quand j'aurais livré mon corps pour être brûlé ; si je n'ai point la charité, cela ne me sert de rien.
1. On voit que le mot charité (àyanY), charitas) de doit pas être entendu dans le sens restreint qu'on lui donne aujourd'hui.' Son vrai sens est celui qui est dans le commandement hébreu : « Aime ton prochain comme toi-même. »
, 448 LIMirORTALITÉ
La charité est patiente , elle est douce et bienfaisante ; la charité n'est point envieuse , elle n'est point téméraire , elle ne s'enfle point , elle n'est point dédaigneuse , elle ne s'aigrit de rien , elle n'a point de mauvais soupçons, elle ne se réjouit point de l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité, elle supporte tout, elle croit tout, elle espère tout , elle souffre tout. La charité ne finira jamais (elle allait être l'expression continue et éternelle des rapports des hommes entre eux, dans le monde nouveau qui allait mettre fin à tout ce qui constituait l'ancien); lés prophéties n'auront plus de lieu, les langues cesseront et la science sera abolie ; car ce que nous avons de science et de prophétie est très-imparfait; mais, lorsque nous serons dans l'état parfait, tout ce qui est imparfait sera aboli... » (Ch. xiii, v. 1-10.)
Le chapitre xv de cette épître peut être considéré comme la réunion, en un tableau clair et succinct, de tous les traits épars que nous avons empruntés à Thistoire juive, pour composer cette étude. Nous voulons dire par là que si Ton donnait une forme interrogative au titre même de notre ouvrage, et si l'on demandait : Qu'est-ce que Vimmortalité entendue selon le Christ? — ou bien, en termes mieux appropriés à une question historique : Quelle est l'idée sémitique inoculée par Fapôtre Paul au monde indo-européen? Et en quoi consistait exactement cette idée, avant d'avoir. subi la longue
série de transformations qui en ont fait une abstraction si composite et si vague qu'on ne saurait plus reconnaître aucun lien entre elle et ses fondateurs? — A tontes ces questions on pourrait se contenter de répondre par la citation pure et simple du chapitre dont nous parlons. Nous ne nous sommes pas fait faute d'y avoir recours pour éclaircir notre exposé général de la doctrine de Paul ; il va maintenant nous servir à justifier dé point en point cet exposé.
Quelque faux et irrationnel que soit un enseignement, il peut, s'il est administré dès la plus tendre enfance, devenir une seconde nature intellectuelle, plus forte que la première, et très-capable d'imposer toujours silence aux réclamations de celle-ci. Mais, présenté à des adultes, il faut nécessairement qu'il oflfre d'autres conditions de succès. Parmi ces conditions de succès, renseignement de Paul possédait la plus essentielle, puisque cet enseignement était et se nommait lui-même une BONNE NOUVELLE, c'cst-à-dire l'annonce d'un événement formel , imminent, et intéressant personnellement au plus haut degré chacun de ceux auxquels il s'adressait. Pour s'assurer une égale prise sur les esprits , un enseignement qui se proposerait un but analogue ne devrait -il pas, le plus possible, chercher avant tout à se réduire, comme celui de Paul , à l'annonce <l*un fait individuel, défini, et résultant, non d'un événement,
mais de conditioos facultativement productibles et aisément intelligibles?
Quel était ici le résultat individuel, intéressant au pins haut point chacun de ceux auxquels s'adressait Fapôtre? — C'était la persistance de la vie dans leur corps,
Ce fait pouvait se produire de deux manières : soit par une transformation opérée dans la tombe, soit par une transformation opérée, en pleine yie, pour ceux qui atteindraient sans mourir le jour de Jéhovah.
Ce qu'il importait surtout de démontrer et d'opposer au spectacle quotidien de la mort des fidèles, c'était la possibilité du premier mode de transformation , c'est-àdire de la résurrection. De ceci, l'apôtre n'avait qu'une démonstration à donner; et, telle qu'elle était, il la jugeait si nécessaire qu'il reconnaissait que, sans elle, sa prédication perdait toute raison d'être. La démonstration était aussi simple que brève, car elle se réduisait à cet énoncé : « La résurrection est possible , puisqu'il y en a déjà eu wi cas, » Ceci posé, il ne restait plus qu'à faire voir : 1° que ce cas pouvait se reproduire ; 2« qu'il y avait pour cela des conditions déterminées ; 3° que la transformation aurait lieu de telle manière pour les morts, de telle autre pour les vivants; i° enfin, que l'état dans lequel persisteraient désormais les habitants de la terre (terreni) serait exactement le même que celui des habitants du ciel {cœlestes). Ces renseignements, dé-
taillés, précis, présentant tous à Timagination de chacun la figure exacte et saisissable des phases diverses qu'il devait traverser, se trouvent réunis dans le chapitre que nous allons citer presque en entier.
La partie faible de Targumentation de Paul était précisément ce point de départ, cette base unique, qu'il reconnaissait lui-même si indispensable. Car, — s'il est permis d'introduire ici les termes consacrés de la logique ordinaire, — ce point de départ, d'origine indirecte, au lieu d'être une certitude, n'était en réalité, de sa part, que la plus frappante des pétitions de principe ; mais , par un prodige de combinaison dont on chercherait en vain une autre application dans les annales de l'esprit humain, cette pétition de principe devenait très-supérieure à une certitude, puisque c'était d'elle que naissait, sous le nom de foi, le mérite qui transportait la certitude au-delà de l'événement annoncé. L'apôtre coupait court à toute objection sur ce point, en donnant lui-même, le premier, l'exemple de cette foi méritante qu'il réclamait des autres.
« Je vais maintenant, dit l'apôtre , vous remettre devant les yeux la bonne nouvelle (eùayysXtov, évangile) que je vous ai prêchée, que vous avez reçue, dans la croyance de laquelle vous demeurez fermes, et par laquelle vous serez sauvés si vous l'avez retenue telle que je vous l'ai annoncée, et si ce n'est pas en vain que vous avez em-
brassé la foi. Premièrement, je vous ai donné ce quefor vais moi-même reçu, savoir : que le Messie, l'oint de notre Dieu, est mort pour nos péchés, selon nos Écritures ; qu'il a été enseveli et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les mêmes Écritures; qu'il s'est fait voir à Pierre et puis aux onze autres... »
(( Puis donc qu'on vous a prêché que le Christ est ressuscité d'entre les morts, comment se trouve-t-il parmi vous des personnes qui osent dire que les morts ne ressuscitent point ? Si les morts ne ressuscitent point, le Christ n'est donc point ressuscité. Mais si le Christ n'est point ressuscité, notre prédication est vaine et votre foi est vaine aussi; nous sommes même convaincus d'être de faux témoins d'Adonaï comme ayant rendu contre lui ce faux témoignage qu'il a ressuscité son Christ, encore bien qu'il^ne Tait pas ressuscité... Si le Christ n'est pas ressuscité, je le répète, votre foi est vaine; vous êtes encore dans vos péchés (c'est-à-dire , dans la loi du péché et de la mort ) , et ceux qui sont morts en Jésus ont malgré cela péri (c'est-à-dire, qu'ils sont morts tout entiers sans espoir de résurrection, comme ceux qui étaient morts sans la foi). »
« Ahl si nous n'avions d'espérance dans le Christ que pour cette vie (c'est-à-dire , si la mort de Jésus ne servait pas plus à ses fidèles, que la Torah ne servait aux Juifs), nous serions les plus misérables de tous les
hommes. Mais le Christ est ressuscité d'entre les morts, et il est devenu les prémices (la garantie d'une transformation semblable) de ceux qui dorment {dormientiwn; — pour ceux-ci seulement, jusqu'au jour du jugement, la mort n'était qu'un sommeil; les autres n'étaient pas nommés dormimtes, parce que la mort était pour eux un anéantissement complet, par suite de l'ancienne condamnation à mort de tous les descendants d'Adam). »
« Ainsi, parce que la mort est venue par un homme, la résurrection des morts doit venir aussi par un homme ; comme jusqu'ici tous sont morts en Adam, tous ceux qui revivront, revivront en Jésus le Christ. Jésus a commencé ; ce sera maintenant à ceux qui sont à lui et qui attendent son retour. Ensuite , viendra la fin , lorsqu'il aura remis la royauté à Adonaï son Père, et qu'il aura détruit tout empire, toute domination et toute puissance {Daniel). » Ici l'interprétation du chapitre vu de Daniel, et du psaume 110 de David, auquel remonte le premier tableau de l'événement ainsi compris, conduit à une distinction très-nette entre le Père et le Fils et à une distribution formelle des rôles. Quand tout serait terminé et que le règne du bonheur éternel serait établi, le véritable Roi serait toujours Jéhovah, et Jésus ne serait que son, représentant sur la terre ; mais le texte prophétique enseignait que le pouvoir souverain appartiendrait à Jésus pour opérer jusqu'à la fin la rénovation, dont le
dernier acte devait être la suppression de la mon,— Cet éclaircissement était nécessaire pour l'intelligence de ce qui suit.
a Car Jésus le Christ doit commander, jusqu'à ce qu'Adonaï lui ait mis tous ses ennemis sous les pieds. (P5. ex.) Or la mort sera le dernier çnnemi qui sera détruit. Car l'Écriture dit qu'Adonaï a mis tout sous ses pieds et lui a tout assujetti. Et quand elle dit que tout lui est assujetti, il est indubitable qu'il faut en excepter celui qui lui a assujetti toutes choses (c'est-à-dïre que le père ne pouvait être le sujet du fils). » « Lors donc que toutes choses auront été assujetties, alors le fils sera lui-môme assujetti à celui qui lui aura' assujetti toutes choses. )) Est-ce parce qu'il s'adressait à des ghoïm que l'apôtre n'a pas terminé ce tableau, emprunté à Daniel, par le trait final que le prophète lui avait donné : « Et alors le royaume, la puissance et l'étendue de l'empire de tout ce qui est sous le ciel sera donné au peuple des saints de Jéhovah?... » {Daniel, ch. vu, v. 27.) Nous croyons plutôt que les passages de ce genre ont pu être écourtés à bon escient. En quoi d'ailleurs la restitution des passages supprimés donnerait-elle plus de clarté à ce qui nous reste de cette suite iifinterrompue de retours des mêmes rêves? Dans tous les passages du Nouveau Testament, où nous voudrions voir le texte plus explicite, il nous suffit de chercher le complément dont
SELOiN LE CHRIST. 455
nous avons besoin dans le passage correspondant de tel ou tel prophète ; cela fait , }1 ne reste plus, dans aucun cas, la moindre obscurité.
Revenons à notre intéressant chapitre. Ce qui suit mérite toute notre attention. Nous avons déjà fait observer, en effet, qu'aucune théorie raisonnée de Timmortalité, quel qu'en soit le mode, ne saurait s'imposer et se répandre, si elle ne présente en première ligne la définition du fait par lequel cette immortalité s'acquiert, c'est-à-dite la définition de la transformation qui opère le passage de l'état mortel à Tétat immortel. Or, au moyen d'une comparaison empruntée à Jésus, Tapôtre va nous expliquer comment il entend d'abord la transformation des dormants. Cette comparaison, qui nous fait sourire aujourd'hui , tant elle choque toutes nos notions acquises, remplissait alors complètement son but en présentant à l'esprit du lecteur une image facile à saisir. C'étaient deux miracles supposés, s'expliquant l'un l'autre, et nécessitant, l'un comme l'autre, l'intervention divine renouvelée en chaque cas. — Nous n'avons pas besoin de dire que cette explication plaçait l'apôtre à un point de vue bien différent de celui qu'il semblait adopter lorsqu'il supposait une transformation facultative de la chair par les œuvres de V esprit, — ^Voici le tour ingénieux qu'il donne à sa comparaison :
« Quelqu'un me demandera : En quelle manière les
la grande afiaire, la seule importante « €est que tout cela soit changé et réparé le plus tôt possible. Or* de quelle bonne nouvelle s^est-il fait le propagateur ? QueUe est ridée qui Tenivre et dont il cherche à eniyrer tout le monde ? — C'est qm la réparation attendue depuis quatre mille ans est enfin imminente ; c^est que le règne du péché d'Adam va finir ; c'est que les habitants de la terre vont cesser d'être mortels ! — Si la bonne nouyelle ne s'est pas vérifiée, si la réparation annoncée n'a pas eu lieu, — ou plutôt si les sublimes lois du monde moral, sont telles que, n'engendrant pas l'iniquité, elles n'ont pas à en fournir la réparation, — Paul doit-il nous paraître coupable de l'avoir ignoré ?
Au chapitre suivant, Paul emploie des images, auxquelles il ne sera pas toujours fidèle et dont il sera obligé d'écarter certaines conséquences, maïs qui lui prêtent une assez grande force pour rendre sensibles les effets de transformation dus à la grâce. A ce titre, ce passage appartient en propre à notre sujet; car toute question relative à l'immortalité, de quelque façon qu'on la comprenne, doit nécessairement se ramener toujours à une question de transformation.
11 distingue deux hommes dans le Christ : l'ancien et le nouveau. Le vieil homme est le- corps que le Christ possédait avant son sacrifice comme simple descendant d'Adam, corps qui ne différait en rien de tous ceux
corps spirituel (irveuixaTixoy).)) — Pour savoir ce qu'il faut entendre par ce corps spirituel, il est nécessaire de se reporter au type du ressuscité , ainsi décrit par Luc (ch. XXIV, V. 37-44) : « Et il leur dit: Pourquoi vous troublez-vous , et pourquoi s'élève-t-il tant de pensées dans vos cœurs? Regardez mes mains et mes pieds et reconnaissez que c'est moi-même. Touchez , et considérez qu'un esprit n'a ni chair nips comme vous voyez que j'en ai... Mais comme ils ne croyaient point encore..., il leur dit : Avez-vous .ici quelque chose à manger? Ils lui présentèrent un morceau de poisson rôti et un rayon de miel; il en njangea devant eux; et, prenant les restes, il les leur donna... afin, ajouta-t-il, que tout ce qui a été écrit dans la loi , les prophètes et les psaumes fût accompli. » C'était , en effet , la persistance de la vie telle que David l'avait conçue.
On ne saurait trop remarquer, dans le texte de Paul, l'expression ^j/uj^ixàv, employée formellement pour désigner le principe mortel. Qu'on cherche, après cela, à rattacher à nous ne savons quel spiritualisme les passages du Nouveau ou de l'Ancien Testament, où se trouve le mot i/^yri ou son équivalent hébreu ^33 ! — « Il est écrit, continue Paul : Adam, le premier homme, a été réduit à une âme vivante (èyeveTo eiç ^u/viv ^wcav) ; mais le second Adam (Jésus) a été rempli d'un esprit vivifiant (etç -TuvèuiJLa Çcooiroiouv) . Son corps spirituel n'a pas été
458 LIMMORTÂLITË
formé le premier ; il a eu d'abord le corps animal (^^ixov), puis le corps spirituel. »
Ceci l'aidait à marquer nettement la différence qui existait entre les habitants de la terre (terreni, yoivoi 1
et les habitants du ciel {cœlestes, iTroupocvioi). Ceux-ci avaient seuls joui jusqu'alors de la vie incorruptible et immortelle qu'ils devaient, comme Jésus depuis sa résun'ection, à Yesprit vivifiant qui était en eux. Mais cette différence allait cesser, puisque, à l'exemple du second Adam, alors au ciel, les habitants de la terre seraient bientôt animés d'une vie tout à fait semblable à celle des anges*. Comme chacun des élus pouvait espérer échapper au sommeil apparent de la tombe et assister vivant à sa propre transformation, Fapôtre, avouant ici fraiichonicnt cette espérance pour lui-même, ajoute : (( De mcine donc que nous avons porté l'image de TAdam terrestre, portons dès à présent l'image de l'Adam céleste. )) Quant h la manière dont s'opéreraient sa
1. Il y a en cet endroit une grave altération de sens dans la traduc- * lion française de Sacy. Il n'est question dans le texte que de l'état d'incorrupfît)ilité, commun à Jésus et aux anges qui sont dans le ciel, comme il y est en ce moment, oloç ô èTuoupàvio; toioutoi xal ol CTroupàvioi, et la Vulgate traduit fidèlement : « Qualis cœlestis taies et cœlestes.» Pourquoi donc Sacy traduit-il : « Comme le second homme est céleste, ses enfants aussi sont célestes? » — Ceci introduirait tout à coup , sans aucun précédent du môme genre, l'idée que les élus se rendraient au ciel après leur résurrection ; et sur ce point , il faudrait supprimer l'expression consacrée : « selon les prophètes, » pour y substituer celle-ci : « contrairement aux prophètes. »
transformation et celle des autres vivants, l'explication en est on ne peut plus nette. •
« Voici un mystère que je vais vous dire : nous ne tomberons pas tous dans le sommeil de la mort, mais nous serons tous transformés*. En un moment, en un clin d'oeil , au son de la dernière trompette , — car la trompette sonnera, — les morts (ceux qui seraient morts dans la foi, comme il Ta dit plus haut) ressusciteront dans un état incorruptible; et nous, nous serons transformés ( les autres élus Payant déjà été dans
• 1. noNxez {i,èv où xot{jiYi6Yi(T6{jie0a, îràvTeç 8è àXXayTiffopLeôa. Ici ce n'est pas seulement la traduction de Sacy qui est en défaut, c'est celle de 'saint Jérôme; et l'altération est de la dernière gravité; car, pour rendre le texte conforme à ce qui s'était passé en dépit des espérances de Paul , elle dénature complètement sa pensée. L'apôtre , parlant de lui et des autres élus, exprime cette pensée que la proximité de l'événement rend toute naturelle : « nous ne tomberons pas tous , nous qui avons la foi , dans ce sommeil qui, pour les fidèles seulement n'est pas la mort; mais, comme il faut que, d'une manière ou d'une autre, tous les fidèles passent à l'état immortel , nous serons tous transformés. »
Quand Jérôme a écrit la Vulgate, c'est-à-dire trois ou quatre siècles après, on pouvait bien être tenté d'atténuer les termes qui laissaient voir trop clairement l'illusion de l'apôtre ; — d'ailleurs l'idée d'un enfer et d'une résurrection générale tendait dès lors à être admise. Aussi la Vulgate introduit-elle en cet endroit deux idées toutes nouvelles; elle traduit : «Omnesquidem resurgemus, sed non omnes immutabimur; tous les hommes ressusciteront ; mais tous ne seront pas transformés. » Cela veut dire sans doute que les damnés conserveront leur ancienne chair pour souffrir éternellement par elle. — On ne saurait dénaturer plus complètement toute la doctrine de Paul, qui semble avoir toujours évité avec soin de s'inspirer des rancunes de David ; mais on comprend que plus cette doctrine a perdu de ses séductions , plus il a fallu la renforcer par des terreurs.
4n L'IMMORTALITÉ
qu'altérer la netteté logique de l'autre. Aussi, le plus souvent, Paul supprimait toute considération de ce genre pour ne conserver que sa théorie des mérites de la foi. Observons dès à présent que la suppression inverse, c'est-à-dire celle de la foi, replacerait la question sur le terrain commun en tout temps et en tout lieu à l'humanité tout entière. Observons de plus que le spiritualisme pourrait trouver là, en termes concrets et précis , une solution qu'il demande en vain aux abstractions de la métaphysique ; il lui suffirait d'appliquer à l'àme, et non au corps, le phénomène défini par Paul, c'est-à-dire le passage facultatif dun état mortel à un état immortel , au moyen d'une transformation expérimentalement vériâable et rentrant par là dans le domaine des sciences d'observation.
Ceci dit, passons aux définitions de Paul qui perdaient évidemment toute exactitude du moment qu'il les étendait à d'autres qu'à lui-même.
« Lorsque nous étions dans la chair (l'ancienne chair du premier Adam, la chair mortelle héritée de lui), les passions criminelles, étant excitées par la loi, agissaient dans les membres de notre corps, et leur faisaient produire des fruits pour la mort. Mais maintenant, nous sommes affranchis de la loi de mort dans laquelle nous étions retenus, de sorte que nous servons Jéhovah dans la nouveauté de l'esprit et non dans la
ce n'est point pour accroître l'évidence de ses résultats , c'est seulement pour n'y pas laisser de lacunes et pour continuer à noter au passage tout ce qui pourra servir à l'importante conclusion que nous aurons à en tirer. Passons à la seconde Épître aux Corinthiens.
Cette fois , c'est avec un ton d'amertume et de découragement que Paul s'adresse à ses amis de Corinthe. Il vient de subir en Judée J'échec le plus pénible. Il a ^té bjâmé, désavoué, menacé de mort , au nom de Jéhovah et au nom de Jésus. Les uns l'ont accusé de dénaturer le sens des anciennes Écritures, les autres d'induire en erreur les fidèles sur les vraies conditions du salut. « L'affliction qui nous est survenue (il parle de lui et de ceux qu'il s'était adjoints) a été telle que les maux dont nous nous sommes trouvés accablés ont été excessifs et au-dessus de nos forces, jusqu'à nous rendre même la vie ennuyeuse. » (Cb. i, v. 8.) Il ne s'en console qu'en pensant aux grâces visibles dont le ciel entoure sa prédication et celle des jeunes et intelligents interprètes de sa doctrine. Ils sont comme imprégnés de l'odeur du sacrifice de Jésus , odeur non moins efficace pour communiquer la grâce aux hommes, que pour fléchir Jého-
vah... « Nous sommes devant Adonaï la bonne odeur de son oint, soit à l'égard de ceux qui se sauvent, soit à regard de ceux qui se perdent; pour les uns, une odeur de mort qui les fait mourir; et pour les autres, une odeur de vie qui les fait vivre. » (Gh. ii, v. 15-16.) Cette image est bien choisie pour relier cette épisode à tout le passé juif, par le détail qui avait toujours caractérisé les offrandes agréables à Jéhovah ; elle peint bien aussi le rôle des apôtres, en tant que distributeurs des effets mortels ou vivifiants de la prédestination.
Le chapitre m de cette épitre nous paraît avoir subi quelques altérations. Tel qu'il est, il est obscur, et il suffirait de quelques mots de plus pour le rendre trèsintelligible. Il nous semble que Paul y exprime une idée analogue à celle que nous avons cru reconnaître dans l'épisode de la Samaritaine du quatrième évangile : « Adonaï est esprit, y fait-on dire à Jésus, et le temps va venir où ses vrais adorateurs ne l'adoreront qu'en esprit. » « Adonaï est esprit, répète ici Paul , et là où n'est que l'esprit d' Adonaï, là est la liberté, » De quelle liberté parle-t-il? — Pour arriver à le comprendre, il faut d'abord observer à propos de quoi il dit cela. Il le dit à propos d'une innovation importante qui scandalisait fort les Juifs, et qui n'est pas suffisamment expliquée dans le texte actuel de ce chapitre. Si Ton veut voir un peu clair en ceci, tant au sujet du mot de Jésus à la Samari-
taine qu'au sujet de Finnovation introduite par Paul, il faut se rappeler qu'un article de foi, encore en vigueur parmi les enfants d'Israël, est la présence réelle (la schéchina ) de Jéhovah au milieu de ceux qui se réunissent pour Tadorer. C'est sans doute pour cela que les Juifs avaient l'habitude, qu'ils conseiTent encore de nos jours , de se couvrir ou plutôt de se voiler la tête * <lans le lieu où leur Dieu est censé présent. Mais la xoyauté de Jésus, considérée par Paul comme déjà inaugurée dans le cœur de ses fidèles, donnait lieu à une autre appréciation des choses. Lorsque les fidèles priaient, ils devaient ne plus se croire en présence de l'ancien Roi, mais se croire en présence de celui qui viendrait Mentôt le représenter sur la terre. Si Jéhovah , l'ancien Roi, était encore présent, il ne Tétait plus en réalité, mais seulement en esprit; rien n'obligeait donc plus à se voiler les yeux et la tête pour éviter la mort réservée à ceux qui le verraient. L'ancienne mort, telle que l'entendait Moïse , n'avait déjà plus de prisç sur les fidèles ; et Jésus, le nouveau Roi, avait prouvé, en se montrant à tous, que, loin de produire les mêmes effets que la présence de son père, sa présence à lui autorisait la plus douce et la plus entière liberté. Voilà, si nous ne nous trompons , ce qu'il faut entendre -par ce mot de Paul :
1. Cet usage se traduit aujourd'hui dans les synagogues par laconseryation rigoureuse du chapeau sur la tête.
(( Là OÙ est Tesprit d'Adonaî, là est la liberté. » $i les splendeurs lointaines de Jéhovah éclairaient encore le visage de ceux qui priaient, la sauvegarde lEamiliëre du nouveau Roi rendait vaines désormais toutes les anciennes terreurs. Ce sens admis, les passages obscurs de ce chapitre deviennent assez clairs, a Nous ne faisons pas comme Moïse, qui se mettait un voile sur le visage afin que les enfants d'Israël ne vissent pas la lumière qui s'y reflétait. Mais leurs esprits sont demeurés endurcis; car, aujourd'hui même, lorsqu'ils lisent l'Ancien Testament, ce voile demeure sans être levé, parce qu'il ne s*ôte que par le Christ... Ainsi nous tous, n'ayant pas de voile qui nous couvre le visage , nous pouvons contempler la gloire d'Adonaï. »
Plus loin , l'apôtre revient à ces assimilations qui lui étaient si nécessaires pour Vendre sensibles aux yeux de ses lecteurs les effets de transformation matérielle déterminés par la foi. Mourir en Jésus, c'est-à-dire accomplir le simulacre de sa mort, la porter en quelque sorte en soi, pour être prêt à voir s'opérer en soi-même ce que le sommeil du sépulcre avait opéré en lui ; — voilà le but que le Adèle ne devait jamais perdre de vue. En s'exposant à toute sorte de dangers et à la mort même, Paul et ceux qu'il avait formés à la prédication se chargeaient du rôle difficile et en transportaient les effets à ceux qui croyaient à leur parole. Ceux-ci n'avaient donc
eh quelque sorte, qu'à se laisser vivre de cette vie anticipée de Jésus dont le principe était mis en eux : « Nous sommes à toute heure livrés à la mort pour Jésus , afin que la vie de Jésus paraisse aussi dans notre chair mortelle. Ainsi sa mort (en tant que supplice) imprime ses effets en nous, et sa vie (en tant que gage d'immortalité) en vous. » (Ch. iv, v. 11-12.)
La seule chose qui manquât au fidèle et qui devait être l'objet de ses constants désirs était ce vêlement incorruptible, cette enveloppe, cette habitation nouvelle de son être qui, dès qu'il en serait une fois pourvu, le préserverait à tout jamais de la mort. Or, ce vêtement, c'était Jésus lui-même. ( « Vous êtes revêtus de Jésus. » — GaL, 3-27.) Donc, quel meilleur emploi du temps qui restait encore que de se transporter en esprit vers ce vêtement, commun à tous les fidèles et retenu encore au ciel jusqu'au jour où, par lui et avec lui, l'immortalité en descendrait sur tous les élus! Paul .développe éloquemment cette idée au chapitre v de l'Épître que nous étudions. On peut y remarquer l'emploi fréquent des mots otx^a, otxo^ojjLvf (maison, construction, revêtement). L'idée matérielle exprimée par ces mots est de celles qui reviennent le plus souvent dans les écrits de Paul; mais, en la traduisant par les expressions mystiques « édification, » a édifier, » on l'a entièrement détournée de son sens primitif si intelligible et si bien
approprié à tout le reste de la doctrine. Pour chacun des lecteurs de ce temps-là, ces mots représentaient une construction réelle, mècaniquej du corps nouveau, du corps immortel. — Voici comment Paul s'exprime en cet endroit :
u Nous savons que, si cette maison de terre (ce corps) où nous habitons vient à tomber en dissolution, nous avons, par la grâce d'Adonai, une autre maison non faite à la main, immortelle et actuellement au ciel, oixo- 5o(JLYjv Ix, ©eou ejrofiev *, oixiav âj^eipoicoiTiTov, aic&viov, êv Toîç oùpavoîç. C'est ce qui nous fait soupirer dans le désir d'être revêtus, comme d'un second vêtement, de cette maison qui doit nous venir du ciel, è^ oùpavou. » (Cette fois, l'expression formelle éÇ oùpovou prévient l'équivoque qu'on fait souvent résulter de l'adjectif eiroupovtoç). « Tant que nous n'avons que notre corps actuel, nous sommes exposés à nous éloigner du Seigneur ; car nous ne le voyons que par la foi, et pas encore par nos yeux ; mais, au contraire, avec de la bonne volonté, nous pouvons
1. Sacylit, au lieu du présent lxo(JLev nous avons, le futur ë^ojiev nous aurons, et il traduit : « Dieu nous donnera dans le ciel une autre maison. » Ce futur, et la transposition des mots èv toïc oOpavoï; , dénaturent non-seulement le sens de la phrase, mais toute la pensée de Paul. Nous recommandons à ce propos à nos lecteurs une expérience facile à faire : toutes les fois que la traduction française présente un sens qui paraît avoir quelque rapport avec le christianisme spiritualisé de nos jours, ils n'ont qu'à se reporter au texte grec, et ils reconnaîtront toujours qu'il a été altéré.
nous éloigner de notre corps pour nous mettre en présence du Seigneur. » (Gh. v, v. 1-8.)
Tout le reste de cette épître a particulièrement pour but de répondre aux calomnies répandues sur le compte de Paul et de ceux qui entendaient la bonne nouvelle à sa manière. Ainsi qu'il arrive souvent, il y avait chez Tapôtre, à ce qu'il paraît, une assez grande différence entre l'homme et l'écrivain, entre le ton de ses conversations et celui de ses lettres. Ses ennemis faisaient remarquer cette différence et s'efforçaient par là de le décréditer aux yeux de ceux qu'il avait entraînés. « Quoi doncl disaient-ils sans doute (à en juger du moins par les réponses de Paul), ce vulgaire fabricant de tentes peut-il exercer sur vous un tel prestige, dès que sa parole vous vient de loin ? De juelle autorité est donc revêtu cet artisan qui va de ville en ville, vivant de son métier, et confondu, tant qu'il séjourne quelque part, avec les gens de sa condition? Pourquoi vous en rapportez-vous à lui plutôt qu'à ceux qui ont vu le Christ lui-même? Ceux-ci vous font avertir qu'il vous trompe et vous égare ; ce sont leurs instructions et non les siennes qui méritent votre confiance ; vous ne pouvez être sauvés que par ce qui vous vient d'eux...»
Toute cette polémique a été sans doute fort adoucie. Il nous est permis cependant d'en juger par les passages qui suivent :
(( Quand je me glorifierais un peu plus de la puissance que le Seigneur m'a donnée pour votre édification (otxo^o(i.*^v, la construction de votre nouvel être) et non pas pour votre destruction, je n'aurais pas sujet d'en rougir. Mais afin qu'il ne semble pas que nous voulions vous étonner par des lettres, — parce que, disent-ils, les lettres de Paul sont graves et fortes, mais, lorsqu'il est présent, il parait bas en sa personne et méprisable en son discours... » (Ch. x, v. 8-10.)
(( J'ai pour vous un amour de jalousie, de cette jalousie qu'éprouve Adonaï notre Dieu, parce que je vous ai fiancés à cet unique époux qui est le Christ... Je ne pense pas avoir été inférieur en rien à ce que la tâche des apôtres a de plus grand, tûv wep >.tav â^rocToXcov. Si je suis grossier et peu instruit pour la parole, il n'en est pas de même pour la science (la connaissance des Écritures)... Je ne veux pas laisser cette occasion de se glorifier à ceux qui la cherchent en voulant paraître tout à fait semblable à nous, pour trouver en cela un sujet dé gloire. Car ce sont de faux apôtres, de mauvais ouvriers, qui se transforment en apôtres du Christ... Sont-ils Hébreux? — Je le suis aussi. Sont-ils enfants d'Israël? — Je le suis aussi. Sont-ils de la race d'Abraham ? — J'en suis aussi. Sont-ils serviteurs (^toxovot) du Christ? — Quand je devrais passer pour imprudent, j'ose dire que je le suis encore plus qu'eux. (Que serait devenu en
eflfet le souvenir de Jésus s'il n'avait pas eu d'autres serviteurs que ses disciples immédiats?) J'ai plus fait de travaux, plus reçu de coups, j'ai été plus souvent en prison, et tout près de la mort... J'ai été battu de verges trois fois; j'ai été lapidé une fois; j'ai fait naufrage trois fois ; j'ai passé un jour et une nuit au fond de la mer... » (Ch. XI, V. 2-25.) Paul fait ici allusion à quelque évanouissement prolongé après un de ses naufrages ; son ignorance des lois physiologiques excuse cette hyperbole qu'il ne prend assurément pas pour un mensonge.
Il s'exprime autrement quand l'intérêt de son apostolat lui paraît légitimer quelque excursion timide hors de la vérité. Est-il possible de côtoyer de plus près le mensonge, sans cependant pouvoir être accusé d'y être tombé, qu'il ne le fait dans cette prétèriiion célèbre (ch. suiv., V. 1-6) :
« S'il faut se glorifier, — quoique cela ne soit pas avantageux, — je parlerai des visions et des révélations du Seigneur. Je connais un homme en Jésus-Christ qui fut ravi, il y a quatorze ans, — fut-ce avec ou sans son corps? Je ne sais, Adonaï le sait, — jusqu'au troisième ciel. Et je sais aijssi (xal) que cet homme — fut-ce avec ou sans son corps? Je ne sais, Adonaï le sait — fut emporté dans le paradis * ; et il entendit des paroles mysté-
i. EU Tèv napàâei<rov. Le mot n paradis n a si complètement passé
SELON LE CHRFST. 471
rait lui en vouloir du métier modeste qu'il exerce, puisque le gain qu'il en tire T empêche d'être à charge aux assemblées de fidèles. Il n'y a là qu'un tort, observet-il finement, c'est d'enlever par là aux fidèles l'occasion de pratiquer la charité :
« Les marques de mon apostolat ont paru parmi VOUS; et en quoi avez-vous été inférieurs aux autres réunions de fidèles, si ce n'est en ce que je n'ai point voulu vous être à charge? Pardonnez-moi ce tort... On dira peut-être qu'il est vrai que je ne vous ai point été à charge, mais qu'étant artificieux, j'ai usé d'adresse pour vous surprendre. Mais, me suis-je servi de quelqu'un de ceux que je vous ai envoyés pour tirer quelque chose de vous? » (76., V. 12-17.)
Ici il parle encore en accusé qui se défend; nous allons le voir à son tour se poser en accusateur.
et surtout de la charité, la vertu juive par excellence. Mais, à peine avait-il changé de résidence, le côté séduisant et commode de ses discours ne tardait pas, pour la plupart de ceux qui y avaient cru, à rester le seul apparent et le seul obligatoire ; d^autant plus qu'il était le seul qui donnât un sens à la mort du fils 4e Jéhovah. A quoi -bon, quand la foi sufâsait pour assurer le salut, y ajouter à tout hasard des œuvres dont l'apôtre avait si éloquemment démontré Finefûcacité dans le passé? Pourquoi s'abstenir des jouissances du monde qui durait encore, puisque rien ne prouvait que ces plaisirs dussent nuire à ceux du monde nouveau qui se préparait? Et pourquoi consacrer à un travail inutile ces moments d'attente dont l'apôtre lui-même affirmait la brièveté ?
Nous n'aurions pas de témoignage historique de la réalité d'un tel résultat, que les simples données de la nature humaine ne devraient point nous laisser de doutes
à ce sujet : Mais ce témoignage nous est surabondamment fourni par les deux épîtres qui se présentent maintenant à notre examen.
Paul était, paraît-il, à Éphèse, lorsqu'il apprit que ceux qu'il avait décidés à croire à la bonne nouvelle , pendant son séjour à Corinthe, abusaient des garanties de salut que leur donnait leur foi, pour se livrer aux plus honteux désordres et scandaliser les païens. De plus, ils exécutaient si mal ses instructions dans les repas